Syndicats et communes

Discussion avec Myrtille Gonzalbo autour du communisme libertaire et de l’anarcho-syndicalisme en Espagne. Première partie : avant 1936.

paru dans lundimatin#97, le 13 mars 2017

[À cause de certains malentendus au sein de notre rédaction, la première partie de cette entretien a été malencontreusement publiée avant son éditorialisation finale. Nous sommes donc contraints de la « dépublier » le temps que les corrections adéquates soient faites. Toutes nos excuses à nos lecteurs ainsi qu’à Myrtille Gonzalbo]

Avant 1936, l’Espagne est le seul pays où l’anarchisme est une force politique majeure. Comment expliquer, dans ces conditions, la participation au gouvernement et les multiples appels à retourner au travail lancés par la CNT à Barcelone dès 1936 alors même que la ville était libérée de l’emprise des militaires ? Pour comprendre la situation, il faut remonter à la formation de la CNT et du mouvement anarchiste espagnol, ainsi qu’aux conflits de tendances qui l’ont animé avant 1936. Nous avons pour cela rencontré Myrtille Gonzalbo, du collectif « les Giménologues » (qui ont notamment publié Les Fils de la Nuit , un beau récit de la guerrre d’Espagne par Antonio Gimenez, ré-édité récemment chez Libertalia) : elle nous livre ici son analyse, qui nous rapelle que le débat sur les stratégies révolutionnaires avait et a toujours une importance cruciale.

Lundimatin : Repartons de la distinction ou de l’opposition entre le communisme libertaire et l’anarcho-syndicalisme. À quel moment tu situes le passage de l’u à l’autre et comment l’expliques-tu ?

Myrtille : Pour ça, il faut tirer le fil qui remonte à la rencontre de la Fédération jurassienne en 1880 à la Chaux-de-Fonds parce que c’est là que commence cette distinction qui va courir selon moi jusqu’à la fin, jusqu’à 38-39 en ce qui concerne l’Espagne.

Les rescapés - comme le raconte Kristin Ross - les rescapés de la Commune de Paris se rencontrent donc en 1880 à la Chaux-de-Fonds. La situation était terrible, ils ont perdu plein de camarades mais ils ont l’impression d’avoir vécu une expérience telle qu’ils peuvent en tirer encore de quoi avancer. Donc ça réfléchit, ça discute beaucoup. Reclus, Kropotkine, Malatesta, Cafiero affirment qu’il faut revoir la formule collectiviste hérité essentiellement de Bakounine et qui se résume, selon eux, à ceci : « Dans la société post-capitaliste, il reviendra à chacun selon ce qu’il a travaillé, ce sera à chacun selon son travail. On maintient le salariat, la propriété privée, parce que chacun doit pouvoir disposer du fruit de son travail ainsi que tout le marché et l’échange qui vont avec ». Eux considèrent que cela n’est pas révolutionnaire car tous les éléments du système capitaliste sont reconduits. Selon eux, il faut se déclarer communistes, donc se réapproprier ce terme, quitte à s’appeler « communistes anarchistes » ce qui implique de considérer que tous les hommes produisent des richesses, et que toutes les richesses sont à tous les hommes. Et on arrête de comptabiliser le temps de travail de chacun, car c’est incompatible avec cette idée.

[La suite, bientôt...]

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