Interview de Julien Coupat

« Nos infinies réserves de lâcheté veulent toujours croire que nous pourrions abandonner à quelque force autre que nous, à quelque leader le soin de nous sauver. Mais il n’y a plus rien. Nous allons devoir faire nos affaires nous-mêmes. Le vent se lève. Il faut tenter de vivre. »

paru dans lundimatin#24, le 24 mai 2015

Alors que le parquet de Paris a jugé bon de délivrer à la presse son réquisitoire final dans l’affaire de Tarnac, il n’aura fallu qu’un week-end pour que les inculpés de terrorisme leur renvoie la pareille. C’est donc au tour de Julien Coupat, lundi 11 mai 2015, de donner ses impressions sur la procédure antiterroriste en question ainsi que sur la situation générale.
Nous nous permettons de reproduire ici l’interview accordée à Aude Lancelin dans l’Obs.

Le parquet a de nouveau retenu la qualification de « terrorisme » dans votre dossier et demandé votre renvoi en correctionnelle. Comment prenez-vous cette nouvelle ?
Dans n’importe quel autre pays d’Europe, un dossier comme celui-ci aurait depuis longtemps donné lieu à relaxe avec de discrètes excuses des autorités. Mais nous sommes en France, et comme l’écrivait Alexandre Herzen, « en France, quand on entre dans un tribunal, on recule de deux ou trois siècles ». Dans son formidable autisme historique, la magistrature n’a manifestement pas eu vent de la chute de la monarchie. Elle croit pouvoir tout régler en coulisse, guetter des signes de la Cour avant chacune de ses décisions, tordre le cou à toute logique et mettre à mort qui s’est rendu coupable de lèse-majesté. L’humanité à la Daumier des prétoires ferait bien de s’aviser de l’arrogance de son anachronisme. Ou bien elle devra constater de ses propres yeux que ce François Hollande avait bel et bien un parfait profil de Louis XVI.
Vous n’êtes plus que trois, au sein du groupe de Tarnac, à faire l’objet de poursuites. Avez-vous eu à un moment donné l’espoir d’un abandon définitif des charges ?
Depuis le jour de nos arrestations, nous avons toujours trouvé hilarantes les charges qui pèsent contre nous. Et nous trouvons toujours aussi hilarant que le parquet s’appuie dans son réquisitoire, pour étayer l’accusation de « terrorisme », sur un livre en vente à la Fnac, « l’Insurrection qui vient », et le témoignage sous X d’un mythomane qui a reconnu au 20-heures de TF1 avoir été manipulé par la police antiterroriste. Les procureurs sont des écrivains de polars ratés. Leur littérature pleine de « structures à finalité subversive clandestine », de « plans terroristes », de « tentatives de déstabilisation de l’État par la destruction des infrastructures ferroviaires » est manifestement le produit de l’imagination squelettique de gens qui regardent la vie depuis les fenêtres de leurs cabinets molletonnés. Leur mauvaise foi prête à rire.
Mais un peu comme pour le procès-verbal de filature D104, l’hilarité s’arrête quand vous prenez conscience que la magistrature a, dans son petit monde suspendu, le pouvoir de transformer, contre toute évidence, un faux grossier en « vérité judiciaire » - quand vous réalisez que tout cela est grotesque, mais que cela marche, et se dirige vers vous pour vous écraser. Nous ne nous sommes pas battus, et nous ne nous battons pas, pour faire reconnaître on ne sait quelle innocence, ni pour que la justice, dans sa grande mansuétude, daigne abandonner ses poursuites infondées. Nous nous battons parce que l’on a tenté et que l’on tente encore de nous détruire, de rayer définitivement de la carte la possibilité politique dont l’État a fait de nous un exemple. Nous nous battons pour nous, pour nos proches, pour nos amis et pour tous ceux qui nous ont un jour exprimé leur sympathie, et ce malgré la disproportion massive des forces.

Plutôt que de faire prudemment marche arrière, l’appareil antiterroriste, ivre de sa toute récente popularité, insiste pour avoir le dernier mot dans l’enceinte de ses petits tribunaux. Qu’il sache que nous ne sommes pas de ceux qui se laissent faire, que nous préférerons toujours déchaîner les feux de l’enfer plutôt que de nous laisser piétiner, et que nous ne sommes pas seuls.

