Le masque à gaz : Un objet de notre temps

Petite fiche technique.
« Le maintien de l’ordre, comme tout milieu, connaît ses modes ; et la mode est au gazage massif. »

paru dans lundimatin#31, le 12 octobre 2015

Nous fêtons cette année le centenaire de la production industrielle de masques à gaz. Avant cela, la meilleure méthode pour survivre aux gazages était de protéger sa peau et ses orifices par des bandes de tissus imbibées d’urine. Le 22 avril 1915, les troupes allemandes alignent plus de 5 000 cartouches de gaz moutarde qui, poussé par le vent, ouvre une percée de 8 km dans les lignes alliées. La débandade des troupes alliées reste dans les mémoires ; quelques mois plus tard, le masque à gaz vient compléter l’équipement réglementaire du soldat. Symbole tout à la fois de l’horreur des tranchées et de la paranoïa des citoyens de guerre froide, qui pensaient survivre grâce à lui aux pluies de particules radioactives, le masque à gaz est encore, un siècle plus tard, un outil d’actualité.

Il l’est redevenu notamment avec la vague de soulèvements des huit dernières années. Le maintien de l’ordre, comme tout milieu, connaît ses modes ; et la mode est au gazage massif. Le plus souvent, bien entendu, au gaz lacrymogène. Plus rarement, comme en Grèce en 2013, aux gaz asphyxiants. D’émeute en émeute, le masque à gaz est devenu à la fois un objet technique indispensable à une réelle résistance à la police, et un objet culturel d’une grande puissance symbolique. En Turquie notamment, où le gouvernement, en rupture de stock, devait importer du gaz de France et d’Israël, le masque à gaz est devenu, aux côtés de l’iPhone, un des fétiches du mouvement d’occupation de la place Taksim.
En France, le recours massif au masque à gaz du côté des émeutiers date des évènements de Valognes, en novembre 2011. L’opération César, sur la ZAD, a achevé d’en répandre l’usage. L’usage massif du gaz lacrymogène est récent, mais il faut dire que l’Etat y met, depuis peu, les bouchées doubles. En novembre 2005, en un mois d’émeute, la police française n’avait utilisé que 1 400 grenades lacrymogènes durant l’ensemble des événements – dont 500 en une seule soirée à Clichy. Ce soir-là, les responsables de ce déferlement de grenades ont été critiqués par leur hiérarchie pour ce gaspillage et manque de sang-froid. A titre de comparaison, les 23 et 24 novembre 2012, durant les affrontements sur la ZAD, les gendarmes avaient tiré plus de 1 700 grenades lacrymogène. Record largement battu le 22 février 2014 à Nantes, avec plus de 2 200 en une après-midi. Cette tendance est partie pour durer : il convient donc de s’équiper en conséquence. Parce qu’il tient à vous, et en vue de la COP 21, lundimatin vous fournit une petite fiche technique.

Généralités
Il existe deux types de masques à gaz : les masques intégraux et semi-intégraux. Les premiers couvrent la bouche et les yeux ; les seconds, seulement la bouche, ce qui rend donc nécessaire l’usage de lunettes. Le choix entre les deux est laissé à l’appréciation de chacun : le masque intégral est plus efficace mais plus long à installer et il rend la communication plus difficile, car il est aussi plus long à ôter. Les semi-intégraux sont plus faciles à se procurer, mais il faut les doubler, au choix de lunettes de piscine, d’un masque de ski, ou d’autres lunettes de protection.
Dans les deux cas, le fonctionnement est le même : le masque à gaz est une sorte d’enveloppe hermétique percée d’un trou, dans lequel se place un filtre, qui peut dans certains cas être amovible. C’est à travers ce filtre que l’on respire. Il n’y a pas de filtre universel : à chaque type de gaz ou de particule correspond un type de filtre. Si le masque est mal serré ou mal fixé, le filtre deviendra inefficace, et la peau du visage sera exposée. Il faut donc prendre le temps, avant l’utilisation, de s’entraîner à bien l’attacher, et de le prérégler en prenant en compte d’éventuelles lunettes ou masque de ski.

Quels filtres choisir ?
Les filtres se reconnaissent à différents signes présents sur tous les emballages de masques à gaz.
La longue suite de chiffres est un code indiquant les propriétés du filtre. Une fois le masque sorti, les couleurs sur le filtre renseignent aussi sur sa nature. Chaque lettre du code correspond ainsi à une couleur.
Prenons l’exemple suivant : FFABEK1P3 R D
FF est l’abréviation de filtre. Les chiffres représentent la valeur de protection du filtre : plus ils sont élevés, plus le filtre est performant.
A est le type de filtre qui correspond au marron, il protège des vapeurs organiques.
B correspond au gris, il protège des vapeurs inorganiques.
E correspond au jaune, il protège des gaz acides
K correspond au vert, il protège de l’ammoniac et de ses dérivés
P correspond au blanc, il protège des aérosols solides et liquides.

Dans le type d’utilisation qui nous intéresse, à savoir sauvegarder nos poumons des méfaits du gaz lacrymogène, les filtres sont le jaune (E) et le gris (B) car le gaz lacrymogène est un gaz acide et complexe, et rentre dans la catégorie des vapeurs inorganiques. Les filtres qui ne comprennent pas ces couleurs sont aussi relativement efficaces mais leur niveau de saturation est bien plus faible. Pour les masques à gaz militaires, la définition du filtre est souvent absente car ceux-ci sont plus complexes et fonctionnent en général très bien face aux lacrymos.

En cas de saturation des filtres
La majorité des masques possédant un filtre adapté aux lacrymogènes deviennent inopérant quand il y a moins de 19,5 % d’oxygène. Dans les faits, il est très rare que cette situation advienne, même si dans certaines petites rues quand il fait chaud, ou dans un sous-bois quand tombe un petit crachin l’utilisation massive de gaz peut entraîner une saturation du filtre, même s’il est adapté. Dans cette situation, et si la police ne charge pas, il ne faut surtout pas enlever le masque et s’accroupir la tête vers le bas pour retrouver de l’oxygène près du sol. La fuite est évidement possible, mais puisque le nuage de gaz nécessaire pour saturer les filtres est si dense qu’il annule toute visibilité, il est difficile de mesurer la distance à parcourir. Le plus facile est de ne pas bouger et de respirer calmement, malgré la présence de gaz dans le filtre. Une fois le gaz dissipé il faut enlever son masque et l’essuyer avec un mouchoir avant de le remettre. Une partie du gaz est restée dans la condensation présente dans le masque et peut irriter la peau (si la situation ne le permet pas, ce n’est pas très grave). S’il devient difficile de respirer dans le masque avec le temps cela signifie qu’il faut le changer ou changer les filtres.

Conseils d’entretien
Il faut le nettoyer avec un tissu doux et de l’eau savonneuse après chaque utilisation, pour éviter des irritations la fois d’après mais aussi pour que son espérance de vie soit plus longue. Un sopalin avec du lave-vitres fonctionne aussi. Après l’usage comme le nettoyage il faut bien le sécher et le garder à l’abri de l’humidité, de préférence dans un sac plastique.

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