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#508 | 9 février
 
 
 
Comment nommer les nouvelles formes du pouvoir ?
 

Un lundisoir avec Ian Alan Paul à propos de La société réticulaire



Aurions-nous imaginé, il y a quelques décennies, que l’essentiel de nos interactions dépendrait d’un petit appareil logé au fond de notre poche ? Que l’IA optimiserait des bombardements meurtriers et rédigerait nos déclarations d’amour ? Que nos vies seraient consumées par la mise en données de chaque recoin de l’expérience et du monde ?
Les formes du pouvoir s’affinent et les dispositifs qui nous tiennent se complexifient. Il nous faut donc trouver les mots et forger les concepts qui permettent de nous orienter dans l’époque. C’est ce que propose de faire Ian Alan Paul dans son excellent La société réticulaire paru en octobre aux éditions lundimatin (disponible dans toutes les bonnes librairies et sur notre site : www.lundi.am/livres). Cette société réticulaire ne vient pas remplacer la société de classe, de contrôle ou du spectacle, elle en est la mise à jour, la pointe avancée. Dans cet entretien, Ian Alan Paul nous explique en quoi son concept nous permet de saisir les nouvelles logiques et dynamiques du pouvoir et ce que cela implique pour les luttes en cours. C’est brillant, clair, limpide et sous-titré.

 
 
 
 
 
Quelques « banalités de base » sur la manifestation du 31 janvier à Turin
 

L’expulsion d’un centre social historique, 50 000 manifestants, une nuit d’émeute



Les images des affrontements massifs qui ont eu lieu dans les rues de Turin le 31 janvier dernier ont fait le tour du monde. Des nuages de lacrymogène, un véhicule blindé de gendarmerie en feu, un policier rattrapé par la foule, 50 000 manifestants pour une nuit d’émeute. Des participants ont souhaité revenir sur ces évènements et rappeler quelques banalités de base afin de « s’immuniser contre l’épidémie de stupidité et de cynisme qui semble avoir contaminé nos contemporains. » [1]

 
 
 
 
 
Appel à dons, calendriers, procès et livres à venir
 

Quelques nouvelles en vidéo



Si vous souhaitez vous épargner dix minutes de blabla youtubisé, cette vidéo est accessible en version écrite, intelligible et utilement synthétisée ci-dessous.

 
 
 
 
 
Récit d’un voyage en Palestine : agroécologie, colonisation et résistance
 

« La reproduction des semences prend ainsi une dimension profonde, celle de la survie et de la résistance »



En cette fin d’année 2025, nous avons effectué un voyage de solidarité d’un mois et demi en Palestine afin de soutenir des paysan.nes palestinien.nes. Malgré l’ambiance lourde et affectée par le génocide à Gaza, la colonisation, l’apartheid et les guerres alentours, nous avons rencontré de nombreux projets inspirants menés par des Palestinien.nes. C’est ce foisonnement d’initiatives et leurs contextes difficiles que nous souhaitons partager.

 
 
 
 
 
Qu’est-ce que le judaïsme ?
 

A propos de L’invention du judaïsme de David Lemler
Ivan Segré



Est-ce le judaïsme qui « fait » les Juifs ou les Juifs qui « inventent » le judaïsme ? Plutôt que de chercher une essence figée, David Lemler, dans L’invention du judaïsme, interroge la notion même de judaïsme au fil de ses ré-élaborations successives au cours de l’histoire. Ivan Segré propose de son ouvrage une recension critique.

 
 
 
 
 
Glaçante rhétorique
 

« De l’Iran aux États-Unis, des franches dictatures aux plus roublardes démocratures, c’est le même argument qui soutient le despotisme »



Je hais les criminels qui s’appuient sur des lois.
Louis Scutenaire, Mes inscriptions.