L’incrimination la plus grave, celle de « direction » d’un groupe terroriste, qui était initialement retenue contre vous et pouvait vous valoir les assises, a finalement été abandonnée. De « chef » vous voici devenu simple « animateur »… Comment qualifieriez-vous votre rôle réel au sein de la collectivité de Tarnac ?
De paratonnerre, plutôt.
Vos avocats ont réagi en disant que maintenir la qualification élargie de « terrorisme » au sujet de votre dossier ouvrait la voie à une « hyper criminalisation des mouvements sociaux ». Est-ce votre crainte, notamment suite à l’adoption de la loi sur le renseignement ?
Nous vivons dans un monde qui va dans le mur à tombeau ouvert, et qui le sait. Les faits en attestent tout autant que la production hollywoodienne. Ceux qui tiennent les rênes de la machine préfèrent qu’il en soit ainsi plutôt que de renoncer à la moindre miette de leur pouvoir. Ils s’attachent simplement à distiller dans la population le sommeil nécessaire, quitte à le peupler de cauchemars terroristes. C’est ce dont témoigne exemplairement le vote sans états d’âme de la nouvelle loi scélérate dite « sur le renseignement ». Que l’on en soit, quinze après le Patriot Act, après le rapport du Sénat américain sur la torture, après les révélations de Snowden, à adopter des mesures aussi exorbitantes, dit à la fois le cynisme inoxydable et le pathétique mimétisme des gouvernants français. Ils croient vraiment qu’ils vont pouvoir refaire avec quinze ans de retard le coup du néoconservatisme martial, et que nous sommes tous trop bêtes, trop lâches et trop passifs pour nous en insurger.Évidemment, le fait que le parquet, qui tenait son réquisitoire prêt depuis des mois, ait choisi le lendemain du vote de cette loi pour le faire fuiter dans « le Monde » ajoute à l’impudence du geste. Le geste dit : « Oui, nous allons tous vous mettre au pas par un contrôle de masse au nom de l’antiterrorisme ; et vous allez voir quel traitement nous réservons à ceux qui nous résistent. » Il est vrai que le seul espoir des gouvernants est de convaincre chacun qu’il n’y a pas d’autre choix que de les suivre, qu’il est vain de croire pouvoir construire d’autres mondes, insensé de s’organiser contre eux et suicidaire de les attaquer. C’est pourquoi Tarnac doit être décapité. C’est pourquoi les ZAD doivent être mises au pas, que ce soit par voie judiciaire ou à l’aide de milices.
Votre seul entretien paru dans la presse remonte à 2009, soit trois avant l’élection de François Hollande. Il était commun alors, à gauche, de reprocher à Nicolas Sarkozy et à Michèle Alliot-Marie, leur instrumentalisation d’un « ennemi intérieur », leur emploi flottant du concept de terrorisme, sans parler d’une sorte d’acharnement spécifique à votre égard. Diriez-vous que l’arrivée du PS au pouvoir n’a rien changé à votre situation, ni plus largement au traitement étatique réservé à l’« ultragauche » ?
Le régime social-démocrate actuel, chacun le constate, est en passe de réussir ce que Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à faire, en matière d’« austérité » comme d’antiterrorisme, de droit du travail comme de répression de tout ce qui se trouve à sa gauche. Noske [homme politique allemand qui écrasa la révolte spartakiste, NDLR]a trouvé sa digne descendance postmoderne. Cela n’a, au reste, rien d’un phénomène spécifiquement français : Renzi en Italie, Obama aux États-Unis sont faits de la même pâte politique, qui n’a conservé de l’héritage des organisations de gauche que leur pente autoritaire et leur rhétorique saisissante d’hypocrisie. Les déçus du hollandisme s’ajoutant à ceux du jospinisme, du rocardisme et du mitterandisme, il est peut-être temps d’enfin entendre ce que Mascolo a établi il y a des décennies déjà : le contraire d’être de gauche, ce n’est pas être de droite, c’est être révolutionnaire.
Rémi Fraisse, le jeune manifestant mort en octobre dernier lors des manifestations contre le barrage de Sivens, est le premier manifestant tué par les forces de l’ordre depuis trente ans en France. Quel regard portez-vous sur cet événement ?
Précisément : seul un régime de gauche pouvait tuer un manifestant, mentir des jours durant sur les circonstances de sa mort, pour finalement expulser ses camarades de lutte grâce aux gros bras de la FNSEA, et tout cela sans déclencher une révolte de masse. Néanmoins, les manifestations qui ont répondu au meurtre de Rémi Fraisse, notamment à Toulouse et à Nantes, avaient de quoi inquiéter grandement le gouvernement, qui n’en a rien laissé paraître et s’est attaché à en minimiser à la fois l’étendue et la portée. Car dans la rue, ces jours-là, ce qui s’est exprimé n’était pas quelque obsession groupusculaire contre la police, mais bel et bien une rage diffuse. C’était alors toute la foule des centres-villes du samedi après-midi qui clamait d’une seule voix « tout le monde déteste la police ». C’étaient des grands-mères qui cognaient à coup de sac à main sur les véhicules sérigraphiés. C’étaient des pères de famille qui bravaient les CRS. C’étaient des passants qui, toute crainte bue, chargeaient la BAC.Cet automne-là, qui fut aussi celui de Ferguson, le divorce entre police et population a atteint son comble. On ne comprend rien à la façon dont le gouvernement a géré la réponse aux attentats de janvier si on ne la comprend pas stratégiquement, comme réaction calculée à cette situation d’extrême dissensus. Depuis lors, il paraît que la police serait là pour nous protéger. On ne fait jamais l’ « union nationale » que contre un ennemi intérieur, et en vérité rarement contre celui que l’on désigne. La suite l’a assez prouvé.
Suite aux attentats commis en France en janvier dernier, notamment à « Charlie Hebdo », craignez-vous que l’antiterrorisme ne devienne plus que jamais une politique de substitution, et même une vision du monde ? En voyez-vous déjà des signes ?
Replaçons-nous à l’automne. Tout observateur un peu lucide se demandait alors comment un régime aussi discrédité pourrait encore gouverner deux ans et demi. Janvier a apporté la réponse : par l’antiterrorisme. Depuis le jour de nos arrestations, nous n’avons cessé de répéter que l’antiterrorisme n’a rien à voir avec la lutte contre le « terrorisme », qu’il ne vise pas centralement ceux qu’il frappe, mais l’ensemble de la population, qu’il s’agit bel et bien d’intimider. Et c’est certainement d’avoir éprouvé cette vérité que tant de gens que nous ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas nous ont soutenus, aidés, donné la force de tenir bon.Je crois que l’ensemble des manœuvres politiques qui ont suivi les attentats de janvier, et exemplairement la récente loi sur le renseignement, ont achevé d’en apporter la démonstration : l’antiterrorisme est bien une technique de gouvernement des populations, un instrument de dépolitisation de masse. Les gens qui, comme nous, se font coffrer comme « terroristes » ne sont que le prétexte d’une offensive bien plus générale. Il faut être aveugle ou parfaitement insincère pour en douter à présent.

