Il confirme ainsi, avec sa balourdise habituelle, combien l’invocation d’un « droit » peut servir d’alibi au pire arbitraire [1], et combien il est nécessaire de désobéir à tous ceux qui se proclament shérifs du bien et du mal tout en étant juges et partie, condamnant chez leurs rivaux les crimes qu’ils ne craignent pas de commettre dans les territoires sous leur férule.
Si l’on écoute les accusations Trumpetées, les manifestants tués par ses Thugs [2] complètement givrés sont responsables de leur mort. Ils n’avaient qu’à ne pas être là, ne pas « semer le désordre » en manifestant pour objecter à des actes ignobles. Rhétorique usuelle chez les dictateurs : Ce n’est pas le cogneur qui est responsable des coups qu’il donne, c’est celui qui les reçoit. Il n’avait qu’à se « tenir tranquille », se laisser docilement maltraiter, ne pas résister. On ne serait pas « obligés » de le rappeler à « l’ordre » à coups de fouet, de le torturer pour le faire rentrer à la niche.
De l’Iran aux États-Unis, des franches dictatures aux plus roublardes démocratures, c’est le même argument qui soutient le despotisme : il est « irresponsable » de s’y opposer. Ce n’est pas « sage ». Aux coups répressifs s’ajoute ainsi l’injure, d’autant plus dégueulasse que celui ou celle qu’elle insulte n’est plus en état de répliquer. On se souvient de la déclaration sordide du sinistre de la république Robert Pandraud lors de la mort de Malik Oussekine en 1986 : « Si j’avais un fils sous dyalise, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit. » [3] Cette franche crapule avait ainsi illustré de sa morgue le fait que, pour ceux qui se décrètent « dirigeants », les bœufs qu’ils tiennent sous leur joug ont toujours tort dès lors qu’ils se montrent indociles, ne serait-ce qu’un peu, et ont mérité tous les malheurs qui leur arrivent. Ces meurtrissures sont la punition qu’appelle leur « insolence », qu’elle leur soit infligée par les foudres des « autorités » ou qu’elle advienne comme conséquence de la situation dangereuse dans laquelle ils se sont mis. Qu’ils soient étouffés par les entraves servant à les expulser plus facilement, assommés par une grenade « sécuritaire », tués par une balle de prétendue « légitime défense », électrocutés en fuyant un harcèlement prétorien, noyés suite au naufrage d’un rafiot de négriers, gelés en montagne en « clandestins » démunis, asphyxiés dans un camion plombé, c’est toujours de leur faute du point de vue des agents de la loi et des bons « citoyens » qui la respectent, quelle qu’elle soit. Un peu plus poussé ça donne la « logique » appliquée pleinement par les gouvernants Polonais ordonnant à leurs gardes frontières de tirer à balles réelles sur les migrants tentant de les franchir. Le cynisme ultime en la matière se trouvant chez les dictateurs chinois qui font payer aux familles de ceux qu’ils condamnent à mort (qui ne sont pas tous des criminels de bas étages) la balle ayant servie à les tuer, car ils sont coupables d’avoir mérité d’être tué. Ce fut aussi, quoique poussé à son paroxysme, le puant raisonnement des Nazis : les juifs avaient mérité ce qu’on leur faisait subir puisqu’ils étaient juifs et que le Führer les avait décrétés parasites à éliminer.
Qui veut tuer son chien l’accuse d’avoir la rage. La sagesse populaire a su résumer ce genre de déraisonnement couvrant d’excréments ceux que leurs agresseurs veulent torcher. Les résistants aux infamies de toutes sortes n’ont pas à s’en sentir blessés. Cette insulte est plutôt une médaille décernée à leur « refus d’obtempérer ».
Mais, pour les seconder, on aimerait qu’il se trouve aujourd’hui des porteurs d’uniformes se souvenant de cette proclamation de déserteurs de l’armée ayant rejoint les Communards parisiens de 1871 : « Quand l’ordre est infâme la désobéissance est un devoir ». [4]
Gédicus
6 février 2026






