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#528 | Été 2026
 
 
 
Le dernier vertige
 

Wittgenstein et l’intelligence artificielle
Eric Chauvier



Eric Chauvier, romancier qui n’en fini plus de révolutionner l’anthropologie [1] propose ici de penser notre intelligence artificielle à venir, depuis l’idée de mystique à laquelle avait abouti le philosophe Wittgenstein. Au début du siècle dernier, le célèbre Ludwig découvrait qu’au bout de la logique se tenait un reste indéchiffrable, une dimension de l’existence irréductible au tamis de la raison, le « mystique ». Eric Chauvier met ici à l’épreuve l’intelligence artificielle autant que ce que l’on imagine pouvoir encore lui résister. Un texte sombre et lancinant pour dire une machine qui nous absorbe doucement mais assurément.

 
 
 
 
 
Libérer Mehdi Blackwind
 

Des nouvelles depuis Casablanca



Le rappeur, cinéaste et ami El Mahdi Lyoubi, plus connu sous le nom de scène Mehdi Blackwind, a été placé en détention au Maroc. Pour le moment, personne ne connaît les charges exactes retenues contre lui mais tout le monde se doute de ce qui peut lui être reproché : être le porte-voix de toutes les révoltes et des critiques de tous les régimes. Ses chansons n’ont pas dû plaire. Des centaines de rappeurs, cinéastes, organisations et institutions réclament sa libération immédiate.
Me Aïnoha Pascual et Damia Taharraoui, ses avocates françaises, se sont rendues au Maroc pour assister à une première audience devant la justice. Depuis Casablanca, elles ont accepté de répondre à nos questions.

 
 
 
 
 
Archéologie d’un vrai-faux silence : Michel Foucault, Israël et les Palestiniens [1/3]
 

Alain Brossat et Alain Naze



Inspirés l’un et l’autre de longue date par le travail de Michel Foucault [2], nous avons récemment été intrigués, actualité oblige, par la rareté des interventions et commentaires (pour ne pas parler d’analyses) de celui-ci concernant le conflit entre Israël et les Palestiniens. Une rareté qui, sur toute la durée de la période dans laquelle les recherches philosophiques de Foucault semblent trouver un débouché tout naturel dans le domaine idéologique et politique et y susciter débats et controverses - disons de l’Histoire de la folie à l’âge classique (1961) à la mort du philosophe en 1984 -, s’apparente à une absence marquée, un silence soutenu. Or, au fil de ce court quart de siècle, la pratique philosophique de Foucault devient de plus en plus intervenante, indissociable d’implications et d’engagements aussi nombreux que variés, généralement inscrits dans l’horizon de la résistance à l’ « intolérable » - un motif lancinant dans ce qu’il faut bien appeler la politique pleine de panache de Foucault, avec ses lignes de continuité autant que de fracture.

 
 
 
 
 
Lundimatin ruiné
 

(Maintenant, il faut nous aider !)



Chères lectrices, chers lecteurs,
Nous venons d’apprendre que lundimatin était ruiné, nous avons donc urgemment besoin de vous.

 
 
 
 
 
Passage au rythme estival...
 

Comme chaque été, nous passons au rythme estival. Des articles seront régulièrement publiés mais pas nécessairement le lundi. Une prochaine salve est d’ailleurs en préparation et sera en ligne d’ici deux ou trois jours. Bonne lecture, bon été et n’hésitez pas à vous restreindre d’une ou deux glaces pour nous soutenir.
lm



Comme chaque été, nous passons au rythme estival. Des articles seront régulièrement publiés mais pas nécessairement le lundi. Une prochaine salve est d’ailleurs en préparation et sera en ligne d’ici deux ou trois jours. Bonne lecture, bon été et n’hésitez pas à vous restreindre d’une ou deux glaces pour nous soutenir.
lm

 
 
 
 
 
Caniculalypse
 

(suite sans fin)
Emmanuel Thomazo



 
 
 
 
 
Canicules et incendies : apprendre à avoir peur
 

« Le signe que quelque chose en nous insiste et résiste à la fatalité »
Jérôme Santolini



Biochimiste et directeur de recherche, Jérôme Santolini étudie depuis plus de 25 ans la chimie et la biologie de l’azote réactif. Parallèlement, il interroge notre rapport à la science autant que le rapport des scientifiques au monde [3]. Au coeur de cet été caniculaire et alors que des incendies gigantesques provoquent des déplacements de masse et en urgence, il interroge ici notre rapport à la peur et à la fatalité.

