lundimatinpapier #4

Christian Lambert, ex-patron du RAID, ex-directeur des CRS, ex-préfet de Corse et de Seine Saint-Denis se reconverti dans le rail

Un petit décret est apparemment passé inaperçu lors de sa publication au journal officiel : depuis le 28 septembre 2016 (décret n°2016-1281), les agents de la « police » RATP et SNCF (la sûreté générale, « SUGE ») exerçant en civil auront le droit de porter une arme.

Loin d’être surprenante, cette autorisation est le fruit d’une double évolution qui affecte ces services depuis plus de 15 ans : d’une part, la volonté de l’État de leur imposer un cadre légal, celui des services de sécurité privés (surveillance, gardiennage, transport de fond) et, d’autre part, celle d’introduire des éléments dérogatoires à ce cadre, qui les rapproche des services de police nationale, cette dernière tendance prenant bien évidemment le pas sur la première.

C’est en effet cette double dynamique qui marquait le décret du 24 novembre 2000 : celui-ci imposait aux agents de la SUGE l’obligation du port d’une tenue spécifique, distincte de celle des agents de police, tout en leur permettant en même temps le port et l’utilisation d’un certain nombre d’armes de manière dérogatoire.

Et, dès 2007, un nouveau décret venait assouplir le précédent, en permettant aux agents de la SUGE d’être dispensés du port de la tenue :
- pour la surveillance des lieux non accessibles au public (par exemple les dépôts) ;
- en cas de forte affluence de voyageurs, d’évènement particuliers (sur accord du préfet et sous son contrôle) ;
- enfin, en temps normal, uniquement pour observer et le cas échéant appeler les agents en tenue.

Les agents en civil n’étaient toutefois pas autorisés à porter une arme.
C’est donc à la suite de la loi du 22 mars 2016 « relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs » que le décret du 28 septembre 2016 est venu autoriser ces agents à intervenir en toute situation en dispense du port de la tenue, tout en permettant à ces mêmes agents en civil de porter une arme.

Par ailleurs, ce décret autorise les agents de la SUGE à réaliser des palpations de sécurité (uniquement, selon la loi, avec l’autorisation expresse de la personne concernée, la palpation devant être réalisée par un agent du même sexe), à cette seule condition qu’un arrêté préfectoral définisse une situation de « circonstances particulières liées à l’existence de menaces graves pour la sécurité publique », notion amplement recouverte par l’état d’urgence actuel.

Il est d’ailleurs intéressant de relever que cette autorisation de réaliser des palpations trouve son origine dans une disposition préexistante concernant les agents de sécurité privés. Dans le cadre du chapitre concernant le renforcement de « la lutte contre le terrorisme » de la loi relative à la sécurité quotidienne promulguée le 15 novembre 2001 (dans la foulée des attentats du 11 septembre, donc). Ainsi, c’est bien le cumul de dispositions « antiterroristes » qui conduit peu à peu à transformer des agents de sécurité privés en une véritable milice auxiliaire de la police nationale, dotée de droits et de prérogatives toujours plus proches et semblables.

Pour comprendre cette évolution, peut-être faut-il s’interroger sur la biographie de l’actuel directeur de la SUGE ? Christian Lambert, ce noble individu fut successivement patron du RAID, préfet de Corse lors de la traque de Colonna, directeur central des Compagnies Républicaines de Sécurité puis préfet de Seine Saint-Denis expressément nommé par Nicolas Sarkozy pour pacifier le département. (indice : la réponse est dans la question).

