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(Jean-Luc et Gilles, Ici et ailleurs, la femme oubliée et l’infâme dialectique)
« Godard n’est pas dialecticien », c’est Gilles Deleuze qui le dit à l’époque de Six fois deux en 1976. Plus généralement, la dialectique, en lecteur intense et fidèle de Spinoza et Nietzsche qu’il était, il ne l’aimait pas, allant même jusqu’à la qualifier d’infâme. L’infamie n’est pas loin, cependant, de s’apparenter au ressentiment nourri contre la dialectique par le philosophe de la vie. Surtout, c’est rater la singularité de l’art de Jean-Luc Godard que d’en mutiler les puissances dont ses montages dialectiques sont l’exercitation interminable. En revoyant Ici et ailleurs (1976) coréalisé avec Anne-Marie Miéville, on ne comprendra rien à sa fameuse séquence polémique si ne s’y instruit pas ce qui divise les images, qu’il faut démonter pour les remonter comme le montage élève les images qu’il émancipe de leurs chaînes pour les relever et révéler ce qui en elles aura été capturé et réprimé, tu et oublié. Alors que l’indiscernable règne aujourd’hui, on a grand désir d’être remonté-e-s contre des temps démontés pour nous y orienter dans l’éclat des constellations et des courts-circuits dialectiques. Jean-Luc et Anne-Marie y aident depuis la faillite historique du cinéma et la faille commune aux images qui restent. Et tant pis si Gilles a manqué d’amitié pour le dialecticien qu’il a été avec elle.
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