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#170 | 17 décembre
 

Chères lectrices, chers lecteurs,
C’est reparti pour une semaine de publication en continu. Ce matin, vous pouvez lire l’interview très intéressante de Michalis Lianos, sociologue, qui a fait une centaine d’entretien avec des gilets jaunes et nous livre des analyses à rebours de la vulgate des plateaux télés. Mais aussi un super photo reportage de Julien Pitinome dans un refuge d’animaux, un long article sur la ville de Grenoble, une analyse du cas Benalla par le philosophe Alain Brossat, des nouvelles de Loic Citation incarcéré en Allemagne, de nouvelles vidéos qui répondent à l’appel de la BAC, une critique serrée de la collapsologie, une bande dessinée de LL. de mars, une chanson, deux même, et enfin 4 articles que nous avons publié dans la nuit de vendredi à samedi et que vous n’aviez certainement pas eu le temps de lire.

Bonne semaine,

Lundimatin

 
 
Une politique expérientielle – Les gilets jaunes en tant que « peuple »
 

Entretien avec le sociologue Michalis Lianos



Depuis le début du mouvement des gilets jaunes le sociologue Michalis Lianos s’est rendu aux abords des Champs Élysées afin de recueillir et d’étudier les paroles de très nombreux manifestants. Dans cet entretien, il nous livre les premiers résultats de son enquête, une radiographie encore brute de la manière dont les gilets jaunes se perçoivent, pensent leur action et s’inscrivent dans la « société ». Loin de la sociologie de comptoir des plateaux télé, M. Lianos livre ici une analyse extrêmement fine et complexe d’un mouvement que le pouvoir ne parvient toujours pas à saisir.

 
 
 
 
 
[Photoreportage] Le dernier recours - Julien Pitinome
 

Etats d’urgence #2



Les éditions Libertalia viennent de publier le second volet d’Etats d’urgence, une revue de photographie sociale et documentaire dont nous avions déjà publié les bonnes feuilles du premier numéro l’année dernière ainsi qu’un très bon texte d’Eric Fournier sur le rapport entre photographie et pouvoir ici. Voir le site de la revue www.etatsdurgence.com.

« Urgence sociale, urgence écologique, urgence humanitaire, il y a urgence et nous ne voulons pas être de simples spectateurs, de simples illustrateurs. Comme de nombreux autres photographes et journalistes, nous osons encore croire que les métiers de journaliste ou de photographe ne doivent pas être de simples caisses de résonance d’une actualité dont nous serions soustraits. »

On y trouve de nombreux photoreportages, sur l’Aquarius, avec les migrants dans les Alpes, à Calais ou dans les rues de Paris, au milieu de la ZAD ou des luttes sociales. Cette semaine nous publions ce photoreportage de Julien Pitinome intitulé Le dernier recours.

 
 
 
 
 
Le gouverneur, le vulcanologue et la Vierge - Jérémy Rubenstein
 

« Qu’est-ce qui déclenche une insurrection ? Pourquoi ce qui était acceptable ne l’est, tout à coup, plus ? »



En 1999, afin d’éviter une catastrophe imminente, hypothèse émise par les scientifiques, les autorités équatoriennes ont décidé l’évacuation complète de la petite ville de Baños. Quelques mois après, ses habitants, singulièrement peu politisés auparavant, ont affronté l’armée pour rentrer chez-eux, s’en remettant à la protection de la Sainte Vierge face à la menace d’une éruption volcanique que gouvernement et vulcanologues annonçaient apocalyptique.

C’est une question, voire La question, qui occupe bien des esprits révolutionnaires et contre-révolutionnaires : qu’est-ce qui déclenche une insurrection ? Pourquoi ce qui était acceptable ne l’est, tout à coup, plus ? Comment se fait-il qu’une population relève soudainement la tête et devienne peuple, protagoniste de son destin ? Je ne vais bien sûr pas répondre à ces questions, juste vous raconter l’histoire d’un improbable soulèvement populaire, remontant au 5 janvier 2000 et circonscrit à la petite ville de Baños en Equateur.