Grâce au tour de passe-passe de l’antiterrorisme, le gouvernement se pose comme unique garant de ce qui est collectif, collectif qu’il réduit à une masse confuse d’atomes grelottants, à une série statistique d’individus apeurés, dotés d’une « liberté » illusoire et bientôt fatale. L’opération n’est pas bien compliquée : nous autres Occidentaux sommes confits de peurs sans nombre. L’Occident est d’entre toutes la civilisation de la peur. Il nous faut donc nous dissoudre comme population, c’est-à-dire, pour chacun d’entre nous, conquérir sa crainte, cesser de faire obstacle à la vie, éprouver de cœur à cœur le commun qui est là, dont nous sommes faits et par où tout communique. Par où passe le commun, le gouvernement ne passe pas.

Une bataille idéologique fait rage aujourd’hui autour du 11 janvier. Comment avez-vous vécu ces événements, qu’en retenez-vous ?
Nous avons eu le malheur, avec quelques camarades, d’atterrir en France le 8 janvier au matin. Nous revenions du Mexique où nous étions allés à la rencontre des zapatistes. Nous quittions un pays insurgé, nous trouvions le nôtre en état de siège. Tous les uniformes imaginables étaient de sortie. À la télévision, sur les ondes, toutes les pourritures qui avaient présidé à nos arrestations plastronnaient comme dans un cauchemar : les Guéant, les Bauer, les Squarcini se répandaient en conseils avisés d’experts en « sécurité ». D’un côté, « Charlie Hebdo » était un journal politiquement détestable. Sa ligne était depuis longtemps devenue si droitière que c’est, je crois, le seul organe de presse qui ait vu ses locaux dévastés lors d’une manifestation contre le CPE. D’un autre côté, si Cabu, pour la génération de 1968, c’est « L’Enragé », « Hara Kiri », etc., pour la mienne, c’est Récré A2. Faut-il que la sagesse de ce monde soit devenue complètement folle pour être contemporain d’un attentat à l’arme lourde contre le Club Dorothée ? Ainsi, deux blocs d’absurde entraient en collision au-dessus de nos têtes. Et nous étions là, juste en dessous, ensevelis sous les débris. À cela s’ajoutait que l’un des frères Kouachi avait un temps partagé avec nous le même juge d’instruction, Thierry Fragnoli. Celui-ci lui avait accordé un non-lieu au moment même où il s’enfonçait dans des actes d’enquête toujours plus invraisemblables contre nous. En voilà un qui avait le sens de la République. Pour avoir côtoyé l’antiterrorisme de près, il était pour nous évident que les Kouachi, les Coulibaly, les Merah, n’en étaient pas des ratés, mais au contraire de purs produits. Nous avions des choses à dire. Nous n’avons rien dit. Nous sommes restés interdits. Il ne nous semblait pas qu’il y ait, à ce moment-là, une oreille disposée à nous entendre. Tout le monde déraisonnait. Il n’y a pas d’ « esprit du 11 janvier ». Ce qu’il y a, c’est une population au fond plutôt pacifiste qui ne veut pas être prise dans les guerres extérieures, dans la guerre de civilisation engagée par son gouvernement, et un appareil gouvernemental qui retourne de manière obscène la situation en instrument de domination accrue de la population. Le hic, c’est que la seule façon de desserrer l’étau où nous sommes pris est d’entrer en guerre, d’une manière ou d’une autre, contre ce qui nous gouverne, et que cela va contre tout pacifisme, que cela réclame du courage, de la stratégie et des complices, de nombreux complices. Il faut se souvenir comment le pacifisme, dans les années 1930, a mené à la Collaboration. Le pétainisme est un pacifisme.
