La Maison de la Grève

« Il faut s’imaginer que Rennes c’est la ville qui a inventé le Minitel. »

paru dans lundimatin#20, le 26 avril 2015

Décidé à dénicher ce qui détonne dans la morosité ambiante, lundimatin est parti à la rencontre de « La Maison de la Grève ». Nous nous sommes entretenus avec certains de ses tenanciers.

Avant de parler de votre lieu, la Maison de la Grève, où s’organisent, depuis quelques années maintenant, un tas d’initiatives (que vous nous décrirez), vous pourriez commencer par nous parler un peu du contexte dans lequel vous oeuvrez, la ville de Rennes par exemple.
Avant de parler spécifiquement de Rennes, le contexte c’est avant tout celui d’une métropole. Il y a de ça quatre à cinq ans, quand on a cherché un lieu pour ce que nous appelons la Maison de la Grève il était à la fois évident et important que l’on reste en ville. C’était un élément de notre pari. Après certaines des luttes que nous avons traversées [la première Maison de la Grève a été ouverte après l’échec du mouvement social contre la réforme des retraites en 2010], il est arrivé que des gens partent continuer de s’organiser à la campagne. Certains de ces lieux existent encore et on continue de s’organiser avec eux. Mais, nous, on a tenu à rester en ville.

La ville, c’est là où l’offensive sur l’existence est la plus forte et les armes de cette guerre sont bien affûtées : prix des loyers, plans d’urbanisme, polices multiples, payer pour tout, dispositifs de contrôles de plus en plus sophistiqués, le cynisme sur la plupart des affiches et des lèvres, le règne de l’individu isolé, rapports de merde quotidiens, etc. Alors, on pourrait dire qu’on a décidé de s’installer au cœur de l’hostilité. Mais il ne s’agit pas de prendre la ville comme pure négativité. C’est aussi là où l’anonymat est possible, où il existe une cohabitation de diverses manières de vivre, lieu des rencontres improbables, lieu du rapport de force, de l’errance. C’est une affaire de perception. Tu peux voir la ville comme un immense terrain de jeu, apprendre à l’habiter et à y faire sa place.

nous n’avons pas les même règles... juste le même terrain

La métropole, c’est de tout rendre productif. Pour certains aménageurs elle s’appréhende à la manière d’un jeu de plateau, avec ses territoires à valoriser, à conquérir, ses ressources. À ce jeu, nous n’avons juste pas les même règles et pas les même moyens, nous avons seulement le même terrain sur lequel il faut être capable de tenir le rapport de force. Sinon, on crève vite sans même s’en apercevoir.

Rennes est une ville de 206 000 habitants...
Bon, il faut quand même s’imaginer que Rennes c’est la ville qui a inventé le minitel. Autant dire que rien de très grandiose ne s’y fait. C’est une ville moyenne de province où la classe moyenne a pris le pouvoir. Sauf qu’elle entre en concurrence avec une autre espèce : le cadre dynamique. Dans un an, grâce à la SNCF, Rennes-Paris se fera en moins de deux heures. On s’apprête à recevoir tout un tas de connards qui vont emmener avec eux (et imposer) leur mode et leur niveau de vie. Pour préparer leur arrivée, Rennes, comme toutes les villes de France qui sont dans la compétition, est devenue un immense chantier : nouvelle ligne de métro, nouveau quartier d’affaire, nouvelles technologies...

Ce que vous décrivez est un phénomène global, mais qu’est-ce qui fait la spécificité de Rennes ? Qu’est ce qui fait que c’est là que vous vous êtes retrouvés ?
A certains égards, elle dément l’équation « ville moyenne = ville endormie ». Il y a vraiment beaucoup de choses qui se font dans l’angle mort du « spectacle ».

« les gens sont sympas », « on s’y fait royalement chier »

Dans les années 90, cette ville était connue pour son ambition musicale et sa rue de la soif. Dans les années 2000, il y a eu un affrontement sur cette question de la « fête ». Pas un jeudi soir qui ne finisse en émeute. La police voulait nettoyer la rue à la fermeture des bars. Il faut dire que les fêtards faisaient des feux pour pouvoir affronter le froid, les gens voulaient rester, donc ça se bagarrait. C’était vraiment cool mais, au final, on a perdu. Petit à petit, tout un arsenal d’arrêts préfectoraux pour les bars et les épiceries couplés de dispositifs policiers, mis en place dès 22h00 contre le transport d’alcool, ont eu raison des traditions locales. Il faut ajouter à tout ça une politique de l’offre festive aseptisée, bien menée par la municipalité et quelques relais associatifs.

