Wallah ce monde j’en peux plus frère
Tour Eiffel nique ta mère
Leurs monuments aux morts, c’est dead
Brûlez leurs Tesla et leurs SUV 2mer2
Eux qui se croient au temps des croisés
Qui comptent les enfants morts en contrats de Rafale
Prêts à grand remplacer la joie par des bombes
La France de la start-up nation pue la naphtaline
Tous ces vieux qui boivent CNews toute honte bue
Qui regrettent une France qu’ils n’ont pas connue
Le maréchal leur souhaite une bonne nuit
La poésie de ce monde n’est plus très réjouissante
Mieux vaut regarder un TikTok de lycéen
Il y a des dinosaures qui dansent dans la foule
Les lives de blocus font des millions de vues
J’ai vu hier un vieux sur un scooter PMR
Suivi par une liesse de lycéens en folie
Des images qu’on ne voit pas – Trotro aux infos !
Sur les plateaux ils ont tous des costumes
Qui porte des costumes dans la vraie vie ?
Je veux voir un gamin en Under Amour cagoulé
Balancer des pétards sur l’Élysée
Du lundi matin au samedi soir on n’en peut plus gros
Dans le RER on voyage en classe animale
Au lycée on nous demande notre carte d’identité
La sonnerie a été remplacée par les sirènes de keufs
Des cochons sans RIO se promènent dans les rues
Liberté Égalité Fraternité brille au fronton des mairies
On choisit ses mots pour ne pas faire de vagues
Radio Mille Collines est partout sur les ondes
Voici que les conscrits ont moins de dix-huit ans
Ton père ne te parle plus ou tu ne parles plus à ton père
Tu es très impie quand tu es seul avec ton VPN
Tu n’aimes rien tant que les pompes de l’Élysée
Il est sept heures l’orage est dehors et tu bois une Duckpin
Tu regardes L’Époque de Mathieu Bareyre
La veille du 17 octobre 2026
Tu espères que demain entrera dans les manuels
Autrement que le 17 octobre 1961
Quelle hâte de quitter l’époque contemporaine
Les fleurs de lys poussent dans les commicos
C’est la torche d’un tel qui enflamme la Bastille
C’est Bally le héros qu’on appelle monsieur le maire
C’est l’arbre qu’on coupe pour construire l’A-69
C’est le castor qu’on expulse lui l’espèce protégée
C’est l’étoile de David peinte sur un bulldozer
Ce sont des colons qui prient sur les terres qu’ils ont prises
C’est Mahomet qui scrolle les news sur son tel
Il fait défiler les noms d’enfants avec son pouce
Mohamed est sur la liste
Enfants du siècle plus personne ne sait à quel saint se vouer
Dans tous les pays ça n’en peut plus de finir
Des satellites dans l’espace privatisent la lumière
Les moustiques sont morts voici l’ère des drones
Qui piquent des écoles et des parcs pour enfants
Ils disent que c’était un accident
Ils crient que les lycéens sont des hordes barbares
Nahel est mort Eden ne peut plus parler Maël ne voit plus que d’un œil
Leurs visages passent sur les feeds
On connaît leurs prénoms mais pas ceux qui ont tiré
Les mortiers d’artifice fleurissent sur les condés
Ces hommes en bleu ne reconnaissent plus leurs fils
Des LBD rencontrent des mâchoires et des dents à 340 km/h
Les colombes ont les yeux rouges
Dans les rues des nuages de fumée
Lacrymo à tire-d’aile sur un air de blues
La BAC et la BRAV-M se prennent pour des hommes
Au-dessus de Paris les oiseaux cherchent les saisons
Ils viennent boire aux bouches des canons à eau
Le colibri bat des ailes devant le micro de Frontières
L’aigle débarque en jet privé
Des essaims de bots infestent les commentaires
Et combien de pigeons y a-t-il dans Paris
Ils couvent des œufs dans les casques de la garde républicaine
Des mouettes se disputent un kebab sur les quais de Seine
Les sirènes ont appris à chanter avec Auto-Tune
Un paon traverse Paris en faisant la roue arrière
Et des Dracaufeu s’envolent au passage d’un Tmax
Maintenant tu marches dans Panam multiplié par la foule
