Déjà-vu de presse

« Le but de cette journée est de mettre un peu plus les Français sous pression ». Retour sur une nouvelle semaine de terreur internationale.

Cauchemardos - paru dans lundimatin#22, le 10 mai 2015

Que s’est-il passé depuis lundidernier ?

LUNDI

PARIS – Gilles Le Guen, 60 ans, comparaissait le 4 mai pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il avait été arrêté au Mali en avril 2013 par les forces spéciales françaises. « C’est un paumé qui devient jihadiste  ». C’est de cette façon que le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian décrivait Gilles Le Guen au moment de son arrestation, en avril 2013. L’homme avait été appréhendé au Mali, dans la région de Tombouctou et est suspecté d’avoir combattu dans des groupes jihadistes. C’est le procès d’un marginal au parcours énigmatique qui s’ouvre aujourd’hui. Ce que l’on sait en tout cas, c’est qu’il a un lien avec Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique. Fin 2012, il apparaissait dans une vidéo devant un fond noir portant le sigle du groupe terroriste. Il y mettait en garde les présidents français et américains contre une intervention militaire au Mali. Un mois plus tard, pourtant, c’est ce même groupe terroriste qui le faisait prisonnier quelques jours. Les raisons ne sont pas encore très claires. Certaines sources disent que des membres d’Aqmi le soupçonnaient d’être un espion. Pour d’autres, il a été arrêté car il se serait interposé pour empêcher des jihadistes de violenter des femmes. Son degré d’implication dans l’organisation reste donc encore flou. Cinq mois plus tard, en avril 2013, il est une nouvelle fois arrêté, mais par les forces spéciales françaises. C’est ainsi qu’il devient la première personne à être poursuivie en vertu d’une loi qui vient alors d’être votée. Cette loi permet d’engager des poursuites contre des Français soupçonnés d’avoir participé à des actes terroristes à l’étranger ou d’être partis s’y entraîner. Pour cela, Gilles Le Guen encourt dix ans de prison.

MARDI

ISTANBUL – Les autorités turques ont inculpé pour faits de terrorisme 24 des 336 personnes arrêtées et places en garde à vue durant les manifestations du 1er mai. Les charges retenues incluent « appartenance à un groupe terroriste », « destruction de biens publics » et « possession d’explosifs ». Le gouvernement turc avait interdit tout rassemblement le jour de la fête du Travail. De nombreux manifestants ont pourtant bravé l’interdiction. La police a fait usage de gaz lacrymogènes, canons à eau et flashballs. Le Parlement a par ailleurs voté le mois dernier une loi sur la « sécurité intérieure » renforçant les pouvoirs de la police contre les contestataires. Un texte que l’opposition et de nombreuses associations de défense des droits de l’homme ont qualifié de « liberticide ».
Le lendemain, la police allemande a effectué plusieurs raids dans les locaux d’un journal turc accusé de « promouvoir les attentats-suicides ». Il s’agissait du journal Yürüyüs, lié au parti d’extrême gauche DHKP-C, qui figure sur la liste des organisations terroristes de Turquie, des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Le DHKP-C a été interdit en Allemagne en 1998. Le ministre de l’Intérieur allemand a déclaré : «  L’Allemagne est une démocratie forte ; nous ne tolérons pas la propagande pour la destitution violente de l’Etat existant et de l’ordre social en Turquie, et particulièrement pas la glorification de l’attentat suicide ». Il a également fait savoir que le journal encourageait l’attentat-suicide comme « une forme indispensable de lutte des classes pour changer la société turque  », et visait à établir « un système social socialiste en Turquie ».

