Trancher le filet-réseau : sur la lutte contre les éoliennes dans le sud Aveyron

"Les anciens disent que sur cette montagne, le Merdélou, on venait chercher l’ail des ours, que les sources d’eau y abondent, que c’est une montagne magique … maintenant une pauvre pancarte en bois indique « parc éolien 4 km » sans doute pour la poignée de touristes hypothétiques dont le GPS se sera mépris... Où trouver les mots pour dire ce qui se passe ici. On dit que lorsqu’on perd la chair d’un monde, on perd aussi la capacité du langage."

paru dans lundimatin#75, le 6 octobre 2016

Depuis deux ans, sur le lieu-dit La Plaine, à Saint Victor, dans le sud Aveyron, la lutte s’intensifie contre un projet RTE de méga-transformateur de 7 hectares qui pourrait potentiellement recevoir et redistribuer dans le réseau électrique l’énergie produite par 700 à 1000 futures éoliennes. Ce qui ferait de la région la « zone industrielle éolienne » dont rêvent les promoteurs et qui s’implante déjà petit à petit. Bien des crêtes sont déjà criblées de ces machines.
Tout un petit monde s’est donc donné rendez-vous là pour construire une cabane, l’Amassada ou assemblée en occitan, et bientôt une maison en ballots de paille afin de densifier les lieux et de saborder la venue prochaine de l’enquête publique, cette mascarade. La construction de l’Amassada à cet endroit, au carrefour des infrastructures électriques est stratégique, car cela empêche la construction d’un nouveau nœud du réseau sur un des axes majeurs nord-sud du transport d’électricité. Ce lieu est stratégique pour nous aussi. Même plus, il est devenu vital. Les rencontres, les journées passées à construire, à échanger des techniques, des idées, à fêter ensemble, les actions menées, c’est tout ça qui donne la consistance de cette cabane, une cabane qui contient pour ainsi dire le monde entier. Ce que nous avons appris ensemble depuis deux ans révèle que les réseaux d’infrastructures énergétiques sont des lignes névralgiques de l’économie mais que, comme tout réseau, elles ont leurs points faibles, qui résident justement à leur point d’interconnexion. Au point où elles s’inscrivent violemment dans le sol, au point où elles occupent le territoire (comme par exemple pour un transformateur, des pylônes, ou des aérogénérateurs).

Et là il est possible d’ouvrir une brèche.

1. Phénoménologie d’un aérogénérateur

C’est un vrombissement ininterrompu, l’air semble coupé net, les 3 pales brassent la masse invisible, invariablement le même wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu, l’aérogénérateur semble réglé comme une horloge, inquiétante mécanique, presque extra-terrestre.

Certains disent que le bruit lancinant de cette nouvelle ère industrielle ressemble à celui d’un avion qui décollerait mais sans jamais partir, ou d’un avion qui atterrit mais sans jamais se poser, enfer logistique...

Le mât de l’aérogénérateur fait 50 m de haut sans compter les pales qui culminent à 70m, en Chine, en Allemagne on en construit à presque 200 m. On s’approche, on s’approche encore, sensation viscérale de se mettre en danger, les pales tournent, tournent, et semblent frôler le sol, l’impression qu’on peut se faire décapiter à tout moment. Bruit, vibrations, basses fréquences, ça vous enveloppe, ça résonne de partout, fébrilité sensorielle... Après 20 minutes sous la machine, la sensation de nausée s’installe, vertige, la boîte crânienne est tiraillée de l’intérieur, effets des infrasons produits par le brassage des pales wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu

Le bruit se fait insupportable, le mal de tête commence... On comprend mieux que depuis les années 1970 les armées expérimentent des armes « non létales » à infrasons et basses fréquence afin de disperser des émeutes grâce à des hauts parleurs directionnels, et que les différentes polices du monde fantasment sur ce genre d’armes dont les effets sur le corps seraient « invisibles »...

On fait le tour du mat et de sa « base d’implantation », on se croirait presque en ville, une pancarte indique « accès interdit au public , danger de mort », à y regarder de plus près une caméra discrète surmonte la porte sécurisée. Mais pas tant sécurisée que ça puisque le vol de cuivre à l’intérieur des éoliennes a apparemment le vent en poupe, business assez lucratif pour les équipes qui l’osent.…

Tout en haut de la nacelle, une lumière clignote, l’énorme rotor porte le nom du fabriquant allemand Enertrag. Evidemment impossible de voir tous les éléments, tous les matériaux qui constituent l’antre de la machine peinte de ce blanc tellement « spatial ». Où sont les 600 kg de terres rares, les disprosium et autre néodyme des aimants, où sont les tonnes de cuivre, où sont les centaines de litres d’huile du moteur ? Où sont les cubes et les cubes de béton armés qui forment le socle du mât, creusé dans la roche à des dizaines de mètres ? Un grésillement intérieur semble hanter cette gigantesque masse métallique, dont aucun câble ou ligne électrique ne ressort, invisibles canaux qui pourtant extraient sans cesse le gisement énergétique, le font circuler jusqu’au transformateur le plus proche, puis sur les lignes HT et THT, et tout le réseau dit « intelligent », jusqu’au compteur Linky, jusqu’à chaque parcelle communicante de ces millions d’acteurs réseaux .....wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu

Pas de smart phone, pas d’écran led, pas d’internet, pas de clouds, pas de réalité augmentée, pas d’imprimante 3D, pas de smart city, pas d’aéroport écologique, pas de voiture connectée, pas de data center, bref pas d’économie sans cette production, sans cette circulation gigantesque d’énergie, sans toutes ces méga-infrastructures de production et de mise en réseau. Nucléaire + pétrole + charbon + éolien + solaire + biomasse , voilà l’addition de notre époque. Voilà son désastre.

Wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu la petite musique de la transition se fait brouhaha nauséeux, l’air brassé ici équivaut aux milliers de m³ de biomasse déchiquetés là-bas, aux hectares de panneaux solaire, aux tonnes de charbon, aux dizaines de centrales nucléaires, aux milliers de km de gazoduc, aux tankers pétroliers…. il n’y a pas de transition !! il n’y a qu’une même logique qui partout ordonne : extraire extraire extraire Wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu

Une même catastrophe qui s’accumule, comme des chiffres d’équivalence sur un tableau.

Nucléaire + pétrole + charbon + éolien + solaire + biomasse et les milliards de tonnes de métaux et de béton nécessaires à faire tenir tout ça ensemble : ce sont les maillons premiers de la chaîne. Une chaîne infinie qui ne produit pas de l’énergie, sans dans le même temps, produire et contrôler les corps et les esprits. « Vous souhaitez adopter un mode de vie plus écologique, faire le point sur les idées reçues et adopter des éco-gestes. Utiliser l’application Coach Carbone®de l’ADEME ! C’est bien l’addition des efforts de chacun qui permettra d’avoir un impact plus mesuré sur notre environnement, alors n’attendons plus pour faire partager une cause qui nous tient à cœur ! A vous de Coacher ! »

Toujours ce lancinant wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu... l’envie physique de fuir... En une contraction spatiale hallucinante, il y a ici notre époque toute entière, ramassée dans ces pales qui brassent, brassent ... ici de l’énergie verte, des citoyens smart et à l’autre bout de la terre des mines à ciel ouvert et des hommes qui crèvent à extraire les métaux rares pour les équipements smart des mêmes citoyens smart…
ces pales qui brassent, brassent et le désert tout autour... les nausées reviennent...

