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#262 | 9 novembre
 
 
 
Le vrai nom du « second confinement »
 

[Exercice d’interruption de la communication]



Comment comprendre ce « second confinement » ? Que nous arrive-t-il ? C’est ce que tente de déchiffrer Aclin dans cette excellente analyse. En partant de l’image de ces nouveaux "portiques de validation" qui régulent désormais l’accès et la circulation aux quais de nombreuses gares, il trace les contours d’une nouvelle forme de contrôle qui relèverait moins du confinement que de l’arraisonnement, ce vieux terme de marin : « Personne n’est confiné, nous sommes tou·te·s arraisonné·e·s, sommé·e·s d’appuyer nos conduites sur les raisons que l’État juge valables, et l’agent en face de vous, crédibles. »

 
 
 
 
 
Quand la maison brûle
 

Giorgio Agamben



L’essentiel crève les yeux. Comment contempler la vie nue, dévastée, strictement réduite à l’utile, sans permission de gratuité, avec toujours la peur de la mort en point de mire ? Peut-être en une vibration musicale, un accord strident qui soudain nous saisit, faisant voir dans un éclair de lucidité le monde tel qu’il est, défiguré, et ce qu’il nous reste, la magie d’une respiration. Rien de trop : là où poésie et philosophie chantent avec exactitude l’indomptable force de vie que le pouvoir en délire rêve en vain d’incarcérer. Parlant la langue morte de la philosophie poétique, Giorgio Agamben fait entendre une voix mêlée qui jaillit des cendres, l’antique dialogue d’une âme survivante qui puise à la plus profonde racine des larmes de sève. Que renaisse un souffle, échappé du bûcher…

 
 
 
 
 
Affaire Vicenzo Vecchi : l’acharnement du ministère public
 

Alors que la justice française a refusé par deux fois la remise de l’ancien activiste à l’Italie, le parquet saisit la cour de cassation.



Le 4 novembre, la cour d’appel d’Angers a rendu son verdict à propos du mandat d’arrêt européen visant Vincenzo Vecchi, militant italien qui vit depuis neuf ans à Rochefort-en-Terre, en Bretagne, où il est investi dans plusieurs associations. Deux ans avant de trouver refuge en Bretagne, en 2009, Vincenzo Vecchi avait été condamné en Italie à douze ans et six mois de prison, en vertu d’une loi datant de la période fasciste, pour sa participation à deux manifestations.

 
 
 
 
 
Rendez-nous la mer !
 

Partout sur la côte, surfeurs et surfeuses ont décidé de braver l’interdit et d’aller à l’eau.



Jeudi soir, la nuit tombe. Quelques surfeurs prennent leurs dernières vagues légales sur ce spot un peu caché de la côte atlantique… Contrairement au mois de mars, tout le monde à l’eau sait que demain, glisser naïvement sur une planche sera désormais interdit. Et contrairement au mois de mars aussi, aucun ne semble se résigner à se priver d’une activité inoffensive sur le plan sanitaire et si essentielle sur le plan psychologique.

 
 
 
 
 
Du Despotisme en Amérique
 

« L’exotisme américain est policier, militariste, impérialiste et fascinant »
Jacques Fradin



Ne pas se faire avoir par l’actualité : voilà l’enjeu que poursuit ici Jacques Fradin. Ne pas commenter ad nauseam la victoire de Biden mais plutôt continuer de chercher dans l’histoire américaine et occidentale comment se sont construit les États-Unis et avec eux le despotisme économique qui règne aujourd’hui dans le monde entier. Trois sources sont examinées ici dans le détail :

 
 
 
 
 
L’idiot et la lune d’opale : Calais et la fantasmagorie du passeur
 

« Calais est tous sauf une zone d’attente. La patience n’a rien à faire là-bas. Être refugié à Calais, c’est une course contre la montre. »



Ce 27 Octobre, le naufrage d’une embarcation au départ de Calais et en direction de l’Angleterre causait la mort de sept personnes. Une famille entière décimée dans les entrailles de la Manche : « un homme de 35 ans, sa femme de 32 ans et leurs trois enfants. Tous étaient originaires de Sardasht, dans l’ouest de l’Iran », a indiqué à l’AFP le procureur de Dunkerque Sébastien Piève.

 
 
 
 
 
Italie : Pandémie, économie et crimes de la guerre sociale (S02E01 : L’Écume)
 

« Le seul acteur social qui était absent dans la crise est donc arrivé sur scène, à Naples : c’est la rébellion qui descend sur la place [...] contre tout, la région, le gouvernement, les règles, la prudence, la peur... »



 
 
 
 
 
Ubu en Calabre
 

(Dernières nouvelles de Cesare Battisti)



« Je vais jouer au foot avec la tête de tes parents d’abord, et avec la tienne ensuite »  : tel est le contenu des lettres que reçoit Cesare Battisti au Centre Pénitentiaire de Rossano, en Calabre. Ce sont curieusement les seules lettres qu’il reçoit puisqu’une censure stricte s’est abattue sur le reste de son courrier. Pourvu qu’on ait un peu suivi ses vicissitudes sur lundimatin, on sait qu’après avoir été enlevé en Bolivie dans des circonstances exorbitantes du droit international et montré comme un trophée de chasse à son arrivée en Italie, Cesare a été incarcéré dans la prison sarde d’Oristano sous le régime de surveillance spéciale réservé aux terroristes.

