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#213 | 21 octobre
 
 
 
Chères lectrices, chers lecteurs, nous avons besoin d’argent
 

De Lubrizol à Paris il n’y a qu’un don.



Chères lectrices, chers lecteurs,

Il est assez rare que nous vous sollicitions financièrement, à vrai dire nous ne l’avons fait que trois fois en cinq ans d’existence. Si nous le faisons aujourd’hui, c’est que c’est important.
Comme vous le savez, la totalité de ce que nous publions est accessible librement, c’est-à-dire sans contrepartie financière ou publicitaire. Il nous est toujours apparu crucial que lundimatin et la perspective plus large dans laquelle nos activités s’inscrivent puissent exister quoi qu’il en coûte.
Tenir la cadence et l’exigence de notre parution hebdomadaire ainsi que de la revue papier représente une somme de travail colossale, c’est le prix de l’indépendance et de l’autonomie, pour nous-mêmes autant que pour nos lecteurs. C’est un pari qui nous tient et auquel nous tenons. Le fait que notre lectorat s’étende et se diversifie chaque semaine depuis presque cinq ans maintenant, confirme cette intuition et renforce notre détermination. Comme nous avons pu l’écrire par le passé, l’époque est aux acharnés.

 
 
 
 
 
Justice pour Vincenzo Vecchi - par Eric Vuillard
 

« La liberté est indivisible. [...] De ce point de vue, officiellement partagé par tous, l’affaire Vincenzo Vecchi est ahurissante. »



Condamné à douze ans de prison en Italie pour sa participation aux manifestations contre le G8 de Gênes en 2001, Vincenzo Vecchi, qui vit en Bretagne depuis 2011, est emprisonné à Vezin-le-coquet (près de Rennes), depuis le 8 août 2019, dans l’attente de l’exécution ou du rejet d’un mandat d’arrêt européen. Une demande de libération conditionnelle a été récemment rejetée à la surprise générale et le militant attend donc en prison la date du 24 octobre, et la décision des juges français concernant l’extradition. Pendant ce temps, la mobilisation pour empêcher l’exécution des deux mandats d’arrêts européens émis par l’Italie continue. Et cette semaine c’est l’écrivain Eric Vuillard qui apporte son soutien à M. Vecchi par l’intermédiaire d’une tribune, d’abord parue dans l’Obs et que nous reproduisons (sans les publicités) ici. Eric Vuillard, titulaire du prix Goncourt 2017 s’affirmait déjà comme un soutien actif de M. Vecchi dans une récente interview donnée à Libération.

 
 
 
 
 
Equateur : le goût amer de la victoire
 

Récit d’un soulèvement



15 octobre 2019, Quito.

Pendant 10 jours, l’Equateur a vécu un mouvement social d’une ampleur inouïe. Les négociations du 13 octobre entre le gouvernement et les leaders du mouvement indigène [1] ont mis fin au mouvement, le gouvernement ayant reculé et abandonné le décret 883, qui avait entraîné une augmentation de 120% du prix de l’essence. Après cette victoire, les rues de Quito étaient en liesse, et les manifestants indigènes sont rentrés dans leurs communautés. Les habitants de Quito ont nettoyé la ville au cours d’une grande minga (travail collectif organisé), et depuis hier, il semblerait que tout soit redevenu étrangement normal… Malgré l’amertume que laisse cette victoire en demi-teinte, les revendications et espoirs soulevés pendant le mouvement étant bien plus nombreux que ce qui a été gagné, le mouvement laisse de nombreux apprentissages, une magnifique victoire symbolique, et surtout, la certitude de notre force.