Pour résumer, il se dit deux choses sur Rennes, « les gens sont sympas » et « on s’y fait royalement chier ». Pour nous, c’est vraiment l’histoire politique liée à cette tentative qu’est la Maison de la Grève et les amitiés qui en sont nées qui font qu’on s’est retrouvé ici et qu’on a continué à y vivre, peu d’entre nous y sont nés, ou y ont grandit.

Venons-en à cette histoire politique. Racontez-nous la genèse la Maison de la Grève.
En 2006, pendant le mouvement anti-CPE, la fac de Rennes a été occupée pendant deux mois, de février à mars. Et tous les jours, il y avait des manifestations, des occupations, des blocages. Pour notre génération, c’est un moment de politisation énorme. Tu rencontres beaucoup de monde, chacun est disposé à discuter de tout, tu traînes ensemble, tu prépares des coups. Tout va vite, les liens, la pensée politique, la débrouille collective. Notre vie, comme beaucoup d’autres, a basculé pendant ces deux mois de grève parce qu’on s’est rendu compte qu’on pouvait déterminer ce qu’on voulait vivre, que la place il fallait la prendre et qu’en plus on se marrait dix fois plus que dans la vie normale. Pour beaucoup, on a continué à vivre ensemble. Et, à chaque nouveau mouvement étudiant, c’était l’occasion de rencontrer de plus en plus de monde.

ça faisait partie de l’idée : durer au-delà du mouvement social, et pouvoir ne jamais finir la grève

Donc, la première « Maison de la Grève » arrive en plein mouvement des retraites, en novembre 2010. À un moment où on se sent dans l’impasse entre un enchaînement de blocages matinaux à la botte des machines syndicales et l’absence de lieu dans lequel tout le petit monde des bloqueurs de l’époque pourrait être ensemble autrement que dans une assemblée militante. Un soir, alors qu’il pleuvait et qu’une énième assemblée commençait, plusieurs personnes ont proposé d’occuper les anciens locaux de la CFDT pour en faire le lieu du mouvement. Ce qui nous réunissait, c’était l’envie que la grève puisse durer. C’est dans ces moments-là qu’on apprend et qu’on se pose des questions ensemble. Se nourrir, se former, se soigner, bref tout ce que nécessite la vie quotidienne, mais là on le fait en dehors des automatismes individuels. Et donc, évidemment, on apprend à se battre aussi.

Le nombre grossissait de jour en jour. La mairie n’a donc pas tardé à évacuer le bâtiment. Un lieu qui se voulait libre de tout précepte idéologique, identitaire où je ne sais quoi, laissait la possibilité qu’advienne un espèce de monstre informe, qu’il aurait été difficile de canaliser si le lieu avait duré plus longtemps. Parce que ça faisait partie de l’idée : durer au-delà du mouvement social, et pouvoir ne jamais finir la grève.

Et après l’expulsion ?
Ça a mis un peu de temps à se faire, mais on a décidé de louer un local parce qu’on voulait trouver autre chose qu’une énième occupation, quelque chose à plus long terme. Non pas qu’on ne tenait plus aux occupations illégales - on a d’ailleurs continué les occupations par la suite - mais on avait envie de mettre le temps de notre côté. À partir de là, la Maison de la Grève est devenue autre chose, imbriquée dans le quotidien, en prise avec des situations politiques autres que des mouvements sociaux.
Donc, maintenant, on peut en venir plus spécifiquement à ce qu’est ce lieu aujourd’hui. Vous pourriez commencer par nous le décrire pour en donner une idée à nos lecteurs.
La Maison de la Grève est hébergée par APRIL, une association qui met ses locaux à disposition de collectifs ou associations locales. On va vous décrire l’entièreté des locaux.

C’est un espace assez biscornu. On y rentre par la vitrine, enfin la porte qui la jouxte. La première pièce est une sorte de salon avec des vieux canapés et des banquettes de bars. Les jours de cantine, c’est là où tout le monde se retrouve pour boire le café, surtout les fumeurs. Parfois, la pièce est tellement enfumée que les non fumeurs traversent l’espace en courant. On y fait aussi des réunions.

Ensuite, il y a un couloir pourvu d’un lavabo-espace-thé-café puis, une sorte de bibliothèque sur la gauche avec des ordinateurs en accès libre à l’internet sécurisé. On y lit et travaille des textes collectivement, une fois par semaine. On s’en sert aussi de lieu de réunions.

c’est un mélange entre une grotte et une véranda

Au bout du couloir, il faut traverser une cour, qui, quand il y a une activité dans le lieu est rempli de jeunes et de vieux qui discutent et fument, assis sur les marches, il faut donc parfois enjamber quelques personnes pour accéder à l’autre bâtiment.