En détournant le regard, des dizaines d’autres aérogénérateurs criblent le paysage, toute la crête est comme percée, mutilée par les machines étirant leur infrastructure d’autant d’entailles dans l’horizon, de multi podes qui semblent absorber l’esprit des lieux. La mémoire et l’expérience elle-mêmes y disparaissent, comme happées dans un néant d’acier blanc. On est loin des images promotionnelles qui nous présentent le salut de l’humanité par la transition, avec ses éoliennes qui décorent une campagne radieuse, et à l’avant plan deux ingénieurs avec leur tablette, checkant à distance on ne sait quel paramètre. « Campagne » ou plutôt disent-ils « espaces de la faible densité » qui n’est plus qu’un substrat où venir implanter leurs machines. Difficile de voir là un paysage, sinon le paysage de l’économie elle-même.

Ces « fermes éoliennes » comme on les appelle joliment, sont les nouvelles usines partout décentralisées en petites unité de production énergétique, sauf que les ouvriers ont été remplacé par quelques « techniciens de maintenance ». Ceux-ci viendront garer leur voiture de fonction en bas de la machine, sur « l’aire de maintenance », avec sa surface presque lisse en gravier. Ils auront été appelé « en mission » par le centre de dispatching, où un « technicien de conduite » a été alerté automatiquement par un « signal de dysfonctionnement » sur tel ou tel élément, de telle ou telle machine, de tel ou tel parc.

Les anciens disent que sur cette montagne, le Merdélou, on venait chercher l’ail des ours, que les sources d’eau y abondent, que c’est une montagne magique … maintenant une pauvre pancarte en bois indique « parc éolien 4 km » sans doute pour la poignée de touristes hypothétiques dont le GPS se sera mépris... Où trouver les mots pour dire ce qui se passe ici. On dit que lorsqu’on perd la chair d’un monde, on perd aussi la capacité du langage.

wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu wwwhoouu-wwwhoouu-wwwhoouu

Ce que nous avons là en face de nous, ou plutôt ce que nous avons en nous, qui nous traverse intégralement, jusque dans nos chairs, notre crâne, jusqu’à la nausée, eh bien ça, tout ça, ce parc éolien, ce parc parmi d’autres parc, cette infrastructure là prise au milieu d’autres infrastructures, ces machines là au sein d’une méga-machine systémique, ce réseau THT là connecté à un autre réseau THT, ce monde smart, et bien tout ça on en veut plus. On en veut plus parce que ça nous rend malade, parce que ça nous affaiblit, parce que ça nous est directement hostile.

2. Occuper contre habiter

Il n’est pas anodin que le mot « réseau » vienne du vieux français rets qui signifie filet. Car nous sommes littéralement pris par ce filet. Filet qui sélectionne et enserre les corps, les territoires, mais en même temps laisse passer, laisse circuler les fluides, les flux. C’est à cette prise de terre violente, fondement même de l’éco-nomie [1], que les infrastructures de ce monde opèrent, mais aussi par là qu’elles se retrouvent face à des formes de résistances inédites. Des résistances qui inventent leur propre topos, leur propre manière d’habiter et de défendre un territoire. Des résistances qui font prise sur les lieux mais qui en même temps les créent ces lieux, se les fabriquent à travers la lutte, à travers les rencontres, à travers les vies partagées. Cette indistinction entre les lieux et ceux qui les habitent fait que les choses et les êtres se transfigurent, que la géographie prend de nouveaux chemins, qu’un langage commun se construit. Un peuple, en quelque sorte, surgit. Surgit là où le pouvoir n’avait entrevu qu’un « potentiel nid de contentieux » (ADEME), ou la nécessité « d’assimiler les coûts d’exploration du social au rang des coûts d’exploration du gisement éolien » Le journal de l’éolien.

Et il surgit précisément contre lui, contre ce pouvoir, contre cette prise de terre violente, cette occupation.

Partout dans la région, des luttes s’organisent localement, des chantiers éoliens sont bloqués sur l’Escandorgue, des convois sont stoppés pendant une journée, des pales sont taguées « RTE dégage », « STOP éolien industriel »... Mais les chantiers avancent vite, les éoliennes se montent à un rythme impressionnant, en flux tendu avec les convois qui arrivent du port de Sète, où les bouts de machines attendent (sous bonne garde) que la compagnie de transport et d’assemblage viennent les chercher. Le balai des camions remorqueurs ne s’interrompt pas, les équipes de sous-traitance espagnoles travaillent la nuit, grâce à de puissants groupes électrogènes, le chantier doit être fini rapidement. Les pistes de la montagne sont élargies, sorte de nouvelles saignées qui préfigurent ce que sera le parc une fois « monté », en quelques semaines, des dizaines d’éoliennes narguent de leur hauteur technologique toute une région. Impossible de ne pas les voir, de quelque point de vue que ce soit. C’est ce que les gestionnaires de l’aménagement du territoire appellent la « co-visibilité », c’est ce qu’on appelle une colonisation.

Dans tous les villages, chaque projet éolien n’est pas seulement une catastrophe pour ce que représente encore un « paysage » ou plutôt un pays, un territoire, mais surtout pour ce qui reste d’un sentiment de communauté, de vivre ensemble. Les promoteurs sachant joués des divisions pour poser une ambiance parfois délétère et affaiblir les résistances. Et ce n’est pas sans raisons stratégiques que ce genre d’infrastructures massives viennent coloniser des zones que les aménageurs nomment « à faible densité de population ». Mais c’est sans compter le surgissement d’une résistance locale, d’habitants qui commencent à s’organiser ensemble, de voisins qui partagent une même idée, une idée pour le moins assez simple mais efficace : NON, non vraiment ça on en veut plus !! A travers la lutte, la faible densité se transforme en intensité politique.

On sait que les infrastructures trament un maillage de connexion, points par points, nœuds par nœuds, lignes par lignes, et toujours en traçant droit à travers les territoires qu’elles aplanissent et entaillent.

