Cauchemars et facéties #20

Trouvés sur l’internet.

Cauchemardos - paru dans lundimatin#51, le 7 mars 2016

Sans commentaire.

Confiance

L’expression « complexe militaro-industriel », qui remonte à Eisenhower et à la guerre froide au début des années 60, prend tout son sens avec l’annonce, décomplexée, de la nomination d’Eric Schmidt, dirigeant d’Alphabet, maison-mère de Google, à la tête d’un Comité consultatif auprès du Pentagone, le ministère de la Défense des Etats-Unis.

Ce Comité comptera douze membres, choisis parmi des personnalités, dirigeants de grandes entreprises ou administrations ayant « excellé à identifier et adopter de nouveaux concepts technologiques ».

Terry Halvorsen, le Chief Information Officer du Pentagone, révélait l’an dernier au Christian Science Monitor l’ampleur des contrats gouvernementaux au sein du secteur technologique, et ironisait que ça aidait à aplanir la méfiance...

« Avec nos partenaires, je n’ai pas de gros problème de confiance. La première raison est celle-ci : je dépense 38,6 milliards de dollars par an, ça achète pas mal de confiance potentielle. »

Il ajoutait que la plupart des acteurs du secteur technologique étaient plus que ravis de contribuer à l’effort de défense, et à résoudre les problèmes qui pouvaient se poser aux armées sur leurs théâtres d’opération.

Bloquons tout !

Un rapide tour d’horizon des prochains rendez vous dans les facs d’ile de France dans le cadre de la mobilisation contre la Loi travail.

Star

Son accueil a été à mi-chemin entre celui d’un chef d’Etat et d’une rock star. Réception chez Emmanuel Macron, promotion de son livre récemment traduit en français, interviews… Peter Thiel a aussi ­rencontré, mercredi, les étudiants startuppers de l’école 42 et de HEC, auxquels il a prodigué quelques conseils. Un public acquis… qui l’a chaleureusement applaudi et s’est pressé, dès la fin de la conférence, pour acheter son livre et se le faire dédicacer.

« Légende vivante » selon Xavier Niel qui l’a présenté à l’amphithéâtre, « inspirant », « révélateur », selon les startuppers en herbe… Ceux-ci ne cachaient pas leur admiration pour celui dont le CV est aussi long que les conditions générales d’un géant du Net.

Fondateur de PayPal et du fonds Founders Fund, premier investisseur extérieur de Facebook, dont il siège toujours au conseil d’administration, figure de proue du mouvement libertarien, investisseur dans des dizaines de sociétés américaines dont LinkedIn, SpaceX ou Palantir, philanthrope… Sa fortune personnelle est estimée à 2,2 milliards de dollars par « Forbes ».

« Certains pensent que capitalisme et concurrence sont synonymes. C’est faux, cela n’a rien à voir. Dans les affaires, mieux vaut éviter la concurrence. Si vous voulez de la concurrence, ouvrez un restaurant mais, sincèrement, je pense que c’est la pire idée de business, surtout à Paris. Il y a beaucoup de monde qui fait exactement la même chose. Il faut viser le monopole. Si vous faites quelque chose bien mieux que tout le monde, à un moment, vous n’aurez plus de concurrents ».

Identité

Une équipe de chercheurs du Journal of spatial science a entrepris de découvrir qui est le véritable Banksy, en utilisant une technique digne de la police scientifique à la poursuite d’un tueur en série : le profilage géographique.

Il s’agit d’analyser les déplacements d’un individu dans un espace donné, puis de les croiser pour déterminer des « hot spots » qui sont les lieux où il a le plus de chance de réapparaître. En criminologie, on utilise les scènes de crime ou les lieux d’infractions. Cette technique permet de réduire une liste de suspects, ou de savoir sur quelle zone concentrer ses recherches.

Dans le cas présent, les chercheurs ont rassemblé les positions de toutes les œuvres de Banksy (140 en tout) à Londres et à Bristol. Cela leur a permis de calculer la probabilité qu’il vive dans les zones où la densité de ses œuvres est la plus forte.

Projets X

De nos jours, on dit Alphabet, pas Google, et juste « X », pas Google[x] ; à part ça, l’objectif reste le même dans le lointain laboratoire R&D de la société tech la plus riche de la planète : changer le monde. Découvrir des trucs. Pas forcément dans cet ordre.