MERCREDI

OTTAWA – Au lendemain de l’adoption par l’Assemblée nationale française d’un projet de loi controversé sur le renseignement, la chambre des Communes canadienne a voté l’adoption de la loi C-51 par 183 députés contre 96. Cette loi antiterroriste étend considérablement les pouvoirs des services canadiens de renseignement, qui pourront exercer un contrôle inédit d’internet et se livrer pour la première fois à de l’espionnage à l’étranger. Annoncé il y a six mois, au soir de la fusillade au Parlement d’Ottawa, puis débattu par les députés en à peine deux mois, le texte a été adopté en dépit de l’opposition d’une vaste coalition de la société civile qui craint une surveillance systématique d’internet. Dans les faits, cette loi doit renforcer l’arsenal juridique pour empêcher les départs d’apprentis terroristes vers des zones de combat —en bloquant notamment l’achat de billets d’avion sur internet—, et prévenir de prochaines attaques. Jusqu’ici cantonné à la collecte d’informations et à la surveillance, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pourra notamment « perturber » les actions de présumés terroristes, en piratant par exemple leurs comptes internet, et placer sur écoute des Canadiens et leurs proches si jamais ils sont soupçonnés d’avoir une « intention » malfaisante. Pour arrêter plus facilement un individu, les agences fédérales pourront s’adresser à un juge lors d’auditions secrètes, auxquelles aucun avocat de la défense ne sera présent, ce qui fait dire aux associations de juristes que la loi viole les droits fondamentaux des Canadiens. L’échange et le partage de contenus sur internet servant de « propagande terroriste » deviendra en outre un geste criminel, quelle que soit l’intention de l’internaute en cause. Une pétition demandant le retrait de la loi a été signée par plus de 200.000 Canadiens, pour qui cette réforme va transformer les services du renseignement en « police secrète », violer la Constitution et conduire à une « surveillance de masse ». Les Amérindiens, souvent à la pointe de l’opposition aux projets d’exploitation des ressources naturelles (et surveillés à ce titre par les services de renseignement), ont promis de s’opposer « vigoureusement » à cette loi qu’ils jugent « antidémocratique ». Pas plus tard que le week-end dernier, le premier ministre Stephen Harper a vanté le projet de loi antiterroriste dans un discours aux soldats canadiens au Koweït. Il leur avait dit qu’il accorderait aux agences de sécurité plus de pouvoirs pour contrer les complots terroristes.
Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a défendu mercredi la loi en expliquant qu’elle était nécessaire pour « nous assurer que les terroristes du djihadisme international qui nous menacent ne puissent passer à l’action ».

JEUDI

BUJUMBURA - Au moins une personne a été tuée et trois autres blessées jeudi au Burundi dans de nouveaux affrontements à Bujumbura entre la police et les manifestants qui contestent la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3e mandat. Jeudi matin, un petit groupe de manifestants s’est opposé à des partisans du gouvernement dans le quartier de Kinama. C’est alors que la police a ouvert le feu sur les manifestants, tuant l’un d’eux par balle et en blessant trois autres. Les autorités burundaises assimilent le mouvement de protestation qui anime les rues de la capitale à une « entreprise terroriste  ». Peu après l’explosion de la grenade à l’origine de la mort de trois personnes, dont deux policiers, le 1er mai, le général Gabriel Nizigama, ministre de la Sécurité publique, avait ainsi assuré aux manifestants qu’ils seraient désormais considérés comme des « criminels, des terroristes et même des ennemis du pays ». « Les forces de sécurité feront tout ce qui est nécessaire pour mettre fin à ce soulèvement », a-t-il assuré. Le Service National de Renseignement avait mené au mois d’avril plusieurs raids « antiterroristes » contre un « réseau terroriste dormant » venu pour « perturber les élections de 2015 ». Etait notamment visé le Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie (MSD) d’Alexis Sinduhije, journaliste et opposant de longue date au président Pierre Nkurunziza, frappé d’un mandat d’arrêt international. Les médias burundais font souvent référence au MSD comme étant un « parti anarchiste violent ».