 
 
 
 
 
Mise au point sur l’agression turque au Rojava
 

« Il nous paraît important de défendre le peuple syrien ainsi que l’autodétermination du peuple kurde. »



Depuis le mercredi 9 octobre, prétextant la mise en place d’une « zone de sécurité », l’armée turque et des brigades syriennes à son service bombardent et envahissent le Rojava, région syrienne du Kurdistan. Cette agression contre les populations arabes et kurdes du nord de la Syrie, et la réponse du régime, qui envoie son armée dans les villes menacées par l’intervention d’Erdogan, a été rendue possible par la défaite de l’insurrection populaire qui avait débuté en 2011, écrasée par Assad, et ses alliés Poutine et Rohani. [2]

 
 
 
 
 
Résistances voyageuses : un long combat
 

Lise Foisneau



Les révoltes voyageuses sont parmi les plus spectaculaires de la dernière décennie : Saint-Aignan, Moirans, Roye. Elles sont aussi celles qui ont été réprimées le plus durement et celles qui n’ont jamais réussi à attirer la sympathie du grand public. Pourtant, les raisons de ces révoltes tenaient à la vie et à la mort : l’assassinat d’un jeune homme par la police lors d’un contrôle routier ou encore la demande qu’un fils ou qu’un frère en prison puisse assister à des funérailles. Ce n’est que face à la mort, quand il n’y a plus rien à perdre, que l’action des Voyageurs devient directe.

 
 
 
 
 
La révolution Phoenix
 

Entrevue sur la situation au Liban



Des amis québécois du bon site Contrepoints nous ont transmi cet entretient avec un libanais sur la situation de son pays, que nous publions avec quelques légères modifications. Une fois n’est pas coutume, c’est à la suite d’une annonce portant sur de nouvelles taxes à venir (sur les appels Whatsapp, les cigarettes et l’essence) que des milliers de gens sont sortis dans la rue. De toutes les confessions différentes, les manifestants pointent du doigt tous les partis et le système politique (la surveillance et la corruption) en général. Parmi les slogans les plus scandés on entend « Révolution » et « Le peuple veut la chute du régime »...

 
 
 
 
 
Lettre de Beyrouth en soulèvement
 

« Nous sommes tous d’accord sur une chose : un changement radical est nécessaire. »



Centre ville de Beyrouth, Samedi 19 Octobre. J’arrive avec mon amie vers 16h à la place des Martyrs. Nous avons ramassé des cônes de signalisation sur notre chemin, afin de pouvoir neutraliser les grenades de gaz lacrymogène, en nous inspirant des vidéos des manifestations à Hong Kong. La scène est stupéfiante. Des centaines de milliers de personne dans les places, devant la mosquée, sous la statue des martyrs, dans les parkings... Sachant que la veille les forces de sécurité ont chassé les manifestants au moyen d’une brutalité excessive. Pas très loin, un bâtiment abandonné que les libanais nomment “l’oeuf” ou “le dôme”, destiné à être un cinéma dans les années 70 et dont la construction avait dû être arrêtée avec la guerre civile. Aujourd’hui, et pour la première fois depuis sa construction, l’oeuf s’est transformé en espace public.

 
 
 
 
 
Quidams, encore un effort...
 

« Les gilets jaunes, Hong-Kong, l’Équateur, Haïti, l’Égypte, l’Algérie, la Guinée, le Liban, la Catalogne, le Honduras, maintenant le Chili marquent l’ouverture d’une nouvelle séquence »



Nous recevons et transmettons ce communiqué écrit conjointement depuis Santiago et Paris.

Clinamen. Même le plus petit incident, qu’on voudrait assigner au hasard, ne saurait se produire sans mettre en jeu toute une situation. Belles comme la rencontre fortuite, sur une mappemonde, de la police et de la foule, les émeutes de Santiago ont cristallisé en quelques heures tous les enjeux et les dispositions de l’époque. Du côté du terrain : l’importance toujours croissante de la circulation, qui fait de chaque nouvelle augmentation des prix une question de survie. Du côté du pouvoir : les sordides infrastructures sécuritaires qui constituent l’envers inévitable du capitalisme cybernétique. Et quand les nouvelles lois scélérates ne sont pas encore promulguées, il reste toujours la possibilité de recourir aux vieux réflexes. L’État d’urgence et une armée qui n’a pas changé depuis Pinochet. Du nôtre, enfin : la temporalité sourde des inclinations stratégiques, la poussée irrépressible d’un désir d’insurrection durable et profonde, les efforts conscients de quelques cerveaux, de quelques corps pour accompagner le mouvement dont notre avenir dépend. Enfin, le courage de quelques milliers de lycéens, qui à eux seuls ont su appeler une capitale entière au soulèvement.

