ZAD : fallait pas les virer

"Nous partîmes 70 ; mais par un prompt renfort,
Nous nous vîmes 12000."

paru dans lundimatin#142, le 20 avril 2018

Lundi 9 avril au soir, la préfète de Loire-Atlantique, Nicole Klein annonçait, concernant les opérations de destruction dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes commencées le matin même : « L’objectif est presque atteint. » A ses côtés le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie, vantait une opération menée avec célérité, et qui ne rencontrait l’opposition que de « 70 à 80 opposants ».

Ce week-end, marqué par deux imposantes manifestations, à Nantes puis sur la ZAD, la presse parle de « fiasco ». Mais que s’est-il donc passé en cinq jours ?

L’opération avait été annoncée la semaine précédente par le journal le Monde : les gendarmes s’apprêtaient à débarquer à Notre-Dame-des-Landes, au nombre de 2500, accompagnés notamment d’engins blindés, afin de procéder à des expulsions et destructions ciblées (en langage LREM on dit "évacuation" et "déconstruction"). Un envahissement de la zone visant à montrer que l’Etat, malgré son renoncement sur la question de l’aéroport, reste souverain concernant la destinée des 1600ha de la ZAD : le bocage autour de NDDL n’est pas interdit à la police, et c’est bel est bien la préfecture qui décidera qui a le droit de rester ou non sur place. Cette intervention s’annonçait à la fois comme une opération de communication et une manière d’encadrer très strictement les négocations en cours entre la préfète et une partie des habitants de la zone.

Excès de confiance et boulette n°1 : la destruction des "100 noms".

L’information du journal Le Monde s’est avérée juste. Effectivement, lundi, vers 3h30 du matin, les engins de la gendarmerie affluent sur la D281, la fameuse "route des chicanes", afin de couper la zone en deux : la partie est, dans laquelle ils procéderont à des expulsions/destructions, et l’ouest où ils souhaitent cantonner les opposants à l’opération "sans-nom". C’est sur le chemin des Fosses Noires (perpendiculaire à la D281), que se cristalliseront les affrontements du début de semaine. Mais pour l’instant, au petit matin du 9 avril, on trouve plus de journalistes (ces derniers ayant été interdits d’accès à l’est de la zone) que d’opposants face aux lignes de gendarmes mobiles. Les propos préfectoraux de la mi-journée, annonçant une faible résistante ne sont donc guère exagérés. Et certains prévisionnistes se permettent déjà d’annoncer une opération quasi-éclair. Le pari de la préfète, fondé sur l’analyse d’un mouvement en proie à la division, division qu’il s’agirait justement d’entretenir avec ces expulsions, semble alors fondé. Mais la haut-fonctionnaire souffre d’excès de confiance. Elle ne semble pas comprendre qu’à la ZAD tout prend du temps, et ne semble pas se douter que l’expulsion programmée des 100 noms peut tout faire basculer.

La ferme dite ’"des 100 noms", s’est (à peu près) pliée aux exigences de la préfecture concernant les habitants qui pourraient être autorisés (par l’administration) à rester sur la zone. Ainsi, comme le déclare l’un de ses occupants à Ouest-France :

« On s’était déclaré comme habitants, on avait fait une demande pour un projet agro-environnemental auprès de la MSA. On n’a eu aucune réponse et, aujourd’hui, on est viré. C’est une vaste blague ! C’est écœurant ! »

De plus, le lieu correspond à l’image d’une ZAD à la fois bucolique et productrice, quand la gendarmerie veut donner l’impression de ne virer que des tas d’ordures. Même les journalistes de Ouest-France en sont tombés amoureux, décrivant de "coquettes et ingénieuses cabanes", le "vaste potager" et le "bûcher bien fait". Enfin, il s’avère (à l’inverse des autres lieux jusque là détruits) être soutenu par l’ACIPA et les paysans de COPAINS. La première déclare ainsi, à la suite de la destruction du hangar des 100 noms pourtant protégé par de nombreuses personnes venues l’encercler en soutien :

Expulsion incompréhensible. Ses habitants portaient un vrai projet agricole. L’État ne respectant pas sa propre parole, nous appelons tous ceux qui le peuvent venir mardi à NDDL.

En retour, la préfète avoue que cette expulsion vise à faire comprendre les modalités du processus de légalisation des habitats de la ZAD. En somme, refuser le processus de négociation ou ne pas suivre strictement les règles que l’administration édicte, cela correspond à la même chose :

Un projet collectif a été présenté aux 100 Noms, mais aucun projet individuel. La règle du jeu avait été pourtant clairement définie. Il n’y a pas eu d’erreur de casting aux 100 Noms.