En prétendant soutenir les manifestants iraniens qui s’opposent avec un courage admirable à la dictature des Mollahs, tout en lançant ses soudards contre ceux qui, dans son pays, protestent contre les agressions ignobles de sa croisade raciste, le Caligula de la Maison Blême peut sembler battre tous les records d’incohérence. Mais c’est en fait qu’il aime bien les désobéissants quand ils s’opposent à ses rivaux en dictature et quand ils lui fournissent le prétexte lui permettant de se proposer comme Calife à la place du calife, mais qu’il aime beaucoup moins ceux qui refusent d’obtempérer à ses ukases.

 
 
 
 
 
Des nouvelles de l’Italie d’aujourd’hui (1)
 

Une lettre de Cesare Battisti



L’Italie comme laboratoire de l’Occident, c’est une banalité de base qui se vérifie encore et toujours. On l’a constaté autrefois, de l’invention du fascisme historique au début du XXe siècle, à la décennie de la Horde d’or du long 68, immédiatement suivie de la « guerre au terrorisme » comme justification de toutes les lois liberticides, et de la reconversion enthousiaste de la gauche institutionnelle à l’ultra-libéralisme. On a vu encore le laboratoire fonctionner quand cette post-gauche prétendait avoir la peau, par les voies judiciaires, d’un Berlusconi, qui n’était après tout que l’extrémisation de ce qu’elle était : erreur fatale qu’auraient dû méditer les démocrates étatsuniens s’essayant à barrer la route à un retour de Trump par la même méthode, alors qu’aussi bien Berlusconi que Trump étaient aimés de leur base non pas malgré leurs turpitudes mais, entre autres, grâce à elles. Après plus de quatre années de gouvernement melonien, on peut commencer à dresser les contours d’un avenir qui pourrait être aussi bientôt celui du canton français. Dans cet esprit, on publiera ici, en plusieurs livraisons, des documents susceptibles d’éclairer la question. Pour commencer, il me semblait s’imposer de prendre des nouvelles d’un représentant d’une génération qui a voulu renverser la table du festin capitaliste voilà plus d’un demi-siècle.

S.Q.

 
 
 
 
 
Consensus des rancuniers
 

« Face à cette réalité, l’affect dominant de la société iranienne n’est ni la colère ni l’espoir, c’est la sidération. »



Alors que de nouvelles informations laissent entendre que les négociations entre représentants iraniens et américains auraient, une fois encore, connues une évolution « positive » — au moins dans ce cycle précis — une question fondamentale s’impose avec une acuité renouvelée : dans quel état se trouve réellement la société iranienne ? Que reste-t-il d’un peuple qui vient de traverser l’un des massacres les plus violents de son histoire contemporaine, et qui demeure enfermé dans un état de choc mêlant deuil, confusion et épuisement moral ?

 
 
 
 
 
Le vent de Turin
 

Du soutien populaire à la Palestine au rejet du gouvernement Meloni, la pression monte en Italie



En sus des Quelques banalités de bases publiées cette semaine et qui reviennent sur les affrontements du 31 janvier à Turin, un second texte traduit depuis l’Italie sous la forme d’un bulletin météorologique. Du mouvement « Bloquons tout » en soutien à la Palestine au rejet du gouvernement Meloni, le pression monte en Italie.

 
 
 
 
 
Le rire et le couteau de Pedro Pinho
 

ou l’économie néocoloniale du regard
Sylvain George



Le rire et le couteau du cinéaste portugais Pedro Pinho s’est imposé comme l’un des films les plus célébrés de l’année 2025. Présent dans de nombreux classements de fin d’année, régulièrement cité parmi les œuvres jugées les plus importantes du cinéma contemporain, il a bénéficié d’une reconnaissance critique large, rapide et durable, en France comme à l’international. Le film a été accueilli comme une œuvre nécessaire, à la fois audacieuse et lucide, capable de se confronter à la colonialité sans naïveté, en assumant un positionnement politique et esthétique que beaucoup ont salué comme exemplaire. [2]

 
 
 
 
