A DRH déçu, « islamo-voyou » abattu

Echos de la semaine

paru dans lundimatin#31, le 12 octobre 2015

DRH à poil, reprise du dialogue social

Qu’on le veuille ou non, on est toujours précédé par sa réputation. Cela vaut pour les individus comme pour les pays. Depuis plus de deux siècles que la France traîne cette mauvaise réputation sans-culotte de pays de gueux tout juste bons à guillotiner les rois, il était inévitable que les images du DRH d’Air France et de quelques haut cadres avec leurs belles chemises bien blanches en lambeaux, leur costard réduit à l’état de cravate géante ou de traîne boueuse, fassent le tour du monde. C’est qu’il y avait, toute proportion gardée, un peu de duchesse de Lamballe dans cet épisode-là, et un peu de la marche sur Versailles pour en ramener la famille royale.

Depuis le temps que tous ces hauts cadres de multinationales étaient devenus inaccessibles, retranchés dans leurs donjons de verre et d’acier, à l’abri derrière leurs vitres opaques ou leurs golfs lointains, derrière leurs chiffrages abscons et leur langue de bois mondialisée, la rencontre avec la plèbe salariée ne pouvait qu’être explosive. Tous ceux qui, en ce monde, portent des costards ont éprouvé quelque frisson à voir leur collègue à poil contraint de quitter l’entreprise en en escaladant le grillage. D’où la vigueur des réactions gouvernementales et médiatiques – la couverture d’Aujoud’hui en France avec précisément cette image, barrée du seul titre « Injustifiable » en disait long sur l’état de terreur des costards ce jour-là.

Mais le plus remarquable dans cette histoire, c’est que la colère se soit abattue sur le DRH. On avait un peu oublié la parfaite saloperie de quiconque prétend nous gérer comme des « ressources humaines ». Même Staline ne parlait pas de « ressources humaines », mais tenait les humains pour « le capital le plus précieux » - du moins dans ses brochures. Le DRH, c’est la figure même du super-faux-cul, du salopard rondouillard, moitié franc-mac, moitié machine. Le genre de gens qui utilisent le mot « remercier » à la place de « virer », qui vous « comprennent » d’autant mieux qu’ils vous étranglent, qui ne sortent jamais de leur gond même pour vous flinguer. Bref : il était temps qu’un DRH se retrouve à son tour à poil, vu que c’est le sort qu’ils réservent à bon nombre de leurs semblables.

En réponse, les crânes d’oeufs du gouvernement et d’ailleurs se sont ligués comme ils savent si bien le faire pour réclamer les plus dures sanctions contre cet acte intolérable ; l’excès de leur réaction masquait mal la crainte fort justifiée que ce genre d’épisodes, et d’images, ne se mettent à proliférer ; ce qui serait bien la moindre des choses.

Suite au braquage de Saint Ouen, les policiers se radicalisent encore

Quand la police pleure l’un des siens, elle le fait toujours bruyamment. Il y va de l’honneur de la police. Combien de fois, pourtant, a-t-on vu à la télé un membre de la BAC fanfaronner face caméra, le visage flouté, que s’il a choisi ce métier, « c’est pour l’action » ? Puis un jour, l’action a finalement lieu, des coups de feu s’échangent comme dans les films, le braqueur est assassiné, un gars de la BAC « grièvement blessé », et il n’est plus question des risques du métier, du goût pour l’action ; il n’est plus question que de « scandale ».

Alliance demande des comptes aux ministres et des moyens supplémentaires. « Les gens qui sont dangereux pour la société doivent rester enfermés », philosophe son secrétaire général, qui n’a toujours pas lu Foucault. Pour preuve de la dangerosité avérée du braqueur abattu : il avait une « fiche S ».

Si l’on comprend bien le syllogisme policier :
- Majeure : Les gens qui ont des fiches S sont dangereux pour la société (sinon ils n’auraient pas de fiche S, enfin !) ;
- Mineure : Les gens qui sont dangereux pour la société doivent rester enfermés.

Ce dont il suit par une logique imparable que tous ceux qui ont une fiche S - comme la personne qui écrit ici même - devraient être mis au trou. Or, puisque la prison est un biotope fortement criminogène qui n’aide guère à faire aimer l’ordre social, l’autorité, les flics, les juges et les matons, puisque la prison est même une cause certaine de radicalisation, et qu’à tout prendre il est inhumain de forcer un être à vivre entre quatre murs jusqu’à la fin de ses jours du simple fait de sa « dangerosité », la solution la plus humaine ne serait-elle pas d’abréger les souffrances de ces malheureux détenteurs de fiche S en les expédiant ad patres d’une balle dans la tête dès maintenant ?

C’est au reste cette doctrine que les policiers ont appliquée sans attendre dans le cas du braqueur de Saint Ouen. Tout roule ainsi tranquillement, d’année en année, de mois en mois, de semaine en semaine, vers l’élimination sociale des dividus à risques.

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