Le mouvement d’occupations contre les politiques migratoires continue

Solidarités concrètes avec les migrants.

paru dans lundimatin#127, le 23 décembre 2017

A Lyon les occupants de l’amphi C, esquivant une très prochaine expulsion, se sont déportés du côté de Villeurbanne. A Grenoble et Nantes, les occupations continuent dans les batiments universitaires.

La semaine dernière nous revenions, à travers un récit envoyé par l’un de nos lecteurs, sur l’occupation de l’amphi C du campus de Bron (Université Lyon 2). En effet depuis le 15 novembre, des migrants y avaient trouvé refuge, épaulés par des étudiants. Cette action se déroulait en parallèle d’un mouvement d’occupation des écoles de la métropole lyonnaise pour les « Enfants sans toit ».

Si dans un premier temps la présidente de l’université avait renoncé à faire appel aux forces de l’ordre, elle avait finalement demandé, dans le cadre d’un jugement en référé au tribunal administratif, l’évacuation des locaux. Suivant les arguments de l’Université, le juge avait donné jeudi 14 décembre un répit de 4 jours avant d’autoriser l’usage de la force publique pour procéder à une expulsion.

En prévision de ce jugement, les occupants de l’amphi C avaient appelé à une journée de mobilisation, ce samedi 16 novembre, contre les expulsions et en écho à la manifestation internationale de Menton.

Ce rassemblement, à proximité de l’Hôtel de ville de Lyon a regroupé quelque 300 personnes, soumises à une forte pression de la police, qui avait mobilisé pour les impressionner plusieurs dizaines d’hommes ainsi qu’un canon à eau. Le même jour, en fin d’après-midi, était révélée l’occupation d’un grand bâtiment - aujourd’hui renommé l’Amphi Z, bien qu’il n’appartienne pas à l’université - à Villeurbanne.

Dans leur communiqué les occupants affirment :

Pour mettre à l’abri celles et ceux que l’État refuse de prendre en charge, alors même que ses propres lois l’y obligent, des écoles et des universités sont aujourd’hui occupées ; ici, mais aussi à Grenoble, Nantes ou encore Paris.

Ainsi, depuis le 15 novembre l’Amphi C de la faculté de Bron est occupé par les expulsé·e·s de la Part-Dieu. Plus de cinquante sans-papiers et demandeurs/euses d’asile sont aujourd’hui menacé·e·s d’expulsion par la présidence de la fac qui s’était pourtant engagée à ne pas recourir aux forces de l’ordre.
Les parents de plus de vingt écoles organisent aujourd’hui la solidarité avec les famille laissé·e·s à la rue, occupant parfois les bâtiments. […] Le gymnase Rosset ouvert dans le cadre du plan grand froid est désormais menacé d’expulsion. Pourtant, le 5 décembre, la préfecture s’engageait auprès des collectifs reçus en délégation, à ne pas expulser les lieux occupés. Ces boniments ne nous ont pas plus dupé hier qu’aujourd’hui, ils renforcent au contraire notre détermination à lutter contre celles et ceux qui nous exploitent et nous expulsent.

Nous appelons à continuer la mobilisation et réaffirmons que c’est par la solidarité, l’entraide et la lutte collective que nous pourrons faire reculer l’Etat et ses politiques racistes et antisociales.

Nous réquisitionnerons chaque bâtiment vide pour sortir de la misère à laquelle nous accule l’État.

Tant qu’il y aura des gens à la rue, tant qu’il y aura des expulsions, il y aura occupation ! »

Les occupants appellent par ailleurs à se réunir ce lundi matin à 5h30 (non il n’y a pas d’erreur dans l’heure) pour faire face à une éventuelle tentative d’expulsion.

Le communiqué fait notamment référence à l’occupation de l’université de Grenoble, dont vous pouvez consulter la page facebook ici. Le Patio Solidaire est dans une situation de précarité similaire à celle qu’ont connue les occupants lyonnais. Ses occupants réclament actuellement de :

Pouvoir rester au patio après le 23 décembre, bâtiment vide et chauffé, dont l’occupation autogérée demande un investissement très minime de la part de la préfecture et de l’université, si une solution acceptable pour les résident-e-s actuel-le-s n’est pas proposée.