Roulage de mécaniques et boulette n°2 : le blindé

Au lendemain de cette première journée destructrice, les gendarmes arrivent beaucoup moins tôt. Mais avec de nouvelles intentions. D’abord, pendant que les destructions se poursuivent à l’est de la D281, les forces de l’ordre ont visiblement décidé de progresser vers l’ouest (là où se situaient déjà les 100 noms), pour détruire plusieurs lieux, notamment la Chèvrerie, et, selon les rumeurs, les Vraies Rouges. Ensuite, ils ont visiblement eu pour consigne d’augmenter "le niveau d’engagement"’. En effet, il faut "finir le travail", et puis, bien que faible numériquement, la résistance de la veille s’est avérée un peu plus virulente que prévue. Les gendarmes ont été harcelés en début de soirée alors qu’ils vidaient les lieux, et se trouvaient donc dans une situation de repli inconfortable. Et puis, bien qu’ils soient au nombre de 2500, ils n’ont pas réussi à empêcher l’incendie d’une machine de travaux, attaquée par deux fois aux cocktails molotovs, par de petites groupes d’opposants.

Quand ils reviennent, comme la veille, au niveau des Fosses Noires, ils sont donc accompagnés d’un véhicule blindé. Sauf que les zadistes et leurs soutiens ont aussi reçu du renfort, et plusieurs centaines de personnes se sont levées tôt pour ralentir les incursions de la gendarmerie. Ce qui devait arriver arriva : en quelques heures, l’image des zadistes résistant tant bien que mal (avec des cailloux, des lance-pierres artisanaux, des frondes, des barricades, des engins incendiaires) à la violence militaire et démesurée de l’état français avait fait le tour du monde.

Il faut rappeler que la gendarmerie avait longuement pensé, pour cette opération, à ce qu’elle appelle la "guerre de communication". C’est pour cette raison qu’elle a banni les journalistes des zones d’expulsions, pour pouvoir leur fournir des images maitrisées, filmées directement par ses hommes (et ses drones). Sauf que sur ce terrain-là aussi, elle trébuche. Non seulement la presse a peu apprécié ces méthodes, mais les vidéos qu’elle diffuse accentuent le caractère implacable, démesuré et violent de l’intervention. Le monteur de la gendarmerie n’a jamais lu les barbapapas, il ne comprend pas qu’on ne crée pas de l’empathie avec des images de machines aux dents acérées dévorant des habitations.

C’est d’autant plus grotesque que ces cabanes, dont les gendarmes sont si fiers de montrer les démolitions, reçoivent au même moment les éloges de Gilles Clément (paysagiste qui a notamment travaillé au projet de l’Estuaire de Nantes) et Patrick Bouchain (qui a mené la réhabilitation des usines LU, devenues le Lieu Unique), dans Mediapart :

Hors-norme, multiples, divers, poétiques, adaptés, bidouillés, légers, sobres, précaires, faits de matériaux locaux ou de réemploi, en terre, en bois, en paille ou en récup, ces constructions répondent à leur échelle aux enjeux écologiques et énergétiques, à rebours du monde que l’industrie du béton et de l’acier est en train de construire partout sur la planète. Elles sont aussi le résultat d’une inventivité architecturale, manuelle, bricoleuse et créative, favorisée par la stimulation collective de la ZAD, poussant les gens, habitués ou débutants, à se réapproprier l’acte de construire. La multiplicité des formes construites montre des possibilités d’habiter et de bâtir hors des logiques foncières et immobilières basées essentiellement sur la spéculation qui laissent peu de latitude aux habitants et aux architectes pour proposer des solutions alternatives.

Qui a traversé ce territoire, qui a participé à ses chantiers, sait la valeur des forces qui ont pu rénover ces fermes et construire ces cabanes. Car bien loin de l’image autarcique véhiculée à son encontre, la ZAD est un espace de passage, d’échange, un lieu qui fait école ; école de la vie, mais aussi école de l’habiter et du bâtir.