Mais, et c’est là l’effet le plus retord du dispositif d’occupation, le réseau-filet n’opère pas sur le territoire sans le créer en tant que tel. En le créant comme « espace territorial » à gérer, à comptabiliser, à planifier, à homogénéiser. Le dispositif ne fonctionne pas s’il ne découpe préalablement, et pour ainsi dire à chaque instant, des parcelles de terre, pour les produire comme « pôle », comme « zone », comme « site » séparés sur lesquels agir en retour. Et s’il le faut en menant la guerre à ses habitants, en chassant les indésirables, ceux qui se refusent à l’ordre économique, qui résistent à la colonisation. C’est là le caractère proprement despotique de l’aménagement du territoire. Le despote ici, n’est pas à prendre comme pure contrainte, mais plutôt comme dispositif de contrôle et de création de normes. Il ne répond pas tant à la question de ce qu’il faut interdire ou pas, mais bien à celle de qu’est-ce qui rentre ou pas dans la norme, qui lui correspond ou pas. Ce dispositif peut prendre par exemple la figure d’un prince népotique local, d’un président de Parc naturel pro-éolien, d’un consultant RTE, d’un Schéma de COhérence Territorial, d’une directive éco-touristique, d’une zone d’aménagement différé ou bien de comportements zéro carbone, de profils smart, de gîtes basse consommation... Le despote, cette hydre, doit normaliser le territoire autant que les corps, il doit les homogénéiser, les rendre comparables, chaque portions d’êtres, chaque part découpées doit avoir sa fonction, être assujetties à telle ou telle mode de production. Voilà en quoi consiste son opération de capture, voilà de quoi est fait son filet. Ici de l’éolien, là de la biomasse, là un pôle sport XXL, là un éco-hameau, là de la high tech, là de l’agro-pastoralisme, là un parc naturel, là une bonne gouvernance, là de l’éco-responsabilité, là de la planification proactive... Toutes ses fonctions pouvant du reste se superposer. Mais dans tout les cas, il faut que ça circule, que ça continue de circuler sans cesse, en évitant les points de rupture, les engorgements, les coupures, les black out. Toujours le même problème de planification. De géométrie. De comparaison. Toujours des lignes de connexion point à point. Il faut d’abord disposer à plat les différentes portions du monde émietté pour pouvoir ensuite les réaménager, les comparer, et en retirer les flux monnayables. C’est l’axiomatique de l’aménagement du territoire : trouver un équivalent général, comparer les choses et les êtres qui ne peuvent être comparés entre eux. Il existe d’ailleurs des algorithmes pour définir cela, par exemple comment mesurer un paysage, ou plutôt combien « vaut » un paysage ? : c’est la science de la « géo-matique ».

On ne s’étonnera pas dès lors que quelques petits bureaucrates, élus, représentants de la FNSEA, président du Parc Naturel Régional des Grands Causses, tous acquis aux industries éoliennes « transition énergétique oblige ! », se soient fait joyeusement chahuter et saborder leur délibération du SCOT (Schéma de COhérence Territoriale, où il en allait évidemment des éoliennes, de l’éco-tourisme et autre « bonne gouvernance ») à Millau le 2 septembre dernier. Car derrière ce genre de réunion d’habitude si plan-plan, qu’est-ce qui se trame sinon la fanatique planification du monde, sa radicale mise à plat, son aménagement forcené. Et donc, il est évident, pour les habitants qui résistent à cette guerre de basse intensité qui leur est menée, qu’il faille a minima aller entraver ceux qui dressent les cartes d’état major de cette guerre d’occupation.

Ennemis aux plans de ces cartes, ennemis aux lignes de ce réseau-filet, nous fabriquons des sentiers. Nous les fabriquons, nous les tissons comme une texture de l’habiter. Des parcours de vie et de lutte qui ne peuvent être réduits à des lignes droites qui s’entrecroisent point par point, mais dessinent plutôt l’épaisseur et l’enchevêtrement d’un territoire commun, avec sa géographie propre. Une géographie où l’on ne pourrait plus séparer les êtres et les choses, les territoires et ceux qui y vivent, impossible extraction. Cette géographie fait que la lutte ici résonne avec les luttes d’ailleurs, contre les lignes THT en Haute Durance, qui fait que la lutte des communautés de pêcheurs dans l’Isthme de Tehuantepec nous parle immédiatement, que des camarades du Val de Suse nous tiennent au courant de ce qui se passe chez eux, qui fait que les camarades de Bure ou de Roybon viennent nous voir pour parler de leur expérience récente, de leur combat, de leur stratégie, d’un imaginaire de la forêt commun. C’est là toute une géographie de la désertion qui prend forme. Une géographie qui noue des liens, mais des liens qui parlent déjà d’un dehors rejoignable, un dehors qui coupe le filet, qui fait sécession. Autant de lignes de front, autant de pistes de vie. Autant de brèches.

3. Mystique de l’interconnexion

Au cours des années 1740, dans les salons bourgeois européens, le phénomène électrique est un sujet d’émerveillement. On invente même des machines à béatifier mécaniquement, une attraction appelée « le baiser électrique de Leipzig » fait fureur...L’innovation technique signifie alors une mise en scène théâtrale, avec son magnétisme et ses miracles. L’ensorcellement d’aujourd’hui, qui au spectacle de la transition énergétique se presse, est fait de la même mise en récit, du même travail sur les imaginaires. Chez RTE on parle sans honte de « mystique de l’interconnexion » pour définir le travail de l’entreprise, et la sorte de religion bien particulière qui prévaut encore aujourd’hui en France, à savoir cette mise en réseau continuelle de tout le territoire. (Les réseaux électriques au cœur de la civilisation industrielle, Bouneau, Derdevet, Percebois) D’autant plus mystique que ces infrastructures deviennent « invisibles », ou plus précisément qu’elles occupent à ce point le quotidien qu’elles sont perçues comme « naturelles », faisant partie du « paysage ». Mais cassez l’ensorcellement et c’est un réseau de lignes THT, de pylônes, de transformateurs, de câbles, qui traversent, coupent, aplanissent, détruisent, rendent malade, colonisent. Voilà la magie :toute cette production d’électricité s’est rendue naturelle (comme l’éolien devient naturel dans le paysage) parce qu’elle repose avant tout sur une domination physique du monde. C’est parce qu’il constitue l’organisation matérielle de notre réalité que le réseau électrique (et évidemment le réseau informatique, routier, ferré, aérien, bancaire, social, etc.) peut se targuer d’être un corps, avec ses veines, ses artères, son centre nerveux. Et qu’il est littéralement un corps-filet, un filet de corps, qui nous colle à la peau.

Les gouvernants ne s’y sont pas trompés, qui pour asseoir encore cette mystique, reprennent la vieille, mais toujours opérante, idée du réseau comme corps. Lisez plutôt : « L’énergie est cette force économiquement vitale, cette force en action qui irrigue toutes nos activités à la manière du sang qui circule dans les tissus et alimente les cellules, cependant que nos systèmes de communication, matériels et immatériels, gèrent à la manière d’un système nerveux sa production et son acheminement, ses circulations, ses aiguillages et sa distribution. Aujourd’hui comme à plusieurs reprises dans notre histoire passée, un nouveau paradigme énergétique porteur d’un modèle de développement économiquement, écologiquement et socialement prometteur émerge, annonciateur d’une possible troisième révolution industrielle qui tire parti, à l’ère des réseaux intelligents et interconnectés, des énergies de flux plutôt que des énergies de stock et de toutes les potentialités qu’offre leur combinaison avec les technologies d’information et de communication nées d’Internet »

Ces propos ne viennent pas de quelque prédicateur transhumaniste ou autre prêtre de la réalité augmentée mais bien du gouvernement français à travers son premier ministre et son ministre de l’écologie qui ont voté à l’Assemblée, en juillet 2014 le texte portant sur le « Projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte ».

