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A ne pas lire [1917 — 2017]

« La Révolution russe comme on ne vous l’a jamais racontée ».

Un historien matérialiste - paru dans lundimatin#99, le 3 avril 2017

Cette semaine, notre historien matérialiste présente deux livres à ne lire sous aucun prétexte.

1917, Une passion russe

Ce livre est écrit par Max Gallo. Il est sorti en février 2017 aux éditions XO. Il prend la forme d’une présentation de l’année 1917 avec un préambule de contextualisation. Il s’agit classiquement d’une histoire au sommet qui se traduit par un duel pour le pouvoir (à trois, évidemment) entre Nicolas II, Kerenski et Lénine. Fortuitement on peut croiser d’autres personnages comme Raspoutine ou Staline.

L’essentiel de ce livre consiste en un grand duel à trois, le tout enrobé d’anecdotes plus ou moins délirantes et d’absurdités sans aucun fondement.
On peut par exemple apprendre que Lénine après l’échec des journées de Juillet se réfugie « dans le grand port militaire et révolutionnaire de Helsingborg en Suède. » (p. 118). Non seulement Lénine n’est jamais allé se cacher à Helsingborg ; mais surtout Helsingborg est en vérité une ancienne dénomination de Helsinki, qui est alors encore sous contrôle russe pour quelques mois encore avant l’indépendance de la Finlande. Il ne s’agit donc évidemment pas d’un port suédois, puisque, rappelons le, la Finlande suédoise a été conquise par la Russie en 1809.

On apprendra aussi que le dénouement de la Révolution d’Octobre est la prise de l’Institut Smolny par les bolchéviks. Qui a vu Octobre de Eisenstein sait qu’il s’agit de la prise du palais d’Hiver, l’Institut Smolny étant le quartier général de l’insurrection bolchevik. Comme le dit si bien la quatrième de couverture de ce chef d’œuvre : « La Révolution russe comme on ne vous l’a jamais racontée ».

Une histoire secrète de la révolution russe

Ce livre est écrit par Victor Loupan. Il est sorti en janvier 2017 aux éditions du Rocher. Son auteur a déjà écrit un certain nombre de livres sur le sujet, et il est journaliste à Radio Notre-Dame ainsi que dans les pages opinions du Figaro. Il s’agit comme l’indique son titre d’une histoire secrète, donc inconnue. Le livre s’articule en trois parties : la première qui fait la moitié du livre traite essentiellement de Trotski, la seconde de Staline, et enfin la dernière traite de la question de la Terreur.

L’action démarre en 1904. Trotski, jeune révolutionnaire sans scrupule, rencontre en exil Parvus, un révolutionnaire allemand qui est né en Russie et qui déteste le Tsar. Il lui révèle de manière prophétique la révolution de 1905 à venir ainsi que le déclenchement de la Première guerre mondiale. Parvus est riche : il introduit Trotski dans le monde des grands capitalistes et des services secrets qui veulent la perte de la Russie. Ainsi de 1904 à 1914 Trotski est plus ou moins un agent secret de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, lesquelles lui assurent un train de vie princier. Durant la première guerre mondiale Trotski est exilé aux États-Unis et devient un agent américain tout en complotant avec des grands banquiers juifs.
Voici quelques citations éclairantes sur le rôle secret de Léon Trotski :

« Mais Léon Trotski a alors en commun avec Jacob Schiff et l’élite pensante de Wall-Street l’idée d’une utopique « république mondiale » à laquelle Alexandre Parvus l’initie alors qu’il n’a pas encore 25 ans. Ce lien étrange entre révolution mondiale et capitalisme financier qui se rêve déjà mondialisé est très frappante au moment de la prise du pouvoir des bolcheviks. » p. 86

« J’aimerais préciser ici, pour qu’il y ait pas de confusion, que Léon Trotski n’est sans doute pas un agent britannique ou américain au sens classique du terme. » p. 93

L’internationalisme prolétarien annonce déjà la mondialisation, la révolution est le cheval de Troie du capitalisme mondialisé. Trotski est un agent mais comme il est immoral il ne respecte aucun de ses engagements : il veut le pouvoir.
Au détour d’une phrase on apprend que la révolution russe est le fruit de l’alliance entre un agent allemand (Lénine) et un agent américain (Trotski), lesquels en définitive se retournent contre leurs employeurs ; mais pas tout à fait car Lénine fait la paix avec l’Allemagne et Trotski met en place par le biais de son oncle et sa femme un lucratif trafic d’œuvres d’art dont il partage les bénéfices avec ses amis banquiers.

La seconde partie montre la victoire de Staline, qui est sincère et très déterminé et s’appuie sur son patriotisme pour évincer Trotski, lequel n’est pas russe. Staline non plus ; mais il aime son peuple. Au fond il n’est qu’une victime de la révolution russe : il est obligé de suivre les méthodes violentes de la guerre civile pour gouverner mais c’est un brave garçon victime du système. Il ne voulait pas la prise de pouvoir, et Lénine non plus : c’est Trotski qui a tout fait dans son coin.

La troisième partie traite de la Terreur qui s’explique par les circonstances habituelles (guerre mondiale, violence extrême des deux cotés, etc). La seule différence entre Rouges et Blancs c’est que la terreur des Rouges a comme but clair l’édification d’une nouvelle société, celle des Blancs, en revanche, on ne sait pas trop pourquoi elle se déchaîne, et c’est pour cela qu’elle a été moins légitime au niveau de la population.

Le livre se conclue par une mise en garde salutaire :

« On peut combattre une révolution, mais on ne peut pas la vaincre, car l’esprit révolutionnaire est invincible à jamais. Ce feu sacré de la révolution qui brûle dans le cœur des gens, qui les consument de l’intérieur, qui les rends invincibles, ne peut être éteint. Une révolution peut être soviétique ou islamiste cela n’a pas d’importance. » p. 193-194

Difficile d’écrire plus sur ces deux livres, qu’il ne faut pas lire même au second degré. Ils ne valent rien et montrent seulement que si des historiens étrangers ouvertement réactionnaires ont pu écrire des livres minimalement intéressants sur le sujet, les Français en revanche en sont incapables.

Un historien matérialiste fait l'histoire de la révolution, par la révolution, pour la révolution.
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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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