Étudiant de Toulouse grièvement blessé par une grenade de désencerclement

La vidéo de l’interpellation qui anéantit la version des policiers et la communication du procureur de la République

paru dans lundimatin#147, le 1er juin 2018

Mercredi 9 mai 2018 à 3h45 du matin, la police évacuait violemment l’université occupée de Toulouse. Alors que les étudiants pacifistes refluent vers le métro pour quitter le campus, ils sont pris à parti par la Brigade Anti-Criminalité. L’un d’entre-eux, Guilhem, est plaqué au sol et blessé par l’explosion d’une grenade de désencerclement.

Nous avions enquêté sur cette affaire, relire notre article du 25 mai.

Dans un communiqué de presse, le procureur de la République justifiait alors une intervention policière qui visait à "prévenir un envahissement possible des voies de chemin de fer". Le parquet soutenait que les policiers de la BAC étaient intervenus pour interpeller "une personne identifiée comme à l’origine de dégradations commises un peu plus tôt sur le secteur de la faculté". Bien évidemment, et toujours selon le procureur, cette interpellation avait été rendue « difficile » par sa « résistance » et « l’hostilité » de son groupe. Précisons que Guilhem avait été placé en garde à vue pour ces faits et à partir des déclarations des policiers dans leurs procès verbaux.

Nous publions aujourd’hui la vidéo de l’interpellation en question. Ce document permet d’apprécier les circonstances de l’opération policière, l’ambiance qui règne alors, ainsi que l’attitude des fonctionnaires ce soir-là. De là, chacun jugera de la probité de leurs déclarations et de la rectitude du parquet qui n’a pas hésité à reprendre à son compte un récit parfaitement mensonger.

Le texte qui suit a été rédigé par les vidéastes qui nous ont transmis ce document.

Mais que font les caméras ?

Cette publication répond à une urgence. Elle est à la fois le témoin d’un instant et d’une époque. Se retrouver en possession d’un tel matériau interroge la place de l’image. Il a fallu penser le sens politique de cette dernière et son utilité.

Là où nous voulions compléter, additionner une pratique cinématographique aux multiples formes d’engagements déjà en œuvre pour résister à la violence institutionnalisée, c’est finalement pour répondre à un manque que nous publions ce film.

La logique d’occultation systématique des violences policières s’inscrit par essence dans leurs pratiques. En témoignent les attitudes et les corps, qui se trahissent en tentant de dissimuler. Mais la police se compromet également en faisant disparaître ses propres traces et laisse un vide qui doit être interrogé : Où sont les images des caméras de vidéosurveillance ?

En aucun cas nous n’invoquons la preuve par l’image à travers ce type dispositif, car ici c’est bien l’absence d’image qui condamne les actes. En plus d’engager une évidente culpabilité policière, c’est encore le système de vidéosurveillance qui se fissure entièrement.

Dans ce contexte, il nous semble également nécessaire d’ignorer la simple présentation des faits pour ce qu’ils sont. Filmer ne doit pas être qu’un moyen de défense, dans la faible mesure où la présence d’une caméra retient parfois quelques coups de matraque, mais également une force, un moyen d’inventer ce qu’on nous dissimule. Il ne s’agit pas de rétablir une vérité mais de mettre à jour le mensonge.

Qannes

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