Il est plutôt piquant de trouver sous ce grand récit décrété en grande pompe « mobilisation nationale » un gourou du management, à savoir le prospectiviste et économiste américain Jeremy Rifkin, celui-là même qui a popularisé l’idée de troisième révolution industrielle, à savoir la fusion entre production-circulation énergétique (principalement renouvelable) et production-circulation informatique. C’est exactement mot pour mot ce qui est écrit dans son livre « La troisième révolution industrielle  ». C’est que Rifkin a l’oreille des gouvernants européens, il leur offre (moyennant confortables finances) le nouveau récit dont ils ont besoin pour redonner un semblant de légitimé à l’économie. Rifkin donne une nouvelle feuille de route à qui veut bien l’entendre, un programme de management avancé, qu’il a élaboré à l’Université de Pennsylvanie, en initiant des PDG, des cadres supérieurs. Depuis 2013, sous l’impulsion des conseils de l’équipe de Rifkin, grassement payé, le conseil régional Nord-Pas-de Calais et le CIC s’est mis massivement à la troisième révolution industrielle avec son programme « rev3 », et un fonds d’investissement inédit de 50 millions d’euros destiné au financement d’entreprises désireuses de développer leur projet en Nord-Pas de Calais et à créer des emplois, avec « 7 grands projets dits structurants pour l’avenir » : Plan EfEEL & TRI, Smart Lycées, Université Zéro Carbone, l’hôpital de la troisième révolution industrielle, Efficacité énergétique dans l’industrie, Réseaux Électriques Intelligents (REI), mobilité SMIRT ...

Cette techno-utopie apparemment délirante est en marche et se donne les moyens de se développer à travers ses propres institutions. A Nantes, un partenariat entre l’Ecole Centrale et RTE financé à 4 millions d’euros sur 5 ans s’est mis en place en janvier 2015 autour d’une chaire internationale sur les réseaux électriques intelligents. La chaire s’articulera sur les laboratoires IRCCyN (Institut de recherche en Communications et cybernétique) et GeM (Institut de recherche en Génie Civil et Mécanique) « Nous développons des solutions techniques indispensables à la mise en œuvre de la transition énergétique. Nous construisons ainsi le réseau électrique intelligent de demain », précise Olivier Grabette, Directeur général adjoint de RTE. « C’est la première fois que l’on réunit l’automatique et les réseaux électriques dans le but de développer de nouveaux outils pour les futurs systèmes de surveillance et de commande du réseau d’électricité », poursuit-il.

Rifkin lui, le dit avec moins de fioritures langagières : il s’agit de « frapper les imaginaires et fournir un cadre à la mobilisation totale de la société ». D’où l’emploi fanatique du mot « smart » dans toutes les sphères de la vie, sensé symbolisé le nouveau grand récit économique. Mais qu’elle intelligence peut-il y avoir là dedans sinon celle du pur calcul, de la comptabilité managériale. Ce qui s’implante là effectivement, et à même les territoires, à travers cette nouvelle axiomatique smart de la planification économique, c’est bien la mise en place du règne généralisé de l’ingénieur. Au nom de la nouvelle marotte des gouvernants et de leur transition énergétique c’est à la colonisation par le réseau-filet (énergétique et informatique) de tous les aspects de la vie qu’il faut faire face. Logements, bureaux, usines, véhicules communiqueront entre eux en permanence, faisant des Smart Grids la colonne vertébrale de l’économie. Ce n’est rien de moins que, des vœux même de Rifkin, l’application à l’ensemble de la société des lois de la thermodynamique. Rien de moins que d’asseoir une domination du monde au plus près des lois physiques : la loi de conservation de l’énergie (rien ne se perd, rien ne se crée, la quantité d’énergie dans l’univers est constante) et la loi d’entropie (déperdition inévitable d’énergie dans un système, l’énergie va toujours du chaud au froid, de l’ordonné au désordonné). Les processus économiques et les processus physiques devant fusionner l’un dans l’autre, le gouvernement du monde peut devenir alors une machine thermodynamique efficace, un écosystème auto-régulé. Et in fine, l’économiste-ingénieur la figure planétaire, le pilote de ce mode de gouvernement « Les lois de la thermodynamique régissent l’ascension et la chute des systèmes politiques, la liberté ou l’asservissement des pays, les mouvements du commerce et de l’industrie, l’origine de la richesse et de la pauvreté et le bien-être physique général de notre espèce. » La troisième révolution industrielle.

Dans cette généralisation de l’économie comme mode de gestion énergétique, le rôle historique qu’a joué la thermodynamique, au 19 e siècle, dans la science du travail moderne est primordial. Ce qui se met en place alors dans le fourneau des machines à vapeur, des ateliers, des usines et des industries, c’est la gestion de la force de travail pour éviter, pour gérer, cet ennemi nouveau qu’est la « fatigue ». La fatigue, cette forme d’entropie justement, cette quantité d’énergie qui diminue sans cesse dans le corps du travailleur symbolise alors le spectre apocalyptique d’un état de mort stabilisé, avec son lot de nouvelles pathologies comme la neurasthénie ou la résistance au travail, on dirait aujourd’hui le burn-out. C’est la naissance de la physiologie, de l’ergonomie et de l’idée du corps-machine. La science thermodynamique considère dès lors la nature comme une immense machine capable de produire du travail mécanique, de la force de travail. Mais elle invente dans le même temps les manières de mesurer et de comparer cette force, qu’elle soit produite par les machines ou par les corps mis au travail. Le travail devenant tout à la fois naturel et technologique. C’est là que réside pour les scientifiques-ingénieurs-économistes l’intérêt pour la force motrice du corps humain : le calcul de l’amélioration des mouvements efficaces, qu’ils soit ceux des troupes en temps de guerre ou ceux de la bonne gestion de la dépense calorique des travailleurs. C’est clair : la thermodynamique ne se présente pas comme une science de l’énergie sans être en même temps une science du corps au travail. (Le moteur humain, Anson Rabinbach)

Il faut donc voir dans ce que nous vivons aujourd’hui sous le nom de « transition énergétique » non seulement une guerre menée sur l’ensemble du territoire, mais aussi une guerre contre les corps et les esprits par leur mise en gestion généralisée et efficace. Voilà les deux pôles indissociables des nouvelles formes de gouvernement : le contrôle de l’environnement et le contrôle des corps. Les deux fusionnant. A Abu Dabi, une ville intelligente et durable de 5 km², Masdar City, a été construite en plein désert alliant nouvelles technologies et énergies renouvelables. C’est le plus gros projet urbanistique de ce type dans le monde pour promouvoir « une vie zéro carbone et zéro déchets ». Channel fait défiler ses mannequins entre des mini éoliennes et son podium est fait de panneaux solaires. Le designer Starck conçoit des éoliennes individuelles et démocratiques pour les appartements en ville.

La question centrale de ce type de pouvoir apparaît dès lors : qui n’est pas celle de la vieille polémique entre centralisation et décentralisation, entre contrainte et liberté, mais de comment maîtriser les flux. Le plan infrastructurel de l’économie ne fonctionne qu’avec la multiplication physique des capteurs diffus (Smart Grid, Linky, acteur-réseau etc.), capables de transmettre en retour de l’information instantanée aux différents centres de contrôle. Rendant hégémonique un nouveau type « d’homo economicus », une sorte de micro-manager-capteur inséré, connecté à un super-réseau de micro-managers-capteurs. Par exemple, EDF possède un centre de contrôle à Colombiers, près de Béziers, où une trentaine d’expertes contrôlent 7 jours sur 7 sur un mur d’écrans, les performances des parcs éoliens et solaires européens d’EDF EN. Un signal retentit lorsqu’une machine alerte d’un dysfonctionnement, l’analyse à distance est lancée et s’il le faut une équipe de techniciens de maintenance est dépêchée sur place.