 
 
 
 
 
Enfants, école, travail, ville
 

Cartographie d’une canicule politique
Francesco Demitry



Après trois vagues caniculaires, des chasses aux ventilateurs et des débats sur la clim’, force est de constater que nous ne savons pas bien quoi faire de nos suffocations. Francesco Demitry pense qu’il est grand temps que nous repensions de fond en comble l’organisation capitaliste de la ville, c’est-à-dire trouver les moyens de la penser autant que de la défaire.

 
 
 
 
 
Letexier et le stratagème de la « cage de verre » de la FIFA 
 

« Vive le foot ingouvernable »



À peine avait-il sifflé la fin du huitième de finale opposant l’Argentine et l’Égypte (3-2), que l’arbitre français François Letexier se retrouvait au cœur des critiques et accusé d’avoir favorisé l’équipe sud américaine. À la lumière de ce scandale, Oncléo propose ici d’actualiser un stratagème oublié du Manuel secret de l’art de la guerre. On verra que, certes, c’est prêter beaucoup d’esprit à Infantino le président de la FIFA que d’imaginer un tel dispositif. Mais qui sait si les têtes de prépuce ne cachent pas dessous leur flaccidité une vigoureuse pensée stratégique ?

 
 
 
 
 
La voix et le combat d’une sœur
 

À propos de la nouvelle édition de « Depuis qu’ils nous ont fait ça » d’Aurélie Garand
Par Ritchy Thibault



Le 8 juillet 2026 au tribunal judiciaire de Paris, les magistrats ayant à charge de juger Ritchy Thibault pour diverses prises de paroles publiques portant « atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » selon le ministre l’intérieur, suspendent soudainement l’audience. Les juges estiment que les 16 témoins prévus par la défense n’auront pas le temps d’être entendus et qu’il faut reporter l’audience. Les avocats s’agacent, Ritchy Thibault prend la parole, exige d’être jugé et que l’on respecte le temps pris par tous ces témoins pour se rendre à l’audience. Il sort son téléphone et diffuse au micro du tribunal le témoignage pré-enregistré d’un témoin incarcéré dont les juges n’ont pas réussi à organiser la visioconférence. Suspension d’audience, donc, les juges s’enfuient au milieu d’un énorme brouhaha. Une cinquantaine de policiers occupent la salle et se tiennent entre le public et leurs sièges laissés vacants. Aurélie Garand s’approche de la barre, saisit le micro et harangue la foule, la police et les juges absents. Cette même justice qui lui refusé un procès pour la mort de son frère sous les balles des gendarmes refuse ce jour-là encore de lui donner la parole. Elle ne partira pas. Dans sa voix comme dans ses mains qui s’accrochent au pupitre, on perçoit toute la force dramatique d’une vie qui résiste, toute la puissance de ce subtil passage de l’humiliation à la dignité. C’est tout cela que raconte « Depuis qu’ils nous ont fait ça » dont une version augmentée vient de paraître aux éditions du bout de la ville [4] et que recense ici Ritchy Thibault.

 
 
 
 
 
Dans les sombres temps (de la normalisation)
 

À propos de l’éditorial des Cahiers du cinéma, du boycott comme montage et de l’ambassade invisible
par Sylvain George



Dans son éditorial du 1er juillet 2026, intitulé « Les temps difficiles [5] », Marcos Uzal revient, au nom des Cahiers du cinéma, sur la séquence ouverte par l’invitation de Nadav Lapid au FIDMarseille [6], les retraits de films qui s’ensuivirent, la tribune publiée dans Le Monde en soutien au cinéaste israélien [7], puis les multiples réponses auxquelles cette affaire donna lieu. L’édito reprend à son compte, sous une forme plus inquiète et plus générale, l’un des arguments centraux de cette tribune : « le cinéma n’est pas une ambassade », ou, selon la formulation du texte collectif, « inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel [8] ».

 
 
 
 
 
« Du sujet à caution au statut de chasseuse-cueilleuse en festival »
 

SNG (Natacha Guiller)



Une itinérance poétique du 27 au 30 juin 2025 en Gruau, à l’occasion de la 12e édition d’un festival littéraire, sur l’invitation et organisé par l’association Fromage (Pour des raisons de préservation de l’anonymat des contextes, zones et personnes évoqués, leur identification est remplacée par de la nourriture (dont j’ai peut-être pu manquer dans cette histoire).