Là, on entre dans une grande pièce qui sert le plus souvent de salle à manger. Il y a de grandes tables en bois et métal, cet espace sert aussi de salle de concert, de cinéma, ou de salle de réunion. C’est là qu’il y a la cuisine qui longe la pièce. C’est une cuisine qu’on a fabriqué de A à Z avec du bois et de l’inox. Elle a la capacité de nourrir, 3 fois par semaine, une soixantaine de personnes. Les murs sont en terre chaux plus ou moins bien faits et l’éclairage est particulier, c’est un mélange entre une grotte et une véranda.

À l’étage, c’est une pièce aménagée en salon, il y a aussi des tables pour pouvoir manger quand il n’y a plus de places en bas. Ici, on joue aux cartes, on discute, on lit, on fait des réunions et parfois rien du tout. Le dernier étage est un espace mansardé, en lambris, une sorte de repère de conspirateurs. A une époque, c’était l’atelier informatique qui y avait établit ses quartiers, une fois par semaine on y trouvait des hommes et des ordinateurs, tu pouvais venir les voir pour apprendre quelques trucs, régler un problème, ou juste les voir. Maintenant, ce sont les bureaux de l’association et des associations qui sont hébergées ici. C’est pour ainsi dire le QG des bureaucrates, une espèce particulière avec qui nous entretenons des relations régulières pour des questions logistiques. Toujours est-il que nous, on ne s’en sert pas pour faire des réunions.

Voilà géo-physiquement ce qu’est la maison de la grève.

La Maison de la Grève est un lieu public, qu’est ce qui fait que les gens franchissent la porte ?
Ce qui prend le plus de temps, le plus d’espace et qui ramène le plus de monde ici, ce sont les cantines. Trois midi par semaine, on prépare à manger pour 50 à 70 personnes. Quand on dit « cantine », s’il-vous-plaît, n’imaginez pas la vieille soupe et le croûton avec des gueux qui font la queue. Certains d’entre nous prennent la cantine plus à cœur que d’autres, et ça a de plus en plus de gueule. Il ne s’agit pas seulement de nourrir des besoins mais aussi d’inventer notre propre luxe.

Mais, le mieux dans cette histoire de cantine, ça n’est pas la bouffe, c’est le fait même de se retrouver là. On peut difficilement définir qui vient ici et comment ils sont arrivés là, à manger toutes les semaines. On a beau y venir tout le temps, on ne connaît pas tout le monde. A chaque fois, c’est un attrait particulier pour le lieu et son histoire qui te fera venir y manger. L’ambiance, le prix, la bouffe, la chaleur, les amis, c’est surtout que dans une certaine mesure, tu pourras bouffer tranquille sans avoir à tenir aucun rôle. On ne te demande pas d’être quelqu’un, et on espère que personne ici ne connaîtra le malaise des repas de famille. Ainsi, il est possible de répondre n’importe quoi à la question « que fais-tu dans la vie » ?

Les cantines, c’est une porte d’entrée, une manière de se trouver. Il est encore possible d’être aveugle ou insensible mais, quand on passe la porte de la Maison de la Grève, on sent qu’il y a quelque chose de différent, les langues s’y délient, les fous y trouvent un foyer, les inadaptés du commun, les déprimés de la joie, les bricoleurs des jouets, les musiciens des oreilles, les indigents des combines….tout ça dans un joyeux bordel où les disputes sont fréquentes. Plus tu viens à la maison de la Grève, plus tu prends goût à d’autres réalités.

Vous êtes nombreux à occuper ce lieu, on se demande à quoi ressemble votre quotidien. Par exemple, pour l’argent, comment faites vous ?
Pour la question du quotidien, c’est un peu compliqué d’obtenir une description même parcellaire. Principalement ici, on mange et on parle, mais d’un jour à l’autre le lieu peut changer d’atmosphère en fonction des lubies du moment. Un jour, tu peux tomber sur une bande de guignols qui joue aux cartes et se bourrent la gueule avec un certain art de l’élégance. Le lendemain, tu vas tomber sur une trentaine de personnes qui écoutent une conférence sur l’islam avec un certain art de la concentration. En d’autres termes, il y a plusieurs réalités, plusieurs quotidiens qui se déploient dans un même espace.

Par définition, on ne travaille pas dans cette maison parce qu’on y est en grève. La plupart du temps, on pourrait dire qu’on se débrouille mais en fait on est plutôt organisés ce qui fait que même si on voulait bosser on n’aurait pas le temps. Et on se rend vite compte que ça n’a rien à voir avec bosser pour un salaire, parce que là il s’agit d’oeuvrer directement à créer notre quotidien. On essaie d’être autonome sur ce qu’on peut, veut et ce qui n’est pas trop absurde.