VENDREDI


MELBOURNE
– Un raid antiterroriste haletant a eu lieu vendredi soir au nord de Melbourne. Des policiers armés ont perquisitionné une résidence, encerclée par de nombreux véhicules lourdement blindés, et découvert plusieurs dispositifs explosifs improvisés, qu’ils ont entrepris de détoner. La première détonation a été entendue à 20h30, la seconde une heure plus tard. Un adolescent de 17 ans a été placé en garde à vue et mis en examen pour faits de terrorisme. Il doit passer devant un juge d’enfants lundi, avec la possibilité d’être jugé par une autorité supérieure. Robert Hill, Député-Commissaire de la police de Victoria, a déclaré que «  l’opération d’hier démontre que nous sommes prêts. Nos actions sont méthodiques, calculées et précises. Nos capacités antiterroristes sont bien éprouvées et nous continuerons à travailler avec nos agences de sécurité partenaires pour détecter et neutraliser le terrorisme. Je tiens à rappeler à l’opinion publique que des opérations et des arrestations telles que celles-ci ont pour but d’assurer la sécurité de la communauté  ».
Il est supposé que l’adolescent préparait un acte terroriste en Australie, mais la police a refusé de confirmer des informations selon lesquelles un attentat était planifié dimanche à Melbourne. «  Certes, nous ne savons pas exactement où ça allait se passer, ni quand ça allait se passer, mais laissez-moi vous dire : quelque chose allait se passer  », a confié le commissaire adjoint Mike Phelan au cours d’une conférence de presse à Melbourne. «  Si nous n’étions pas intervenus, il y aurait eu une vraie menace de passage à l’action  ». Il a également déclaré que l’arrestation de vendredi était «  un rappel, pour tous les parents, de l’importance d’être vraiment là pour leurs enfants  ».
L’Australie a relevé en septembre dernier le niveau de son alerte contre le terrorisme, à la suite en particulier du départ d’au moins 110 de ses ressortissants vers l’Irak et la Syrie pour combattre au sein du groupe djihadiste Etat islamique (EI). Les services de sécurité du pays estiment qu’une centaine de leurs citoyens centaine soutiennent activement les mouvements de l’islam radical en Australie. Ce qui a conduit le gouvernement de Canberra à fortement durcir sa législation anti-terroriste. Une première loi, adoptée le 24 septembre dernier, portait à 10 ans d’emprisonnement la peine encourue par toute personne se rendant ‘‘ sans motif légitime ‘‘ dans une zone aux mains des djihadistes. La promotion du terrorisme islamique peut être sanctionnée de 5 ans de prison. Le sénat a également voté un projet de loi visant à accroître les pouvoirs et moyens des agences de renseignement. Le texte autorise les services secrets à chercher des informations dans des « ordinateurs tiers » et leur octroie une responsabilité pénale et civile limitée lors de leurs opérations. En revanche, toute personne qui révélerait l’identité d’un agent ou une opération en cours, risquera à l’avenir jusqu’à 10 ans de prison.

SAMEDI

GREENVILLE, S.C. – Se tenait samedi 8 mai le South Carolina Freedom Summit, durant lequel un certain nombre d’élus républicains ont commenté la fusillade de cette semaine à Garland, Texas. Ted Cruz, sénateur du Texas et candidat à la primaire républicaine, a fait l’éloge de l’officier de police de Garland qui a abattu les deux tireurs qui, dimanche dernier, avaient ouvert le feu en marge d’une compétition de caricatures du prophète Mahomet. «  On a vu la sale face du terrorisme islamique dans mon Etat du Texas, à Garland où deux djihadistes sont venus pour tuer. Heureusement un officier de police les a aidés à rencontrer leurs vierges  », a-t-il déclaré en faisant référence à une croyance selon laquelle les martyrs sont accueillis au paradis par des douzaines de vierges. Jindal, gouverneur de Louisiane et possible candidat à la présidentielle, a renchéri et dit qu’il était « soulagé que ces deux terroristes aient été envoyés dans l’au-delà  ». Il a aussi remarqué que les deux hommes avaient été stupides de perpétrer une telle attaque dans un Etat du Sud où beaucoup de gens possèdent des armes, et savent s’en servir. «  Chez nous, on s’intéresse au contrôle des armes à feu – on pense que ça veut dire taper dans le mille », a-t-il déclaré, avant de recevoir un tonnerre d’applaudissements. Rubio, sénateur de Floride et candidat à la présidentielle, a résumé sa stratégie pour combattre les islamistes radicaux avec une citation d’un blockbuster hollywoodien. « Quand les gens me demandent quelle est ma stratégie vis-à-vis des terroristes et djihadistes internationaux, je les renvoie au film Taken  », a-t-il dit. « Vous avez vu ce film ? Dedans, Liam Neeson il a une ligne très claire – et ça devrait être ça, notre stratégie : On vous traquera, on vous trouvera, et on vous tuera ».