Ou encore l’entreprise norvégienne Vestas qui gère un parc éolien à Salles-Curan sur le Lévézou, en Aveyron travaille avec IBM et ses services big data afin de comptabiliser et gérer efficacement la masse de données météorologiques, cartographiques, sur l’état du réseau électrique, sur les probabilité de production et de demande énergétique.

Mais toute cette gestion, on le comprend, ne fonctionnerait pas si n’existaient les millions de consommateurs connectés qui utiliseront cette énergie produite (qu’elle vienne ou pas des énergies renouvelables, peu importe). Acteurs-réseau qui, en retour, détermineront par leur profil de consommation la demande électrique. Le but de cette rationalité gouvernementale étant de saisir le réel de manière immanente, presque instantanée. Il ne s’agit plus pour elle d’exclure ce qui sort de la moyenne, d’interdire ce qui contrevient à la norme, mais d’éviter l’imprévisible. Il faut modéliser, anticiper, affecter par avance les comportements possibles. Le sujet de cette gouvernementalité est saisi par ses profils, ses habitudes de consommation, son réseau social, ses consultations régulières de sites, etc. etc. Il s’agit moins de discipliner un sujet que de contrôler ses relations, et surtout de les mesurer par des algorithmes. Sous couvert de dire le réel « tel qu’il fonctionne » il s’agit pour les managers et les ingénieurs de « le produire tel qu’ils le veulent ». C’est l’effet essentiellement performatif de cette gouvernementalité qui dans sa description purement technique et objective n’a même plus besoin de légitimité. La norme devient invisible à la manière des câblages qui font circuler toutes ces informations. Et pour tous ceux qui ne rentrent pas dans ce profilage diffus, tous ceux qui ne conviennent pas à la norme, ceux qui refusent la mise en équivalence totale, eh bien ils devront s’écraser ou subir les lois d’exception « anti-terroriste ».

Il devient dès lors évident que bloquer, sur un point du territoire, la mise en place des réseaux énergétiques c’est aussi mettre en échec cette forme de gouvernement des hommes. Et la prolifération des luttes dites « territoriales » dont le premier geste politique est de généraliser l’opposition, en disant par exemple ici « NON au transfo et à son monde » ne s’entend qu’au regard de ce « et à son monde » précisément, le monde de l’économie et du calcul devenu hégémonique. Ce qui déplace radicalement l’angle de la lutte, qui n’est plus axée sur le faux débat « énergies fossiles » ou « énergies durables », « énergie centralisées » ou « énergies décentralisées » mais bien sur les modes de gouvernementalité qui nous dominent. Et de batailles entre « expert » et « contre-experts », entre « pour » et « contre », on passe à une guerre politique, éthique, vitale. Où ce n’est plus tant la figure du politicien qui est visée que celle de l’ingénieur. A chaque fois d’ailleurs que RTE s’est présenté ici pour avancer son projet de méga-transformateur c’est en communiquant, en technicien, en ingénieur, qu’il la fait. Il en arrive même à faire du porte à porte pour préparer les mentalités en faveur de son enquête publique. Le politique, qu’il soit de gauche ou de droite n’étant qu’un bouffon utile, un marche-pied, dans cette ingénierie territoriale.

4. Guerre aux managers

Si la figure de l’ingénieur, qu’il soit économiste, gouvernant ou politicien, si cette figure nous est ennemie aujourd’hui, dans la lutte qui nous tient ici à l’Amassada et ailleurs, c’est de part le mode de perception que cette figure induit sur le réel. Une perception managériale faite de pures calculs et qui se déploie de manière hégémonique sur toute la terre. Nous l’avons vu, la « mystique de l’interconnexion » chez RTE ou dans la loi sur la transition par exemple, phagocyte les imaginaires à travers cette idée que l’énergie c’est le sang, l’information c’est les nerfs, le corps de l’aménagement du territoire. Dès la fin du XVIII siècle, à la croisée de la médecine (le corps comme réseau de nerfs et de veines), de l’ingénierie militaire (techniques de fortification de surveillance et de défense d’un territoire), de l’ingénierie civile et de l’économie politique (techniques de gestion des flux d’eau, d’argent, de marchandises), le concepteur des réseaux prend la figure de l’ingénieur. Un ingénieur à la fois médecin et militaire. Un ingénieur qui va envelopper le territoire de ses réseaux artificiels, un ingénieur qui va produire du réseau territorial, qui va géométriser l’espace. C’est à se carrefour qu’est fondé les grandes écoles d’ingénieurs comme Polytechnique ou l’Ecole des Mines.

Mais cette analogie entre le sang et la circulation énergétique reconduit un modèle purement économique, le modèle des mercantilistes et des physiocrates, qui définit précisément l’administration des hommes et des choses comme une forme de circulation quantifiable, à travers la monnaie « La monnaie est dans l’Etat ce que le sang est au corps humain, sans l’un on ne saurait vivre, sans l’autre on ne saurait agir. » Pour les ingénieurs, maîtres d’ouvrage de l’époque, la « transition », comme ils la nommaient aussi, vers l’aire industrielle se résume donc à libérer la circulation monétaire au sein du réseau. La transition est clairement définie comme moyens concrets, matériels, pour établir l’administration des êtres. Et c’est ce qu’ils appellent, après l’influence déterminante de Saint Simon, la « dictature de la transition industrielle » qui se fait par l’alliance entre le Roi et les industriels chargés de planifier le budget en assurant l’immédiateté horizontale de la circulation monétaire. Le vrai pouvoir politique réside donc dans l’administration par la mise en œuvre des travaux d’intérêt général (construction des grands réseaux de communication sur toute la planète). C’est le fond de cette « religion industrielle », qu’ils appellent « nouveau christianisme », la religion de la communication et des réseaux, avec son culte, son dogme, son clergé, ses chefs : les ingénieurs.

Voilà le pouvoir despotique que ce Corps d’Etat a légué à notre époque sous forme d’une évidente colonisation. Tracer sur le corps du territoire les canaux observés sur le corps humain et rendre, comme dit Saint Simon, « la possession territoriale » productive. La planification des travaux à organiser est ainsi clairement définie « On peut doubler, en moins de dix ans, la valeur du territoire de la France. Pour cela, il faudrait défricher les terres incultes, dessécher celles qui sont marécageuses, percer de nouvelles routes, améliorer celle qui existent, construire tous les ponts nécessaires pour abréger les transports et faire tous les canaux qui peuvent être utiles à la navigation, ainsi qu’aux irrigations » (Critique des réseaux, Pierre Musso) Voilà le « paradis terrestre » des ingénieurs-médecins-économistes-militaires : tout circule, tout coule, tout passe, tout communique. C’est l’idée d’un gouvernement des hommes dont le but est d’assurer les bonnes circulations tout en limitant les mauvaises, faire en sorte que ça circule partout en évitant les résistances, les nœuds de congestion, maximaliser la circulation et minimiser les risques, gérer le probable, plutôt prévoir et prévenir que discipliner, in fine  : faire en sorte que rien ne se passe, qu’aucun événement ne vienne troubler cet ordre.

