juillet 1962 la révolte de Piazza Statuto

Oreste Scalzone contre la montre

paru dans lundimatin#41, le 21 décembre 2015

L’histoire est écrite par les vainqueurs, c’est un fait entendu. Ce n’est pas un hasard que l’on ne sache rien, ou presque, en France, de ce qui s’est déroulé pendant plus d’une décennie de l’autre côté des Alpes : la naissance d’un mouvement insurrectionnel de masse et son écrasement.

L’Italie, dans les années 70, c’est avant tout l’explosion de toutes les formes classiques de la politique. Dans son excellent livre Autonomie !, Marcello Tari désigne un communisme « impur, qui réunit Marx et l’antipsychiatrie, la Commune de Paris et la contre-culture américaine, le dadaïsme et l’insurrectionnalisme, l’opéraïsme et le féminisme ». L’autonomie fut un mouvement de refus de masse dans la jeunesse. Refus de l’État et du capitalisme autant que des syndicats et de la gauche parlementaire. Refus de la représentation, du travail et de la distribution des subjectivités. Ce fut une guerre civile de basse intensité autant qu’une décennie d’expérimentations politiques, affectives et révolutionnaires.

Oreste Scalzone fut, entre autres choses, l’un des dirigeants de Potere Operaio, une organisation née en 1969. Trois axiomes politiques sont privilégiés : le refus du travail, la construction d’un parti de l’insurrection et la conflictualité permanente. La carrière politique de M. Scalzone lui valu les honneurs de la justice italienne qui l’arrêta en 1979 afin de le poursuivre pour association subversive terroriste et « tentative d’insurrection armée contre le pouvoir de l’État ». Il parvint à fuir l’Italie et à se réfugier en France.

Lundimatin a choisi de demander l’impossible à M. Scalzone : raconter dix années en dix dates à raison de dix minutes par date. Un feuilleton forcément lacunaire, une bataille contre la montre. Comme vous le verrez au fil des épisodes, le vainqueur ne fut pas la montre.

Chaque semaine, nous tenterons autant que possible, d’illustrer chaque date par des textes d’époques, des affiches, des journaux et des analyses. Il s’agira d’une tentative humble de comprendre ce passé, à partir de notre présent.

2e épisode : Juillet 1962 Piazza Statuto

Comment les ouvriers de Fiat ravagèrent Turin et le siège du Syndicat Italien de l’Automobile. Comment Agnelli exportait ses méthodes de productions vers l’URSS. Comment les fondateurs de la revue Quaderni Rossi furent traités de meneurs et de voyous par le parti communiste. Comment la plus fameuse bande de braqueurs de banques devint un symbole pour la jeunesse politisée.

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