Egalement cette semaine :


ISLAMABAD
– Les Etats-Unis ont placé le chef du bureau d’Al-Jazeera à Islamabad sur une liste de personnes suspectées « d’activités terroristes » en raison de son « appartenance » à Al-Qaïda, a révélé vendredi le site The Intercept, citant des documents secrets. Selon The Intercept, le site dirigé par le journaliste américain Glenn Greenwald, Ahmad Muaffaq Zaidan apparaît sur des documents de l’agence nationale d’espionnage, la NSA, fournis par Edward Snowden. Le journaliste, qui est syrien, y est décrit comme « membre » d’Al-Qaïda, mais aussi des Frères musulmans. Interrogé par The Intercept, M. Zaidan a « catégoriquement » nié appartenir à l’une ou à l’autre de ces organisations tout en reconnaissant avoir interviewé pour son travail des responsables du réseau extrémiste, dont Oussama ben Laden. Le document fourni par Edward Snowden, l’ancien consultant de la NSA, cite M. Zaidan comme exemple pour illustrer un programme baptisé Skynet qui analyse les métadonnées (lieu, temps de conversation...) d’appels téléphoniques pour tenter de détecter des activités suspectes. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, s’est dit « profondément troublé » par ces accusations. « Travestir le travail légitime de collecte d’informations d’un journaliste respecté en preuve d’une activité dans le terrorisme internationale risque de saper le travail crucial des journalistes, surtout au Pakistan où interviewer des talibans et des membres d’autres groupes fait partie de leur travail quotidien », a déclaré Bob Dietz, directeur du CPJ pour l’Asie.

DAKAR – Saer Kebé va s’en mordre les doigts pendant très longtemps. Elève en classe de terminale, le jeune garcon a commis l’imprudence de jouer avec le feu en envoyant un e-mail à l’ambassade des États-unis d’Amérique au Sénégal. Message dans lequel le potache proférait des menaces d’attentat, selon le journal Libération. Un courrier qui fut pris très au sérieux par les autorités sénégalaises, puisqu’une enquête a été ouverte. A sa grande surprise, l’élève, qui n’a sûrement pas mesuré la gravité de son acte, a été inculpé et placé sous mandat de dépôt par le doyen des Juges d’instruction pour actes terroristes, apologie de terrorisme et association de malfaiteurs.

PARIS – Une trentaine de députés UMP ont déposé cette semaine une proposition de loi faisant de chaque 11 janvier « une journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme », a déclaré samedi l’un d’eux, Claude Goasguen, dans Le Parisien. Trois jours après les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo et le magasin Hypercasher, des millions de personnes étaient descendues dans les rues, à travers toute la France, pour rendre hommage aux 17 victimes de ces attentats. « Ce 11 janvier est entré dans l’histoire comme étant un jour d’unité nationale, un jour où l’ensemble des Français a dit non à toute forme d’intégrisme et au terrorisme », indique le texte enregistré mardi à l’Assemblée nationale. La proposition a été initiée par l’élu des Bouches-du-Rhône Bernard Reynès. Concrètement, elle prévoit en trois articles que chaque année, le 11 janvier, « dans tous les établissements d’enseignement, les enseignants consacrent une partie des cours de la journée à des exposés et à des discussions sur la lutte contre le terrorisme ». De même, les services publics radios et audiovisuels devraient traiter ce jour-là « dans leurs programmes de la lutte contre le terrorisme ». « Cette journée de commémoration doit permettre de perpétuer ce qui s’est passé lors de la manifestation qui a suivi les attentats contre Charlie Hebdo et le magasin de la porte de Vincennes », explique Claude Goasguen, député de Paris. « On ne peut plus oublier que le monde est entré dans une ère dominée par le terrorisme. Les Français ont tendance à oublier un peu trop vite la réalité de cette guerre. Il faut leur rappeler qu’il s’agit d’une guerre totalement asymétrique, face à un terrorisme secret et rampant. Cette journée a pour but de mettre les Français un peu plus sous pression  ».

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