Lorsque la lune est pleine
Il profane la tombe de l’oubli
chante les fosses communes les charniers
Sous le soleil de minuit
Il s’éprend des squelettes
écoute les résonances intimes des tombes
des fosses des gisements de corps
se laisse aller aux silences aux voix muettes
aux murmures des os
Le rossignol a perdu ses ailes printanières
La colombe a délaissé son éclat d’antan
Les plumes dans le sang des enfants tués par
les balles des diplomates
des nouveaux nés noyés sous les gravats
Ces guerres loin de nous obscurcissent le ciel
Les néons des missiles de guerre fulminent dans
la nuit bleue-noire
Les sirènes agitent les corps les têtes les
cervelles
Les blindés au sol qui racolent
vos âmes qui s’envolent
Les gens sous les bombes (sous les bombes)
vos mains sur vos joues
vos sourires dégarnis
Les armes à feu pointent le ciel étoilé
Vers qui se tourne l’enfant qui ne veut pas
mourir
Cet enfant qui aime sa maison blanche
Cet enfant à qui manque le soleil d’avril
Ici-bas il y a le cri des cygnes et le chant
des bombes
Il y a les os les gravats les cailloux le ciment
des bâtisses effondrées
les vestiges de guerre entassés
le béton la poussière
Des maisons des enfances des amours oubliées
Quelques fantômes quelques images furtives
d’une époque de fureur et de sang
Vers qui se tourne l’enfant qui ne veut pas naître
Voyez cette chape de plomb ce dôme de fer
Le cri ardent de l’enfant s’y cogne
À bout portant sur l’esplanade
une femme déploie son voile
Les keffiehs s’envolent et parsèment
le firmament de couleurs crépitantes
Le cri des mômes
Le bruit des bombes
La peur des mères
L’effroi l’effroi l’effroi
Les corps lacérés des gosses
Les balles qui sifflent les balles qui tuent
Le regard perdu des pères
Le courage des familles
Les corps décharnés
La famine le cri du ventre le cri des êtres
Les poètes sacrifiés des villes assiégées
Où sont les jouets des enfants et les caprices des minots
Où sont les manuels scolaires les dictionnaires
les dessins enfantins
On bombarde des écoles on
bombarde des écoles
on bombarde des écoles
on bombarde des écoles
on bombarde des écoles
on bombarde des écoles
on bombarde des écoles
Je pleure cette poésie
sans cri de jeunesse
Jeunesse
ô donjon où tu vis
Les familles fuient
les familles s’exilent
les familles pleurent
dans la terreur
de la nuit ensanglantée
mais les familles avancent
vers la lumière
et c’est assez
Ô rossignol
n’implore plus
Glisse vers la liberté au travers des écorces mûres
Nulle balle ne teint le battement de tes ailes
Vigoureux sera l’olivier
où combat ton ney
quelques missiles
jaillissent de l’obscurité ténébreuse
quelques civils à terre
frémissent pour la dernière fois
Zones humanitaires
zones mortuaires
Ô réfugiés de Rafah
L’industrie militaire a son idéal
sa logique meurtrière
frénétique
logique mathématique d’accumulation
logique de destruction : « que le rossignol se taise ! »
Quand vos os eurent frappé la terre
chancelant à travers vos visages
Amour amour rien ne fut anéanti
un amour frais vint dans un éclat
vous ranimer et vous ressaisir
Et si la chaleur s’était omise de vos corps
Une chose continuait
Opposée à la vie agonisante
Terre et ciel ne renonceront jamais
à leurs féeries saisonnières à leurs danses lumineuses
Que le rossignol transporte le verbe
Toi qui passes entre l’épanoui et l’oubli
Touche les fleurs de ton chemin
Efforce-toi par ta chaleur blanche et ta suave persévérance
de diffracter leurs souvenirs
Que diras-tu
Tu nous parleras d’un amour si lointain qu’il rejoindra l’enfance
Entendez le frémissent du vent
entendez le sifflement de l’océan
faire chavirer les cœurs
L’insolence de l’enfance gazaouie est
persistante
Armand






