Aujourd’hui, Tirana est une ville qui brûle...

Comprendre le soulèvement albanais
Julian Bejko

paru dans lundimatin#538, le 21 octobre 2026

Pour décrire la situation de l’Albanie (en révolte elle aussi), le sociologue Julian Bejko nous propose un analogie entre l’accaparement de l’espace commun albanais par les oligarques et le gouvernement Rama, et la réduction de la taille des humains dans le film Downsizing.

Le film d’Alexander Payne Downsizing offre une solution aux difficultés quotidiennes de l’époque libérale : toute personne peut faire partie d’un programme médical, semblable à l’industrie de la chirurgie esthétique ; une équipe de médecins peut réduire la taille des gens, disons de 175 cm à 10 cm. C’est une industrie – fille de celle des nazis – de réduction de la taille des humains, dont, une fois le processus achevé, on ne peut revenir. Mais pour en bénéficier il faut d’abord se soumettre à une intense réflexion et il y a un prix à payer. Il faut vendre tous ses biens, maison, voiture, objets personnels avant de pouvoir profiter du luxe d’un mini-vie dans un espèce d’aquarium - des mini-colonies humaines à échelle réduite. Ces ruches faites d’humains domestiqués, réduits à la condition de modèles réduits, ont plusieurs avantages : ils occupent peu de place, consomment peu d’énergie, utilisent peu de ressources, produisent peu d’ordures et surtout sont débarrassés de tout souci politique, ne sont plus sujets au mécontentement et cessent de se bagarrer avec un régime en fin de course. C’est un monde qui propose de remplacer la vie difficile du quotidien – espace de réflexion et d’action – par une miniature d’hédonisme, le fameux American Dream version maquette dans un aquarium.

Mais peu à peu, le discours du film lui-même en vient à se rétrécir. Il abandonne la réflexion critique implicite sur l’accroissement des élites – downsizing democracy [1] – et sur ces gens qui n’ont désormais, pour se perpétuer, qu’une solution, la réduction en petit format. Car la réduction physique des humains vient effacer l’espace terrestre que chacun occupe de droit naturel et rationnel. C’est l’événement politique le plus important : il consiste à abandonner littéralement du terrain, de l’espace, aux intérêts d’un monde oligarchique. Or le film hésite à frapper au cœur de l’ordre techno-libéral et à dénoncer l’un de ses traits les plus détestable - l’ultracolonialisme comme art économique et politique.

L’image la plus générale qu’on se fait du colonialisme est bien évidemment celle d’une puissance/État projetée hors de ses frontières dans l’idée d’accaparer des territoires, de dominer, d’exploiter et de s’approprier ce que bon lui semble, d’implanter ses colons, d’expulser les locaux, de substituer une population à une autre, de perpétrer des génocides, et de réduire les conditions de la vie même afin que les gens décident de se réduire eux-mêmes aux proportions de cette vie réduite, c’est-à-dire : s’adaptent à l’hégémonie du XXL made in USA.

Mais bien avant que le colonialisme ne devienne un phénomène d’outre-mer suivi par un vaste système de clientélisme global et des alliés soumis au ridicule, c’est d’abord un processus interne. C’est ce que montre aujourd’hui le gouvernement albanais. Il exerce son autorité sur le territoire et la population comme s’il s’agissait d’une horde hostile et menaçante. Il considère sacrifiables les communautés locales, les pousse à céder leur place, à se dépouiller des droits d’occuper un espace, les invite à chercher leur vie ailleurs, donc à se rétrécir.

Avec cet état d’esprit, le gouvernement fait du territoire l’extension de son propre corps, son domaine réservé et son droit, il a la possibilité de circonscrire son royaume, de délimiter ses zones d’influence, où, si jamais il devait s’y manifester la moindre résistance, la moindre contradiction, on les réduirait encore et encore, au point de leur arracher tout lien au réel, à la terre, au village, au passé et aux lendemains.

