NDDL : Vu de l’intérieur. Choisir son interieur.

Montage

paru dans lundimatin#142, le 20 avril 2018

- >Faits divers|Eric Pelletier| 14 avril 2018, 22h03 | MAJ : 14 avril 2018, 22h50 |13

Centre opérationnel de la police place Beauvau : dans cette cellule sont gérées des situations de crise et des événements avec un potentiel de danger élevé. LP/ Jean Nicholas Guillo.

La cellule de crise du ministère a suivi la manifestation de ce jeudi à Nantes en direct. Nous y étions.

La police est parfois aveugle. Et dans ces conditions, mieux vaut avoir de l’oreille en sachant interpréter la petite musique des ondes radio. Ce samedi après-midi, au Centre opérationnel de la police (COP), salle de crise ouverte à deux pas de la place Beauvau, on suit minute par minuteles deux manifestations de Nantes. Dont une, à haut risque, en soutien aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Mais la liaison vidéo avec la préfecture de Loire-Atlantique se fait désirer, la faute à une fichue fiche dont le bâtiment préfectoral n’est pas (encore) équipé. Il faut donc se résoudre à suivre la situation à l’ancienne, à travers les liaisons radio numériques, mais surtout via les comptes rendus des unités de terrain, soit près de 1 200 policiers. Au COP, une dizaine de personnes notent, pianotent, téléphonent et consignent. « Une remontée d’infos en temps réel », gérée par Christian Meyer, imperturbable chef d’état-major. Le pouls de l’information et de la décision stratégique passe par ici quand la « gestion de l’ordre public » reste dévolue à la préfète de Loire-Atlantique.

A l’arrière, dans ce qui ressemble au carré des officiers d’un navire, le directeur général de la police, Eric Morvan, suit le cortège depuis son Smartphone… grâce aux images diffusées en direct par les manifestants sur l’application Periscope.

Jets de projectiles sur les forces de l’ordre

Le mouvement des troupes policières apparaît, lui, sur une cartographie détaillée de Nantes projetée sur écran. Tombent aussi les slogans, notés par les policiers du Renseignement territorial, preuve que l’esprit de mai 1968 n’est pas mort, tel ce « En marche arrière lycéennes ! ». Un tag mais aucune interpellation : le premier défilé, celui des syndicats, des cheminots et des lycéens, se déroule sans heurt. La note de synthèse, tombée alors que l’horloge bleue de la cour pointe 16 heures, estime le nombre de manifestants à « 1 850 ». Mais quand un volcan s’éteint, un autre s’éveille…

« Jets de projectiles sur les forces de l’ordre », indique-t-on sur les ondes, où le débit se fait plus saccadé. Vers 16h30, environ « 500 cagoulés » - « les pénibles » comme on les appelle ici – sont affairés à dépaver « 4 m2 ». La seconde manifestation, organisée en soutien aux zadistes de Notre-Dame-des-Landes, à 15 km de là, dégénère déjà, dépassant en nombre les prévisions initiales, ce qui suscite un petit flottement entre directions. Ils seraient « 6 700 dont 800 à risque ». Imperceptiblement, les directeurs, de la sécurité publique ou des CRS, se rapprochent de la table des opérateurs. A 17h15, Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, fait par téléphone un point de situation avec son directeur du cabinet adjoint. Du COP, on pourrait presque entendre les bruits du verre et de la castagne, avec la destruction annoncée en direct de distributeurs de billets et d’un magasin de parfumerie, une fois donné l’ordre de dispersion. La nuit risque d’être longue. Les dosettes d’un café italien, stock de munitions déposé à même l’épaisse moquette mauve, doivent permettre de tenir jusqu’au matin.

Bilan médic des dernières 48 heures

samedi 14 avril 2018

Depuis le début de la semaine, au moins 148 personnes ont été prises en charges par le groupe médic’ (ce bilan n’est pas exhaustif). Au cours des dernières 48 heures, le groupe médic soigne et prend en charge en continu des personnes blessées pendant les assaults policiers et nous a livré ce bilan (là encore non exhaustif) :

23 personnes ont subi des éclats multiples éclats de grenades sur le corps (visage, nuque, torse, jambe, pieds, mains, doigts...) parfois enfoncés de 3 cm dans la chair. Une même personne peut avoir reçu une quinzaine d’éclats. Certaines personnes présentent des signes d’infections suite à ces blessures

8 personnes avec des hématomes des membres avec des phénomènes de compression dangereux liés à l’utilisation des Lanceurs de balles défensives

3 personnes avec des atteintes neurologiques (vertiges, céphalées, confusion...) suite aux explosions de grenades.