 
Crise de l’État-nation et politiques des « zones d’influences »
 

« La politique de Trump est-elle le signe d’une force ou celui d’une faiblesse ? »
[Temps critiques]



La théorie des zones d’influence de l’administration Trump reprend la notion de « grand espace » (Grossraum) de Carl Schmitt [3] qui, lui-même, était un admirateur de la doctrine Monroe (1823). Souvent formulée lapidairement sous la forme « l’Amérique aux Américains », celle-ci constituait un avertissement aux Européens à qui elle défendait toute intervention dans les affaires américaines. Par « américaines », le président Monroe entendait l’ensemble du continent américain de l’Alaska à la Terre de Feu, comprenant ainsi l’Amérique du Sud partiellement décolonisée à l’époque. Accessoirement, cette doctrine permettait d’accentuer la rupture avec la conception de la puissance développée par leur ancien pays colonisateur, l’Angleterre. En échange, les États-Unis devaient s’abstenir d’intervenir dans les affaires des pays européens [4].

 
 
 
 
 
Ruade(s)
 

« La pensée n’est pas dévastée ; elle dans le mécanisme de l’amusement général »
Nathan J. Beltràn



1.

Nous n’étions rien de plus que de modestes comptables, pour mieux dire : chargés d’accomplir une tâche dont l’enchaînement, rigoureusement calé sur une case de registre, ne pouvait rien saisir de la «  réalité  » de ce qu’elle enregistrait ; cet objet - que vous nommez tantôt corps, tantôt élément de preuve, selon un choix de mots qui me paraît fortement situé, voire problématique - la reprise méthodique, par souci de précision, en a effacé le fond. Si bien que ce que vous désignez comme des preuves et des corps, nous n’en avons pas la moindre trace matérielle ; ce que vous qualifiez de crime n’a pas de lieu, ou alors ce lieu nous l’avons oublié. Nous ne savions pas qu’il s’agissait de «  corps  », pas davantage qu’il s’agissait d’«  amis  » ou de «  preuves  ». Je ne vous l’apprends pas. Chacun fait son geste sans en voir l’aboutissement global.

 
 
 
 
 
« Etxeko urak » de Leire Bilbao
 

« Le capitalisme fabrique des mères pour tenir le monde, pas pour aimer les enfants »



Cri de rupture contre l’ordre reproductif, Etxeko urak (2020) de la poétesse bascophone Leire Bilbao (1978) écrit la naissance comme plaie, travail forcé, dressage, qui emprisonne le corps des femmes de génération en génération. Comme l’a dit Clélia Gasquet-Blanchard (voir notre entretien de la semaine dernière ici, le capitalisme fabrique des mères pour tenir le monde, pas pour aimer les enfants.

 
 
 
 
 
Lorenzo de Médicis et Jeffrey Epstein 
 

Liaisons dangereuses
[Billet d’humeur]



Décidément l’ami Américain est vraiment bien gênant et mal élevé dans ses agissements, et on est bien embêté dans les rédactions parisiennes par cette sale affaire qui nous viens de l’autre côté de l’Atlantique, où par vagues successives parviennent des milliers de feuillets venant polluer la quiétude des germanopratins et des beaux quartiers de la ville lumière.
Même le grand Jack, thuriféraire de la gauche caviar avoue avec une candeur de Pinocchio qu’il n’était pas au courant du côté sombre de l’ami Jeffrey.

 
 
 
 
 
Quatre nouveaux livres aux éditions lundimatin
 

Loading rooms - Justine Lextrait
La fabrique de l’enfance - Sébastien Charbonnier
La Société réticulaire - Ian Alan Paul
Dix sports pour trouver l’ouverture - Fred Bozzi



En plus de nos éditions en ligne hebdomadaires et de la revue papier, lundimatin publie désormais des livres disponibles dans toutes les bonnes librairies et en ligne sur cette page.

 
 
 
 
 
 
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