Dirigé par Astro Teller (né Eric avant d’adopter un prénom plus adapté à ce qu’il est), X relève volontairement des défis qui semblent avoir davantage leur place dans des récits de science-fiction que sur les bilans comptable d’une entreprise publique.

Son premier projet était la voiture autonome et les suivants incluent Google Glass, le projet de service par ballon Loon Internet, les cerfs-volants à énergie Makani, et le service de livraison par drone baptisé Project Wing. (Plusieurs projets de X ont dépassé le programme : le réseau neuronal artificiel Google Brain est à présent intégré à l’équipe de recherche Google, et leur incursion dans le domaine de la santé Verily Life Sciences développe actuellement des lentilles de contact intelligentes dont l’idée est née à X, ainsi qu’un projet qui espère réussir à faire passer des nanoparticules dans le sang pour détecter des maladies à un stade précoce.)

Comme l’explique Teller ici, dans une version adaptée de son discours prononcé lors du TED 2016, cela requiert une nouvelle méthode d’invention, radicalement différente de ce qui est aujourd’hui devenu un cliché, le célèbre « échoue vite et recommence ».

J’ai l’incroyable chance de travailler pour une usine à moonshots. À X, anciennement appelé Google[x], vous trouverez un ingénieur en aéronautique spatiale travaillant aux côtés d’un créateur de mode et d’anciens commandants de troupes militaires, en réunion avec des spécialistes des lasers.

Mais j’ai un secret à vous révéler. La machine en vogue qu’est la Silicon Valley a créé le mythe de visionnaires amassant des fortunes sans effort. Ne croyez pas ça.

L’usine à moonshots est un lieu désordonné. Mais plutôt que de fuir le désordre ou de prétendre qu’il n’existe pas, nous avons essayé d’en faire notre force. Nous passons la majeure partie de notre temps à casser des choses et à travailler à comprendre que nous faisons fausse route. C’est ça le secret, s’attaquer aux aspects les plus difficiles du problème en premier. Se demander joyeusement : “ Comment allons-nous tuer notre projet aujourd’hui ? ”

L’année dernière à elle seule a vu mourir une centaine de projets. Je ne les ai pas abandonnés. Ce sont les équipes qui l’ont fait. Elles tuent leur projet dès qu’elles ont les éléments qui les y poussent, car elles sont récompensées pour ça.

Elles sont applaudies par leurs pairs. Elles reçoivent des accolades et des high fives de leurs managers. Elles sont promues pour ça. Nous avons donné des bonus à chaque personne dont l’équipe a tué des projets, que l’équipe comporte deux ou trente personnes.

Dans l’usine à moonshots, nous croyons aux rêves. Et un scepticisme enthousiaste n’est pas l’ennemi d’un optimisme sans borne. C’est le partenaire idéal de l’optimisme. Cela révèle le potentiel de chaque idée. Cela rend l’apparement impossible possible à accomplir. C’est de cette manière que nous pouvons créer le futur que nous imaginons en rêve.

Mince, alors

Le nouveau bâtonnier de Paris, Frédéric Sicard, s’inquiète du fonctionnement de la justice en France et d’une série de lois qui « grignote l’État de droit ».

« Tous les spécialistes le disent : l’arsenal juridique existait au moment des attentats, c’est juste que l’État n’a pas les moyens de l’utiliser. Une loi de plus ne changera rien. En revanche, en l’état actuel du texte, la France peut basculer dans la dictature en une semaine. Ce n’est pas acceptable. »

Chiffrement

Réunis ce jeudi 3 mars pour poursuivre la discussion sur le projet de loi de lutte contre le terrorisme, porté par le nouveau garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, les députés en ont profité pour remettre sur la table une question qui les agite depuis quelques mois déjà (pour voir les débats, cliquer sur le chapitre « après l’article 3 ») : comment faire pour que les autorités accèdent aux données des clients des grands acteurs du Web, quand ces derniers s’évertuent à les verrouiller au moyen du chiffrement ?

Ce jeudi, le rapporteur du texte, Pascal Popelin (PS), s’est ainsi emballé contre les partisans d’un chiffrement inaltéré, agissant selon lui « au nom d’une pseudo défense de libertés qui nous est servie à toutes les sauces pour justifier l’injustifiable ».