Toujours est-il que ces lieux "hors-normes" sont, ce matin-là, défendues plus ardemment que la veille. La gendarmerie est ainsi contrainte de stopper son avancement sur le chemin des Fosses Noires, voire même de reculer, et donc d’abandonner la destruction des Vraies Rouges. Un temps, la rumeur circule que leur véhicule blindé aurait été brulé, mais la gendarmerie dément immédiatement cette "fake news" sur twitter ! Ils tiennent à rappeler, si ce n’était pas clair, que ce sont bien eux les plus forts, les équipés, les plus potentiellement violents. Ce mardi, la gendarmerie tirera, de manière continue, des grenades lacrymogènes de 6h du matin, à 23h le soir (quand, une nouvelle fois, ils peineront à refluer). En début de soirée, l’air est tellement saturé de gazs, que ces derniers ne se dispersent plus et forment un épais brouillard dans les sous-bois. Dès les premiers affrontements les gendarmes vont surtout se mettre à utiliser ce qui deviendra leur arme de prédilection pour le reste de la semaine : des grenades explosives, dites "assourdissantes". Avec l’augmentation du niveau de violence, pardon, d’engagement, de la gendarmerie, le nombre de blessés graves augmente. Un homme a son pied touché par une explosion : sa botte est éventrée, ses orteils cassés, les ongles arrachés, une partie de la chair du pied aussi - il en gardera des séquelles. Un autre a la main broyée, alors qu’il est violemment descendu du toit d’une cabane lors de l’expulsion de la Chèvrerie (l’un des deux seuls nouveaux lieux attaqués ce jour).

Cette matinée durant laquelle quelques centaines d’opposants à l’opération militaire ont fait face au blindé de la gendarmerie et ses tirs de grenades marque un tournant dans l’opération "sans-nom" de la gendarmerie. Les opposants ont repris du courage, des renforts ne cesseront d’affluer sur la zone jusqu’au week-end. La préfète est obligé de revoir ses objectifs d’expulsions à la baisse, et la durée de l’intervention à la hausse. La presse commence à parler d’enlisement. Le soir, alors qu’ils doivent se replier, et rentrer nettoyer leurs équipements maculés de boue, les gendarmes sont à nouveau harcelés.

Tenter d’écraser une mouche avec un marteau et casser la table, boulette n°3 : le pique-nique.

A l’aube du troisième jour, les soutiens à la zad regardent vers l’est. Et voient... des gendarmes en train de s’équiper. A mesure que la semaine avance, les opposants se lèvent plus tôt, la gendarmerie plus tard - nouvelle preuve de la supériorité des cabanes de la ZAD sur les hôtels Ibis. Les militaires ont à peine fini d’enfiler leurs jambières, ce matin-là sur la route des chicanes, qu’ils reçoivent leurs premiers cailloux, jetés depuis d’immenses barricades construites durant la nuit. Les opposants ont à peine le temps d’entendre la fin des sommations qu’ils reçoivent, dans la nuit noire, leurs premières grenades assourdissantes. Le ton est donné. Aujourd’hui, après une matinée durant laquelle les positions resteront figées, la gendarmerie procédera à sa plus grosse offensive de la semaine. Il s’agira de rejoindre, depuis la D281 et le chemin des Fosses Noires (là où se déroulent les plus sérieux affrontements depuis le début de la semaine), la D81 et le carrefour de la Saulce, pour s’y positionner et procéder à de nouvelles expulsions/destructions.

Pendant ce temps, la frange paysanne de la zad qui vient de rejoindre la résistance aux expulsions, tient ses promesses : leurs tracteurs servent à monter de plus sérieuses barricades (à base d’empilement de carcasses de voitures par exemple), et elle appelle par ailleurs à un pique-nique de soutien. A l’heure du déjeuner, plusieurs centaines de personnes débarquent donc avec musettes, baguettes, camezad et bouteilles de pif, pour apporter du réconfort aux zadistes exténués par deux jours de confrontation avec les forces de l’ordre. En début d’après-midi, une partie des pique-niqueurs décide de rejoindre le champ où se sont positionnés les gardes mobiles, et où les affrontements ont cessé depuis plusieurs heures. Mais c’est le moment que va choisir la gendarmerie pour sonner la fin de la trève et entamer ses mouvements de troupes, balayant tout sur son passage. Tout le monde est ainsi chassé à grand coup d’engins explosifs lancés par les gendarmes dans la foule au lance-grenade. De nombreuses personnes sont blessées, notamment quelques journalistes, d’autres sont poursuivies dans les champs.

Cette attaque du pique-nique n’est que le début d’une longue soirée de violence. En effet, alors que les gendarmes se sont positionnés au carrefour de la Saulce, et entament au sud de nouvelles expulsions, au nord, des opposants commencent à dresser de nouvelles barricades. Le gaz lacrymogène est devenu has-been. Ce soir-là, les gendarmes utiliseront des dizaines de grenades assourdissantes, lancées à la main ou au lanceur, et de (mal-nommées) "balles de défense".