 
 
 
 
 
Le Megacanal prend l’eau – Le feu jaillit
 

Récit d’un week-end de lutte aquatique



Ce qui suit est une lecture individuelle et subjective du week-end du 11 et 12 juillet 2026 à Villers-au-Tertre (village) et Oisy-le-Verger (manif). Le vécu est surtout axé sur la préparation, participation et les débriefs de la manifestation festive et déterminée. En dehors de cet axe, il y a eu conférences, présence de collectif internationaux, activistes clowns, kiosque et librairie, et bien d’autres initiatives non rapportées ici. Des inexactitudes et des erreurs peuvent exister dans les faits rapportés et la lecture des évènements. Aussi, les témoignages et informations entendus sont signalés par une *.

 
 
 
 
 
Le paysage, les noms, les gens, la sagesse (et l’ethnographe)
 

Note sur Keith Basso, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert



Publié en 2016 aux éditions Zones Sensibles, L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert est la traduction de Wisdom Sits in Places (1996), chef-d’œuvre du linguiste et anthropologue américain Keith Basso (1940-2013), qui a passé une bonne part de sa vie à l’école des Apaches occidentaux de Cibecue (dans la réserve de Fort Apache, à quelques heures de route de Phoenix, Arizona). Par la justesse de son positionnement, la richesse de ses enseignements et la beauté espiègle de sa narration, ce livre désormais épuisé mériterait amplement une réédition.

 
 
 
 
 
Mourir à Romainville
 

« Comment savez-vous si la Terre n’est pas l’enfer d’une autre planète. »



Nulle part il ne fait bon être pauvre quand l’usage est de réprimer les populations les moins nuisibles ; on le sait, pour peu qu’on ait des yeux. Mais les difficultés de la vie ne suffisent pas, il faut, semble-t-il, y ajouter l’humiliation des morts, quand ils étaient désargentés et leur famille pareillement sans ressources.

 
 
 
 
 
Le retour de l’école
 

(ou l’enfance vue comme un feu tricolore)



Une petite fille de six ans discute avec son père sur le chemin du retour de l’école. Elle raconte la vie quotidienne et scolaire ordonnée par trois couleurs, un « système de gestion des comportements », devenu pour elle le centre de gravité de ses journées et tout ce qui en découle. Un dialogue composé à partir de vraies bouts de petites filles, de gommettes et d’école.

 
 
 
 
 
Une vie de fêlé de Jonathan Boismard
 

Heurs et malheurs d’un patient ordinaire
En librairie
[Éditions lundimatin]



En France, 20% de la population présentent un trouble psychique et plus de 8 millions de personnes sont prises en charge pour une maladie psychiatrique ou un traitement chronique par psychotropes. Notre effondrement intérieur est massif, documenté, administré mais toujours désemparé.
Jonathan Boismard, diagnostiqué bipolaire, nous plonge dans le quotidien léthargique et violent d’un patient ordinaire en désaffiliation psychique d’avec l’ordre des choses. Le récit explosif et éclaté d’une vie cernée par la psychiatrie, les molécules et les injonctions à être — à peu près — fonctionnel.

 
 
 
 
 
Taf, à la recherche du prolétariat perdu - Paul Martel
 

En librairie
[Vidéo de présentation]



Taf, à la recherche du prolétariat perduvient de paraître, le livre est désormais disponible dans toutes les bonnes librairies et directement sur https://lundi.am/livres. Imaginez L’établi de Linhart mélangé à l’humour caustique de Fabcaro, la littérature prolétarienne de Joseph Ponthus propulsée dans les backstage de défilés de mode absurdes autant que dans l’univers impitoyable des missions dans le BTP. Une enquête sociologique sur travail écrite comme un roman d’aventure, un pamphlet drôle et ludique pour survivre dans l’univers impitoyable des boulots de merde, un manifeste pour tous les ouvriers et taffeurs qui rêvent d’abolir le travail. Taf, c’est un peu tout cela à la fois.

 
 
 
 
 
Éditions lundimatin
 

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Comme de très nombreuses éditions indépendantes, lundimatin subit actuellement les conséquences de la faillite du distributeur Makassar. En attendant que nos livres soient transvasés vers un nouveau distributeur (Dod&cie), ils restent disponibles en ligne sur notre site. Ami.e.s libraires, nous assurons aussi comme nous pouvons les commandes en direct.

 
 
 
 
 
 
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