On le sait avec l’arnaque des crédits carbone rendue publique, la nature est devenue un nouvel eldorado pour les banques avides de nouveaux marchés. Mais, cette relance du capital, que certains critiquent sous les traits de la « financiarisation de la nature », n’est qu’une partie du problème, du reste assez ancien. C’est le lien intrinsèque qui existe depuis 200 ans entre la mise en place des banques et la mise en place des grandes infrastructures. Avec l’émergence du saint-simonisme en France, cette « religion industrielle », c’est à la superposition de deux réseaux (le réseau des infrastructures et le réseau financier des banques) que l’on assiste. Se créent conjointement les chemins de fer construit par les saint-simoniens et les réseaux financiers qui les ont subsidiés comme la caisse des dépôts, le crédit lyonnais, ou le CIC. Selon une loi économique des plus efficace : qui construit les lignes et les câbles contrôle les prix, chaque points de passage étant des points de tarification. Comme à présent, qui construit l’infrastructure énergétique contrôle les tarifs.

Ce que Rifkin appelle aujourd’hui le « pouvoir décentralisé de la nouvelle convergence énergétique », les saint-simoniens l’appelaient « l’association universelle », c’est-à-dire la combinaison, le croisement et l’extension des réseaux qu’ils soient matériels et/ou financiers. « Sous le point de vue politique proprement dit, l’association universelle, c’est l’organisation d’un système de travaux industriels qui embrasse le globe entier » (Critique des réseaux, Pierre Musso).

C’est du reste la même allégeance saint simonienne chez quelqu’un comme Michel Derdevet, ancien directeur de la communication chez RTE, et maintenant secrétaire général d’ENEDIS (ex-ERDF Électricité Réseau Distribution France et qui gère la mise en place du compteur intelligent Linky) qui promeut explicitement la vision des ingénieurs saint-simoniens dans cette politique des réseaux « nécessairement mondiaux ».

Si l’on veut comprendre la fonctionnement de ce super-réseau qu’est le réseau électrique et toute la politique actuelle de RTE de « moderniser » ses lignes et de rendre le réseau trans-national et trans-européen, ainsi que la superposition des réseaux énergétique et informatique, ou Smart Grid, il faut reprendre l’histoire des chemins de fer américains qui sont le paradigme du management moderne et qui ont servi d’exemple pour toutes les autres formes d’entreprises ultérieures, qu’elles soient d’Etat ou privées, et ce jusqu’à ce jour. Depuis le milieu du 19 e siècle, la fonction générale et première du manager des chemins de fer américains est de « coordonner et affecter de manière administrative les ressources » (Chandler, La main visible des managers). Que ces ressources soient énergétiques, humaines ou marchandes, ce qui importe dans cette histoire, c’est que les compagnies de chemins de fer n’ont pu installer leur infrastructure qu’en s’alliant rapidement à des compagnies financières publiques et privées. Comme c’est le cas aujourd’hui encore avec la construction des parc éoliens ou des autres grands projets d’aménagement qui impliquent tous des « compensations » et qui ne fonctionnent que par le néo-marché des crédits carbone et les financements de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Les compagnies de chemins de fer américaines furent les premières à assurer la construction et l’exploitation de leurs propres voies ferrées et la gestion du trafic des entreprises de transport et de messagerie qui utilisaient ces lignes. Parallèlement, les compagnies de télégraphe, elles aussi, s’occupèrent à la fois de poser les lignes et de transmettre les messages. Pour ces dernières, le rail se présentait comme une solution plus directe et plus rapide que les canaux, les côtes ou les lacs, ses lignes de tracé vont au plus droit pour assurer une mise en service facile et rapide. Toujours une histoire de lignes et de nœuds d’interconnexion ! De plus, l’intérêt des premières mesures de management était de contrôler le trafic par un unique poste de commande. Ainsi est née la nécessité de formuler de nouveaux modes de procédures administratives et de contrôle comptable et statistique. Ce fut la création des premières hiérarchies administratives, l’organisation rationnelle des chaînes de commandement.

Les compagnies de télégraphe et de téléphone se greffant sur les lignes de chemins de fer, il fallait donc superposer les deux infrastructures. Dans la communication et le transport de matières premières (surtout le charbon), la demande d’opérations de gros volume à grande vitesse fit naître le monopole de l’entreprise moderne, à la croisée du transport de ressources (le rail) et du transport d’information (le téléphone). Ainsi, la position des trains, donnée heure par heure par la transmission télégraphique rapide, fournissait un tableau statistique en assurant la sécurité des trains mais aussi la coordination des services d’exploitation et l’efficacité de la chaîne de commandement, essentielle pour la tarification. Pour l’intégration nationale du réseau de chemins de fer, il fallait raccorder les lignes existantes, définir des procédures uniformes d’exploitation, de comptabilisation et d’organisation entre les différentes régions, et surtout adopter une technologie normalisée, uniforme, homogène. Finalement, l’intégration des différentes compagnies du rail allait se faire dans un réseau ferré unifié dont la décentralisation territoriale, en parcourant des milliers de km, ne pouvait fonctionner sans une centralisation dès plus efficace.

Pensons aujourd’hui, une fois de plus, au gigantesque réseau électrique maillant une surface colossale de territoire et qui ne peut fonctionner qu’avec le recours au centre de dispatching RTE du CNES (Centre National d’Exploitation du Système) à Saint Denis avec son mur d’écran où s’étale la cartographie des flux à l’échelle nationale et internationale. C’est à ce paradigme organisationnel qu’on doit la logistique actuelle qui superpose toujours à un réseau de transport, un réseau de communication (presque en temps réel) et un réseau de tarification unifiée : autoroutes à paillages, lignes aériennes-transport de marchandise, lignes téléphoniques-ADSL, Linky etc... Le fonctionnement du réseau électrique et informatique s’y conforment sans exception par la fusion entre l’économie (entre des comportements économiques) et l’innovation technologique. Par exemple, par la superposition des deux grands réseaux électrique et informatique par la technologie du Courant Porteur de Ligne, ou « G3-PLC » (« G3-Power Line Communication »). Le principe des CPL consiste à superposer au courant électrique alternatif de 50 ou 60 Hz un signal à plus haute fréquence et de faible énergie. Ce deuxième signal se propage sur l’installation électrique et peut être reçu et décodé à distance. C’est le principe général des Smart Grid et la solution finale de la troisième révolution industrielle. Une transition vers le pouvoir soit-disant « décentralisé », en fait une nouvelle étape dans le plus pur et total management du monde.

Le lien entre les luttes contre des projets infrastructurels tel que menée ici par exemple dans le sud Aveyron et l’agitation autour de la loi travaille ! pourrait tenir à une même détestation de l’organisation managériale de la réalité. Car qu’est ce qui relie autant de flux, marchandises, grands magasins, agences pole emploi, banques, polices, publicités, aménagement du territoire, raffineries, qu’est-ce qui fait tenir toute cette circulation en boucle, ce réseau de réseaux, cette production gigantesque d’énergie, ce contrôle continu, cette discipline diffuse, si ce n’est le règne des ingénieurs, si ce n’est la caste des managers. Et quelle pourrait être une politique commune, des gestes partagés sinon une même guerre livrée à ces managers.

