Nous, partisans du pire, écrivons, militons activement pour que les choses s’aggravent.
Nous en avons assez de subir en victimes et témoins hébétés le perpétuel empirement des choses, en général comme en particulier, avec ce sentiment frustrant de n’y être pour rien. Nous sommes, et serons, désormais, sur tous les fronts.
Nous voulons en être désormais les acteurs conscients, déterminés et joyeux.
C’est ainsi que, pour les élections municipales, nous n’avons pas ménagé nos efforts, repérant, dans chaque circonscription, le candidat (la candidate, aussi bien, hélas !) le plus crapoteux, corrompu, ignare, spontanément fasciste (la concurrence est forte) et voté pour lui.elle, incité nos ami.e.s à faire de même. Les Alpes Maritimes ont confirmé, à cette occasion, constituer un vivier fort prometteur pour notre démarche. Gageons que notre geste nihiliste, faisant boule de neige, accélère le désastre final de la farce électorale. Dans le cas de Nice, où nous prospérons dans le trafic du Fenatyl, avouons-le, nous avons joué sur du velours. Nous avons même, par un habile stratagème, réussi à faire coup double, en votant deux fois – une fois pour Estrosi, par pure dérision, l’autre fois pour Ciotti, par ontologique méchanceté. Le coup monté de la tête de porc avait tout de même de la gueule, empruntant au pire de la politique, et permettant le triomphe de la politique du pire.
Partout où nous le pouvons, nous jetons de l’huile sur le feu. Dans le détroit d’Ormuz, nos hommes-grenouilles très compétents, et, surtout, travaillant pour nous, ne ménagent pas leurs efforts en immergeant des mines surpuissantes. Dans le même temps, nos talentueux lobbyistes harcèlent Trump et Hegseth – mais qu’attendez-vous pour larguer une bombinette nucléaire sur l’île de Karg ? Au fond, Trump et Hegseth paraissent bien mous du genou. Quelle triste figure revêtirait le pire, s’il devait épargner cette île !
Nous sommes le parti du néant. Nous ne sommes pas de ces dialecticiens subtils qui pensent que d’un mal sortira un bien – non, notre cause, c’est simplement que le pire empire. Ce que nous voulons, c’est le litre de super à 5 euros. Et les pénuries qui vont avec – les gens obligés de rouler leur clope avec des feuilles de mûrier séchées qui remplacent le tabac !
Ce que nous voulons : rien, le néant, et que demain les choses aillent plus mal encore qu’hier. Couchés ! Les damnés de la terre / Couchés ! les forçats de la faim.
Nous sommes le nombre, plus invisibles que le plus invisible des comités. Le principe qui nous rassemble est élémentaire : non plus simplement nuire à la bêtise, ce qui supposerait un préférable contre le pire, mais nuire à tout, au mal comme au bien – nous serons à l’enterrement de Jospin et nous y entonnerons l’Internationale avec Mélenchon et Cambadélis, dans un éclat de rire généralisé (pas un rire avec, cela va de soi). Nous répandons de l’huile de vidange sur les pistes cyclables de la capitale, au petit matin - beau carnage ! - nous enduisons les selles des Velibs de colle forte à prise instantanée – là encore, on se marre ! Percer les capotes, autre plaisir discret, produisant à terme ses effets.
Nous sommes actifs dans l’amicale des voisins (oxymore par anticipation), partout où nous sommes, c’est-à-dire partout. Nous y entretenons la zizanie, y provoquons des rixes, des scissions, des divorces, préparons des spritz à l’antigel. Les SDF qui font la manche aux feux rouges, nous les gratifions d’un éclatant sourire et de bonbons à l’arsenic. Qu’un gamin famélique veuille lustrer les vitres d’une de nos voiture, il connaîtra le logo de Michelin dans sa chair.
Nous sommes vraiment salauds et ce n’est qu’un début. Quand l’Armée populaire chinoise envahira Taïwan et Okinawa, nous assurerons le dictateur Xi de notre pleine et entière solidarité. Bruyamment. En Ukraine, c’est bien simple : nous fournissons des drones dernier cri aux deux parties, dans l’espoir que la guerre s’éternise. Nous militons activement pour une révision de la Constitution française – que Macron puisse se représenter une troisième, une quatrième fois, que Rachida Dati entre à l’Académie française.
Nous sommes fans de Retailleau et Darmanin, les deux mouches à merde de l’étron macronien. Sarah Knaffo est notre pin-up, toutes dents dehors, souriante et dévorante. Nous combattons l’antisémitisme avec eux, sans relâche, et aussi nous démenons pour que les juges qui prétendent retirer aux policiers leur permis de tuer (et les maires, voulant désarmer les polices municipales) soient envoyés aux galères (nous militons pour le rétablissement des galères ainsi, bien sûr, que de la peine de mort et des peines afflictives – une gégène dans chaque commissariat et nos enfants seront mieux protégés, nos rues seront plus sûres !).