En Albanie, ce type de gouvernement - c’est en vérité un gang -, peu importe qu’il soit le client state d’une plus grande puissance, lui assurant l’autonomie de petit violeur local ou quoi que ce soit d’autre. Son but n’est pas de gouverner au sens positif, par exemple de protéger les vulnérables, ceux qui sont exposés à toutes sortes de risques et de dangers, d’offrir une certaine sécurité et du travail, d’imposer un système de justice, un monde d’ordre et de confiance. Il cherche plutôt à perturber, à affaiblir, à minimiser, à briser et à rétrécir la puissance sociale – gouverner consiste à gérer librement les multi-espaces du vivant, désormais propriété privé, partagée entre une minorité criminelle prospérant dans le real estate et un réseau de banques globales et anonymes.

C’est l’inauguration festive d’une oligarchie coloniale qui traite la société comme un bien destiné à être vendu et le territoire comme domaine seigneurial. On en a l’exemple avec le Premier ministre albanais et son règne, au pouvoir depuis 2013, piloté par l’Occident dans la gestion de ce misérable latifundium. Pour ses concitoyens il est un monarque absolu dans un état de délire ; pour ses collègues il est un tyran psychotique en train de bouffer l’un après l’autre tous ses dauphins politiques : certains sont fugitifs politiques, d’autres sont en prison, d’autres encore sont silenciés. En fait il est l’exemple du tragi-comique dans la mosaïque burlesque de la Méditerranée : servus des patrons, despote à la maison.

Depuis 2013, lui et son entourage ont réussi à s’approprier de jure une grande partie du territoire albanais par des lois et des réformes, comme toujours, au nom du progrès et du rapprochement avec l’UE. La loi est désormais l’instrument d’un pouvoir concentré dans une seule main. Ils ont colonisé ce qui en principe appartient au peuple. Ils se sont accaparé des plages, des endroits stratégiques, des villages, des villes, des ressources, tout ce qui constitue le système capillaire de la vie d’une société.

Par une realpolitik de downsizing dans tous les domaines, ce régime pousse les gens à abandonner le pays – depuis 2013, l’Albanie subit une forte hémorragie démographique. Ses réformes économiques, juridiques et culturelles ont encore rétréci les espaces quotidiens. La vie intellectuelle y est dégueulasse, le pays n’a au son et à l’image, 24h sur 24h, que la voix et le visage de son guignol imperator. Dans son histoire polyphonique, l’Albanie n’a jamais été si contractée et la richesse jamais si mal partagée. Jamais la vie d’un pays n’a été à la merci d’un homme dont la médiocrité illimitée rendrait jaloux les grands tyrans du passé, que l’on risquerait de considérer au regarde de l’histoire, et par comparaison, comme des bienfaiteurs. Petit rappel : le Premier ministre albanais est celui qui a signé l’accord racial avec Meloni et qui a rendu possible la création des centres de détention en Albanie.

L’installation de l’oligarchie économique en Albanie a rendu possible et nécessaire la colonisation de la république, un putsch, un coup d’État pour instaurer une dynastie libérale et légale, sur directive implicite de l’Occident – le plus grand firestarter des guerres et des conflits. Il serait impossible de faire une liste de toutes les interminables catastrophes, échecs et scandales associés à la tyrannie libérale de Rama. Le plus grand scandale est la présence de ce vieillard voûté, sec comme un fruit périmé et seul comme un arbre au début de l’hiver : sans feuilles, les branches tordues, prêt à tout les compromis, pour conspirer contre le cours de l’Histoire.

Le dernier scandale c’est la donation d’une partie de plage et la seule île albanaise (Sazan) à la dynastie Trump-Kushner. Derrière eux, il y a toute une alliance internationale où figurent des Arabes, des Juifs et des Américains et qui sait quoi encore. L’idée est de construire des hôtels de luxe au point le plus stratégique d’Albanie. Le détroit d’Otrante est la porte de l’Adriatique mais aussi une des portes de la Méditerranée, donc le Proche-Orient, le Moyen-Orient, Suez, la Route de la Soie, le pétrole, les pipelines de gaz et des ZEE (zones économiques exclusives). Pour l’Albanie c’est le seul avantage géostratégique et donc le seul joker qu’elle peut abattre, dans le poker occidental.

