Cauchemars et facéties #46

Errance sur l’internet

Cauchemardos - paru dans lundimatin#74, le 27 septembre 2016

Des rennes morts, la détention, des douves, et des robots. Joie.

Rennes des neiges

Salekhard, cercle polaire arctique, en Sibérie :

Sur ces terres où le mercure culmine normalement à 14°C au mois de juillet (et descend à -25°C en hiver), les températures de l’été 2016 se sont révélées anormalement douces, dépassant parfois de plus de 5°C les moyennes saisonnières. Mais loin de voir débarquer des touristes en short, les habitants de la ville ont vu arriver, fin juillet, 200 militaires en tenue de protection contre les risques bactériologiques.

Francetvinfo raconte :

Avec le beau temps, la bactérie de l’anthrax, à l’origine de la maladie du charbon, a fait son retour, menaçant le peuple semi-nomade qui occupe cette toundra inhospitalière.

Au début du mois de juillet, une poignée d’éleveurs de rennes, nombreux dans cette toundra, ont contracté la maladie. Depuis, les autorités locales ont annoncé la mort d’une première victime (un jeune garçon de 12 ans), la mise en quarantaine de dizaines de personnes, ainsi que l’abattage de plus de 2 000 rennes contaminés. Car tout est parti d’un renne qui aurait succombé à l’anthrax il y a plus de soixante-quinze ans, rapporte le Siberian Times. La carcasse d’un animal porteur de la bactérie, autrefois gelée dans le sol, aurait été mis au jour récemment par la fonte du pergélisol. La maladie se serait alors en quelque sorte réveillée de cette hibernation, tel un zombie, pour contaminer d’autres rennes, lesquels ont à leur tour infecté les humains.

Conséquences de la fonte du permafrost, des virus zombie, mais aussi des cratères spontannés, ou un sol devenu mouvant.

Et surtout,

Selon les spécialistes, le vrai danger lié à cette fonte réside dans un phénomène moins spectaculaire de rétroaction positive. Le méthane et le CO2 sont en effet de puissants gaz à effet de serre, dont la propagation dans l’atmosphère accentue le réchauffement climatique. "Or, on estime qu’il y a entre 1 500 et 2 000 milliards de tonnes de carbone végétal dans le sol. Cela représente entre deux et trois fois la quantité de carbone contenu aujourd’hui dans l’atmosphère." Libéré par la fonte du pergélisol, qui recouvre environ 20% de la surface de la Terre, ce carbone pourrait donc aggraver le réchauffement climatique, lequel aggrave à son tour la fonte du pergélisol.

Expérience

Au moment où le ministère de la Justice annonce la construction de nouvelles prisons, on peut se remémorer, via un blog du Monde, l’expérience dite « de Standford » (été 1971).

L’objectif consistait à comprendre comment et pourquoi les situations arrivaient à se dégrader dans les prisons militaires. L’idée a donc germé de créer une prison dans les locaux de l’université.

24 volontaires ont été sélectionnés, « en tirant à pile ou face, 9 ont été affectés au groupe des « prisonniers », 9 à celui des « gardiens », les 6 derniers servant de remplaçants ».

Il ne se passa rien de spécial la première journée. Pourtant, au matin du deuxième jour…

Au moment de la relève, les prisonniers retirent le bas qu’ils avaient sur la tête, arrachent leur numéro et se barricadent dans leurs cellules en mettant leurs matelas contre la porte. A l’aide des extincteurs de sécurité dont ils se servent pour asperger les détenus de neige carbonique, les neuf gardiens entrent dans les cellules, en extraient les matelas, obligent les prisonniers à se dévêtir, mettent le « chef » des rebelles à l’isolement.

