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#242 | 11 mai
 
 
 
La médecine comme religion
 

Giorgio Agamben



L’état d’urgence sanitaire se prolonge, inscrivant la « guerre » contre le virus dans la durée. Dans cette crise qui ne trouve pas de résolution, il semble que la société toute entière épuise ses forces vives à lutter contre un invisible ennemi dont les médias récitent les ravages. Giorgio Agamben envisage ce moment politique comme celui qui, déplaçant la croyance, consacre la primauté de la science sur le christianisme et le capitalisme. Répondant à l’impératif d’une vie saine, le nouvel hygiénisme instaure une pratique cultuelle de la médecine envahissant l’existence, au point de supplanter les anciens rites. Nous assisterions, à l’échelle mondiale, à une nouvelle forme de guerre civile, d’ordre religieux, où, sur les ruines du christianisme, le capitalisme laisserait la science régner, sans pour autant disparaître. Obstinément et sans trembler, le philosophe devra désormais témoigner contre la religion scientifique et les désastres qu’elle enfante.

 
 
 
 
 
Clichés du virus, soustraction des images
 

« Comment nous différencier des zombies au dehors, si nous sommes entrés dans un devenir-zombie au dedans ? »



« Le langage est un virus venu de l’espace. »
William Burroughs, Nova Express

De quoi nous souviendrons-nous de cette période de pandémie et de confinement mondial ? Quelles images s’emmagasineront dans notre mémoire, en marge des discours, des informations et des journaux de bord qui tiennent le registre d’un quotidien que nous oublierons bientôt ?

 
 
 
 
 
Pourquoi tirer (sur) les leçons du passé ?
 

« Nous savons déjà que ce 11 mai, il ne faut pas faire ce que nous allons faire. »



Avec plus de 26 000 décès, la pandémie de Covid-2019 aura été, c’est désormais certain, plus meurtière en France que la canicule de 2003 - l’Inserm estimant à 19 000 morts les conséquences de ce mois d’août caniculaire quand des collectifs d’urgentistes en ont recensé 25 000. Il est à noter que ces chiffres avaient été atteints, à l’époque, en moins de trois semaines.

Gilles Dos Santos se propose ici de revenir sur cet été 2003 qui a donc vu le premier recul de l’espérance de vie en France depuis le début des Trente Glorieuses, mais aussi le vote d’une loi (dite « Fillon ») de réforme des retraites (la loi du 21 août 2003). Il s’agit évidemment d’établir un parallèle avec la crise sanitaire actuelle et la réforme des retraites qui la précède.

 
 
 
 
 
Comment la société cubaine gère la crise du covid-19
 

Reportage [1/3]



Cuba est l’un des derniers pays du bloc socialiste dont le régime est encore en place. Si la vie sur l’île donne parfois l’impression de s’être figée dans le temps, il serait faux de penser que rien n’a changé. De la révolution contre le dictateur Batista au rapprochement opportuniste vers le « communisme » de l’Union soviétique, de la transition d’un capitalisme d’État à l’ouverture du pays à l’économie de marché, le régime a souvent dû se métamorphoser pour se maintenir. Cette ouverture signerait selon nombre d’observateurs, la fin – s’il existait encore – de l’idéal révolutionnaire, du moins, d’une tentative de faire un pas de côté avec le capitalisme mondialisé tel qu’on le connaît.

 
 
 
 
 
Noli me tangere
 

« Ce qui s’impose au citoyen de demain ce n’est pas un État mondial, c’est une politique commune : la distance sociale. »



« Noli me tangere », « ne me touche pas », voilà ce que Jésus aurait dit à Marie-Madelaine selon l’Évangile de Jean. La distanciation sociale étant à la mode, cette courte formule pourrait devenir la ritournelle de notre époque, et cet article explique pourquoi. Il propose également d’en retourner le sens : « Noli me tangere devons-nous crier à la face de ceux qui n’ont qu’une police dans la bouche, qu’elle soit celle d’un retour à l’ordre dans un mythique état social, qu’elle soit celle en arme qui nous vise au flashball qu’elle soit celle en robe qui prétend déterminer un bonheur pour nos âmes ».

