Attention, cet article parle en détails de violences sexistes et sexuelles, de féminicides, suicides, maltraitance animale, et de leur imagerie au cinéma.
J’inclus dans mon usage du mot femmes toutes les personnes qui peuplent le genre féminin quel que soit leur sexe biologique de naissance. J’écris de manière inclusive sauf quand j’estime que les sujets de mes phrases sont du côté de l’ordre masculin dominant. J’écris cet article parce que les critiques françaises unanimes, le public et certaines connaissances enthousiastes ont bien failli me gaslighter : ne voyant personne relever la misogynie d’Obsession, découvrant que certains en proposaient même une lecture féministe, j’ai cru que je raisonnais mal, que je ne voyais pas ce que je voyais. Non. Voici mes notes. Je ne suppose pas qu’elles soient parfaites. Ma première intention est de sortir de la solitude et la terreur que j’ai sentie en tant que spectatrice de ce film épouvantablement misogyne et de nommer le vrai monstre à l’écran. À chacun chacune d’y réfléchir en ses termes ensuite. Il n’y a pas besoin d’avoir vu le film pour lire cet article, qui contient par ailleurs beaucoup de spoilers.
Résumé du film
Aux États-Unis, un blanc-bec surnommé Bear, célibataire à cause de lui, est amoureux en secret d’une amie de lycée, la jolie, indépendante, Nikki. Bear et Nikki travaillent dans un magasin de musique avec Sarah et Ian, leurs amis. Ian et Nikki étaient sex friends avant que ne commence cette histoire, donc Ian sabote Bear pour garder l’exclu. Sarah, la fille sympa, aime Bear en secret, donc elle n’aide jamais Nikki. Bear n’est pas un vrai mec comme Ian, il n’est pas non plus un Timothée ni le nouvel homme déconstruit. Il est bof, immature, infoutu d’assumer, et ne fait aucun choix susceptible de le rendre lui ou sa vie intéressants. Au début du film, il s’entraine sur (pas avec, sur) une serveuse à faire une déclaration d’amour à Nikki. Comme c’est mauvais, pour éviter l’humiliation d’un rejet ou le risque d’une conversation qui le ferait grandir, Bear se rabat sur un bâton à vœu magique acheté dans une boutique ésotérique. On lui dit Attention danger, mais Bear prend le risque de casser le bâton et fait le vœu puéril que Nikki l’aime plus que tout au monde. Exaucé ! La sorcellerie opère et l’attitude de Nikki change. Elle devient « amoureuse » de Bear. Doucement au début, puis jusqu’à l’obsession et la rage meurtrière, dont personne ne sortira vivant sauf elle (mais il faut voir avec quel trauma). Personne, dans l’entourage de Bear, ne croira à la vérité de cette idylle subite, pas même lui. Il doute du consentement de Nikki et de sa sincérité, il est déçu, ce n’était pas exactement comme ça qu’il avait imaginé leur love story mais finalement, il s’y fait un temps et la viole à répétitions. Tout le monde trouvera que leur « amie » Nikki n’est plus elle-même (je mets des guillemets à « amie » car qui voudrait des amis comme eux), qu’elle a changé de personnalité depuis qu’elle est en couple avec Bear. Cela alerterait n’importe qui de la possibilité d’une emprise toxique mais pas ces gens. Nikki aura des glitchs de conscience terrifiants pendant lesquels elle se saura possédée, elle le dira aux autres, elle demandera de l’aide, elle souhaitera mourir pour sortir de cette relation. Mais personne, personne, ne tentera de lui venir en aide. Il ne sera jamais question de la sauver. Tous se préoccuperont davantage pour eux-mêmes ou pour Bear, le « petit ami » en réalité l’abuseur et geôlier maléfique, ce minable incel dont le film adopte majoritairement le point de vue et qui apparaît du début à la fin comme la victime de Nikki – qu’il s’agisse au début de Nikki la meuf bonne qui le snobe ou ensuite de Nikki la folle furieuse hystérique sous emprise, dont il perd finalement le contrôle. Il n’y aura, eut égard au vœu d’amour formulé et à ses conséquences tragiques, aucune réelle auto-critique, aucun apprentissage de la part de Bear. Certes, il meurt, mais il meurt amoureux, endormi à jamais la tête sur les genoux de sa victime polytraumatisée.
