Nouveau lundimatin papier débarque

Pédés plutôt que Français

Homosexuels, est-ce que vous vous sentez vides ?

paru dans lundimatin#109, le 21 juin 2017

Cette semaine se tient un peu partout en France la 36e Marche des Fiertés. Inaugurée en 1970 pour célébrer les émeutes de Stonewall qui opposèrent Drag Queens, Drags Kings, travesti.e.s, personnes transgenres et homosexuel.le.s aux forces de l’ordre de New-York.

Depuis quelques années, certains groupes tentent de redonner un contenu politique à cet évènement, en organisant des Pride de nuits, ou des Pink Bloc à l’intérieur de la marche officielle. C’est ce qui s’est passé samedi, à la marche de Bordeaux, où le collectif TPG (Trans Pédés Gouines) - créé après le mouvement du printemps dernier - a pris la tête de la manifestation, passant ainsi devant le FLAG, association d’homosexuels et de lesbiennes de la Police Nationale. Nous reproduisons ici un texte, signé par une bande de « pédé-astres », diffusé largement lors de cette marche.

Rien à signaler dans l’horizon gay, personne ne redoute son nouveau pouvoir. Les cover-boys deviennent président de la république, une grappe de flics homosexuels ouvrent la marche des fiertés. Il y en a qui bossent dur pour gagner un peu de normalité, à la sueur de leur front, ils peuvent enfin aller se faire dorer au soleil du club med. Fermez les frontières ! Ouvrez vos culs énergumènes ! La saison des soldes va débuter, le mode de vie lgbt sera bientôt bradé. 2 euros pour la fierté ! 2 euros pour la lâcheté ! Un silence lourd s’installe dans le royaume des bougres, la révolution s’est dissoute dans la bonne conscience et les têtes creuses du macronisme. Arrête ton char, camarade, nous voyons des choses troubles dans le rose. Dans les nuits noires, les gays se prélassent dans les fluides froids et incolores, amnésiques du dimanche, arrivistes du nouveau millénaire, la guerre des pédés, vous connaissez ? En marche vers le bataillon sacré, des pédés contre les homosexuels, ça s’invente pas, c’est une guerre civile, c’est le volcan qui se réveille, effusions de foutre prestidigi-tateurs. Homosexuels, est-ce que vous vous sentez vides ? Comment vous sentez-vous dans les hautes sphères des parvenus ?

La France n’est pas en échec, c’est une ruine. Voilà un terrain dévasté où les hommes tournent en rond sur eux-mêmes, sur leurs désirs oubliés et sur leurs volontés enfuies, et sur l’évanouissement de leurs vies arrêtées, des hommes sont en orbite autour du néant. Pédés plutôt que français. Cela signifie que nous choisissons le désir et la volonté au lieu d’un peuple qui ne se reconnaît que par son angoisse diffuse. Après l’expulsion de la jungle de Calais, le parcage des migrants dans les centres d’accueils, après macron président, après Rémi, Adama, Zyed, Bouna, tués comme des chiens par la police, après les assignations à résidence, l’état d’urgence, la prison pour les mineurs et le fichage pour tous, la France a pourtant toujours la côte à qui croit que la liberté, l’égalité, la fraternité nous l’aurions dans le sang et la révolution française dans le cœur.

Il faut que nous apprenions à reconnaître les impasses où l’on veut nous confiner. Nos désirs sont trop forts et trop importants, moralement, politiquement. Ces hommes que nous désirons, ces autres, cette altérité suprême du type croisé à la sortie d’un cinéma, celui aperçu dans les vapeurs du sauna, entre les buissons des tuileries, à travers la fenêtre de grindr, ou encore ce camarade insoupçonné qui se dévoile quand la nuit tombe ; on ne sait rien mais on pressent tout, archétype de l’enfance, on pressent à quoi peuvent servir nos bouches, nos culs, nos langues, nos souplesses et nos souffles, pas besoin d’éducation sexuelle ou de porno pour apprendre cela, dans ces endroits mystérieux où l’autre nous renvoie, nous accule, aux premiers instincts de notre être qui nous indiquent que nous étions politiques avant même qu’on se le dise.

Là où la délicatesse se fait violence, arrachement à soi et au monde, en l’air, fuyant les mains du temps et de la patrie. Instants fragiles. Tout fait sens à celui qui sombre dans la fragilité.
Nous revendiquons la fragilité, l’abjection, la destruction des normes, le communisme des langues, éjacs faciales pour tous, saccages des murs blancs, nous voyons des choses troubles dans le rose.

Une bande pédé-astres

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25 avr. 17 Mouvement 2 min
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