Festival de Cannes : Vent d’ouest

Un court métrage inédit de Jean-Luc Godard prend fait et cause pour la ZAD

paru dans lundimatin#145, le 10 mai 2018

Dans notre édition du 23 avril, nous publiions la lettre ouverte d’un collectif de régisseurs qui invitait le célèbre réalisateur à Zbeulifier le 71e festival de Cannes.
Rappelant au cinéaste son passé subversif, le texte se terminait ainsi :
« Alors vas-y Jean-Luc, comme une dernière bataille, comme le plus beau des tournages, comme un poème que tu sais faire, avec ton langage mais qui ferait écho en nous tous : nique tout. ZAD A CANNES ET BLOCUS DU PALAIS ! »

Il semblerait que M. Godard ait entendu cet appel. Sensible à la situation politique actuelle autant qu’au rappel de ses engagements de jeunesse, il se serait employé, pour l’ouverture du festival de Cannes, à réaliser un court-métrage de 5 minutes sur la ZAD et l’état du monde. Nous vous proposons de le visionner en avant-première.

Autrefois, il n’y avait que des cinéastes. On ne parlait pas de techniciens. Méliès, Thalberg, Grémillon. Les mains des monteuses soviétiques, comme celles des ouvrières de la Rhodia, disaient l’exception partout où l’on aménageait la règle.
Vinci, Darty.
Aujourd’hui, c’est le règne des techniciens. Techniciens de grande surface, de télé mobile, techniciens de l’audiovisuel, de la gendarmerie.
Le cinéma s’est niché dans chaque arcane du capitalisme. La technique a pris le pas sur le geste. Et l’humain a déserté l’œil de celui qui regarde.
Ceux qui croient à la technique la disent objective, là où elle n’est qu’objectif.
Objectif de sécurité, de surveillance, de peur, de mort.
Et la mort, pour ne pas avoir trop peur, a substitué à son propre silence non pas un son d’outre-tombe, mais d’outre-vie.
Le son latent de l’agonie, celui du capitalisme, de la catastrophe permanente.
L’industrie et ses machines ont toujours généré leur propre musique. Des images et des sons émis par la vie, et comme subtilisés, retransmis par une agonie et destinés à la mort, aux structures de la mort.
Et dans ces structures de béton, fleurit toujours dans les interstices, là où l’humidité subsiste encore, cette herbe que l’on dit invasive lorsqu’elle ne fait que nous protéger de l’érosion, et c’est le Gourbi, le Far West, les 100 Noms.
Inverser la trajectoire, revenir à la vie depuis la mort, supprimer l’agonie.
Supprimer l’agonie. »

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Mouvement 1 min 25 avr. 17
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