Crise grecque : tentative de prise d’assaut d’un JT

Après Syriza, le plan C ?

paru dans lundimatin#50, le 29 février 2016

En décembre dernier, nous avions rapporté ce glorieux coup d’éclat héllénique : une quinzaine de citoyens athéniens avaient pris d’assaut et partiellement détruit les locaux d’une entreprise privée dont l’activité consiste à fournir aux banques d’infinis listing de personnes susceptibles de ne pas pouvoir honorer leurs crédits.

C’est d’un même élan que, le 22 février dernier, plusieurs dizaines d’individus excédés ont envahi les locaux d’une chaine de télévision grecque. Il semblerait que leur but était d’atteindre le plateau du journal télévisé afin d’y lire un communiqué. Malheureusement, la chaîne coupa l’antenne avant même qu’ils atteignent leur but.

Suite à cet incident, une vingtaine de personnes ont été arrêtées. Voici le texte qui devait être lu en direct :

Réforme de l’assurance - économie

Le 25 janvier, Syriza a gagné la compétition électorale, créant l’espoir que tous les accords et les dettes signés et approuvés ces dernières années seraient enfin oubliés. Ils avaient promis de « déchirer le Memorandum » et annonçaient le début d’une nouvelle ère pour le peuple grec opprimé par les politiques des gouvernements précédents. Au fil du temps, tous ces espoirs sont apparus comme reposant sur une imposture. Suite au référendum de juin 2015, le gouvernement Syriza/Grecs Indépendants signait un nouvel accord – encore plus accablant – avec les « institutions ». C’est ainsi que fut célébré une fois de plus le rôle de la sociale démocratie : cette opération du système au profit des capitalistes qui consiste à prétendre représenter les intérêts du peuple pour mieux atténuer la réaction des pauvres et des opprimés.
Ce nouvel accord contient des reformes particulièrement rudes qui annoncent un coup fatal à tous les droits et acquis qu’il reste aux opprimés. La catégorie sociale la plus spécifiquement écrasée par les politiques du mémorandum et du remboursement de la dette est celle des retraités. Ces dernières années, l’État a institutionnalisé des réductions des retraites au prétexte de réduire le déficit public. L’argent « économisé » fini évidemment dans les poches des oligarques des banques. Et aujourd’hui, une fois de plus, les retraités sont encore ceux que le gouvernement va venir saigner. Précisons que l’EKAS (ndt : équivalent du minimum vieillesse) va disparaître et que cela ne visera donc que les retraités les plus pauvres. Quant aux paysans, on annonce qu’ils ne seront plus imposés à partir de 2018. Les promesses de certains défenseurs de l’accord qui prétendaient que, dans le futur, les retraites augmenteraient, ont étaient abandonnées à cause de l’état économique du pays.
Au milieu de tout cela, la cerise sur le gâteau du gouvernement est l’augmentation des années de cotisation ainsi que l’abolition des réformes qui permettaient des départs en retraite anticipée dans certains cas spécifiques. Ce n’est pas une coïncidence si le seul partenaire social à être d’accord avec ces politiques du gouvernement est le SEV (ndt : équivalent du Medef).
Ajoutons à cela le cas de la caisse de retraite des marins. L’objectif de l’État, qui que soit son administrateur au pouvoir, est l’abolition de la sécurité sociale publique et gagnée par la lutte afin de la remplacer par des assurances privées.
Autant de mesures qui apporteront de nouveaux bénéfices aux capitalistes tout en dégradant la condition des travailleurs qui n’auront d’autres choix afin de bénéficier d’une bonne retraite que de payer les compagnies d’assurances privées. Une retraite décente devient donc un doux rêve.
Le gouvernement Syriza, malgré les postures populaires promues par son marketing politique, ne sert que les intérêts particuliers des riches.
(…)

