De cris d’orfraie en hurlements, de boursouflures outragées en petites vertus effarouchées, de condamnations morales en compulsions de haine, la France a peur : c’est que l’Histoire n’a pas dit son dernier mot, dont cet octobre en flammes figure déjà comme un retour ardent.
Car c’est bien à Limoges que les émeutes du pain de septembre 1791, qui ont aussi lieu dans d’autres villes, préludent au soulèvement local du 27 février 1792, au cours duquel les ouvriers en armes envahissent la salle du conseil municipal. Accusé à raison d’affamer la population, par un détournement calculé du blé destiné aux habitants, Naurissart, le maire de l’époque, prend bientôt la fuite.
C’est à Limoges, dans le contexte consécutif aux journées révolutionnaires de février 1848 (qui mettent fin à la Monarchie de Juillet et portent au pouvoir une bourgeoisie républicaine s’empressant d’écraser les révoltes ouvrières de juin), qu’une Garde populaire, appuyée par une foule d’ouvriers rejoints pour l’occasion par le peuple insoumis des ponts de Vienne (les Ponticauds), marche le 27 avril sur la mairie, défendue par une Garde bourgeoise finalement désarmée par la foule au corps-à-corps. Le matin même, ses canons avaient été renversés au Champ de Juillet. À la faveur du pillage bienvenu de plusieurs armureries de la ville, la Préfecture est également envahie. Préfiguration éphémère d’un véritable pouvoir ouvrier, un Comité provisoire est constitué. Prise de panique, la bourgeoise se fait la malle.
Après celle de Paris, en vigueur depuis le 18 mars 1871, mais aussi celles de Marseille ou de Lyon, c’est encore à Limoges, le 4 avril, que la Commune est proclamée. Commune d’un jour, qui débute par l’insoumission de soldats refusant de rejoindre les troupes versaillaises qui assiègent Paris. Une mutinerie éclate, qu’amplifie et prolonge une révolte ouvrière au cours de laquelle s’enchaînent la prise de l’hôtel de ville, la mort de Billet (colonel qui avait eu l’outrecuidance d’ordonner à la troupe de dégainer le sabre) et l’assaut nocturne sur la Préfecture, dont le locataire s’enfuit, déguisé en… ouvrier !
C’est toujours à Limoges, en avril-mai 1905, que le prolétariat en lutte (bas salaires, mauvaises conditions de travail, arbitraire et sexisme des contremaîtres) déclenche une grève générale insurrectionnelle d’ampleur. Outre de nombreuses barricades et le pillage désormais traditionnel de quelques armureries, une bombe est posée devant la résidence du grand patron local de l’industrie porcelainière d’alors, Théodore Haviland, dont l’automobile est bientôt incendiée tandis que les usines sont prises d’assaut, leurs portes enfoncées, les ateliers saccagés. Le 17 avril, les insurgé.es affrontent avec détermination les charges meurtrières de la cavalerie – au cours desquelles le jeune Camille Vardelle, ouvrier porcelainier de 20 ans, est tué par balles – suite à l’attaque de la prison où sont enfermés plusieurs grévistes que le préfet refuse de libérer.
À l’époque enfoncée à l’aide d’un bélier improvisé, la porte d’entrée ainsi qu’un pan non négligeable du mur d’enceinte de la prison de Limoges se verront à nouveau célébrés comme il se doit sous les coups de boutoir généreux d’une tractopelle, dérobée sur un chantier voisin, dans la nuit de Noël 1974...





