En fin de semaine, une centaine de personnes débarque au nez et à la barbe des autorités et installent un camp sur les champs d’un éleveur de vaches Salers, dont les ruisseaux ont été rendus saumâtres par l’eau de la mine. Le lieu, dans une belle vallée, est tenu secret jusqu’au vendredi après-midi tandis que des infrastructures se déploient avec les multiples énergies des denses réseaux militants locaux et l’appui de l’inter-cantine venue du sud-ouest de la France. Comme dans toutes les régions minières, prendre position publiquement contre un des gros employeurs du coin est périlleux, aussi toxique soit-il par ailleurs. C’est pourtant une association culturelle de Sant Pedor qui lance les festivités vendredi après-midi dans ce village situé au cœur de la zone impactée par la mine de potasse. C’est par un spectacle de danses folkloriques qu’elle accueille des manifestantes arrivées de Barcelone, du reste de la Catalogne et même de France. Après le spectacle, les quelques centaines de personnes partent en cortège aux sons de ‘Boycott Israel – Boycott ICL’ pour rejoindre le camp fin prêt à environ une heure de marche. Des assemblées et de traditionnels concert de punk catalans animent ensuite la soirée.
Samedi midi, plusieurs milliers de personnes sont réunies sur le camp et se répartissent en différents cortèges liés à des figures animalières et à leur manière de se mouvoir. Le cortège des huppes fasciées s’élance pour une longue marche sous le soleil. Pour produire de la potasse comme dans le reste de l’industrie minière, il faut en effet extraire beaucoup plus de matière qu’il n’en sera utilisé. Les résidus d’exploitation, inutiles pour l’industrie, sont abandonnés-là. Cette montagne lunaire de déchets salins et sa jumelle à quelques kilomètres de là sont les deux plus hauts sommets de la région après le magnifique Monsterrat. Franchissant facilement le portail mal fermé de cette zone appartenant toujours à ICL même s’il n’y a plus d’exploitation active, les manifestant-es l’occupent un moment. Iels forment avec leurs corps de grandes lettres marquant le sommet du message PROU SAL (stop sel). Le sel de potassium (qui ne se mange pas) produit par l’exploitation de la potasse contamine en effet les deux fleuves locaux depuis des décennies, fragilise les sous-sols et détruit l’environnement.
À quelques kilomètres de là, un autre cortège constitué de voitures et de vélos a rejoint l’autoroute C25 pour y mener une opération escargot. Au ralenti pendant des kilomètres, le cortège a pris la C16 jusqu’au village de Sallent, emblématique des conséquences de la mine sur la vie sociale. Il y a une vingtaine d’années, la mine avait tant fragilisé les sous-sols que des centaines de personnes ont dû quitter leurs maisons qui menaçaient de s’effondrer. L’entreprise n’a rien payé et c’est un fonds d’État qui a aidé au relogement des familles.
Pendant ce temps sur le camp, les participantes des cortèges castors et loutres mangent, se préparent ou participent à des ateliers d’apprentissage de la construction de trépieds en bois. Ces dispositifs simples utilisés sur les blocages de route dans de nombreuses luttes écologistes permettent avec trois gros bouts de bois de se percher rapidement en hauteur. Au milieu de l’après-midi et alors que l’hélicoptère de la police était loin, probablement occupé à suivre le cortège de la montagne, plus de mille personnes quittent à leur tour subitement le camp. Partant dans le sens opposé des précédents, les cortèges prennent la direction des infrastructures minières encore en activité. Après quelques centaines de mètres, le petit cortège des loutres poursuit sa route pour une petite boucle autour du camp, tandis que le cortège des castors s’engouffre dans la forêt.