Répression d’État – Criminalisation des actions politiques subversives

Nous prenons acte de l’intensité de la répression (tant judiciaire que policière) soutenue par le gouvernement Syriza, cela afin de rassurer de sa respectabilité auprès des patrons locaux et internationaux mais aussi donner des gages à la part la plus conservatrice de son électorat.
Quelques faits :

— Chantage auprès des combattants emprisonnés : ils doivent signer une reconnaissance de dissociation avec leurs actes passés afin d’obtenir les libérations conditionnelles auxquelles ils ont normalement droit.
— Tentatives violentes de récoltes d’ADN auprès des combattants emprisonnés pour des actions politiques.
— Poursuites et gardes-à-vue de l’entourage familial des prisonniers politiques afin qu’ils atténuent leurs prises de positions publiques.
— Réinstauration des fameuses brigades Delta [(ndt : brigades de police à moto spécialisées dans la répression des manifestations et connues pour sa violence. Tsipras l’avait destituée à son arrivée au pouvoir.) ] responsables de dizaines de blessés. (…)
— Menaces directes de procureurs à l’encontre de membres du groupe anarchiste Rubicon, à savoir qu’ils seraient poursuivis en tant qu’association de malfaiteurs s’ils continuaient leurs actions.

À propos du “problème” des migrants et des réfugiés

Selon la manière de voir les choses, le « problème » des réfugiés ne va pas de soi. Les millions de nouveaux réfugiés Syriens de ces cinq dernières années s’ajoutent aux millions de réfugiés existant et venant surtout de pays pauvres. C’est la conséquence des décisions prises sur le grand échiquier capitaliste.
Le problème majeur, ce sont les guerres civiles ou extérieures, qui provoquent des vagues régulières de réfugiés.
Tout autant, le problème réside dans l’exploitation systématique des pays d’origine de ces migrants par le capitalisme international. C’est ce qui contribue depuis des années à l’afflux régulier et stable de réfugiés/migrants.

Il est généralement admis qu’aucun être humain qui mène une vie prospère et sereine dans son propre pays ne s’aventure à le quitter dans de telles conditions sauf à y être forcé par les bombes ou la pauvreté.

Pour nous la seule ligne de partage valable passe entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités. Nous sommes du côté des seconds.

La classe dirigeante européenne connait parfaitement ce petit jeu, les beaux jours de la colonisation n’étant pas si loin.
Les jeux de pouvoir et d’influence des européens, américains, russes et turques sont ceux qui alimentent et préservent la guerre, ou du moins son atmosphère, depuis des dizaines d’années. De Diyarbakir en Turquie aux montagnes Afghanes, en passant par la Palestine.
Les efforts du gouvernement grec et ceux des vautours européens pour contrôler l’afflux de migrants pourraient paraître ridicules s’il n’y avait pas des vies humaines en jeu.
L’état grec endosse le rôle de garde-frontière, observé d’un oeil attentif par l’OTAN et Frontex.

Pour nous, l’enjeu c’est ce que la société grecque va faire, ce que nous allons tous faire collectivement pour nous ressaisir de cette crise des réfugiés, qui n’est qu’un problème supplémentaire produit par la crise capitalise.
Au vu de la situation, il y a pas de solution facile.

La solution la plus évidente, que nous faisons nôtre, consiste à intégrer et reconnaître les réfugiés et les migrants comme faisant parti de notre société afin de construire ensemble un mouvement polymorphe contre le capitalisme et l’autorité de l’État.

L’autre solution est de soutenir les nationalistes dans leur « défense des frontières » et leur pseudo « protection du pays ». C’est-à-dire succomber au fascisme et à la bigoterie jusqu’au jour ou nous ou nos enfants seront à notre tour devenus les « étrangers » d’un pays éloigné que nous tenterons en vain de rejoindre.

Nous répondons :
Les terroristes et les voleurs sont les capitalistes. Pour une lutte sans compromis contre le terrorisme d’état
NOUS NE RECULERONS PAS

Groupe anarchiste Rubicon

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