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Par Sylvain George
À Ceuta, en quelques heures, tout un ordre politique s’est découvert.
Le pouvoir marocain a laissé apparaître ce qu’il s’emploie ordinairement à contenir, à disperser ou à maintenir hors du champ visible : l’immensité du désir de départ qui traverse sa propre population. L’Europe a montré qu’elle pouvait voir des enfants, des femmes, des hommes jeunes et moins jeunes entrer dans la mer et ne reconnaître dans ces survivants qu’une menace contre ses frontières. Les extrêmes droites de Washington à Rome et de Madrid à Paris ont aussitôt arraché les images à celles et ceux qui les avaient produites pour les remonter en récit d’invasion : la projection d’une masse démographique réputée sans fin, sans visages ni histoires, indistincte et irrésistible, appelée à franchir toutes les frontières, à en annoncer la disparition et à submerger l’Europe. Quant aux gouvernements prétendument « modérés », ils se sont empressés de donner une consistance administrative, policière et militaire à cette fiction, en renforçant des contrôles à des frontières que personne n’avait atteintes.
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