 
 
 
 
 
Les fibres du temps
 

Entretien avec Bernard Aspe



Cet article est une retranscription d’un entretien réalisé avec Bernard Aspe en juin 2019 au sein de l’Université Rennes 2. Il fait suite à la parution de son livre « Les fibres du temps » aux éditions Nous. Cet ouvrage est de toute importance à plusieurs titres. D’abord, parce qu’il ouvre à une critique philosophique du présent autour de la question du temps et en particulier une crise du temps commun. Ensuite, parce que Bernard Aspe entend proposer une série de réflexions sur les problèmes que peuvent rencontrer les collectifs militants et les voies de leurs dépassements. Cet ouvrage, à la profondeur théorique évidente, est susceptible d’ouvrir à des réflexions décisives pour mettre en crise le capitalisme à partir d’une réinvention du « temps commun ».

 
 
 
 
 
Au nom de la Loire : Bruno Latour, défenseur de la représentativité
 

Épisode 1



Il y a une pensée qui trotte dans la tête des européens. Une culpabilité longtemps refoulée qui surgit subitement. L’humain 2019 comprend que ses ancêtres ont massacrés plus de la moitié des peuples autochtones et que c’était une mauvaise idée. L’humain 2019 comprend que ces peuples appartenaient à la terre, qu’ils étaient moins dégénérés que lui même. Il fantasmes des solutions exotiques à base de pensées indigènes. Il tente de se rattraper en donnant la parole aux peuples autochtones et puis... à la ’nature’. Les auditions du Parlement de la Loire, projet initié par le Pôle des arts urbains (POLAU), vise à imaginer une personnalité juridique au fleuve de la Loire. Les auditions ont commencées à 14h30 le samedi 19 octobre et s’étaleront jusqu’en juin.

 
 
 
 
 
Le quartier libre des Lentillères : Le Pot’col’Le de Dijon Métropole
 

[Documentaire sonore]



Voilà bientôt 10 ans que des collectifs de jardiniers, habitants et maraîchers occupent des anciennes terres maraîchères à Dijon. Territoire de 8 hectares, en pleine ville, que la jeune métropole aimerait bétonner en éco-quartier.

 
 
 
 
 
« Nous reprendrons la Plaine »
 

Ou comment la transition énergétique détruit la planète !



Par ce matin d’automne, le brouillard qui s’est levé sur la Plaine n’avait rien de son allure habituelle. Le mardi 8 octobre, à coups de matraques, de blindés et de lacrymos, l’Amassada fût contrainte à l’exil. Les pelleteuses ont fait ensuite leur sale boulot de destruction. Mercredi il ne restait plus qu’une ruche et les fondations en pierre du dortoir. Signe qu’il y avait des imprévus dans le process de recyclage. Car en effet, le fait majeur de l’opération ce ne sont pas les 23 camions de Gardes Mobiles, les deux blindés, les drônes et les spots surpuissant, tout cet attirail du maintien de l’ordre et du « respect de l’état de droit » devenu si banal. Le fait majeur de cette journée c’est la volonté de propreté de l’opération.

 
 
 
 
 
La vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon
 

« Définitivement, il nous faut abattre cette écologie et son monde. »