Pendant le régime socialiste (1944-1991), l’île de Sazan ainsi que la baie de Vlora étaient la zone la plus fortifiée du pays – pour paraphraser le bon camarade Enver Hoxha, Sazan est la clef de l’Adriatique et cette clef est dans les mains des Albanais. Elle doit désormais se voire privatisée (la république perd sa souveraineté sur l’île) et ramenée à l’intérieur de l’espace OTAN (Albanie en fait partie depuis 2009). Sazan avec la baie de Vlora risque de devenir un checkpoint, un Ormuz à péage américain, un Groenland luxueux, un Suez d’or, un Gaza pour les riches, bref un prétexte hôtelier sous lequel passeraient des intérêts géostratégiques et dont l’Albanie mais aussi l’UE perdrait l’exclusivité.

Il n’y a pas longtemps, une fille naviguait dans sa trirème de luxe. Partie du Monténégro, elle passe devant l’île et là, tombe en amour devant ce rocher bizarre. Elle hallucine, fascinée par le béton des bunkers communistes, puis un petit port, des bateaux à voiles, des hélicoptères, des casinos, bref elle demande à qui appartient ce massif solitaire. Son mari demande quel est ce pays africain. Quelqu’un ose le corriger – Messire, on n’est pas loin de l’Afrique, mais c’est l’Albanie. Ils exigent alors que contact soit pris avec le seigneur du coin. Tout émotionné, Rama se pame devant cette invitation à passer quelques heures sur la trirème pour discuter de l’avenir de l’île.

On est en pleine campagne électorale aux USA et Trump caracole en tête dans les sondages. Sous le coup d’une forte émotion, Rama offre aussi la plage en face de Sazan, la seule plage de sable intacte de Vlora, à côté de la lagune de Narta, un petit paradis naturel pour les oiseaux migratoires. En 2025, la fille Trump débarque à Vlora, visite privée sur la plage de Zvërnec, toute contente de voir l’État albanais humblement à son service. Des mains signent en silence, loin de toute publicité. Mais c’était sans compter l’une de ces mains qui vend la mèche : la propagande du gouvernement propage elle-même le mythe d’un Trump investissant en Albanie. Le projet est dans tous les médias du monde. Sazan devient Trump island. Mais à côté de l’île de Sazan il y une autre plage à accaparer. Zvërnec, 251 hectares.

Avant 1991, en Albanie il n’y avait pas de propriété privée, surtout pour les terrains agricoles, plages et d’autres types de terrain. Pourtant, à la fin de son existence, le régime socialiste a rendu intacts tous les documents cadastraux des anciens propriétaires. Donc, il était assez facile pour le bonne démocratie libérale de corriger les maux socialistes, par un coup fatal et présomptueux de baguette tragique. Comme toute nouvelle élite arrivée au pouvoir après la faillite du précédent régime et sous le coup d’un ébranlement profond de la société, elle doit bien faire des promesses populistes pour survivre dans une situation politique précaire. Et dans une société physiquement et mentalement rurale, le discours sur la terre, c’est un hameçon qui marche toujours.

À l’époque il y avait deux groupes sociaux à prendre en considération : les paysans (majorité) et les anciens propriétaires (minorité) réclamant leurs terres. La loi sur la terre et la propriété fut le premier acte arbitraire du pluralisme démocratique accompagné par une corruption énorme. Cette loi demeure même aujourd’hui un sujet d’affrontement – les statistiques parlent d’environ treize mille morts en Albanie (1992-2025) à cause des disputes sur la propriété privée.

En donnant à chaque paysan un petit bout de terre, ils ont parcellisé et paralysé la production agricole ainsi que la puissance socio-politique de la plus grande communauté – l’Albanie des années 1990 comptait d’environ 60% de population rurale. Souvent les paysans vendaient la terre pour pouvoir acheter un appartement en ville. La terre agricole désormais n’avait plus le même intérêt qu’au début, à l’exception des endroits facilement accessibles comme les plages et les terrains qui en étaient proches. Ce fut l’époque de la grande soif d’achat ou d’occupation des terrains proches des plages et de la construction de monstres en béton, peu important alors à qui appartenait vraiment ce bout de terre.

La plage de Zvërnec est l’objet de disputes mettant aux prises deux groupes de propriétaires. Des personnages douteux dont on ne sait pas trop comment ils ont pu acheter des hectares et des hectares dans un endroit aussi stratégique – on soupçonne qu’ils ont falsifié des documents cadastraux et ils ont acheté pour une poigné de dollars une partie du territoire qui appartenait à l’État dans les années 1990. Aujourd’hui ils ont vendu leur partie de la plage pour 230 millions de dollars à un fonds d’investissement arabe liée au le tandem Trump-Kushner.