On tient surtout à ce que la comptabilité ne domine pas le lieu et ce qui s’y fait. Des problèmes de fric, on en a tout le temps, mais on se les pose différemment, on invente des manières de faire de la thune ensemble ou de s’en passer tout simplement. Sur les activités, on dégage très peu de thune. Les seules fois où payer a de l’importance, c’est quand on fait ça pour acheter des trucs précis comme du matériel pour la cuisine. Il s’agit aussi souvent de besoins pour des frais d’avocats démentiels pour des histoires vraiment à la con. On fait des repas spéciaux où il faut que les gens paient, mais pour ça on leur sort le grand jeu culinaire, et franchement, c’est pas cher payé. Ici, aucune des activités ne servira à de l’enrichissement personnel. L’argent est collectif avant tout et sert à payer loyers, factures, etc. Ici, « mon argent » ne veut pas dire grand chose. Si tu n’a pas d’argent, c’est untel qui paie, le lendemain ce sera untel et on fait en sorte que personne ne galère.

Après, c’est comme tout ce qui se passe ici, il n’y a pas de règles, nous n’avons pas de charte, on n’a pas un rapport moral à l’argent. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de problème avec l’argent, au contraire même : c’est parce qu’on sait qu’on y sera toujours confronté qu’on cherche toutes les façons de lui donner le moins de place. C’est un peu compliqué d’expliquer comment tout ça est possible, c’est avant tout parce que nous vivons une forme de communisme dont l’amitié est la base la plus solide.

Vous semblez aussi liés des groupes, des événements qui se passent ailleurs, vous pouvez nous en parlez ?
D’un côté, quand on parle de Rennes et de ses reconfigurations, on voit bien que ce sont des dynamiques qui traversent bien d’autres endroits du globe. D’un autre côté, la Maison de la Grève elle-même appartient aussi à mouvement plus général. La Maison de la Grève est un nœud de la toile, comme la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes en est un (plus gros), ou, encore dans une autre mesure, la place de la Kasbah, à Tunis, en a été un, etc.

Bien sûr il y a des différences entre tous ces exemples. Mais ce qu’il y a de commun ce sont les questions que soulèvent chacune de ces situations : comment la vie s’organise dès qu’on décide de chasser le pouvoir.

C’est ce qui fait que la plupart du temps on se sent plus de proximité avec ce qui peut se passer à mille kilomètres d’ici qu’avec les voisins du bout de la rue. C’est pour ça qu’on trouve important de se déplacer souvent dans d’autres pays, ou d’autres villes de France. Aller se rendre compte de ce que c’est qu’une vallée italienne qui résiste depuis plusieurs années à la construction d’un TGV, ou inviter une personne qui a vécu le soulèvement de Maïdan en Ukraine a autant d’importance.

Vous avez parlé de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Vous qui êtes justement à moins d’une heure de cette zone, vous entretenez quelles relations avec cette dernière ?
Le rapport de force qui a été tenu dans cette lutte a permis d’arracher un territoire : pas d’institution, pas de flics, la plupart des habitants n’ont pas d’emploi salarié et la valeur de l’argent n’a plus la même définition. On s’organise concrètement avec des habitants de cette zone. Toutes nos patates et nos oignons, et bientôt notre pain, proviennent des terres réquisitionnées sur ce territoire libéré. On y fait donc beaucoup d’allers-retours, que ce soit pour les chantiers agricoles, ou pour la défense des lieux, ou simplement y voir des amis.

La Maison de la Grève, dans une forme et une échelle différente, est calquée sur la même prétention. c’est-à-dire apparaître comme une possibilité de désertion d’un ordre général, non pas comme une alternative à la « société » mais comme un antagonisme réel et être capable de tenir le rapport de force que cela implique. Parce qu’évidemment, un groupe assez conséquent de personnes qui refuse l’atomisation générale, qui décide de ne plus se laisser faire et de construire une vie qui vaut la peine d’être vécue devient une cible policière, médiatique, etc. Il faut donc aussi savoir se défendre

En résumé, c’est quoi la Maison de la Grève ?
C’est un espace au cœur de la ville. S’il y a un intérêt à en parler et à y jeter un œil c’est qu’elle est le début de réponse à une question révolutionnaire, celle de l’autonomie (politique, matérielle, existentielle). Si vous cherchez un endroit qui ne ressemble pas à l’enfer (mais qui ne soit pas non plus un « refuge » confortable), peut-être que vous verrez en la Maison de la Grève quelque chose qui vaille la peine. D’où l’intérêt, pour nous, de raconter son histoire. Parce que nous comptons bien nous répandre et trouver des échos de nous mêmes, sous d’autres formes.

ps : La cantine de la Maison de la Grève a besoin de s’équiper (notamment d’un lave-vaisselle) et a lancé pour cela un appel à dons. Ça se passe par là.

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