Overkill
Un test rapide permet de sonder la misogynie et le sexisme d’un film : comment meurent les unes et les autres ? Dans Obsession, les garçons meurent d’un coup, ou à peu près paisiblement : une balle dans la tête pour Ian et, pour Bear, des cachetons, un peu de bave et le high de l’amour.
Les filles par contre, c’est une autre histoire. C’est toute l’histoire. C’est long, atroce, surnaturel, sanglant, et même, érotisé. Ainsi, Sarah n’est pas juste tuée, elle est sur-tuée : sa tête est fracassée sur un volant, puis son corps nu est exhibé dans une mise en scène sexuelle. Ça passe flash, mais je l’ai vu, vous avez vu, la pin-up cadavre. Cadeau pour le regard mascu, si vous aviez des doutes. Quant à Nikki, c’est pire, elle ne meurt pas. Elle est torturée jusqu’au bout. Après avoir bondi du lit du viol, après avoir hurlé à la possession devant le miroir, après s’être frappée le visage avec des objets, après avoir demandé à mourir, elle se réveille de l’emprise maléfique directement dans le pire trauma possible : abusée, violée, tueuse malgré elle, et désormais consciente de tout. Elle est prête à être internée ou abattue par la police, car personne jamais ne pourra la croire et la soigner. Le sort de Bear, de là où elle se trouve à la fin, paraîtra plus enviable. Mais QUI traite ses femmes comme ça en vrai ? Eh bien : des maris, des pères, des médecins, des prêtres (et leurs complices en tout genre)... Dans la réalité, les overkillers [1] sont des hommes qui tuent des femmes. L’inversion à l’œuvre dans Obsession est abject.
Girl on girl
Dans Obsession, c’est une jolie fille qui tue une autre jolie fille, à propos d’un garçon. Girl on girl, classique. Zéro sororité ici. Quand Sarah s’inquiétera vite fait (avant d’y passer) de l’état étrange de Nikki en questionnant Bear – c’est-à-dire auprès de l’homme du couple et non de la femme concernée directement – ce sera en la pathologisant à la Britney, pour ensuite suggérer la bouche en cœur que Bear mérite mieux que cette détraquée. Elle, par exemple. Sauf que Sarah, en bonne fille sympa qui n’a pas fait le travail de réfléchir, se fait copieusement éclater.
Autre point remarquable : l’opposition entre la bonne et la mauvaise fille. Sarah est présentée comme une bonne fille à papa (son père tient le magasin de musique dans lequel les personnages travaillent) promise à un futur radieux (elle est admise dans une école d’art !). De son côté, Nikki est fâchée avec son père, ne semble pas avoir de mère, n’a guère plus d’ambition que les quizz du samedi soir au bar, et elle couche en dehors de relations sérieuses. Dans ce type de récit, c’est donc une salope. Dans ce type de récit, c’est sûrement de sa faute si elle est en rupture familiale (quand en réalité, ça sent les violences intra-familiales, ce que pourrait corroborer son monologue Hansel et Gretel incestueux). Dans ce type de récit, le sous-texte c’est que les salopes méritent tout ce qui leur arrive.