 
 
 
 
 
GRENOBLE, LABORATOIRE DE L’ENSAUVAGEMENT ?
 

Coups de balais sur la ville



Pour qui n’a aucune idée de ce que signifie « la gauche au pouvoir », cet article constitue un document précieux. Au travers d’une radiographie historique et politique de la ville de Grenoble, les auteurs analysent parfaitement les manoeuvres de la préfecture et de la mairie (pourtant censée se situer à gauche de la gauche) pour mater le potentiel subversif de la cité alpine. On y apprend comment l’ancien maire, Carignon, pourtant fieffé corrompu, pourrait prétendre à un nouveau mandat ou encore comment la mairie, en partie sous pression de la préfecture et de certains habitants, a très vite repris à son compte la rhétorique sécuritaire...de ce même Carignon. Bonne lecture.

 
 
 
 
 
De quoi Benalla est-il le... symptôme ?
 

Benalla à la benne !
Tout le monde adore la police [3/6]



Alain Brossat est professeur de philosophie. Il est l’auteur, avec Alain Naze d’Interroger l’actualité avec M. Foucault. Téhéran 1978 / Paris 2015 (dont nous avions publié une recension au printemps dernier), ainsi que d’une tribune parue dans lundimatin à la suite de la victoire en coupe du monde de l’équipe de France de football.

Nous vous proposons une série de six articles qu’il a écrit depuis 2016 et tous en rapport avec la question policière. Après un texte qui s’attaquait au « fascisme » aujourd’hui et une enquête sur la relation de fascination entre journalistes et policiers, voici un retour sur l’affaire Benalla, au moment où ce dernier revient sur le devant de la scène... judiciaire.

 
 
 
 
 
Contre l’effondrement : agir pour des milieux vivaces - François Thoreau & Benedikte Zitouni
 

« Au fond, le récit de l’effondrement nous dérobe nos devenirs collectifs. »



Notre civilisation voire l’humanité toute entière est sous la menace d’un effondrement. Voilà la thèse soutenue avec vigueur dans le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations futures, publié en 2015 au Seuil. L’effondrement y est défini comme une situation où, par suite d’une série de chocs écologiques brutaux, s’entraînant en cascade, il devient impossible de satisfaire les besoins des populations en eau, alimentation, énergie, hébergement, soins de santé et mobilité, entre autres. L’effondrement sera donc d’autant plus pénible à vivre, étonnant et disruptif, que la population était privilégiée ou, du moins, avait pris une telle habitude de pouvoir bénéficier de ces services et infrastructures qu’elle ne se posait même plus la question de leur accès. Le livre est donc censé interrompre le train-train quotidien d’un « nous » privilégié à qui il manquerait, visiblement, puisque le train-train continue, une réelle prise de conscience.

 
 
 
 
 
G20 de Hambourg - Appel à actions et rassemblements
 

Le procès de Loïc Citation et 4 autres personnes s’ouvre le 18 décembre



Nous avions déjà parlé dans nos colonnes du parcours politique et judiciaire tristement incroyable de Loïc Citation. Le voici dorénavant enfermé dans les geôles allemandes dont on apprend ici qu’elles vous mettent à l’isolement si vous donnez à manger aux oiseaux. Nous relayons cet appel parce que s’ouvre, à partir du 18 décembre, le procès de cinq personnes arrêtées pour leur participation supposée aux manifestations contre la tenue du G20 à Hambourg, en juillet 2017. « Vu d’Hambourg, ce procès s’annonce retentissant. Parce que cette balade matinale sur la Elbchaussee est perçue comme le pire affront subi par les organisateurs du G20. Parce que les moyens policiers déployés depuis un an et demi ont été massifs et qu’ils appellent des résultats. Parce que les termes de l’accusation tentent d’éluder le contenu politique des protestations pour laisser croire à une bande criminelle organisée. »

 
 
 
 
 
Appel des Brigades d’Actions Cinématographiques (MàJ)
 

« Nous, travailleurs de l’image, que nous soyons professionnel.le.s, étudiant.e.s ou amateur.e.s, revendiquons l’impérieuse nécessité d’utiliser le cinéma comme une arme et une pratique au service de la lutte. »



Une mystérieuse Brigades d’Actions Cinématographiques vient de publier un appel aux cinéastes afin que ceux-ci participent au soulèvement en cours. Depuis sa publication, nous avons reçu de nombreux films, ciné-tracts ou clips que nous reproduisons à la suite.