Une marche à couvert démarre en montée abrupte dans les sous-bois, Manresa dans la vallée et le Montserrat au loin. Une demi-heure plus tard, un chemin de fer est en vue. C’est lui qui permet à Israel Chemicals d’acheminer plusieurs trains par jour remplis de potasse destinée aux engrais utilisés par l’agro-industrie. La pente est alors dévalée rapidement en s’équipant de branchages au passage. Des barricades sont montées sur la route qui descend jusqu’au chemin de fer et une bonne partie des 600 personnes envahissent les voies. Dans une église qui nous surplombe, le tournage en cours d’un film en costume est interrompu par une scène autrement plus pimentée. Quatre camions de police arrivent pour leur part quelques minutes plus tard par la voie rapide toute proche, mais trop tard, la place est prise. Ils s’installent un peu plus loin en contrebas. En mauvaise position et en sous-nombre, ils se résignent à ne pas intervenir face à la foule déterminée à stopper quelques temps l’extractivisme au profit d’une entreprise israélienne qui soutient activement l’armée génocidaire. Une banderole déployée avec le mot d’ordre ‘Del Llobregat al Jorda, ni genocidi ni ecocidi’ (du Llobregat au Jourdain, ni génocide ni écocide) fait le lien entre le fleuve local impacté par la mine et l’emblématique fleuve palestinien.
Les 18 et 19 avril, à l’appel des Revoltes de la terra, 4000 personnes ont participé au week-end contre Israël Chemicals. 600 ont bloqué et sérieusement endommagé les voies qui permettent d’habitude d’acheminer plusieurs fois par jour les trains remplis de potasse, d’Israel Chemicals, entreprise dont les profits appuient directement l’armée israelienne. Les cousines catalanes des Soulèvements de la terre se sont déployées de part et d’autre d’un camp monté en 24 heures pour l’occasion. Pendant le désarmement du chemin de fer, un cortège d’un millier de personnes a parcouru 20 kilomètres (!) à pied pour occuper la montagne de déchets produite par des décennies d’extractivisme, marquant de leurs corps un immense PROU SAL (stop sel). Une troisième « colonne » a réalisé une opération escargot conjointe sur les autoroutes C16 et C25. Un récit en photo de la colonne internationaliste des Soulèvements de la terre.
En fin de semaine, une centaine de personnes débarque au nez et à la barbe des autorités et installent un camp sur les champs d’un éleveur de vaches Salers, dont les ruisseaux ont été rendus saumâtres par l’eau de la mine. Le lieu, dans une belle vallée, est tenu secret jusqu’au vendredi après-midi tandis que des infrastructures se déploient avec les multiples énergies des denses réseaux militants locaux et l’appui de l’inter-cantine venue du sud-ouest de la France. Comme dans toutes les régions minières, prendre position publiquement contre un des gros employeurs du coin est périlleux, aussi toxique soit-il par ailleurs. C’est pourtant une association culturelle de Sant Pedor qui lance les festivités vendredi après-midi dans ce village situé au cœur de la zone impactée par la mine de potasse. C’est par un spectacle de danses folkloriques qu’elle accueille des manifestantes arrivées de Barcelone, du reste de la Catalogne et même de France. Après le spectacle, les quelques centaines de personnes partent en cortège aux sons de ‘Boycott Israel – Boycott ICL’ pour rejoindre le camp fin prêt à environ une heure de marche. Des assemblées et de traditionnels concert de punk catalans animent ensuite la soirée.
Samedi midi, plusieurs milliers de personnes sont réunies sur le camp et se répartissent en différents cortèges liés à des figures animalières et à leur manière de se mouvoir. Le cortège des huppes fasciées s’élance pour une longue marche sous le soleil. Pour produire de la potasse comme dans le reste de l’industrie minière, il faut en effet extraire beaucoup plus de matière qu’il n’en sera utilisé. Les résidus d’exploitation, inutiles pour l’industrie, sont abandonnés-là. Cette montagne lunaire de déchets salins et sa jumelle à quelques kilomètres de là sont les deux plus hauts sommets de la région après le magnifique Monsterrat. Franchissant facilement le portail mal fermé de cette zone appartenant toujours à ICL même s’il n’y a plus d’exploitation active, les manifestant-es l’occupent un moment. Iels forment avec leurs corps de grandes lettres marquant le sommet du message PROU SAL (stop sel). Le sel de potassium (qui ne se mange pas) produit par l’exploitation de la potasse contamine en effet les deux fleuves locaux depuis des décennies, fragilise les sous-sols et détruit l’environnement.