Le deuxième groupe de propriétaire de cette zone, ce sont des banques albanaises. Comment en sont-elles entrées en possession ? Les paysans devenus propriétaires avec la réforme de 1991, avaient un besoin urgent de liquidités. Entre 1993 ou 1997, le revenu principal était l’argent des entreprises pyramidales, avec l’espoir de doubler ou tripler les gains en laissant la terre en collatéral. En 1997, une bonne partie des paysans a perdu le collatéral et les banques sont devenues les héritières de la dette, de cette plage et de ses alentours agricoles.[Cette histoire mérite une analyse à part. Il faudrait montrer le choc de la colonisation libérale : le plus grand mensonge, qui a promis le paradis et a assurée l’enfer, en arrachant la terre aux paysans pour la donner aux riches.]

Puis un jour, vers mi-mai 2026, on voit apparaitre du fil barbelé sur les plages, sur le parc, sur les terres agricoles. Ils marquent un territoire désormais défini comme privé et conseillent de se tenir éloigné. Les habitants des villages sont stupéfiés. Le paysan réclame sa propriété, sa terre, ses ancêtres. C’est tellement surréaliste que les premières images publiées sur les réseaux sociaux incitent à penser qu’elles sont produites par IA. Alors éclatent les premières tensions entre les paysans et les gardiens de l’entreprise privée qui s’occupe du barbelé. Toujours rien sur les médias, juste les réseaux sociaux. Les tensions montent, on en vient au contact physique. La police de l’État est sur place, tout à fait passive, elle ne fait rien, elle s’occupe de protéger la police privée qui élargit le barbelé et invite les paysans à se tenir éloignés.

Quelques habitants transgressent l’interdit pour discuter avec les types de la police privée, mais eux, ils ne discutent pas. Ils commencent à s’en prendre aux habitants à coup de matraques et de gaz lacrymo. L’un d’eux est emmené violemment par les gardes privés sous les yeux de la police d’État qui regarde et hésite à réagir. L’acte abominable consistant à maltraiter les paysans se produit à l’intérieur d’un espace privé et juste devant la police qui refuse de transgresser la sacralité du privé. C’est la première fois dans l’histoire moderne du pays qu’un paysan, sur sa terre est traité comme un criminel, sous le regard paisible de la police et abandonné à la violence de la milice privée.

Les bagarres se multiplient et finalement les médias commencent à publier les premières images après quelques jours de silence. Il est clair que la police et les médias ont reçu l’ordre, politique, de se taire. D’une petite communauté de paysans, on est passé à une grandissante manifestation populaire contre le projet de destruction du parc naturel, contre l’investissement, contre le savoir-faire du gouvernement et contre les trente cinq années d’abus de pouvoir.

Le Premier ministre Rama insiste sur le fait que le gouvernement ne doit pas se mêler de l’affaire, car c’est un litige entre particuliers, entre acheteur et vendeur – pourtant il est l’archange du projet qui selon lui relève d’une nécessité vitale.

Après une semaine, la manif se déplace de Zvërnec à Tirana, devant le Palais royal de la république. Le grand boulevard est rempli surtout de jeunes qui dénoncent tout le système politique albanais. C’est la première fois depuis la fin du socialisme que des gens protestent contre un système pervers. C’est une manifestation particulière : pas de bagarres, pas de violences, souvent des familles avec les enfants, la lutte passe par les médias et les réseaux sociaux, par le sarcasme et la qualité ironique des messages politiques.

Le gouvernement est pris de panique et tremble. L’opposition, prête à arracher les yeux de Rama, se range à ses côtés et tous deux soutiennent le projet. L’UE fait quelque déclaration à la con, genre la manifestation c’est un droit essentiel de la démocratie, le gouvernement doit respecter ce droit ainsi que la nature, les investissements doivent prendre en compte l’environnement, etc.. L’UE veut bien critiquer le gouvernement albanais mais elle a peur de vexer Trump.

Le gouvernement se met à l’œuvre, il a un plan bien précis pour réduire l’effet de la manifestation. Il trouve des ennemis, il annonce que celle-ci est organisée par des voisins qui veulent détruire l’image du pays auprès des touristes, que l’Iran a introduit ses missionnaires dans la manif, qu’il ne s’agit pas de protéger le parc naturel des flamants roses mais de flétrir l’honneur Trump.