Nous avons entièrement noyauté le mouvement féministe, nous lui suçons la moelle. En fait, Némésis, c’est nous, et Caroline Fourest est notre idole ! Nous pratiquons avec ardeur le harcèlement de rue et y rencontrons d’excellents résultats, en toute impunité. Quant à Quentin Deranque, il est un peu notre Herbert Norkus, notre Horst Wessel, galvanisant les identitaires, nous encourageant dans une guerre civile dont la résultante sera le rien, le pur chaos, laissé à lui-même, le non-être, le rien.
Nous faisons merveille à Lampedusa, allumons nos feux de naufrageurs la nuit, quand les canots des migrants viennent se fracasser sur les haut-fonds, les récifs. Quelle rigolade !
Georgia nous aime et nous subventionne en sous-main !
Patiemment, nous retissons l’empire colonial tout entier, nous rebaptisons les villes, les pays, les continents. Nous disons Bône, Oubangui-Chari, Cochinchine, boy, niakoué. Nous sommes tout de blanc vêtus (un K devenu rarissime). Bientôt, nos mutuelles rembourseront nos casques coloniaux, nos véroles, nos palus.
Nous chantons la guerre, la guerre nous aime. Et puis la junk food aussi, qui nous fait gras et laids. On n’est pas des pédés ! D’ailleurs les pédés et les trans, on les encule. Nous pratiquons activement les jeux de mots sur les noms propres, tous, pourquoi en réserver l’exclusivité à une seule espèce privilégiée ? - nous disons : Laurent Delahousse-de-couette-du lit à baldaquin ! Taïaut, taïaut, Retailleau ! On se marre.
Nous préparons quelques spectaculaires évasions : en tête de liste Dominique Pélicot, Jonathann Daval, Nordhal Lelandais et Frédéric Péchier. Ensuite viendront les djihadistes et leurs compagnes. Et, pour finir, Nicolas Sarkozy qui, à cette heure, aura été réincarcéré. Tous des Blancs ! Qu’ont-ils à faire en prison ?
Nous nous désolons de ce que l’armée israélienne n’ait pas encore envahi l’Afrique du Sud qui lui veut tant de mal et où les Juifs, à défaut d’être aujourd’hui maltraités, pourraient bien l’être un jour. Nous soutenons sans réserve toutes les législations pénalisant l’homosexualité dans les pays d’Afrique subsaharienne – la diversité culturelle a son prix.
Nous n’en démordons pas : l’inceste n’est pas un crime, mais un art. La raison pour laquelle on en fait de si beaux films et il en résulte de si beaux enfants. Nous irons jusqu’au bout du néant – nous sommes assurés d’y être en forte et excellente compagnie. Céline a eu raison trop tôt. Aujourd’hui, il aurait un avenir politique. Le néant, comme horizon désirable. Et avec le sourire, s’il vous plaît...
Premiers, premières signataires :
Amanda Guindé (orthophoniste)
Gilbert Chouf (plaquiste)
Jessica Bartov-Chvantz (enseignante, musicienne)
Jean-Bernard Deratte (cariste)
Julia Tarloux (auxiliaire de vie)
Marie-Georges Flapy (publiciste)
Maxime Fumiey (étudiant)
Cerise Vachon (agricultrice bio)
Germain Griveton (vétérinaire)
Emmanuel Glabre (preneur de son)
Samantha Berlinguer (traductrice)
Esteban Mufle (technicien radio)
Gaëtan Bélître (pneumologue)
Roxane Calinescu (agente immobilière)
Alexis Suspira (gardien de musée)
Ange Boulet (chauffagiste)
Harold Brichton (sapeur-pompier)
Debra Dodot (paysagiste)
Samy Booze (antiquaire)
Celeste Gamel (programmatrice)
Stanislas Chevreuil (animateur scolaire)
Edwige Molotoff (universitaire)
Irène Faucon-Maalouf (ingénieure en informatique)
Gilda Pusseau (performeuse)
Marguerite Potance (journaliste)
Armand Ramier (éleveur)
Jean-Christophe Raton (architecte d’intérieur)
Jérémie Frelatey (agent de change)
Melissa Panurge (correctrice)
Sebastian Pankow (éditeur)
Delphine Larbin-Mouton (pharmacienne)
Jamie Souyon (assistante parlementaire)






