Tarnac, un magistrat crie au complot

Quand la justice s’emballe contre les reptiliens.

paru dans lundimatin#9, le 2 février 2015

TF1, Le Monde, Libération, Mediapart et Les Inrockuptibles piégés par les théories conspirationnistes

Vendredi 30 janvier 2015, la cour d’appel de Versailles a été le théâtre de révélations effarantes.

Depuis plus de 3 ans maintenant, deux policiers de la Sous-Direction Antiterroriste de la Police Judiciaire sont placés sous le statut de témoin assisté suite à une plainte pour « faux en écriture publique » déposée par Julien Coupat et Yildune Lévy, tous deux poursuivis dans l’affaire de Tarnac et soupçonnés d’avoir déconnecté l’alimentation électrique d’une ligne TGV.

Plainte

À l’origine de cette procédure, la conviction de Coupat et Lévy. Convaincus que le procès-verbal de la filature qui fonde les accusations de terrorisme contre eux est un faux, et après avoir essuyés les refus systématiques d’instruire à décharge de l’ancien juge antiterroriste Thierry Fragnoli, ils décident de porter plainte pour faux en écriture publique afin qu’une autre juridiction puisse rendre un avis impartial.

Nous n’exposerons pas ici les détails de cette épopée juridique car cela sera fait dans un futur article.

Au cours de cette procédure parallèle, de très nombreux éléments apparaissent. Pas moins de vingt policiers de la Sous-Direction Anti-Terroriste et de la DCRI sont entendus et confirment la véracité du procès-verbal et donc de la filature. Cependant, de nombreuses incohérences dans leurs récits sont relevées par la défense.

Malgré cela, la juge en charge du dossier estime qu’il n’y plus de doute à avoir quant à la bonne foi des policiers et prononce un non-lieu. C’est l’appel de ce non-lieu, par les parties civiles (Coupat et Lévy) qui a eu lieu ce vendredi.

Coup de théâtre

Lors de l’audience, Me Dosé, avocate de Lévy et Coupat, s’est présentée avec de nouveaux éléments. Elle a tenté de démontrer devant la cour que les témoignages des 20 policiers étaient absolument contradictoires entre eux ainsi qu’avec le déroulé du procès-verbal. Cerise sur le gâteau, l’un des agents ayant assuré avoir participé à l’opération cette nuit-là en Seine-et-Marne aurait parallèlement, c’est-à-dire à la même heure, rédigé un procès-verbal à Levallois-Perret, dans les locaux de la SDAT.
À partir de ces éléments, l’avocate exigeait que l’enquête ne soit pas close et qu’à minima, le policier puisse être entendu quant à ce fascinant pouvoir d’ubiquité.

Mais l’avocate générale ne s’en est pas laissée conter. Selon nos informations, elle se serait lancée dans une diatribe enflammée et vindicative à l’encontre de la partie civile. Tout ce que le parti de « Tarnac » avait énoncé n’était que théorie de la conspiration. Elle comparait alors les démonstrations de leur avocate aux vidéos qui pullulent sur internet et remettent en question tant les attentats du 11 septembre que ceux de Charlie Hebdo. Renversant la charge sur les plaignants, elle validait le récit policier tout en accusant les « victimes » de manipulations mentales.

Nous avons contacté l’une des mis en examen de l’affaire de Tarnac afin de recueillir ses impressions. Même si elle n’est pas plaignante dans cette plainte pour faux en écriture publique, elle a tenu à ce que sa réaction soit publiée. Nous le faisons sans aucune censure afin de retranscrire au mieux son sentiment sur le moment : « Ces gens sont vraiment les dernières des merdes. Non seulement ils savent pertinemment, comme tous ceux qui ont lu le dossier, que les flics mentent depuis le premier jour, mais ils n’ont tellement pas de dignité qu’ils aiment se réduire aux pires infamies pour flatter leurs collègues. Ils ne connaissent vraiment pas la honte ».

Quoi que l’on pense de la dureté du propos, force est de constater que les « théories conspirationistes » dénoncées par l’avocate générale ont été largement documentées par des médias habituellement connus pour le sérieux de leurs enquêtes. Le journal Le Monde avait en effet relaté cet été des invraisemblances inexplicables de ce fameux procès-verbal de filature. Mediapart avait aussi révélé l’année dernière qu’un agent de la DCRI contactait des journalistes afin d’accuser ceux de « tarnac » de délits imaginaires, Les Inrockuptibles s’était fait l’écho des manoeuvres troubles d’un agent secret anglais à l’origine de l’affaire et TF1 était même allé jusqu’à assurer que le seul témoin clef et anonyme du dossier était en réalité un mythomane manipulé par la DCRI et poursuivi pour avoir menacé sa propre fille de viol et abattu ses moutons.

Il apparaît donc certain aujourd’hui qu’il y a bien conspiration d’Illuminatis ou de reptiliens. Reste à en déterminer les membres : l’avocate générale ou les autres.

Le délibéré sera rendu le 27 mars. Pendant ce temps, l’instruction principale du pole antiterroriste reste au point mort... depuis 6 ans.

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