Un livre retrace les dernières années de sabotage du TGV Lyon-Turin

Asaradura

paru dans lundimatin#29, le 28 septembre 2015

Le procureur de Turin, lors de l’audience du 21 septembre 2015 a requis huit mois de prison ferme à l’encontre du romancier et ancien membre de Lotta Continua Erri de Luca, pour les propos qu’il a tenu en faveur du mouvement de lutte contre le TGV Lyon-Turin (en septembre 2013, dans une interview donnée à l’Huffington Post, il déclarait en effet : « La TAV doit être sabotée. »).

Parce qu’on ne mesure par toujours, en France, l’importance qu’a pris le mouvement "No-Tav" de l’autre côté des Alpes, nous voulons rappeler ici la parution d’un ouvrage qui revient sur l’histoire et le déroulement de cette lutte. Il s’agit de : ASARADURA, Notes de voyage contre le TAV. Eté 2011 – Printemps 2015. .

Présentation en 4 mots.

ASARADURA

ASARADURA, en un seul mot, comme une formule magique, prononcée d’une traite : çavaêtredur. « A sarà düra ! », c’est l’une de ces phrases entêtantes que le mouvement No TAV se répète à lui même, pour conjurer la force déployée à son encontre autant que pour se ré-assurer, à chaque coup dur, de sa capacité à faire face. Magique, la formule l’est devenue avec le temps, à travers les foules qui la prononcent depuis vingt ans, les jours de victoires comme ceux de défaites. Elle dit la brutalité exercée contre le mouvement et en un même souffle son opiniâtreté à poursuivre, car comme toute formule magique, elle met en jeu la transformation du monde, avec toutes les ambiguïtés que cela implique.

Lavanda

Asaradura, c’est donc la formule qui a été choisie pour nommer cette compilation de textes, publiée au début de l’été 2015, à l’occasion de la marche organisée côté français sur le tracé projeté de la ligne TGV Lyon-Turin. Le livre est construit autour de cinq textes, « des notes de voyages écrites à plusieurs, dont les chemins se sont croisés dans les presidi et les bois de la Val Susa » entre 2011 et 2014. Ces cinq textes, intitulés « Lavanda », restituent la pensée en mouvement que la lutte a su impulser, ce sont des textes stratégiques quoique leur forme soit éminemment poétique. Ils ont été écrit dans le moment immédiat succédant à chaque temps fort du mouvement ; depuis là, ils ramassent les morceaux d’événements qui viennent de se produire et les projettent dans la situation présente, soumettant l’ensemble des composantes du mouvement à la question de ses suites possibles.

Territoires en lutte

Chacun des cinq Lavanda est introduit par un texte, qui resitue la période dans laquelle il a été écrit et est à chaque fois suivi et complété de deux autres textes, l’un rendant compte d’autres luttes ayant cours à la même période en Italie, en France ou en Espagne, l’autre émanant directement de ces luttes. Tous les textes du recueil participent d’une même séquence historique, d’une même aire géographique, aucun n’est extérieur à ce dont il parle, pourtant, ce ne sont pas là leurs points communs essentiels. Leur cohérence est plus certainement de rendre compte de territoires en lutte, depuis des coins de rue, des sentiers, des quartiers et des villages, à l’échelle d’une vallée ou celle d’une ville entière. Les questions qui se posent aujourd’hui en Val de Suse sont analogues à celles qui se posent dans les quartiers de Barcelone ou à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le sens de réunir ces textes correspond pour cela à la nécessité de faire circuler l’intelligence des réponses chaque fois différentes, locales et singulières qui y sont apportées.

Ce qu’il nous reste à faire

Cette compilation de textes voudrait pouvoir participer de quelque chose de bien plus grand qu’elle, une réalité qui prendrait corps morceau par morceau, sous les pas de ceux et celles qui voudraient bien participer à lui donner forme. Nous voulons parler de la potentialité inouïe ouverte par l’association possible de tous ces territoires en lutte, depuis l’Amazonie jusqu’au Japon, en passant par le Val de Suse. Bien sûr, il nous reste à inventer toutes les manières, les tours de mains, toutes les habiletés à faire exister, à l’échelle du monde, ce que chacune de ces luttes implique de composition et de tensions internes, de combativité et de ruse. Nous sommes idiots encore, nous n’avons aucune idée de comment fabriquer une force supérieure à partir de la multiplicité et de la complexité propre à chaque combat initié depuis quelque part. Nous ne savons pas comment allier des forces déjà trop hétérogènes pour parvenir à se dire alliés, le fussent-elles de fait. Pourtant, c’est là le seul chemin praticable, en ces temps de catastrophes, si l’on ne veut maintenir vivante l’idée d’une politique possible.

Pour lire l’introduction du livre

Asaradura - Intro

Pour se procurer le livre, s’adresser aux librairies La Gryffe et Terre des Livres à Lyon, à la librairie Arthaud de Grenoble ainsi qu’à la librairie Michelle Firk à Montreuil.

(Pour commander en gros, envoyez une lettre à la Gryffe en indiquant l’adresse postale et le nombre d’exemplaires et joignez un chèque du montant total en notant au dos « asaradura ». Comptez 5 € l’exemplaire, frais de port inclus).

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