 
 
 
 
 
Walter Benjamin révolutionnaire : éléments pour un portrait en « image dialectique »
 

Pourquoi est-il si difficile de le connaître comme tel et pourquoi est-ce si urgent ? - Par Dietrich Hoss



Persuadé que les luttes des dernières années, notamment celle des Gilets Jaunes, participent à actualiser les potentiels révolutionnaires du siècle passé, Dietrich Hoss revient ici sur la vie et l’oeuvre de Walter Benjamin dont il juge la connaissance et la diffusion d’une « extrême urgence ». D’une part pour arracher son héritage à ceux qui voudraient faire de Benjamin un homme de lettres un brin mélancolique. D’autre part pour nourrir activement les frémissements révolutionnaires de notre époque. Il revient ainsi sur les premiers engagements de jeunesse de Benjamin et ses travaux sur l’enfance, souvent méconnus ; puis se concentre sur le renouveau et les critiques qu’il fait subir au marxisme orthodoxe ; pour terminer sur la censure et la dépolitisation dont son oeuvre fut victime, de son vivant jusqu’à aujourd’hui. Bonne lecture.

 
 
 
 
 
Louis Guilloux, La maison du peuple. Pour une guerre des importances et des héritages
 

« Va-t’en, tu n’es pas des nôtres voilà ce que les bourgeois nous disent en permanence, mieux encore aujourd’hui qu’hier. Ils ont eu très peur, mais ça reviendra »



Ce texte peut être lu comme la poursuite d’un précédent publié dans lundimatin durant l’été 2019 et s’installant dans la perspective d’une guerre des héritages. Le premier entendait rendre visible une expropriation et un geste de reprise en actes par des Gilets Jaunes. Celui-ci peut se comprendre comme l’actualisation d’un autre geste nécessaire, l’installation des héritages dans des espaces de conflictualité – internes comme externes – où il serait question de défection et de soustraction à un gouvernement, d’égalité des intelligences et de politique des corps, d’échelles d’affrontement.

 
 
 
 
 
Mexique : L’horizon s’incandescente
 

Raoul Tarez



Le bus va-t-il tomber dans le précipice ? Ou bien est-ce la montagne qui va l’avaler ? Depuis là où je suis, situé dans cet entre-deux maléfique, entre deux mondes (vie, mort), la question se pose, et même s’impose : ne pas mourir d’un côté comme de l’autre.

 
 
 
 
 
Aux irruptions silencieuses
 

Guillaume Herment-Berrebi



Une fois encore, nous sommes rendus au silence, chacun muet sous sa cloche martelée par le flux tapageur d’informations cryptiques censées nous renseigner sur ce mal qui tue et toujours glisse, entre les doigts du discours.

 
 
 
 
 
Sortir de la stase
 

À propos de l’annulation du cycle « Érosions », de gestion de crises et de technocratie



« Érosions », c’était un cycle de discussions sur l’écologie politique, prévu du 13 au 22 novembre (et même initialement du 17 au 26 avril) 2020 à Grenoble, que nous venons d’annuler et de reporter au printemps prochain. Mais reporter, cela a aussi été pour nous, instigateurs de ce cycle, l’occasion de discuter. Discuter de ce que cette période nous fait traverser, et des impasses que nous rencontrons dans nos collectifs et nos manières de nous organiser, alors même que nous essayons de vivre dès à présent un monde débarrassé du capitalisme. Car il nous apparaît que crise sanitaire et crise écologique sont intimement liées, et que les gouvernements ne savent y répondre que par un mode de gestion technique et autoritaire.

 
 
 
 
 
Forme juste sans moyens
 

Justin Delareux



Je me permet de vous proposer ce petit texte dont je peine à trouver satisfaction dans la forme. Faudrait-il couper net, couper court, enrober et préciser, faudrait-il user des outils de la philosophie, de l’histoire, des outils de chiffres ou de formes, d’arguments, de points, de métal ou de bois. Rien n’est certain. Mais immédiatement, c’est cette langue qui me vient, celle peu, débarrassée ou essayant de. Qui n’a pas le bagage universitaire, qui n’a pas le bagage académique, celui des postes et des fonctions, celui des portes d’entrées et des portes de sorties. Une limite qui se voudrait brasier déguisé en poème. Puisque le poème va si bien aux gueux, et c’est encore l’étiquette que les assis nous collent dans les écoles si l’on prétend aux perspectives proches plus de feux que d’affaires.

 
 
 
 
 
Déserte le désert, vieux chameau !
 

(Le journal impossible)
Emmanuel Thomazo



« Impossible, c’est la définition d’un évènement jusqu’au moment où il se produit. » Erri de Luca.

 
 
 
 
 
 
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