Viol et Vengeance
Le point de départ du film est une soumission, non pas chimique, mais maléfique. Nikki ne consent à rien dans la relation avec Bear. S’ensuit que Bear ne fait pas l’amour avec elle, il la viole. Et même lorsque des doutes l’assaillent (vite fait) quant au consentement de Nikki ou à l’authenticité de ses sentiments pour lui (quelque chose qui semble compter plus que sa santé à elle), il ne cherche pas à mettre fin au sortilège ni à la relation, pas avant très très tard, quand sa vie à lui sera en danger. Nikki a conscience, par intermittence, d’être sous emprise. La première fois qu’elle se déshabille avec Bear, elle bondit hors du lit, confuse. La scène, pour qui a vécu une expérience similaire, est tout à fait glaçante. Plus tard, elle trouvera la force de lui dire « je n’ai jamais été avec toi »… avant de supplier Bear de l’aider à se suicider (ce qui équivaudrait à un féminicide par suicide forcé). La réaction de Bear à ce moment-là est terrible et révélatrice : il demande « est-ce si horrible d’être avec moi ? » avant de l’abandonner. La réponse est OUI, connard, tu n’imagines pas à quel point (et c’est cela que rate le film : faire imaginer ceux qui nient). Le viol et la conscience qui subsiste dans Nikki serait un argument pour classer Obsession parmi les Rape and Revenge movies, un film dans lequel le violeur et ses complices finissent massacrés par la victime enragée devenue puissante. Alors déjà, non merci les gars pour ce genre cinématographique. Ensuite non, dans Obsession, les filles sont plus massacrées que les mecs ET Nikki est plus traumatisée à la fin qu’au début ET elle n’a pas consenti à devenir une tueuse, cela fait partie de sa torture. Dans les films de super héroïnes, le trauma est en général inaugural, pas terminal, preuve que Nikki est victime, pas justicière.
L’abuseur abusé
Dans la réalité, la maltraitance animale [2], le contrôle coercitif [3], sont de bons prédicteurs des violences intra-familiales et conjugales qui terminent en féminicides, suicides forcés inclus. Ce sont des comportements « quasi exclusivement masculins ». D’aucun diront que Bear goûte pour lui-même aux effets de cette violence masculine et que l’inversion est « pédagogique » car sa prise de pouvoir sur Nikki se retourne contre lui. Nikki reprend les méthodes éprouvées des agresseurs domestiques : elle le bombarde d’amour, lui fait bouffer son chat, l’empêche de sortir, le colle, l’espionne, lui hurle dessus, se calme, promet qu’elle va changer, menace de se faire du mal, l’isole de ses amis, etc. Effectivement, Bear vit un enfer et se suicide. Et du début à la fin, Bear apparaît comme un imbécile, son personnage est insupportable. Abuseur abusé, incel exposé, film féministe ? L’homme Bear aura-t’il appris quelque chose ? Je ne crois pas. D’ailleurs son personnage est tellement minable que dans certaines conversations, on argue qu’Obsession serait... misandre. Ou misogyne. Ou les deux. Bah. Au moins sur Reddit [4], ça débat. Une personne conclut : si le réal avait eu le cran d’explorer à fond les enjeux autour du consentement de Nikki, nous ne serions pas en train de débattre. Mais le film mange à tous les râteliers, ce qui assure son succès commercial, et permet à une personnalité publique américaine misogyne et transphobe notoire de le vanter comme « décrivant parfaitement et de manière très divertissante la dynamique relationnelle homme-femme, à une époque définie par la négation de la complémentarité des sexes » [5].
La misogynie cartonne, la critique se pâme
On peut être intelligent, faire toutes sortes d’interprétations brillantes et tenter de faire dire au film qu’il est féministe, post me too ou que sais-je, à un moment donné il faut mettre un objet culturel en perspective avec la société telle qu’elle est. De manière plus générale, vu le peu de soutiens masculins visibles dans la lutte contre les violences faites aux femmes partout, vu le niveau de déni, d’insulte ou d’ignorance ordinaire que l’on peut rencontrer parmi la gent masculine quand on aborde le sujet des VHSS, je doute qu’un film qui leur retournerait réellement le regard rencontrerait le succès commercial d’Obsession. Or – et c’est en grande partie ce qui fait baver les critiques toujours contents quand un truc bricolé fait du cash – ce film cartonne, semaine après semaine. À ce titre, certains critiques sont comme le personnage de Ian, intéressé par l’argent : quand Bear apporte à son pote un bâton magique et lui demande de faire un contre-vœu pour l’aider à sortir du cauchemar, Ian préfère demander un million de dollars. De même, ma revue de presse française révèle des critiques bluffés par le succès capitalistique inattendu d’un jeune réalisateur école YouTube, mais assez insensibles à qui se fait (encore) cartonner dans cette histoire plus rétrograde que révolutionnaire. De Libération à Le Monde en passant par Télérama et compagnie, Allociné affiche la note élevée de 3,9/5 pour la critique Presse. Solitude. Jusqu’à ce qu’un copain me relaie un chouette article issu d’un blog personnel [6].