Par ailleurs, du côté de Caen, l’Assemblée Générale Contre Toutes les Expulsions avait envisagé une action similaire à ce que tentent actuellement les occupants de l’Amphi Z à Villeurbanne. Ainsi :

Le samedi 9 décembre 2017 […] a eu lieu une action collective destinée à officialiser publiquement et pacifiquement l’occupation de locaux vides d’un centre de loisirs désaffecté à Ouistreham. Ces bâtiments, appartenant à la mairie de Ouistreham, sont en grande partie inutilisés […]. L’objectif de l’action était d’occuper les parties vides de ce petit centre pour y abriter les migrants en détresse localement. Environ 60 personnes solidaires, provenant de Caen et de Ouistreham, ont participé à cette action ou l’ont rejointe une fois qu’elle a été rendue publique.

Malheureusement :

Vers 20 heures, trois heures après le début de l’action d’officialisation du squat, des dizaines de gendarmes sont intervenus pour évacuer les militant-e-s et personnes solidaires. […] Les militant-e-s et personnes solidaires, regroupé-e-s en bloc et faisant la chaîne, ont collectivement refusé d’être sorti-e-s un par un du périmètre car il était clair que la gendarmerie espérait filmer, contrôler et fouiller individuellement les participant-e-s à l’action. Elle espérait peut être aussi interpeller quelques têtes connues engagées dans la solidarité avec les migrants et sur d’autres fronts de la lutte sociale. […]C’est groupé-e-s, au son du slogan « Solidarité avec les migrants », entouré-e-s de près par des dizaines de gendarmes que nous avons lentement été repoussé-e-s hors du périmètre de bouclage de la gendarmerie.

Voici l’intégralité de leur communiqué.

A l’inverse, et pour finir sur une note positive, l’occupation de l’université de Nantes (bâtiments de la Censive et château du Tertre) continue, malgré les menaces du président Laboux, qui écrivait récemment aux personnels de l’université :

Les occupants du Château du Tertre ont rejeté hier soir, lundi 11 décembre, notre demande de quitter ce bâtiment. Conformément à ce que j’avais indiqué, j’ai donc saisi, peu après 18h, la préfecture pour demander l’évacuation du château.

Sous couvert d’un soutien aux migrants, la situation, sur le château, devient de plus en plus préoccupante : des barricades ont été érigées avec le matériel du chantier voisin, des liens avec la ZAD clairement revendiqués et des interventions sauvages entrainant des dégradations ont été constatées sur nos installations techniques.

Malheureusement pour lui, la préfète vient tout juste (le 14 décembre) de suspendre la menace d’expulsion. Le rapport de force continue pour autant, et le lendemain de cette décision, le Groupe Autonome de Géographes (Gag) a procédé au blocage de deux amphis de la fac du Tertre. Tout en écrivant :

Suite au mouvement d’occupation de la Censive et du château du Tertre qui prend de l’ampleur, la direction de l’Université en lien avec la préfecture a décidé de lever l’expulsion des lieux. C’est une avancée. Une avancée qui s’est réalisée grâce au rapport de force que nous avons su instaurer toutes et tous ensemble. Mais jusqu’à quand ?

Nous ne sommes pas dupes, les menaces qui pèsent depuis maintenant une semaine ne sont pas éteintes et nous savons que les expulsions se feront au moment propice, lorsque la fac sera désertée. Cette levée est provisoire. Nous ne pouvons donc nous permettre de relâcher nos efforts.

Nous voulons une garantie que les mineurs isolé-e-s ne soient pas mis à la rue pendant les vacances de Noël et qu’ils aient la possibilité d’avoir un toit au-dessus de leur tête et un endroit où dormir au chaud pendant cet hiver.

Cette garantie inclut la non-expulsion du rez-de-chaussée du bâtiment Censive, mais également du château du Tertre, avec bien sûr la remise en route du chauffage et de l’eau dans celui-ci. Il s’agit des revendications à court terme. Mais nos souhaits dépassent cette temporalité. Nous voulons surtout que les pouvoirs publics fassent leur devoir et qu’ils proposent enfin des logements décents pour toutes et tous.

L’urgence est toujours là, et nous soutenons l’appel à la grève déjà portée par Solidaire étudiant-e-s. Pour soutenir cet appel et le mouvement général d’occupation, nous, étudiant-e-s en géographie de l’Université de Nantes, avons réalisé une action de blocage dans le bâtiment Tertre ce vendredi matin.

L’objectif derrière cette action était de décentraliser la lutte sur le campus et de toucher directement les étudiant-es, largement démobilisés. C’est aussi d’avoir encore plus de visibilité qu’à l’heure actuelle, et casser la routine estudiantine qui se préoccupe principalement de ses examens de fin de semestre.

Nous sommes toutes et tous concernés. Multiplions les actions qui amèneront à la victoire. Soyons fort-e-s, soyons nombreux-ses.

Le Groupe Autonome des Géographes

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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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