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(Architecture du régime de l’intolérable
Hypothèses pour un cinéma au temps de l’intolérable)
Sylvain George
« Par la brèche, j’entre.
Par la faille, je me faufile.
Je suis le maître du Frêle. » [1]
Quelque chose, dans la texture des jours, se resserre, non sous la forme d’un choc unique et éclatant, mais comme une sorte de condensation lente qui alourdit l’air, épaissit les gestes et entame la parole. Il ne s’agit pas de l’effroi, cette pointe brève de sidération qui suspend l’esprit, mais d’une contrainte sourde et persistante qui organise peu à peu la fatigue, ronge la disponibilité, fabrique de l’impuissance, tout en attisant, en contrebas, des colères difficiles à formuler. La gorge se serre, les mains sont moites, le regard se perd, au loin des nuages, des éclairs, tandis que les rues chavirent, et que la tête cogne des pavés de fer, sans la moindre étincelle. Et pourtant, au cœur même de ce régime d’étouffement, subsistent des plages de joie, des attachements, des yeux qui se touchent, des élans, qui indiquent qu’autre chose demeure possible, ou, plus exactement, qu’autre chose demeure requis [2].
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