Test par la réalité : ambiance dans la salle
Que dit l’ambiance ? Ma salle était pleine à craquer de jeunes gens, garçons, filles, groupes, couples, hyper enthousiastes. Comment ont-ils et elles vécu ce film ? Je ne sais pas. Mon impression est que cette audience a passé un excellent moment, a bien flippé pour Bear, a bien été terrifiée par Nikki et s’est aussi bien foutu de sa gueule de grande guignole hystérique. Ce furent des rires, des cris, des sursauts jouasses, des sourires, des bribes de conversation, beaucoup de pop-corn, et déjà des blagues. Ma terreur est qu’après ça les garçons toxiques puissent continuer à faire passer les petites amies qu’ils ont abusées pour des tarées, les filles puissent continuer à les plaindre et ne pas se méfier d’eux, à se détester (entre elles ou elles-mêmes), et qu’ils et elles rejettent toujours comme monstrueux ou suspects les signaux de détresse et les colères saines des filles. Vas-y, fait pas ta Nikki. Peut-être que je suis une Gen X qui prend la jeune audience pour des idiots, j’aimerais. J’espère qu’ielles voient la machinerie grotesquement sexiste à l’œuvre, en rient, la condamnent, s’en émancipent et font mieux. J’espère qu’ielles s’inventent d’autres modèles de relations amoureuses, y compris à l’intérieur de l’hétérosexualité. Également perplexes devant la vision des relations amoureuses et amicales véhiculée par Obsession, deux critiques du New York Times se demandent « si les enfants vont bien » [7] . On peut se le demander, avec des inspirations pareilles.
Retour sur l’hystérie
Dans Libé, je lis que Obsession (…) « tord l’image archétypale de la femme hystérique pour en livrer une interprétation brutale, inattendue, et passablement tragique ». Je trouve que c’est un peu court. L’hystérie est une invention médicale misogyne qui a une longue histoire d’abus derrière elle [8]. Elle a fonctionné comme valise pour des maux non reconnus ou silenciés chez les femmes, allant de l’épilepsie à l’endométriose en passant par les traumatismes causés par des violences sexuelles. Parmi les « symptômes », on retrouve des crises convulsives, des paralysies partielles, l’émotivité extrême, la dépendance affective, la manipulation, la séduction compulsive, l’érotomanie, mais aussi la frigidité, la suggestibilité, la propension à la comédie et à falsifier ses symptômes… L’hystérie, ce mal de l’utérus insatisfait et vagabond, a été soignée par la masturbation, l’isolement, la compression des ovaires, la grossesse, l’exorcisme religieux, l’excision du clitoris, les neuroleptiques, la thérapie par la parole… Mais c’est une maladie qui n’existe pas, inventée par des hommes pour des femmes, « dont l’origine n’est nullement organique ni constitutionnelle mais bien exogène et masculine » [9]. Son diagnostique n’est plus posé que par des psychanalystes, des influenceurs masculinistes, ou des thérapeutes usant du manuel diagnostique américain DSM dans une version mise à jour sous le terme « trouble de la personnalité histrionique [10] ». Elle reste néanmoins présente dans l’imaginaire et le langage courant, pour invalider les femmes, et toutes les personnes souffrantes pénibles, avec ou sans utérus, qui emmerdent l’hétéro-patriarcat avec leurs besoins de soin et d’attention. À mon sens Obsession loin de tordre l’archétype de la femme hystérique est la preuve que celui-ci n’a pas bougé.