Des rumeurs commencent à circuler annonçant la fin "’officielle" de l’opération, le nombre (réduit en cours de route) de 29 cabanes détruites ayant été atteint. Si la préfète avait en effet l’intention d’en finir au plus vite, elle est ce soir-là remise à sa place par Edouard Philippe, qui souhaite que la démonstration de force continue un peu. L’annonce de la fin de l’opération et de la reprise des négociations, ce ne sera que pour le lendemain.

Victimisation et appel au bon-sens, tentative de rattrapage n°1 : le guet-apens et les formulaires

Alors que les récits de l’attaque violente du pique-nique commencent à largement circuler, les expulseurs lancent une offensive, cette fois sur le terrain médiatique. En plusieurs temps.

D’abord le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, est envoyé à la radio pour expliquer que l’opération s’est passée le "moins mal possible". Que s’il y a bien eu des blessés, la plupart sont des gendarmes, qui d’ailleurs "ont procédé à l’expulsion avec le plus de précaution possible".

Deuxièmement, l’un des affrontements de la journée va être monté en épingle. Si les personnes présentes ce jeudi-midi au carrefour de la Saulce ont assisté à un énième assaut des gendarmes contre une barricade, les forces de l’ordre ont un récit tout autre de cet événement : ils sont en réalité tombés dans un guet-apens. Alors qu’ils roulaient tranquillou sur la route, une barricade s’est dressée devant eux et des assaillants sortis des fourrés les ont aspergés... d’acide (il faut rappeler que "l’attaque à l’acide" a toujours eu une place de choix dans les communiqués d’auto-victimisation policière, aux côtés de la "boule de pétanque hérissée de lames").

Les zadistes expliquent plutôt :

« Les gendarmes n’ont pas du tout été attaqués par surprise. Leur hélicoptère survolait les lieux et voyait ce qui se passait. Il y a eu une riposte sur une barricade avec des jets de projectiles, comme il y en a eu plusieurs ces derniers jours. Ils essaient de grossir l’histoire à leur avantage alors qu’ils ont eux-mêmes blessé des dizaines de personnes rien que mercredi. C’était extrêmement brutal. »

Il faut expliquer, pour être tout à fait exhaustifs concernant cet événement, qu’à partir du jeudi certains opposants ont tenté de déplacer la confrontation avec les gendarmes ailleurs qu’au niveau des barricades. Bien que ce récit des gendarmes soit très certainement une construction à des fins de contre-propagande - on appelle ça "donner la becquée aux journalistes", et ça marche ! - il y a effectivement eu, juste avant le week-end de nombreux "surgissement des fourrés". Ce fut d’ailleurs pour les résistants aux expulsions une manière de sortir de la confrontation frontale, dangereuse et désquilibrée. Encore une fois, c’est au moment de remballer que les gendarmes ont vécu leurs plus grosses frayeurs.

Ensuite, toujours dans la tentative des expulseurs de "corriger" médiatiquement leurs exactions de la veille, la préfète a joué la carte (pas du tout usée) de... l’ultra-gauche ! Elle évoque des "éléments extérieurs" aux zadistes, (qui étaient aux dernières nouvelles eux-mêmes extérieurs au mouvement) :

Il y a beaucoup de gens qui sont venus sur la ZAD pour être violents à l’égard des forces de l’ordre, qui ne sont là que pour ça... je pense en particulier à certains membres de l’ultragauche, qui sont là pour ’casser du bleu’, pour ’tuer du bleu’, même. Ils vont jusque-là. Eux, je ne les considère pas comme des habitants de la ZAD.

Donc attention : si les zadistes, pardon les "éléments extérieurs à la zad", se battent contre les gendarmes, leurs armures, leurs drones, leurs hélicos, leurs blindés, leurs grenades et leurs flashballs, s’ils prennent le risque de se faire blesser sur les barricades et d’y revenir sans cesse et sans cesse, ce n’est pas pour s’opposer aux expulsions, ce n’est pas pour ralentir l’avancée des forces de l’ordre, ce n’est pas pour empêcher des lieux de vie d’être balayés par des pelleteuses, ce n’est pas pour faire passer le nombre de destructions de 40 à 29, non, non. C’est pour "tuer du bleu". La préfète se place donc dans la grande lignée, disons "vallsiste", de la stratégie de la tension. Et offre un blanc-seing à la gendarmerie pour user de tous les moyens nécessaires - puisqu’ils ont en face d’eux des gens qui veulent les assassiner.