 
 
 
 
 
La grève pour respirer
 

Pas la grève générale des directions syndicales, la généralisation de la grève !
Une réponse à l’article « Toulouse implose »



De fidèles lecteurs de lundimatin nous ont fait parvenir une réponse à l’article « Toulouse implose » que nous avions publié la semaine dernière (14 décembre). Il y était question notamment du fait que les blocages avaient supplanté la grève générale comme moyen de lutte. Il est toujours fort dommageable pour l’économie et ceux à qui elle profite le plus que des ouvriers ou des salariés se mettent en grève. Ce qui ne fonctionne plus, ou moins, c’est plutôt la grève générale comme mot d’ordre venu des centrales syndicales et comme mythe moteur au sein de la classe ouvrière. Surtout, la grève générale est aujourd’hui le paradigme de la « bonne intention », de ce que l’on voudrait voir venir pour qu’enfin tout change, et par le bas. Et les bonnes intentions ne suffisent pas ; pire : elles condamnent souvent à l’aveuglement et à un certain retard sur le mouvement réel. Comme ce fut le cas pour une grande partie de la gauche par rapport aux Gilets Jaunes. Déjà, pendant Nuit Debout, une commission « grève générale » avait œuvré pendant des semaines à son déclenchement, en vain.

Reste que cet article propose une version plutôt inédite de la grève - non pas la grève générale mais la généralisation de la grève - selon laquelle « faire grève », au fond, consiste à déserter sa fonction et son identité sociale. Par exemple, chez les lycéens ; « Pour tenir leur mouvement, comment font-ils ? Les lycéens décident de ne plus être lycéens. Ils décident de ne plus se rendre dans les espaces assignés à leur statut de lycéen. [...] Ces lycéens, ils font précisément la grève, ils tiennent des piquets pour empêcher le bahut de tourner et prennent la rue pour aller débrayer les autres lycées et bordéliser le quotidien. »

 
 
 
 
 
Toi, Premier de Cordée
 

Chanson



Sur l’air de « Mon amour, mon ami » de Marie Laforêt :

Toi le premier de cordée
quand on bloque c’est pour toi
Nous les derniers de cordées
on se passerait bien de toi
L’Élysée t’en fais pas
ça coûtera moins cher sans toi
Tu ferais bien de nous lâcher
ou on pourrait t’étrangler...

 
 
 
 
 
« Bourgeois » - L.L. de mars
 

[Bande dessinée]



 
 
 
 
 
Pour une nouvelle nuit du 4 août (ou plus) - Jérome Baschet
 

« Ce dont des millions de personnes font actuellement l’expérience, c’est que le peuple qui se soulève reprend son destin en main. »



Jérôme Baschet est historien. Il enseigne à l’EHESS et à l’université autonome du Chiapas. C’est depuis San Cristóbal de Las Casas au Mexique qu’il nous écrit.

Ah, ça oui ! Il faut le reconnaître. Il nous a ému, Manu. Il nous a entendu ; il faut dire qu’avec les coton-tiges grands comme des poutres que les infirmières lui avaient préparés, ça a dû bien lui déboucher les pavillons. Et, vous vous rendez compte, tout ce qu’il a fait depuis qu’il est président, c’était pour nous. Il nous aime tellement ! C’est pour nous qu’il avait augmenté la CSG, réduit les APL, augmenté la taxe carbone, etc. Pour notre bonheur, par amour pour nous. Et quand il nous accablait de son mépris, c’était aussi par amour. Pour nous pousser à donner le meilleur de nous-mêmes.