Portrait de la petite amie en parfaite hystérique
Hystérique c’est donc un diagnostic de menteuse, fakeuse, manipulatrice, mal vu, qui peut déboucher sur davantage de contraintes, de négligences, d’errances, ou pire, la mort des « malades ». Sa pervasivité dans nos imaginaires, dans une société sexiste et psychophobe, a des conséquences négatives concrètes dans la vie des femmes. C’est une épileptique ou une endométriosique en errance médicale des années, dont la santé se dégradera irréversiblement. C’est une infirmière qui dit à propos de sa patiente « elle avait son sourire border » [11]. C’est un patient transgenre de 18 ans à propos de qui le personnel médical dit « Ça fait très théâtral (…) on voit pas la souffrance, ça manque d’authenticité » [12].C’est une mère qui dit « arrête ton cinéma » à sa fille en larmes après une agression sexuelle. C’est un homme violent qui fait passer son ex pour une cinglée dont il ne faut pas croire les plaintes ni les mises en garde. Témoin, la journaliste Pauline Chanu ouvre son essai-enquête sur l’hystérie [13] avec des extraits de procès-verbaux d’hommes jugés dans des affaires de violences conjugales. Ils livrent pour leurs défenses des descriptions dignes des vieux manuels, justifiant les coups portés – « elle est capable de se mettre des coups et de dire que c’est moi ». Sourires border, crises émotives, dépendance affective, auto-mutilations, etc : les symptômes « typiques » de la petite amie hystérique, Nikki les coche tous. Encore une fois, vu la force du signifiant dans nos imaginaires et dans les faits, je ne pense pas que Obsession torde cette image, mais plutôt qu’elle confirme et réarme l’hystérie contre les femmes. Et la manosphère sort le pop-corn.
Bienvenue dans la maison hantée
Bear habite dans l’appartement de sa grand-mère décédée. Pourquoi ce choix de méméifier le décor ? Au début, je n’y ai vu qu’une manière facile de convoquer l’imaginaire de la maison hantée, un bon cadre pour un film d’épouvante. Mais vu la misogynie du film, ce décor me raconte d’autres choses. Premièrement, en y entrant, Nikki est surprise : ce n’est pas l’habitat auquel elle s’attend pour ce type de mec, elle trouve l’endroit coquet. Nous avons donc un décor qui rassure la proie du prédateur, c’est noté. Deuxièmement, voyant ce film d’horreur nouvelle génération user de codes anciens, je ne peux m’empêcher de penser au proverbe « c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs plats ». Proverbe connu pour être également employé de façon assez dégueulasse au sujet de la sexualité des femmes d’âges mûres, ces vieux utérus qui sentent la soupe. Ok là, c’est moi qui en rajoute. Mon point est qu’en faisant de ce décor de grand-mère le cadre de la violence de Nikki, il semble que le film inscrit Nikki de force dans une lignée de femmes « folles furieuses » qui la précède.
Un cas d’hystéro-démonopathie
Non seulement Nikki soumise n’est plus elle-même, elle ne semble pas seule dans son corps : elle semble en présence d’une autre entité qui l’agit, assurément femelle, démoniaque, avec laquelle elle est forcée de ne faire qu’une, contrainte de se mouvoir comme un spectre terrifiant, et de tuer. Peut-être qu’une fantôme la possède qui a aussi été violée de son vivant et se venge à travers Nikki. Peut-être que c’est le diable en personne, que Nikki a attiré à elle en couchant hors mariage. Quoi qu’il en soit, le soupçon d’une tierce entité surnaturelle inexpliquée jette un trouble, arrangeant, quant à la seule culpabilité de Bear : c’est pas sa faute, y’a une démone qui s’est mêlée. Le résultat est que Nikki, une jeune femme forte, émancipée, est dépossédée de sa puissance et renvoyée à la condition essentiellement faible et influençable de son sexe maudit, à sa condition de réceptacle-utérus ouvert à tous les diables. Nikki est sûrement atteinte d’hystéro-démonopathie. Le terme existe et a été utilisé par des médecins [14]. Voilà, finalement, ce que révèle Obsession et qui me fait peur : constater que les femmes ne sont pas du tout sorties de la « maison hantée ». Je me réfère ici au titre de l’enquête de Pauline Chanu, que j’ai lue en antidote après ma séance de ciné, lecture qui m’a soutenue dans mes réflexions et qui nourrit ces lignes. Merci.
Une spectatrice active