Les médias travaillent en plein régime pour salir l’action populaire. Des gardiens du régime montés sur les toits, d’autres en tenue civile se cachent, ils filment et captent des visages. C’est l’art policier, avec une certaine nostalgie du passé, de fouiller pour trouver de petits secrets chez les individus qui y participent.

Des analystes mal payés à la télé font la distinction entre bon et mauvais manifestant. D’autres poussent le mouvement à déclarer qui sont ses dirigeants politiques. L’idée est de diviser, couper, morceler pas à pas le potentiel populaire et le risque de voir grandir son impact politique. À la fin, ils introduisent des individus masqués et des mercenaires, qui par leurs actes de violence parviennent à éloigner une bonne partie des manifestants. Par là, ils offrent sur un plateau au gouvernement l’argument selon lequel tout ceci est organisé en vue de nuire à la bonne image du pays et à son rapprochement avec l’UE.

Cette histoire n’est pas un cas isolé, elle représente la majorité des investissements sur le littoral, le grand théâtre de bagarres et des violences entre l’oligarchie et les habitants. C’est la marque et le trait principal du monde libéral fondé sur la colonisation et l’exclusion.

Après plus de cent vingt jours de manifestations paisibles sur le boulevard principal de Tirana, contre le projet Trump et contre le modus operandi de toute la classe politique albanaise, les manifestants en ont marre de voir la neutralité et l’indifférence totale du gouvernement. Depuis trois jours ils sont passés à l’action. Ils brûlent et détruisent les institutions, le bâtiment du ministère de l’éducation, des finances, de la justice, celle de la mairie, puis les banques et tous ceux qu’ils trouvent sur le chemin. C’est principalement des jeunes qui surgissent de partout, pas seulement à Tirana mais dans d’autre villes, des étudiants, des lycéens, des hommes et femmes qui attaquent les gardiens de l’ordre, qui bloquent les avenues et les boulevards de Tirana du matin jusqu’à minuit.

Le gouvernement est choqué et paralysé par la rage de cette jeunesse plébéienne laquelle refuse de se laisser réduire. Elle utilise la force brute contre les manifestants, mais personne ne recule, bien au contraire. En ce moment, Tirana est une ville qui brûle, une ville policière qui ne gère plus rien sauf les matraques sur les corps de ce qu’on appelle l’avenir du pays. Les rues et les places de Tirana sont hors contrôle et ce n’est que le début d’une collectivité en colère qui récupère le terrain de l’action politique volé depuis longtemps.

Aujourd’hui (16.10.2026) les gardes-chiens du régime ont cherché à canaliser le mouvement (qui a pour slogan L’Albanie n’est pas à vendre) en le traitant de force antisémite ayant avec affinités nazies, ou bien en l’accusant d’être contrôlé par l’Iran ou par des forces anti-occidentales. En vérité, ce mouvement n’a aucune coloration antisémite. L’Albanie est un des rares pays du monde actuel où des touristes israéliens (trois à quatre avions par jours arrivent à Tirana depuis Tel-Aviv) se promènent tranquillement et en toute sécurité à Tirana et ailleurs, avec leurs styles vestimentaires facilement identifiables. C’est une sécurité qu’ils n’ont pas chez eux, et c’est pour cette raison qu’ils viennent passer leurs vacances en Albanie ! Le seul fascisme identifiable se trouve au gouvernement Rama (très pote avec le régime israélien). Il réprime ses citoyens depuis très longtemps, il légalise les centres de détentions pour les migrants et impose le diktat des oligarques.

L’Albanie est une terre d’accueil pour tout le monde, y compris les Juifs et les Palestiniens, son histoire est celle d’une île-refuge et ne deviendra jamais une île des seigneurs. Elle appartient aux peuples réduits chez eux, invités à prospérer ici, avec nous autres.

Nous ne nous laisserons pas downsizer.

Julian Bejko

[1] Le mauvais fonctionnement du mode démocratique USA et ses fils a aussi pour origine, le débordement continu des élites qui voient dans ce modèle, désormais un poids mort lequel doit s’enterrer au plus vite.

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