Quelques Axiomes pour les Nuits Debout

« Il est donc de bon ton de construire des feux de joie, des baraquements solides, de multiplier les expéditions et explorations urbaines à la recherche de ressources alimentaires et constructibles, de développer des arsenaux de bouteilles de verre, d’élaborer des chants, des danses, des festivités éclatantes de liesse... »

paru dans lundimatin#58, le 25 avril 2016

De longs débats portant sur de petits problèmes peuvent être aisément résolus ou bien par une analyse de leurs postulats ou bien par la prise en compte d’un point de vue qui fait disparaître le problème. Il s’agit ici de prendre un tel point de vue, depuis lequel certaines interrogations deviendront visiblement lettre morte et nullité. Il y aura certainement un point de vue adverse pour lequel ce qui s’écrit ici est réfutable. Qu’importe ! si ce qui sera dit dans les axiomes suivants emporte l’adhésion des ami.e.s, même de peu.

Axiome - I

La multitude de Nuit Debout ne se constitue pas pour son dehors (le spectacle, le public, les médias) mais pour elle-même (la place, l’ami.e, la rumeur).

Explication : La multitude de Nuit Debout ne tourne plus son action vers les médias, les institutions ou le public des démocraties légales, elle tend au contraire à se constituer en forces stratégiques immanentes, aux pratiques variées, dont l’organisation et les structures affleurent peu à peu.

Corollaire : Le problème de la crédibilité des Nuits Debout est superficiel et négligeable, la question de leur légitimité est mal posée, et le point de vue accusateur, porté sur les actions variées de la multitude en formation, peut être une manière de reconduire un résidu intériorisé de mentalité policière.

Scolie : De l’image des Nuits Debout, il n’est pas grand chose à craindre. Le souci d’image, de représentation, souci d’être présentable est encore une forme de servilité, de docilité, de servitude tournée vers une instance supérieure quelconque qui flatte, gronde, cajole et sauve. échapper à cette soumission, c’est ne faire allégeance qu’à ses amis et à soi-même, dans la gaité et la puissance. Se connaître et agir sont les seules légitimations dont nous ayons besoin.

Axiome - II

Chaque individu de la multitude des Nuits Debout est un mode par lequel les Nuits Debout existent d’une certaine manière et en un certain sens.

Explication : Si un individu des Nuits Debout ressent du dégoût pour les actes d’autres individus des Nuits Debout ; si cet individu est triste, a peur, ou refuse de faire usage de son intelligence ; cet individu est une manière particulière par laquelle les Nuits Debout se dégoûtent, sont tristes et ont peur d’elles-mêmes.

Corollaire : Chaque individu de la multitude des Nuits Debout est proprement une manière par laquelle la Nuit Debout s’affecte elle-même. Si un individu des Nuits Debout est joyeux, alors cet individu est la joie même par laquelle la Nuit Debout est joyeuse.

Autrement : La question de la représentation et de la responsabilité des Nuits Debout est maladroite. Qui représente la Nuit Debout ? Qui en est responsable ? Répondre ou tenter de répondre à ces questions, c’est détruire la multiplicité essentielle des Nuits Debout. Les ensembles d’individus qui font la multitude des Nuits Debout sont la Nuit Debout effective. Par conséquent, il n’y a pas de totalisation possible des individus de la multitude. Seules des tendances, des lignes de force, des axes, des intensités déterminées peuvent y être saisies et soulignées.

Corollaire 2 : Chaque individu des Nuits Debout représente et est responsable de la Nuit Debout, non pas en tant qu’il incarne l’ensemble des individus de la Nuit Debout, mais en tant que chaque individu est un mode par lequel les Nuits Debout existent d’une certaine manière et en un certain sens. Si un individu allume un feu sur la Place et que d’autres s’y attroupent en cercle, ils sont le mode par lequel la Nuit Debout se réchauffe elle-même et entretient son feu ; si un ou des individus viennent éteindre ce feu sur la Place, ils sont un mode par lequel la Nuit Debout se refroidit elle-même, et se réprime elle-même.

Scolie : En tant que la Nuit Debout est déjà attaquée et limitée du dehors par la gendarmerie nationale, les CRS, la BAC, les RG, les municipalités, les préfectures, les tribunaux d’instance, les « riverains », les passants indifférents ou hostiles, les médias mainstream, les radicaux de droite etc., il n’est guère heureux de s’imposer à soi-même une police interne, une restriction oppressive des affects joyeux ou une huée méprisante envers les actes favorisant l’essor des corps. Comme l’exprime le corollaire de l’Axiome 1, se soucier de la crédibilité des Nuits Debout c’est se soucier d’un épiphénomène du néant. Il est donc de bon ton de construire des feux de joie, des baraquements solides, de multiplier les expéditions et explorations urbaines à la recherche de ressources alimentaires et constructibles, de développer des arsenaux de bouteilles de verre, d’élaborer des chants, des danses, des festivités éclatantes de liesse, de s’exercer à la résistance, à la défense, à la course, au hockey sur lacrymogène, au lance-bouteille, au cache-cache bouclier de carton et de table, à l’art de la palissade et de la barricade temporaire, aux logomachies de l’insulte et du rire, aux cris gonflés de guerre, à l’apprenti pharmacie, au monopoly de défense juridique, etc. Est citoyen de bonne farine celui qui cartographie l’espace, détermine les objectifs stratégiques utiles, appelle en chantant et criant à l’exercice heureux de la manif sauvage, organise un jogging black-bloc moqueur, joue à compte-les-RG, et saute-les-casques, s’amuse sérieusement à libérer ses camarades, écarter le CRS encombrant de la voie publique ou, mieux encore, inventer avec du béton de quoi bloquer les flux. L’insurrection qui peut venir est une devinette spatiale dont les multitudes déchiffrent peu à peu les actes et enchaînements.

Axiome - III

La violence a lieu et s’accroît autant que le désert et sans se déclarer.

Explication : Le désert croît : malheur à celui qui protège les déserts (Nietzsche)

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