Puis les gardiens vont prendre la décision de diviser les prisonniers en deux camps, « les « bons », choyés, bien nourris, et les « mauvais », brimés, afin de créer des clans et de briser leur solidarité. »

Puis, ils vont mélanger de nouveau les détenus afin que les « privilégiés » passent pour des informateurs. Mais cela ne va pas s’arrêter là. Appels à toute heure du jour et de la nuit, privation de sommeil, interdiction d’utiliser les toilettes, remplacées par des seaux malodorants, corvées de chiottes à mains nues, séries de pompes à effectuer… Tout va très vite.

Ce qui a surpris dans cette expérience, c’est la rapidité à laquelle gardiens comme détenus vont endosser leur rôle jusqu’à oublier toute possibilité d’en sortir. Ainsi,

Au bout de seulement 36 heures d’expérience, un des prisonniers craque moralement mais il n’est pas autorisé à partir tout de suite (il le sera un peu plus tard) et, renvoyé en cellule, va convaincre ses co-détenus qu’il s’agit d’une véritable prison. [Par la suite,] quand on leur demande s’ils sont prêts à quitter la prison en renonçant à leur « salaire » de cobayes, la plupart disent oui, inconscients qu’il leur suffirait de demander à mettre fin à l’expérience pour que celle-ci s’arrête !

.

L’expérimentation, qui devait durer deux semaines est arrêtée brutalement, au bout de 6 jours.

Sur son site, Philip Zimbardo [qui dirigeait l’expérience] explique qu’il y a eu deux causes à cette fin prématurée. Tout d’abord, les chercheurs se sont aperçus que les gardiens avaient tendance à être cruels la nuit, ne se croyant pas observés (alors qu’ils étaient secrètement filmés et enregistrés).

Mais c’est sans doute grâce à Christina Maslach, la future Madame Zimbardo, que le calvaire des prisonniers et la dérive de leurs geôliers se sont achevés. Christina Maslach venait de soutenir sa thèse de doctorat et s’en fut visiter « l’expérience » un soir. Elle vit les détenus enchaînés, un sac en papier sur la tête, se faire hurler dessus par les gardes. Les larmes lui vinrent aux yeux, elle ne put supporter le spectacle et sortit du bâtiment, poursuivie par son petit ami. Philip Zimbardo raconte ainsi la scène : « Elle dit : « C’est terrible ce que vous faites à ces garçons. Comment ne pas voir ce que j’ai vu et ne pas s’occuper de cette souffrance ? » Mais je n’avais pas vu ce qu’elle avait vu. Et j’ai soudain commencé à avoir honte. C’est alors que j’ai réalisé que l’étude m’avait transformé en administrateur de la prison. Je lui ai dit : « Tu as raison. Nous devons arrêter l’étude. » »

Pont-levis

Motherboard explique comment l’architecture américaine prend désormais en compte le risque de tueries de masse. Ainsi, après le carnage de l’école primaire de Sandy Hook, dans la ville de Newtown la mairie a décidé de construire une nouvelle école :

La nouvelle école comporte une zone ouverte et dégagée devant l’entrée, afin que les personnes qui se trouvent à l’intérieur puissent voir qui approche. Un petit jardin fait office de tampon naturel entre le bâtiment et le parking des bus. Des passerelles ont été installées pour constituer des points d’entrée clairement identifiés, permettant de contrôler qui entre dans le bâtiment.

« Nous voulons que les élèves et les professeurs se sentent à l’aise et en sécurité, comme à la maison », assure l’architecte. Le soucis ici est en effet de conjuguer fortification et bienveillance…

Se sentir bienvenu, appartenir à la communauté, est plus qu’un sentiment : c’est un aspect important dans le domaine de la sécurité, affirme [le directeur de la Frank Lloyd Wright School of Architecture]. La plupart des tireurs isolés responsables des tueries sont avant tout des gens très seuls : « Il nous faut avant tout trouver un moyen de rapprocher les gens les uns des autres. »

Tâche bien difficile donc que de « rapprocher » les gens, tout en édifiant des murs :

Alors que les caméras de surveillance, les vitres pare-balles et les détecteurs de métaux se sont banalisés depuis des années, l’installation de « douves » remplies d’eau pour protéger les bâtiments « fait un retour en grâce », affirme Richard Paradis, ingénieur et expert en sécurité au National Institue of Building Sciences.