 
 
 
 
 
La maison de retraite
 

Nouvelles poétiques [2/2] - par Anne Croisy



Voici la seconde partie d’un recueil de courtes nouvelles poétiques sur le quotidien dans une maison de retraite, qui alternent entre portraits de morts minuscules, aperçus de la réalité terrible du travail des aides-soignantes et infirmières, et description de la vie en communauté qui s’y esquisse malgré tout. Les nouvelles sont précédées d’une présentations de l’auteure, qui a travaillé longtemps en Ehpad et en Unité de soins de longue durée. La première partie est disponible ici.

 
 
 
 
 
StopCovid : cybernétique, éthique et colégram
 

Spinoza vs Le contact tracing



Cet article revient sur les différentes critiques morales du traçage numériques : critiques de la technique, critiques depuis la cybernétique ou depuis l’humanisme. Et propose d’adopter une autre attitude à l’égard de StopCovid and co : une réflexion fondée sur l’Ethique.

 
 
 
 
 
Giorgio Agamben et l’impossible déni du déni
 

« On sent d’instinct que la querelle est parfaitement vaine. Tentons de l’établir le plus clairement possible. »



Pour résumer à grands traits une polémique qui a pris place dans les lignes de lundimatin, mais qui se développe aussi dans d’autres média, Giorgio Agamben, bravant une autocensure que d’aucuns s’imposent, reproche à ses contemporains de surévaluer la gravité de l’épidémie actuelle, ce qu’il met en rapport avec l’imposition et le consentement aux mesures liberticides de l’état d’urgence qui nous frappent dans le déni de leur caractère fasciste, alors qu’à l’inverse de vives critiques lui font grief de se placer lui-même dans le déni de l’épidémie, le renvoyant ainsi (ce qui semble péjoratif sous leurs plumes) dans la proximité d’un André Comte-Sponville ou d’un Didier Raoult, et pourquoi pas, de manière subliminale, s’ils osaient l’injure, d’un Donald Trump ou d’un Jair Bolsonaro.

 
 
 
 
 
Le grand Paris arrive, le grand Paris est là
 

Un photomontage de Anne-Marie Bonnisseau



« Le Grand Paris est un écocide », c’est en tous cas ce qu’annonçaient dans nos pages une cinquantaine de chercheurs, collectifs, acteurs du monde de la culture et intellectuels, il y a quelques semaines de cela. Le photomontage que nous publions aujourd’hui s’en veut une nouvelle démonstration. En superposant les images de chantiers et d’arbres dans la ville de Villejuif, Anne-Marie Bonnisseau nous laisse entrevoir la destruction à l’oeuvre, loin des images de propagande qui s’affichent le long des trottoirs.

 
 
 
 
 
« Votre Jean Valjean est une humiliation pour Gavroche »
 

Réponse à Vincent Lindon



Il y a quelques jours, Vincent Lindon a publié sur Mediapart une vidéo dans laquelle il livre son analyse de la situation et fait des propositions pour s’en sortir par le haut, lui qui a vu son espoir en Macron déçu après quelques années de mandat. Nous publions ici une lettre qui entend répondre aux propositions de l’acteur et, plus largement, à la gauche qui s’imagine qu’un État vertueux et des riches plus généreux pourraient représenter une réponse crédible au désastre en cours.

 
 
 
 
 
Pas d’école ? Profitons-en pour apprendre
 

« L’école à la maison telle que nous venons de la vivre n’est pas une solution »



Aujourd’hui ou plutôt jeudi, ou plus sûrement lundi d’après ou celui encore d’après selon les établissements, les écoles et collèges doivent rouvrir leurs portes. Ce grand retour se fait sur la base du « volontariat », ce qui tombe plutôt bien puisque les consignes sanitaires n’autorisent pas plus de 15 élèves par classe ; le plus souvent les élèves n’auront cours qu’une semaine sur deux ou bien deux jours dans la semaine, quant aux professeurs, ils se dédoublent eux aussi entre cours présentiels et cours à distance. Ils sont par ailleurs tenus de respecter et faire respecter les 65 pages de protocoles d’hygiène afin d’éviter d’endosser la responsabilité de nouveaux foyers épidémiques.
Face à cette situation, de nombreuses familles disent ne pas vouloir renvoyer leurs progénitures en classe - ce que certains enseignants leur demandent d’ailleurs.

Partant du constat que « l’école à la maison telle que nous venons de la vivre n’est pas une solution » (notamment parce qu’elle limite « les échanges sociaux hors de la cellule familiale ») ce texte, écrit notamment par un professeur, propose une alternative : organiser collectivement l’école à la maison pour des petits groupes d’enfants. Cette proposition ne se veut pas une solution aux nombreux problèmes que va poser ce déconfinement scolaire, mais offre néanmoins quelques pistes expérimentales.