1 personne atteinte à l’oeil par un éclat de grenade, 3 autres souffrent de baisses d’audition sévères liées à des explosions de grenades

Sur les postes de soin et lors des déplacements de l’équipe médic’ sur les lieux de charge, il a été constaté l’utilisation d’armes au potentiel létal :
— tirs tendus de grenades diverses
—  utilisation de grenades avec des charges explosives massives au contact à hauteur d’homme
—  utilisation massive et continue au niveau d’habitations de gaz à haute concentration toxique : brûlures, nausées, Etc
—  plusieurs témoignages d’utilisation de gaz incapacitants (deshydratation immédiate, diarrhée, vomissements, confusion, possible abattement...)

Conclusion : La police assassine, cela nous le savons déjà. Des policiers sont hospitalisés suite à l’explosion d’armes qu’ils nous envoient consciemment dessus et en continu depuis plusieurs jours.

Vu de l’intérieur :

//// Communiqué 
— - Ce qui est en train de se passer pendant le rassemblement de ce dimanche ou la magie de la zad !

Malgré le blocus gouvernemental, une foule de 15 000 à 20 000 personnes à réussi coûte que coûte à se rendre en différents points de la ZAD ce dimanche. De nouveaux groupes continuent à arriver en ce milieu d’après-midi. Depuis ce matin, tout a pourtant été fait pour briser ce vaste élan de solidarité : barrages et contrôles partout, check-point policier au sorties 4 de voies avec appels aux conducteurs à ne chercher à se rendre sur place. C’est le première fois que l’Etat cherche ainsi à empêcher une grande manifestation de ce type sur la zad et à faire monter la tension. Mais ici l’esprit collectif ne se laisse pas intimider de la sorte : les soutiens connaissent les chemins, les champs et passent en groupe les barrages policiers. Le mouvement qui a arraché l’abandon du projet d’aéroport se retrouve de nouveau aujourd’hui dans toute sa force et sa diversité pour défendre la ZAD.

Moment solennel à la ferme de Bellevue à 14h : les milliers de bâtons planté le 8 octobre 2016 ont été déterré du sol. Nous avions fait le serment de venir les rechercher le jour où la ZAD serait de nouveau attaquée. Le Temps est venu ! Des personnes de tout âge sont repartis avec sur le chemin de suez, escortant une grande charpente en bois emmenée par un convoi de tracteurs. Cette belle construction a été réalisée cette semaine avec du bois de la ZAD sous le hangar de l’avenir par des dizaines de charpentiers solidaires. Elle est pour l’instant montée sur le champs de la Wardine et pourra être déplacée par la suite.
Des centaines de personnes portent les assemblages en bois de main en main. C’est sur ce même champs en 2012, lors de la manifestation de réoccupation, que des chaînes humaines avaient portés des masses de matériaux pour construire un village à la Chataigne. Aujourd’hui, des centaines de bâtons ont été immédiatement plantés tout autour du chantier pour protéger ce nouvel édifice, halle de marché et de réunion qui devait initialement directement être amené au Gourbi et remplacer l’espace commun détruit jeudi. Pendant ce temps d’autres groupes importants de manifestant.e.s bâtons en main, débordent de toute part le dispositif policier placé sur la d81 et traversent la route pour passer à l’est sur la zone interdite et occupée depuis ce matin par des colonnes de gendarmes. Une construction mobile est emmenée à travers champs. Plus d’une centaine de personnes sont toujours séquestrées depuis ce matin à la ferme de la Grée. Des soutiens essaient de les rejoindre. On nous annonce la présence de la préfète vers le carrefour de la Saulce. Après la manifestation déterminée de plus de 10000 personnes hier entre syndicalistes, étudiants et soutiens à la ZAD, elle va pouvoir constater de nouveau de visu qu’on ne peut écraser notre désir de collectif par la terreur et la destruction ! D’autant que les actions de solidarité continuent dans de nombreuses villes de France et du monde ce week-end.

La ZAD même blessée est toujours magique !
Bientôt plus d’infos sur la suite des évènements de cet après-midi

Liste de communication de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes.
06.95.06.81.49
zadcontactpresse@riseup.net

Zone A defendre - http://zad.nadir.org/

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