Confiance

Relire le « manifeste » d’Airbnb :

Pendant trop longtemps, les gens ont pensé que le principe d’Airbnb était de louer des maisons. Mais en réalité, il s’agit de se sentir chez soi. Voyez-vous, une maison n’est qu’un espace, mais un chez soi est l’endroit où vous vous sentez à votre place. Et ce qui rend cette communauté globale si spéciale, c’est que pour la toute première fois, vous pouvez vous sentir à votre place n’importe où. C’est l’idée qui est au cœur de notre compagnie : se sentir à sa place.

Autrefois, ce sentiment allait de soi. Les villes étaient des villages. Tout le monde se connaissait, et chacun avait un endroit où se sentir chez soi. Mais après l’avènement de la mécanisation et la Révolution industrielle du siècle dernier, se sentir en confiance et à sa place a été remplacé par des expériences de voyage impersonnelles et produites en série. Nous avons aussi cessé de nous faire confiance. Et ce faisant, nous avons perdu quelque chose d’essentiel à la compréhension de ce qu’est une communauté.

Et éventuellement le témoignage du journaliste Zak Stone, traduit par rue89 :

La balançoire en corde donnait envie. Ce sont ses photos qui ont poussé ma famille à louer ce cottage au Texas. Pendue à l’arbre avec la nonchalance d’un jean baggy, cette balançoire incarnait le repos, l’hospitalité du sud des Etats-Unis, l’évasion.

Quand mon père a décidé de l’essayer, le matin de Thanksgiving, la branche à laquelle elle était attachée s’est cassée en deux et elle est tombée sur sa tête, mettant presque instantanément fin à la majeure partie de son activité cérébrale.

http://rue89.nouvelobs.com/2016/09/13/pere-est-mort-airbnb-nest-seul-262399

Confiance (bis)

Oups :

Vingt irrégularités portant sur des équipements destinés au réacteur EPR en construction par EDF à Flamanville ont été détectées à l’occasion de l’audit de l’usine du Creusot d’Areva, a annoncé vendredi l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Ouf :

Ces anomalies sont "toujours en cours d’instruction", a expliqué à l’AFP Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN. "L’EPR n’est pas en service donc ne présente pas de risque", précise-t-il.

Cinéma

En janvier, New York annonçait fièrement remplacer une partie de ses vieilles cabines téléphoniques par des bornes Internet. Plus de 400 appareils ont déjà été installés dans la ville. Ils sont dotés d’une connexion Wi-Fi gratuite, de ports USB pour recharger un téléphone portable et d’un écran pour accéder momentanément à Internet.

Le Figaro nous apprend que « plus de 7500 de ces appareils doivent être installés à New York. »

Outre « offrir » un accès à internet ces bornes « peuvent surveiller les bouchons dans la rue, le passage des piétons, repérer des colis abandonnés ou traquer les appareils sans fil qui passent à proximité, d’après des informations révélées cet été par Re/Code. Ces fonctionnalités seraient offertes en option à chaque ville choisissant de s’équiper de telles bornes. »

Mais ces bornes, déployées par une filiale de Google, ne font pas que des heureux :

les riverains se sont plaints d’attroupements autour des bornes, utilisées pour regarder des films, écouter de la musique. Des utilisateurs apportent parfois des chaises pour s’installer sur le trottoir pour profiter de leur divertissement. Plusieurs commerçants proches des appareils ont dénoncé des personnes monopolisant les écrans des bornes pour regarder des films pornographiques en pleine rue

Frigo connecté

C’est le patron de James Bond qui parle, cité par le journal le Monde :

L’Internet constitue aussi « une occasion rêvée car (…) l’accès aux données et la technologie sont une aide énorme pour identifier les menaces avant qu’elles se manifestent, mais aussi pour saisir les occasions de renseignement ».