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Zapping Loi « travaille ! »
Des lecteurs de lundimatin nous ont envoyé ce « zapping » d’une vingtaine de minutes qui revient sur les évènements du printemps.
« Boulots de merde ! Du cireur au trader » - les bonnes feuilles
La semaine dernière, nous avions interviewé Julien Brygo et Olivier Cyran à propos de leur dernier livre "Boulots de merde ! Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers paru aux Éditions La Découverte. Dans son édition d’octobre, le journal CQFD vient d’en publier les bonnes feuilles, en l’occurrence, un chapitre concernant la distribution de prospectus dans nos boîtes aux lettres.
Emplois poubelle pour prospectus jetable
Assassinat d’une matonne progressiste
« Elle serait blessée de se voir décrite en chef matonne, usant de son pouvoir sur les corps et les esprits de prisonniers sans défense. Banal rouage d’une institution du mal qui broie les déviants ; cupide entrepreneuse dans l’industrie du mal-être des riches. Elle souffrirait d’être ce qu’elle a choisi d’être, de la même façon qu’elle tourmenta le jeune que je fus pour être comme il était. »
Cauchemars et facéties #48
Un magicien. Un compteur électrique sans caméra espion mais qui espionne quand même. Et ne pas oublier qu’« en passant à une société hyper-fragmentée, nous devenons de plus en plus sensibles à une société de contrôle qui repose sur la puissance algorithmique qui produit des groupes sociaux distincts, influencés par une surveillance des données qui n’est plus centralisée par un Etat, mais encodée par tous ceux qui ont intérêt à contrôler nos comportements ». Et ouais !
Sur l’internet, on trouve...
VALD - Une éthique adéquate [Quand j’entends le mot culture]
Il a été relevé maintes fois que les meilleurs mots d’ordre du mouvement du printemps venaient du rap français des deux dernières années. Le langage « vulgaire » du rap a fini par mieux répondre au malaise de notre époque que les discours et slogans politiques. C’est le signe que cette musique, qui a toujours prétendu partir de la vie quotidienne, se situe sur un terrain délaissé par la raison politique : celui de l’éthique. Comment vivre, comment parler, comment s’habiller, qu’est-ce qu’on aime, qu’est-ce qu’on déteste, qu’est-ce qui est stylé, qu’est-ce qui ne l’est pas, qu’est-ce qui est insultant, qu’est-ce qui est flatteur, etc. Si on peut aimer Mozart sans avoir le moindre avis sur la manière dont il vivait, aimer un rappeur signifie toujours plus qu’aimer une « musique » : il s’agit aussi d’aimer un personnage, sa façon de vivre, sa manière d’être, bref, son éthique. Les fans de PNL aiment leur éthique de la force désespérée et de la loyauté QLF, les fans de Booba aiment son éthique du scandale mythomane et de la suprématie OKLM, les fans de Niska aiment son éthique de charognard, et ainsi de suite.
Cette semaine, lundimatin a voulu faire le portrait éthique de VALD, le rappeur déconcertant d’Aulnay-sous-Bois, qui, depuis le buzz de son clip Bonjour, s’impose dans le rap game en faisant fi de ses codes. Il est l’auteur d’un double EP intitulé NQNT (pour Ni Queue Ni Tête) et son prochain album, Agartha, est attendu pour 2016.
Qui est VALD ? Ou plutôt, qu’est-ce que vivre selon VALD ?
V.A.L.D. ! Finies les Lumières, les demi-philosophes. Place à la poésie moderne.
Calais : l’humanitaire en action



Un bruit court à Calais. L’armée est à quelques kilomètres, des grilles de sécurité par-dessus la tête. Camions, barnum et radar accompagnent le campement installé à l’aéroport de Marck. Que trafiquent-ils ? Des charters militaires à la rescousse ? Les vœux de la maire Bouchart enfin exaucés ? « Non, non, » nous dit-on, « ils étaient là pour une manœuvre, ils remballent ». C’est qu’à force de voir associée l’action humanitaire aux opérations militaires, l’imagination va galopante. Et l’humanitaire justement, on en parle
 beaucoup depuis l’annonce de l’expulsion du camp.


« Ce samedi 1er octobre, les pierres ont volé contre les forces de l’ordre. Visages masqués et gestes habiles, les migrants sont rodés aux affrontements, mais la riposte démesurée. Sept cents grenades ont été tirées et le canon à eau dégainé contre quelques deux cents personnes. »
[Revue juridique] Quand les lois antiterroristes autorisent les agents de la RATP et de la SNCF à intervenir en civil et armés
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