Car il y a bien deux perceptions du monde qui sont en guerre. On ne peut plus s’en cacher. D’un côté, ceux qui depuis leur vision abstraite tente d’arraisonner ce monde, de le faire rentrer de force dans leurs projets d’aménagement. Et qui apparaissent de plus en plus comme des extra-terrestes, des hors sol radicaux. De l’autre, ceux qui depuis une perception sensible partent de là où ils habitent, de là où ils vivent et tentent de se lier à la terre, à la réalité qui les traverse. Chaque lutte qu’on dit « territoriale » est avant tout une guerre entre ces deux perceptions ennemies du monde. Et pour ceux qui ont pris le parti de l’habiter, une occasion de se tenir à même les phénomènes, de s’ancrer physiquement. Mais en même temps, le parti de l’habiter ne peut se permettre de ne pas circuler, de ne pas voyager entre les zones plus ou moins libérées, entre les brèches, le long des pistes de vie. C’est la force indéniable qu’on peut avoir sur ceux qui gouvernent ce monde depuis quelque tour de contrôle éco-systémique que de s’enraciner tout en lançant nos racines traçantes.

5. Devenir éléments

« La colonisation de la planète par le capital vise avant tout, avec une plus grande obstination que celle des Jivaros, à conquérir des têtes et à les réduire de telle sorte qu’elles n’aient plus d’autre horizon que la marchandise. La méthode la plus efficace pour arriver à ce résultat consiste à détruire toute organisation sociale autonome fondée sur une relation de réciprocité entre les membres de la collectivité, et créer ainsi les conditions d’une misère sociale infinie. »
Georges Lapierre, Être ouragans, 2016

Si l’économie est bien comme le laisse entendre son étymologie (oïkos-nomos) la mise en ordre (et en coupe réglée) du logis, et par extension du territoire et du monde, alors c’est bien une pensée économique qui préside à l’implantation d’éolienne dans un lieu, et c’est contre cette pensée que nous luttons.

Pour procéder à la partition de l’oïkos et en profiter goulûment, la pensée économique des marchands et de leurs valets doit au préalable mettre en équivalence tous les éléments singuliers qui composent un endroit, un lieu habité, une terre. Cette mise en équivalence est une évaluation abstraite, hors-sol c’est le cas de le dire – qui trouve son expression pratique dans l’assignation d’une valeur monétaire à chacun des morceaux savamment découpés et extraits de l’ensemble vital qui leur donnait sens, ces morceaux n’ayant dès lors plus rien à voir les uns avec les autres. On ne dissèque pas une grenouille sans lui ôter la vie.

Ainsi tout ce qui entoure les êtres, tout ce qui les traverse et qu’ils traversent, tous les êtres eux-mêmes sont-ils relégués au statut de marchandise. Ce pauvre tour de passe-passe qui est celui des marchands, grands ou petits, a pour effet de nous déposséder et de nous séparer de ce qui nous entoure, de ce qui nous tient et à quoi nous tenons, c’est-à-dire de nous mêmes. Dès lors cet arbre que j’affectionne et que je j’ai chargé de vœux secrets en y plantant un clou symbolique (les écologistes d’état hurlent au scandale !) n’est plus qu’une certaine quantité de mètres cubes qui trouvera son équivalent en biomasse qui se monnayera à un bon prix fixé par le marché.

Car il n’y a pas d’un côté l’humain muni de sa petite culture et accessoirement la nature qui lui fait face de l’autre. Cette distinction c’est précisément la déchéance des choses et des êtres dans l’abîme de la marchandise (au sens d’objets distincts séparables et monnayables) qui la permet et l’impose comme réalité. Celles et ceux qui habitent un lieu connaissent bien l’absurdité de cette ruse discursive, et c’est pour cela qu’ils savent aussi bien qu’ordonner l’habitat, le territoire, le monde selon une pensée qui ne leur appartient pas c’est aussi ordonner et contraindre les populations qui s’y trouvent et qui tentent de s’y tenir.

Pour notre malheur la pensée économique est une pensée effective (comme toutes les pensées d’ailleurs, il n’y a que les universitaires parisiens pour croire qu’une pensée se résume à des glyphes sur un bout de papier recyclé). Elle anime les aménageurs, les techniciens, les experts et derrière eux les marchands qui les commanditent. Il nous faut par conséquent y opposer une pensée en actes qui soit nôtre, qui fasse sécession en la tenant en respect jusqu’à la mettre un jour hors d’état de nuire.

Par-delà le ravage physique des terres et des espaces, ou plutôt en amont il y a bien l’esprit dont résulte et qui anime des infrastructures que l’on voudrait imposer à grands frais. Cet esprit, qui est celui, maléfique, de la marchandise contamine, disloque et nécrose instantanément tout ce qu’’il touche, tout ce avec quoi il entre en contact. On le voit au Mexique dans l’isthme de Tehuantepec (l’exemple vaut pour toutes les luttes dans tous les autres états du Mexique et partout ailleurs…) où, en plus de dévaster les terres, détruire la mangrove et faire de la mer un désert pour les pêcheurs, ce sont le liens et, plus important encore, l’esprit de ces liens constituant et animant les communautés d’habitants que l’implantation de milliers d’éoliennes met en péril et cherche à annihiler. La pensée de l’argent et son corollaire l’intérêt mercantile individuel menacent les terres communales et surtout l’usage communal de ces terres qui jusque là n’appartenaient à personne en particulier si ce n’est à l’ensemble de la communauté. Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres.

Ce qui est en jeu dans de telles batailles c’est la dislocation ou bien le maintien d’un ensemble de pratiques, us, coutumes, rites, croyances, chants, danses… En un mot la pensée dont procède l’existence d’un groupe social en tant qu’il est autonome, c’est-à-dire qu’il décide en actes des conditions de sa propre existence. C’est pourquoi la faculté de résistance s’ancre et se fortifie de ces pratiques (on maintient ou on renoue avec certaines pratiques délaissées : l’assemblée communale, etc.). Allons même jusqu’à dire que la densité de la résistance et la force des corps qui s’opposent procèdent directement de ce que ces communautés ont encore à défendre une pensée, un mode de relation et donc de vie qui ne sont pas ceux des marchands et qui leurs sont intrinsèquement antagoniques. On voit bien que l’on ne peut se contenter d’avoir une « zone » au sens strict du terme à défendre. Qu’en est-il d’ailleurs des régions de l’occident chrétien marchand où les mêmes marchands tentent également de projeter et d’établir les mêmes infrastructures ? Plus précisément, dans les endroits où les aménageurs rencontrent quelque résistance, de quoi cette résistance peut/doit-elle se nourrir et d’où tire-t-elle sa consistance sous peine de n’être qu’une pitoyable pantomime annonçant sa propre défaite ? De quoi, ou plutôt de quelle pensée pouvons nous nourrir une lutte ? Nous dont l’esprit et le commun a déserté les têtes et les corps, dont les pratiques ancestrales susceptibles de mettre en échec la pensée marchande ont depuis longtemps disparu de notre horizon mental conscient, réduit que nous sommes à n’être, si nous n’y prenons garde, que des atomes en perdition dans un vaste magma énergétique et monétaire.