Des stories te parviennent des posts que tu déroules
L’amour de tous ces gens te desserre le gosier
Si tu vivais dans le présent tu t’allongerais sur l’herbe
Vous n’avez plus le temps de connaître l’ennui
Ils se moquent de vous puis vous demandent de lever la main
Ils comptent les mains levées un seul doigt est tendu
Le ministre a convoqué les représentants des doigts
Il leur promet une place autour de la table
Aujourd’hui tu reviens dans Paris les années ont passé sans passer
C’était tes vingt ans son premier quinquennat
Les gilets jaunes remontaient les Champs-Élysées
Tu as connu cette avenue avec des vitrines et sans
Notre-Dame a brûlé un soir devant toi
Ils ont confiné le printemps les cerises et les fleurs
Lui dit n’avoir jamais été adolescent et toi tu as déjà vécu cent ans
Des amis ont des enfants d’autres voient grandir ceux qu’ils n’ont pas eus
C’est toujours près de nous ces images qui fanent
Maintenant tu es au bord de la Méditerranée dans une story
Sous les citronniers chacun vit sa meilleure vie
Tu connais les vacances de gens dont tu as oublié le prénom
Tes amis sont à Montpellier à Montreuil d’autres à Marrakech
Vous vous écrivez « Faut trop qu’on se voie »
Et chaque fois vous le pensez vraiment
Tu es dans la salle d’escalade
Tu te sens dans ton élément magnésie sur les mains
Et tu observes au lieu d’écrire des lignes de prose
Le grimpeur qui tremble sur une prise rose
Les romanciers vendent leurs méthodes pour changer
Tu étais un de ces ados en manque de confiance
Tu ressembles à un pastiche de toi-même
Tu lâches la prise et te jettes dans le vide
Tu avances depuis dans ta vie en tombant
En dévalant les échecs et les nuits en regardant
Des champignons pousser au milieu du salon
Te voici à Médicis au milieu des jardins
Te voici sur le mont Palatin jugé par des statues en ruines
Te voici à Paris on te remercie de ton intérêt
Te voici sous un pont à investir dans ton avenir
Les Champs-Élysées sont interdits aux gens qui veulent y marcher
Je me souviens d’un jour où des CRS m’ont menacé de mort
Combien ont été en GAV
Tu as traversé des frontières et changé plusieurs fois de vie
Avant de voir tes parents vieillir sur des écrans
Tu sais mieux aimer aujourd’hui qu’à vingt ans
Tu as passé tant de temps à attendre d’avoir du temps
Tu as rempli des dossiers pour avoir le droit de rester quelque part
Tu ne sais toujours pas dans quel pays tu vivras l’année prochaine
Tu regardes ces lycéens tu as de nouveau dix-sept ans
Ils ne demandent plus la permission de changer le monde
Ils rient si fort qu’on n’entend plus les ordres au mégaphone
Des trompettistes jouent debout sur les conteneurs verts
Tu retrouves les rues où tu as dansé et celles où tu as couru
Tu as vu des migrants grandir les pieds dans la boue
Ils dorment porte de la Chapelle à deux pas des hôtels
On voit les bidonvilles quand on roule sur le périph
Les voitures passent si près qu’elles font trembler les tentes
Tu es debout devant un comptoir qui colle aux manches
Tu prends une pinte à sept euros parmi les étudiants
Tu les regardes s’aimer comme on s’aimait avant
Sans argent pour partir et sans savoir rester
Il y a des baisers auxquels tu repenses dix ans plus tard
Tu as une tendresse immense pour les rendez-vous manqués
Les dealers t’envoient sur WhatsApp les prix de la soirée
La nuit te fait peur tu l’aimes et tu l’évites
Tu connais trop bien les lendemains de cuite
Tu as déjà dit trois fois que tu rentrais
Tu marches vers chez toi tu voudrais pouvoir t’en passer
Tu voudrais dormir sans lui mais il veille près de l’oreiller
Il contient les visages des vivants et les voix des morts
Tu le retournes pour ne plus voir la lumière
Odieu odieu
Jupiter cou coupé
Jupollinaire