D’ailleurs, la preuve : il nous aime tellement qu’il a compris que le paquet de cacahuètes annoncé par le premier ministre, la semaine dernière, ce n’était vraiment pas assez. Alors là, d’un seul coup, il en a mis quatre sur la table, des paquets de cacahuètes. Pour qu’on comprenne enfin combien son amour pour nous est immense.

 
 
 
 
 
Interpellé par 5 voitures de la DGSI, placé 36h en garde à vue
 

Il mangeait des croissants avec Julien Coupat, deux gilets jaunes dans le coffre



Samedi 8 décembre, alors que 9000 policiers interpellaient préventivement des centaines de gilets jaunes pour les empêcher de manifester et permettre à leur ministre de tutelle de parader fébrilement à la télévision, Julien B. musicien, s’est fait braquer au Buttes Chaument par une dizaine d’agents des services secrets.

Ami de longue date de Julien Coupat, nous nous sommes entretenus avec lui afin qu’il nous raconte cette arrestation aussi spectaculaire que ridicule et ce week-end inattendu mais instructif à de nombreux égards.

 
 
 
 
 
Tout brûle déjà : écologie sans transition
 

Notes sur la marche pour le climat, le 8 décembre à Paris



Si tout ce qui change lentement s’explique par la vie, tout ce qui change vite s’explique par le feu. Le feu est l’ultra-vivant. Le feu est intime et il est universel. Il vit dans notre cœur. Il vit dans le ciel. Il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour. Il redescend dans la matière et se cache, latent, contenu comme la haine et la vengeance.

Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu.

« Tout brûle déjà » : c’est ce qu’a montré la coïncidence significative des feux de forêt en Californie et des barricades incendiées par les gilets jaunes, sur toutes les chaînes d’information, à la fin du mois de novembre. Dans les temps d’apocalypse que nous vivons, certains ont déjà entrepris de combattre le feu par le feu. Pour autant, il n’y a pas pure adéquation entre l’intelligence pratique des gilets jaunes et les convictions des écologistes.

 
 
 
 
 
Réflexions sur la question jaune - Stéphane Zagdanski
 

« Si toutes les voitures étaient brûlées, toutes les vitrines brisées, le monde s’en porterait mieux. »



« Tu n’opprimeras pas le salarié humilié, pauvre, parmi tes frères ou parmi les étrangers demeurant dans ton pays, dans tes portes. »
Deutéronome

Le monde meurt d’empoisonnement, il n’est que temps de s’insurger.

Le responsable de l’intoxication du monde, c’est le monopolisme publicitairement assisté.

Comme le Mal, dont il provient, ce système de domination et de ravage a emprunté divers noms dans l’histoire des temps modernes : « Bourgeoisie », « Capitalisme », « Nihilisme », « Spectacle », « Technique », « Néo-libéralisme »…

Hic et nunc, on le nommera le MACRON : Monopolisme Assisté par la Communication Rigide et Orgueilleuse d’un Nanti. Ailleurs il pourrait s’appeler le TRUMP : Toupet Ridicule d’un Ubu Mercantile Putassier. C’est idem.

 
 
 
 
 
Dérider le désert - Chroniques éparses d’un baby-boomer
 

Entretien avec Daniel Denevert



Quiconque a une petite connaissance du microcosme situationniste connaît le nom de Daniel Denevert. Et cela pour une raison : il a publié en 1974 le fameux « Débat d’orientation au sein de l’ex-Internationale Situationniste ». Imprimé à deux mille exemplaires, épuisé en quelques semaines, jamais republié depuis lors, ce dossier était composé de l’ensemble de la correspondance interne échangée entre les protagonistes de la farce que fut l’Internationale Situationniste, dans la période qui va de mai 68 à son « auto-dissolution ». Composé, en tout cas, de l’ensemble de la correspondance que lui avait confiée Debord. Le grand mérite de ces échanges tient à ce que les lire vous vaccine immédiatement contre toute admiration pour l’I.S., a fortiori de toute fascination - fascination si pathétique mais si rentable à tous égards, que nul n’entreprit jamais de rééditer ce volume introuvable.

 
 
 
 
 
 
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