Et d’ajouter :

« Sur ces questions et sur le fond, je pense qu’il est essentiel qu’on arrête [...] de nous juger en disant qu’on veut restreindre les libertés de tous. Au contraire, on veut les protéger. »

Amitié

L’étude comptait au départ 724 participants. Il en reste une soixantaine, tous âgés de plus de 90 ans. Depuis plus de soixante-dix ans, le bien-être physique et émotionnel de ces hommes est évalué tous les deux ans.

Si l’étude à l’échelle d’une vie humaine a permis de tirer bon nombre de conclusions, il apparaît que l’une d’entre elles se distingue de toutes les autres : les participants des groupes les plus heureux et en meilleure santé sont ceux qui ont entretenu au fil de leur vie des relations proches et intimes avec d’autres personnes, que ce soient des relations amicales, amoureuses ou au sein de leur communauté.

Dans sa conférence Ted, Waldinger souligne que les projections des médias sur ce qui fait le bonheur –l’argent et la gloire– ne sont pas les ingrédients ni de la santé, ni du bonheur. C’est pourtant ce qu’avaient répondu les jeunes des années 1940, lorsqu’on leur avait demandé ce qui ferait d’eux des gens heureux. Et les jeunes des années 2000 ont répondu exactement la même chose. Il semblerait que ces anciens jeunes et ces futurs vieux fassent tous fausse route.

Vous êtes riche ? Vous êtes célèbre ? Ça ne vous empêchera pas d’avoir une santé pourrie, alors même que vos anciens copains de classe qui ont anonymement pointé à l’usine ou gratté du papier pour pas cher toute leur vie affichent une santé insolente à l’heure où sonne la retraite. Parce que eux, on les aime pour de vrai.

PS :

Mais attention ! Toutes les relations ne fonctionnent pas. Les amis Facebook ne comptent pas, par exemple.

Club Med

Un vendredi soir de l’hiver 2006, une vingtaine d’autocars bondés de vacanciers excités se gare sur le parking du Club Med de Djerba, en Tunisie. Quelque 720 personnes en chemise hawaiienne et bob sur la tête en descendent. Il s’agit des salariés de la salle des marchés de la Société générale. Des informaticiens aux traders stars, tout le monde s’est déplacé. Pour l’occasion, le Club Med a enfilé les couleurs de la banque, des drapeaux rouge et noir séparés d’un trait blanc flottent du parking à la plage.

La Société générale n’a pas lésiné sur la dépense pour le week-end d’intégration des jeunes employés de sa branche Finance. Au programme de ces deux jours : balades à cheval et en chameau, massages traditionnels aux huiles essentielles, nourriture locale et, surtout, la très attendue soirée blanche du samedi soir.

Mot de passe

Comment ne pas faire le rapprochement entre le refus opposé par Apple au F.B.I. et celui opposé il y a 15 jours à peine par un jeune lycéen dijonnais aux autorités judiciaires françaises ?

La récente mise en examen de ce jeune homme, crack de l’informatique, pour avoir refusé de déchiffrer des données contenues sur son ordinateur a de quoi laisser perplexe.

Le garçon, âgé de 18 ans, a créé un serveur qui permet d’anonymiser des envois d’information sur internet. Ce serveur est susceptible d’avoir été utilisé par des pirates de la toile qui ont menacé différents établissements scolaires sur le territoire. Il semble également qu’il ait été utilisé pour l’envoi d’un tweet de revendication de ces menaces par un groupe de hackers connus sous le nom d’« Evacuation Squad ». Le jeune homme s’est désolidarisé de ces menaces.

Placé en garde à vue, il a expliqué aux enquêteurs avoir été prévenu par un utilisateur que son serveur avait été utilisé pour cette revendication. Il a par contre refusé de livrer la clef informatique permettant de rendre lisible la totalité du contenu du serveur.

Or l’article 434-15-2 du code pénal punit de 3 ans d’emprisonnement et de 45 000€ d’amende le fait de refuser de livrer une clef de déchiffrement aux autorités judiciaires si le support chiffré est susceptible d’avoir été utilisé pour préparer, faciliter ou commettre un crime ou un délit.

Il a par conséquent été mis en examen dans le cadre de l’instruction relative à cette infraction.

Sympa !