Enfin, l’arrêt "officiel" des opérations s’accompagne d’un chantage de la préfète et du gouvernement. C’était attendu, puisque l’un des intérêt de cette opération du point de vue de l’Etat était justement de mettre le couteau sous la gorge des zadistes non-encore expulsés. En gros, les zadistes ont jusqu’au 23 avril pour remplir un formulaire "simplifié" - il ne s’agit plus que d’une feuille A4 - demandant (individuellement bien sûr, et selon les critères préalablement définis) à voir leur situation régularisée. En somme : "si vous campez sur vos positions, si vous ne remplissez pas ce p*** de formulaire, on va revenir !" Chantage doublé d’une menace d’interdiction de la manifestation prévue dimanche sur la zone. Chantage triplé d’une menace de détruire immédiatement tout ce qui sera reconstruit.

Malgré l’enlisement, malgré le soutien massif, le gouvernement pense encore pouvoir écraser la zad

Samedi devait avoir lieu une manifestation de soutien à la ZAD, à 17h à Nantes. La préfecture avait déjà préparé les esprits : ce serait une manifestation à haut risque, il y aurait plus de 1000 policiers, alors qu’elle n’attendait que 900 manifestants, le soutien aux zadistes étant jugé ces derniers temps plutôt faible. On peut penser que le communiqué de Gérard Collomb dénonçant les violences était déjà prêt en fin de matinée.

Problème : les manifestants n’étaient pas 900, mais entre 7 et 12000. Aussi la tentative d’empêcher tout bonnement la manifestation (en lui lançant des grenades de désencerclement dessus, après quelques centaines de mètres, et en prenant en sandwich une partie du cortège) n’a pas tourné exactement comme la police l’avait prévu... Le cortège, éclaté, s’est dispersé dans toutes les directions autour du centre-ville. A partir de là, diverses façons de manifester se sont exprimées, de la danse à l’invective contre la police, de la confection de crèpes au jet de pierre, de la fanfare au trampoline sur les véhicules de CRS, etc. Avec comme constante tout de même, les charges d’une police qui, dans l’ensemble, a fait vraiment n’importe quoi.

Comme le résume Nantes Révoltée :

Comme sur la ZAD, l’emploi des grenades est sans limites. Des centaines de cartouches lacrymogènes sont envoyées sans aucune distinction. Une journaliste reçoit un éclat de grenade dans son masque de protection, sans lequel elle aurait perdu un œil. De très nombreuses personnes sont blessées. Il y a des scènes surréalistes. Un père de famille dont les enfants ont reçu des gaz dans un square va donner, à visage découvert, des coups à un camion de CRS. Un extincteur est vidé dans un véhicule. Des lignes de dizaines de CRS sont entourées de part et d’autre par des manifestants et ne savent plus où aller. Des motards de la police sont chassés. Le canon à eau fait des arc-en-ciel. Une licorne face à la police.

Ce qui s’est en tout cas réaffirmé dans cette manifestation, c’est la diversité et le courage du mouvement de la ZAD. Qui n’était pas uniquement attaché au retrait du projet d’aéroport, mais aussi à ce qui en a pris la place. Qui ne s’est pas laissé affaiblir totalement par les dissensions récentes. Qui n’a pas pris peur face aux si nombreuses tentatives d’intimidation de la préfecture depuis une semaine.

Elle aura aussi permis de constater l’entêtement du gouvernement et de la préfecture qui pour l’instant privilégient une unique stratégie, que ce soit pour "déconstruire", empêcher les actions des zadistes, ou peser lourdement sur les négociations : l’intervention brutale et massive des forces de l’ordre. C’est encore ainsi que la préfète a "géré" le rassemblement du dimanche sur la zone. Avec un déploiement de gendarmes aux abords de la zone pour fouiller et dissuader les véhicules de la rejoindre. Avec des interventions de "déblaiement" des barricades dès le matin (appuyées par des grenades et des blindés, bien entendu). Avec le gazage des opposants qui avaient entrepris de reconstruire des bâtiments sur les parcelles expulsées.

Mais là encore, pour l’instant, c’est la détermination et l’inventivité des zadistes et de leurs soutiens qui crève l’écran. Preuve en est encore une fois, cette déambulation nocturne d’une ... charpente, dans une zad désertée par les forces de l’ordre.

La ZAD est encore vivante et a bénéficié cette semaine d’un soutien croissant. Le gouvernement rêvait de zadistes isolés, et pensait pouvoir plier l’affaire en 3 jours. Ce week-end la presse régionale parle d’un "fiasco".

La préfecture a posé une nouvelle échéance : le 23 avril.

Les forces de l’ordre resteront sur place cette semaine, officiellement pour empêcher les reconstructions et le barricadage des routes.

Ce n’est qu’un début...

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Mouvement 1 min 25 avr. 17
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