À quelques kilomètres de là, un autre cortège constitué de voitures et de vélos a rejoint l’autoroute C25 pour y mener une opération escargot. Au ralenti pendant des kilomètres, le cortège a pris la C16 jusqu’au village de Sallent, emblématique des conséquences de la mine sur la vie sociale. Il y a une vingtaine d’années, la mine avait tant fragilisé les sous-sols que des centaines de personnes ont dû quitter leurs maisons qui menaçaient de s’effondrer. L’entreprise n’a rien payé et c’est un fonds d’État qui a aidé au relogement des familles.
Pendant ce temps sur le camp, les participantes des cortèges castors et loutres mangent, se préparent ou participent à des ateliers d’apprentissage de la construction de trépieds en bois. Ces dispositifs simples utilisés sur les blocages de route dans de nombreuses luttes écologistes permettent avec trois gros bouts de bois de se percher rapidement en hauteur. Au milieu de l’après-midi et alors que l’hélicoptère de la police était loin, probablement occupé à suivre le cortège de la montagne, plus de mille personnes quittent à leur tour subitement le camp. Partant dans le sens opposé des précédents, les cortèges prennent la direction des infrastructures minières encore en activité. Après quelques centaines de mètres, le petit cortège des loutres poursuit sa route pour une petite boucle autour du camp, tandis que le cortège des castors s’engouffre dans la forêt.
Une marche à couvert démarre en montée abrupte dans les sous-bois, Manresa dans la vallée et le Montserrat au loin. Une demi-heure plus tard, un chemin de fer est en vue. C’est lui qui permet à Israel Chemicals d’acheminer plusieurs trains par jour remplis de potasse destinée aux engrais utilisés par l’agro-industrie. La pente est alors dévalée rapidement en s’équipant de branchages au passage. Des barricades sont montées sur la route qui descend jusqu’au chemin de fer et une bonne partie des 600 personnes envahissent les voies. Dans une église qui nous surplombe, le tournage en cours d’un film en costume est interrompu par une scène autrement plus pimentée. Quatre camions de police arrivent pour leur part quelques minutes plus tard par la voie rapide toute proche, mais trop tard, la place est prise. Ils s’installent un peu plus loin en contrebas. En mauvaise position et en sous-nombre, ils se résignent à ne pas intervenir face à la foule déterminée à stopper quelques temps l’extractivisme au profit d’une entreprise israélienne qui soutient activement l’armée génocidaire. Une banderole déployée avec le mot d’ordre ‘Del Llobregat al Jorda, ni genocidi ni ecocidi’ (du Llobregat au Jourdain, ni génocide ni écocide) fait le lien entre le fleuve local impacté par la mine et l’emblématique fleuve palestinien.
Un grand chantier de désarmement se déploie rapidement : le ballast qui stabilise la voie ferrée est massivement dégagé, avant que de nombreux débris de toutes sortes s’accumulent à sa place. Le gros câble électrique qui la longe est précautionneusement tiré hors de son chemin de béton. Ce dernier est cassé en mille morceaux qui se retrouvent sur les rails. L’énergie est impressionnante et en quelques dizaines de minutes l’infrastructure est sérieusement endommagée. Avant que les renforts policiers arrivent, le cortège remonte les sentiers en chantant dans la forêt jusqu’à la ligne de crête. Nous apprendrons plus tard qu’un groupe indépendant à lui aussi saboté efficacement les voies à quelques kilomètres de là en les soulevant à l’aide de simples crics. Les différents cortèges se retrouvent au camp quelques temps plus tard et se racontent leur parcours dans l’effusion et les embrassades. C’est la seconde mobilisation de nos cousin-es des Revoltas de la terra, et chacun.e se dit ce soir que quelque chose est train de prendre ici qui appelle à poursuivre l’aventure.
Le lendemain des discussions sont annoncées, entre autres en vue de nouvelles offensives contre les industries complices du génocide ET en lien avec la campagne en cours en France contre Thales. Mais pour l’heure au beau milieu de la fête, la foule sort du chapiteau et part en farandole danser autour d’une « figure populaire », un géant travesti et résistant antifasciste apporté par un collectif féministe d’un village voisin. A 3 kilomètres de notre camp Caracremada « face crâmée », une des figures de la résistance anti-franquiste locale et éminent saboteur a trouvé la mort. il y a 50 ans. Mais son esprit plane sur le champ.
La colonne internationaliste des soulèvements de la terre
