 
 
 
 
 
Déconfinement - Jacques Fradin
 

« Sortir de l’économie signifie soumettre l’économie à la pratique démocratique ou à l’éthique de la destitution. »



Nous allons tenter de penser la suite, qui sera peut-être une récurrence, confinement / déconfinement, comme une métonymie, une expression réduite des termes du combat pour « la démocratie radicale » (nous retiendrons d’abord ce terme, mais celui de « communisme tribunicien » serait, peut-être, plus adapté).

 
 
 
 
 
Penser des mondes instables
 

Entretien avec Sophie Gosselin et David Gé Bartoli



Sophie Gosselin et David Gé Bartoli sont philosophes et écrivains. Ils travaillent depuis plusieurs années à une philosophie de l’infraphysique (voir leurs travaux sur leur site internet par ici) qui tente de dépasser le paradigme de la Modernité fondé notamment sur la séparation entre nature et culture, dans le sillage de E. Viveiros de Castro ou encore Lyotard, Jean Oury ou David Abram.

 
 
 
 
 
Goliarda Sapienza et L’Université de Rebibbia
 

« La prison a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social. »



Dans L’Université de Rebibbia, Goliarda Sapienza raconte une expérience vraie, vécue en son nom, celle de la prison.

 
 
 
 
 
Décalogg’s
 

« Hayek – Nous nous battons chaque jour pour être libre de conformer nos vies à nos idées. »



Il y a des gens qui sont vulnérables qui courent aujourd’hui des dangers,
Tous les dangers.
Nous en prenons conscience aujourd’hui.

 
 
 
 
 
BRASIL
 

Pérola Milman



Il s’agit d’un cri de souffrance face à la situation actuelle du pays d’où je viens, le Brésil, mené par son président ô combien détraqué. Hélas, il incarne si bien, finalement, tout ce qui est et a été le Brésil...

J’essaie de rappeler « notre » historique face aux virus (au pluriel) - qui ont décimé la population autochtone - face aux malheurs de l’esclavage, face au « premier monde », face au « développement ». Le parti pris étant que le Brésil peut incarner parfaitement ce monstre qui est partout - monstre qui n’a pas attendu le coronavirus pour s’implanter il y a plus de 500 ans- et qu’il innove en matière. Le Brésil, avec ses inégalités et ses richesses, sa joie et sa « cordialité », il est à la fois le visage caché et ce qui rend possible cette violence qui se répand à travers le monde. Son guide, le virus-président, le monstre suprême, est à son image.

 
 
 
 
 
Jardins en temps de guerre de Teodor Cerić
 

Note de lecture



Repartir du jardin : nous sommes quelques milliers, ces temps-ci, à en avoir éprouvé la nécessité. D’abord parce que, pour celles et ceux qui avaient la chance de pouvoir le faire, bêcher, semer et repiquer dans le beau temps surnaturel qui a le plus souvent accompagné le confinement en France a été l’occasion d’échapper aux écrans anxiogènes du confinement. Ensuite et surtout parce que, où qu’on vive, on ne pouvait pas ne pas ressentir qu’il se noue dans la manière de jardiner le monde ce qui nous tue et qui peut-être nous sauvera. Alors comment ne pas s’intéresser à ces Jardins en temps de guerre, publiés par Teodor Cerić chez Actes Sud et dont Hugues Robert nous parle sur le blog de la librairie Charybde ? Comment ne pas suivre le réfugié de Sarajevo quand il vous prend doucement par la main pour « partager avec vous ce que lui fait tel ou tel jardin, ce qui se met alors à bouillonner, philosophiquement, poétiquement et même peut-être politiquement » ?

 
 
 
 
 
Décaméron-19
 

Le Decameron de Boccace, chaque matin, à 8H00.



Nous avons demandé à des acteurs d’enregistrer depuis chez eux les nouvelles du Décaméron de Boccace. Ils ont répondu. Une série de miniatures sonores, de petites histoires du XIVe siècle. À partir du mardi 24 mars 2020, tous les jours à 8h, lundimatin publiera une nouvelle, lue par des acteurs français, mais aussi allemands, autrichiens, italiens, et autres. Cent nouvelles, une par jour, au petit déj pour les abdos et les zigos. [1]

Sylvain Creuzevault

 
 
 
 
 
 
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