Selon le patron du MI6 :

la tâche est plus compliquée depuis la rupture de la coopération étroite entre les agences de renseignement et les géants de l’Internet, au lendemain des révélations, en 2013, d’Edward Snowden sur l’existence d’un système de surveillance mondiale des communications électroniques et d’Internet. [Selon lui,] ces révélations ont « fait du tort et affaibli la confiance qui doit exister » entre agences d’Etat et firmes technologiques. « C’est hautement problématique », a-t-il conclu.

Dans le même article, ce conseil de l’ancien directeur adjoint de la NSA :

Le public devrait « tout simplement dire non » aux appareils ménagers connectés

Sérénité

Selon normandie-actu :

La possible présence de personnes fichées S dans sa commune, inquiète un élu de l’Eure. Dans un communiqué publié mercredi 21 septembre 2016, quelques heures avant l’évacuation de la faculté de Droit de Rouen (Seine-Maritime), Guy Lefrand, maire d’Évreux (Eure), est clair : « Je demande que l’État expulse de la ville les fichés S et permette aux habitants de vivre sereinement et librement. »

Traque

Chasse aux pauvres dans le Nord, décrite par LCI :

Le Conseil départemental du Nord a décidé de procéder à un inventaire des allocataires du Revenu de solidarité active (RSA), baissant l’allocation de ceux qui n’étaient pas inscrits à Pôle emploi. Résultat selon la région : sur les 85.000 bénéficiaires, 45.000 personnes ne sont pas en recherche officiel d’emploi.

Brassage

Fascinante visite de l’usine Légo, au Danemark, par Pixels :

Plus de 800 employés travaillent ici, à la maintenance, à la logistique, au planning, etc. Mais en raison des horaires tournants, de l’étendue des lieux et de l’automatisation quasi totale de la production, rares sont les humains que l’on croisera durant notre visite.

En effet,

Les premières machines à mouler, les presses à injection des années 1950, entièrement manuelles, ont été remplacées au fil des ans par des versions automatisées. Les premiers robots sont apparus dans l’usine dès la fin des années 1980, pour les tâches de transport et d’acheminement des pièces. Aujourd’hui, 760 machines, à l’alignement parfait, travaillent de concert dans un vacarme robotique à bruit lent et constant.

Des robots pour fabriquer les pièces, mais aussi pour la manutention :

Au milieu de ces larges allées propres et désertes surgissent régulièrement des robots transporteurs. À la manière de voitures intelligentes, ils conduisent dans les allées, à vitesse très limitée, s’arrêtent près des machines mouleuses lorsque celles-ci ont fini de remplir une caisse de Lego, s’en emparent avec deux petits bras articulés, la range dans leur coffre intégré, puis repartent avec pour les acheminer plus loin, à l’entrepôt.

Ici, sous un imposant plafond de près de dix mètres de haut, 400 000 boîtes sont entreposées - et l’entrepôt hongrois est trois fois plus grand, assure le fabriquant. Les pièces sont rangées dans quatre types de boîtes de taille et de couleur différente. Comment s’y retrouver ? Là aussi, le processus est entièrement automatisé. Un robot-manutentionnaire se charge d’aller chercher les boîtes contenant le type de pièce nécessaire aux différents sets. « Le système sait où chaque boîte est rangée ».

Et que font les humains ? Deux personnes sont chargées de veiller sur les machines, « essentiellement pour des tâches de maintenance ». Surtout :

Chaque boîte est identifiée et fait l’objet d’une vérification manuelle de l’absence d’élément extérieur ou défectueux. Il s’agit de l’une des rares interventions humaines : une employée, assise devant une caisse, regard vide et gestes las, plonge la main dans le tas et brasse à la recherche d’éventuels intrus.

Pour les curieux des processus de production, on recommandera aussi cette vidéo qui montre la fabrication d’une balle de tennis.

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