Vous qui avez eu affaire depuis toutes ces années aux services de renseignement, comment expliquez-vous, après des scandales comme celui de la NSA aux Etats-Unis, que ces enjeux de respect des libertés ne mobilisent que si peu les opinions publiques ?
Mon expérience des services de renseignement est que l’on a affaire à des menteurs patentés, à des êtres torves, à des cinglés en armes. Et ce n’est pas d’avoir entendu Bernard Squarcini, dans une librairie où je l’ai croisé fortuitement, s’excuser devant moi et soutenir qu’il n’avait rien à voir avec l’affaire de Tarnac qui me convaincra du contraire. Voilà des gens à qui je ne confierais pas ma fille, et moins encore ma « sécurité ». Quant à l’« opinion publique », je n’ai jamais compris ce dont il s’agissait. Si l’on parle des sondages fabriqués de toute pièce que l’on sert à la demande de tel ou tel commettant ou de l’appareil médiatique qui ne brille guère par son attachement à la vérité ni par la profondeur de ses questionnements, je sais à peu près, comme la vaste majorité des gens, à quoi m’en tenir. Ce que j’entends chaque fois que je discute dans un bar, que je rencontre un inconnu en stop ou que j’écoute des gens qui ne partagent pas mes vues, c’est une immense défiance vis-à-vis de tout ce qui se dit « publiquement ». Un temps, l’internet et les réseaux sociaux ont servi de soupape de sécurité à ce divorce, mais ils sont à présent en voie de flicage avancé. L’incrimination d’ « apologie du terrorisme » est là, désormais, pour produire sur toute expression téméraire la terreur requise. Pour savoir réellement ce que pensent « les gens », il n’y a guère d’autre moyen que de reprendre physiquement l’espace public et de se confronter en assemblées ouvertes. Il est frappant que, de nos jours, lorsque des gens se retrouvent dans la rue pour parler et réfléchir ensemble, ils ne tardent pas à se convaincre qu’il s’agit là d’une révolution, ou qu’une révolution est à faire. Pour ce qui est de Snowden et Assange, que nous sommes allés rencontrer à Londres, le fait que l’un en soit réduit à se réfugier dans la Russie de Poutine et que l’autre n’ait aucun espoir de sortir un jour de l’ambassade minuscule où il est reclus, en dit long sur ce qu’il faut entendre par le mot « démocratie ».
Les insurrections sont finalement venues écrit le Comité Invisible dans À nos amis (La Fabrique). Toujours pas en France en tout cas, où la gauche radicale ne progresse ni dans les urnes ni dans la rue. Comment l’expliquez-vous ? Pourquoi l’extrême-droite anti-immigrés est-elle la seule force à profiter du délitement politique dans notre pays ?
Nous vivons des temps radicaux. L’état de chose ne pouvant durer, l’alternative entre révolution et réaction se durcit. Si la décomposition en cours profite essentiellement aux forces fascisantes, ce n’est pas parce que « les gens » inclineraient spontanément vers elles, c’est qu’elles donnent de la voix, font des paris, prennent le risque de perdre. Y a-t-il de plus grand risque, dans la situation actuelle, que de ne pas prendre de risque ?" Pour revenir au Front National, tout le paysage de la politique classique n’est qu’un vaste champ de ruine, FN compris. Ce dernier a, jusqu’à une date récente, servi d’ultime illusion : qu’il pourrait y avoir un parti contre les partis, une politique contre la politique. Nos infinies réserves de lâcheté veulent toujours croire que nous pourrions abandonner à quelque force autre que nous, à quelque leader le soin de nous sauver. Mais il n’y a plus rien. Nous allons devoir faire nos affaires nous-mêmes. Le vent se lève. Il faut tenter de vivre.
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