Il y a un impensé dans les mouvements écologistes, qui est celui du racisme, qui laisse penser que nous serions tous dans le même bateau face au désastre écologique." L’analyse décoloniale en général ne nous semble pas toujours appropriée pour envisager les rapports de forces contemporains, et, en soi, elle pose aussi problème en mobilisant une opposition trop binaire entre colons et colonisés, blancs et racisés ou dominants et dominés. Néanmoins, ce type d’approche, bien menée, permet incontestablement de défaire certaines évidences (ici, la fascination occidentale pour la nature vierge et sauvage ou encore le développement durable) et de mesurer les discours et les pratiques (ici, écologistes) aux réalités qu’ils prétendent transformer. Par une exposition méthodique, historique autant que politique, cet article démonte ainsi une certaine façon de concevoir l’écologie aujourd’hui : "Pourquoi montrer de la solidarité avec la police, « doucement on fait ça pour vos enfants », alors que la police tue nos frères et sœurs ? Pourquoi parler des migrants climatiques de demain, alors qu’aujourd’hui des migrants dorment déjà dans les rues ? Pourquoi professer la catastrophe écologique pour 2020, alors que celle-ci, sous le nom de racisme environnemental, a toujours été présente dans les quartiers populaires, d’immigrations et les colonies ? Pourquoi continuons-nous à célébrer Jacques Ellul, raciste avéré, dans les médias écologistes ?"

 
 
 
 
 
Les invisibles [Bonnes feuilles]
 

Réédition de l’oeuvre de Nanni Balestrini, qui consacra le mouvement italien de 77.



Les métropoles s’embrasent à la suite. Santiago, Hong-Kong, Barcelone, Beyrouth. Il est temps. Temps de prendre la suite du premier (et dernier ?) mouvement insurrectionnel métropolitain. C’était il y a 40 ans, et c’était en Italie.

On a coutume de dire que l’histoire du mouvement de 77 est mal connue en France. L’activité éditoriale consacrée au sujet s’est tout de même accrue ces dernières années. Avant cela il fallait compter sur Nanni Balestrini, écrivain d’avant-garde (Gruppo63) devenu militant politique (Potere Operaio). Qui sortit en 1992 (1987 en Italie), les Invisibles. Qui avait fait paraître, avant cela, Nous voulons tout (sur l’automne chaud de 69), et dont on découvrit (enfin) en France, il y a quelques années, La Horde d’or. Et qui est malheureusement décédé le 20 mai dernier, à l’âge de 84 ans.

Les Invisibles, c’est ce monologue, d’un souffle (sans ponctuation), qui met face à face deux moments d’une même vie, dans ces années-là : celui de l’engagement et de la lutte - la rencontre, la joie, les émeutes - et celui de la défaite - l’incarcération, la solitude, la violence. Invisibles sous les masques, rendus invisibles par la prison.

L’ouvrage était initialement sorti chez POL, mais ce sont les éditions du Monde à l’envers qui le rééditent aujourd’hui. Et qui nous offrent ces quelques extraits.

 
 
 
 
 
Le jeu vidéo ou l’aliénation heureuse de Douglas Hoare
 

« Le jeu vidéo tire parti de cette disjonction entre la vie et l’image, la réalité et la représentation. »



Un essai très original vient de paraître chez Post-Editions et qui dissèque en une petite centaine de pages le divertissement le plus populaire de notre époque : le jeu vidéo.

Les lecteurs du Comité Invisible reconnaîtront dans la critique de Douglas Hoare un écho avec certains passages de Maintenant, en particulier les lignes selon lesquelles « chacun devient une entreprise guidée par un constant souci d’auto-valorisation, par un impératif vital d’auto-promotion. L’homme devient par essence la créature optimisatrice – le Crevard. » Le jeu vidéo fait ici figure d’initiation, en même temps qu’il réalise une forme d’utopie cybernétique, où la soumission du corps au programme est récompensée par la domination d’un monde imaginaire

 
 
 
 
 
Pour faire quelque chose drôle et meurtrier
 

Par Mathieu Farizier



On fait quelque chose drôle et meurtrier – d’accord,
Meurtrier-meurtrier. Bon bon.
On prend le comme-du-tricostéril-pas-coupé-sinueux-chemin car c’est la denrée imputrescible la plus merveilleuse la plus infinie, or comme
On a tous l’envie d’on a tous l’envie de – d’etc. Regrettons-le, regrettons ces envies, chouinons, ne-soyons-pas-si-bête, dolentons-nous déjà.

 
 
 
 
 
 
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