Nous avançons l’hypothèse que l’enjeu primordial de ces luttes est justement la (re)construction et l’invention de pensées (donc d’un ensemble de pratiques, de modes de relation) qui ne soit pas marchandes-économiques. L’élaboration d’un Nous dont les personnes qui le composent sont animées par cette pensée à construire. Une pensée commune dont l’exercice n’est pas le fait d’un petit groupe, d’une caste ou d’une bureaucratie (par définition séparés de la vie sociale du groupe) mais le fait de tous, c’est-à-dire de la vie en partage. De ce point de vue, habiter signifie « s’avoir » (du latin habere : avoir), se posséder, élaborer chaque jour dans les actes et les gestes la pensée qui nous anime, nous meut et nous lie aux autres.

Certains intellectuelles comme Félix Guattari et Toni Negri (Les Nouveaux espaces de liberté) avaient émis l’hypothèse qu’au « Capitalisme Mondial Intégré » il fallait opposer la construction de nouvelles « subjectivités » (le prolétariat comme « sujet révolutionnaire » s’étant mis à faire cruellement défaut). Sans doute jusqu’à une certaine période cette idée de subjectivités a été opérante dans des luttes au sens de : nous refusons d’être les objets de sujets marchands ou plutôt d’individus dont le sujet est la marchandise.

Pour autant nous ne nous reconnaissons pas dans l’opposition abstraite et pour tout dire binaire Capitalisme Mondiale Intégré/nouveau sujet et encore moins dans celle qui la sous-tend sujet/objet. Ces deux couple ont donné lieu à l’opposition pour le reste très intellectuelle du devenir moléculaire (cf la « révolution moléculaire » de Félix Guattari) faisant face à l’être molaire États-Capitalisme Mondial Intégré. (À tout prendre nous préférons encore l’image du pot de terre contre le pot de fer. Mais bien que l’image soit parlante elle ne l’est qu’en tant qu’image et n’opère pas dans le réel.)

Que peut bien vouloir dire en effet devenir moléculaire dans un monde si soigneusement disséqués par les scientifiques et les laborantins, dans un monde où tout ceux qui tentent de le peupler sont déjà si considérablement atomisés ? Qui peut encore sincèrement croire qu’un atome ou une molécule s’oppose intrinsèquement et de façon immanente à la mole des états. L’atome constitue et permet la molécule aussi sûrement que la molécule entre nécessairement dans la composition de la mole et que les états n’existent que grâce (à cause devrions-nous dire) aux individus en tant que tels.

Il nous fait horreur d’être les prisonniers volontaires d’une métaphore issue de la fable de la science et de l’économie. Pas tant parce qu’elle utilise des concepts ennemis que parce que nous sommes convaincus que toute pensée opère et que penser en ces termes c’est déjà admettre et préparer notre propre défaite.

Nous ne voulons ni des atomes, ni des molécules, ni des pensées en éprouvettes. Ce serait déjà admettre que nous sommes sécables, divisibles, ponctionnables à l’envi.

Non, nous voulons partir de ce que nous éprouvons et tentons de vivre et de construire tous les jours. Nous ne voulons pas seulement vivre quelque part mais aussi y habiter.

Habiter un lieu, un espace, un endroit, un village, une clairière, une forêt, un coteau… c’est reconnaître qu’il n’y pas de séparation ou de différence essentielle entre le nous et le là où. Lorsque nous disons « nous » le nous comprend les personnes mais aussi les lieux, les chemins et les sentiers entre ces lieux, les arbres de la forêt voisines, les souvenirs qui y sont attachés, les morts dont on a la mémoire, les teintes du ciel qui nous baigne, le vent qui bat les cimes, la terre et le sol grouillant… C’est tout cela un nous qui habite et qui est habité, incarné par l’ensemble des relations entre les éléments qui constituent un telle eccéité.

C’est pourquoi face à l’être logistique de l’économie et de ses infrastructure nous parlerons de résistance des éléments.

Nous ne nous opposons pas à l’implantation d’une ligne THT (Vallée de la Haute-Durance, Hautes-Alpes) ou d’un transfo et de ses éoliennes (à Saint-Victor-et-Melvieu dans le Sud-Aveyron) par soucis esthétique (leur laideur n’est qu’une conséquence, très logique du reste) mais par volonté éthique. Dans le sens où l’ethos désigne à la fois le fait de se tenir quelque part, la façon de se tenir, la personne qui se tient et le lieu où elle se tient. Tenir et se tenir c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous voulons faire corps, faire corps avec la pensée que nous construisons et qui nous entraîne, faire corps avec notre entour. Si nous sommes si déterminés à bloquer pour les renvoyer à leur néant les camions-toupies pleins de béton ça n’est pas parce que le procédé constructif ou la matière nous indispose (encore que) ou que cela est moche et chimique (encore que) mais parce que couler un plot de plusieurs milliers de mètres cubes de béton dans le sol que nous peuplons c’est couler un bloc de béton de chacune de nos têtes et dans chacun de nos corps. Et l’on sait bien ce qui arrive à ceux à qui il advient par malheur de faire corps avec un bloc de béton. On ne pense pas avec un bloc de béton dans la tête, on coule.

À l’uniformité logistique galopante nous opposons la multiplication des devenirs élémentaires, car notre colère est celle des éléments déchaînés. « La guerre à venir est celle où tous nos guerriers seront unis du nord au sud, d’est en ouest… Nous croyons que nous devons nous aligner sur les ouragans, inondations, les blizzards, tornades et tsunamis. » (G. Lapierre citant Kiko dans Être ouragans, L’insomniaque, p.559).

Nous ne voulons pas seulement la destruction des pylônes, nous pensons qu’il faut être la foudre qui les abat et les disloque. Nous ne voulons pas seulement être le ban de petits poissons qui échappent au filet tentaculaire de RTE, nous devons être la vague qui l’arrache et le déchire, qui fait chavirer le vaisseau et noie ceux qui s’accrochent au gouvernail. Nous ne voulons pas seulement repousser les assauts des techniciens et de leurs engins, nous devons être la tornade qui les balaie pour les disperser aux quatre vents. Nous ne voulons pas seulement qu’une pluie de cailloux ensevelisse les sicaires qui viendront nous déloger, nous devons nous « durcir comme une pierre afin de résister à la violence déchaînée par le pouvoir contre une vie collective en reconstruction » (Id.). Devenir indivisibles et indéracinables, imprévisibles et incommensurables. Devenir l’onde inquiétante, profuse et menaçante qui fait renoncer le marchand à sa traversée lucrative, lui qui n’est qu’un individu, là où le corsaire qu’il craint autant, sinon plus et pour cause, s’est jeté dans le devenir-océan qui le rend si redoutable aux yeux de ceux qui ne savent être que ce qu’ils sont.

Nous ne défendons pas la nature,
nous sommes la nature qui se défend.

Des éléments torrentiellement débordants.

[1Sur ces questions de l’ éco-nomie et des réseaux technologiques voir ou revoir les interventions de Jacques Fradin sur lundi.am ou sur bogues.fr

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