Etre coursier [à vélo, via Take eat easy], ça me plaît vraiment parce que ça allie ma passion et un boulot. En fait, ça me donne surtout un but. Quand tu fais du vélo, parfois t’as la flemme de sortir rouler parce que tu n’as pas de but. Faire du vélo pour aller où ? Bon. Là au moins, ça te donne une destination. C’est un peu comme un jeu. Tu as des trucs à livrer. Et puis, c’est délire, tous les gens qui bossent là-bas sont cools. On va boire des bières à la fin, c’est vraiment sympa comme job.

Et l’algorithme, il est gentil avec vous ?

L’algo est plutôt sympa la plupart du temps. Sauf quand il t’envoie à Issy-les-Moulineaux pour ta dernière course à 22h30, et que tu habites à Montreuil. Parce qu’après il faut rentrer, et t’es pas payé pour rentrer chez toi.

Ça vous est déjà arrivé ?

Plusieurs fois, mais ça fait partie du jeu. L’algorithme ne prend pas encore en compte l’endroit où on habite. Mais chaque jour, il y a des mecs qui travaillent dessus, et il est censé s’améliorer grâce à nos retours. Je ne me plains pas de faire des bornes, parce que c’est ça qui me plaît. Mais ça peut arriver que l’algorithme s’acharne un peu sur toi. Par exemple, hier, j’ai un pote qui a livré quatre commandes dans la soirée, mais qui a fait quarante bornes : dix bornes par course. Là, l’algorithme n’a pas été sympa avec lui.

Pas mal de coursiers font des pauses de temps en temps, vu que la plupart sont étudiants. On est comme les flics américains qui posent leur flingue et leur plaque, sauf que nous, on pose notre smartphone et notre sac de livraison.

C’est cela

Au détour de l’un des nombreux témoignages déposés à la cour dans le cadre de l’affaire opposant le FBI à Apple (le premier souhaitant forcer le second à donner un accès aux données stockées sur l’iPhone de Syed Farook, l’un des auteurs présumés de la tuerie de décembre dernier), Michael Ramos aurait affirmé :

« Le téléphone saisi pourrait contenir des preuves uniquement présentes sur le téléphone en question, prouvant qu’il a été utilisé comme une arme dans le but d’introduire un cyberagent pathogène dormant qui met en danger l’ensemble de l’infrastructure du comté de San Bernardino. »

Libertarien

Végétarien, Pavel Dourov ne boit ni thé, ni café, ni alcool, qui lui donnent mal à la tête ; il ne prend jamais de médicament non plus. Tout habillé de noir (sa tenue 365 jours par an), ce diplômé de philologie, programmeur par hobby, cultive sa ressemblance avec le hacker Neo, le héros sombre et tourmenté du film de science-fiction « Matrix », dont il est fan. Aucun attribut ostentatoire, sinon cette coquetterie aux poignets, des boutons de manchette en argent au logo de Telegram : un avion en papier.

Ce goût éperdu de liberté se traduit aussi en convictions ultralibérales. Avant même de commencer l’interview, cet adepte du yoga et du taoïsme qui « adore Paris mais pas la direction que prend le pays » se lance dans une longue tirade contre le code du travail, la grève des taxis et « ce gouvernement socialiste qui ne pense qu’à réglementer et taxer ».

Son application de messagerie, qui garantit une totale confidentialité des communications, a fait les gros titres de médias du monde entier sous un jour peu flatteur ces derniers mois : « Telegram est l’application préférée des terroristes », ont par exemple pointé du doigt CNN et le Washington Post.

Telegram permet d’échanger par smartphone (et sur ordi) des messages indéchiffrables et autodestructibles, à deux ou à plusieurs, mais aussi des photos, des documents ou de la musique.

Il s’utilise également en mode public comme un fil Twitter. Le groupe Etat islamique l’a ainsi utilisé pour revendiquer ses attaques du 13 novembre, de Ouagadougou, ou contre l’avion russe du Sinaï.

« Ce qui rend Telegram unique est que nous n’avons jamais livré le moindre octet de données personnelles à quelque organisation que ce soit. Y compris à un gouvernement. »

L’entrepreneur glisse au passage qu’il en est autrement de Facebook ou Twitter. Le blog de Telegram assure que « faire des profits ne sera jamais un objectif ». Dourov assure que l’appli restera entièrement gratuite, « pour toujours ».

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