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#168 | 3 décembre
 

Chères lectrices, chers lecteurs,
Espérons-le, cette newsletter sera la dernière de la semaine. 4 nouveaux articles en ligne : un rendez-vous pour demain, un documentaire vidéo que vient de nous rapporter une de nos équipe en déplacement à Saint-Nazaire, la démonstration de la non-violence fondamentale des gilets jaunes et un peu de poésie.

On en peut plus...

À demain !

LM

 
 
À demain
 

« Rentrez-vous chez vous. Ne venez pas manifester. Oubliez Paris, oubliez-nous, oubliez votre colère. Sinon ? Sinon ce sera vous. »



L’un de nos reporters qui a couvert le soulèvement des deux dernières semaines a méticuleusement suivi les dernières menaces et mises en garde du ministre de l’Intérieur. Voilà à quoi ses observations ont abouti.

Nous y sommes. Ce que ces moments de chaos contiennent d’essentiel réside peut-être dans la fin immédiate du bal des hypocrites. Au cœur du chaos, lorsque tout bascule, lorsque que tout menace de disparaitre, personne ne fait plus semblant. A quoi bon ? Nous nous retrouvons tous réduits à une question d’apparence très simple : à qui va notre allégeance ? A demain, aussi incertain soit-il ? Ou à hier ?

 
 
 
 
 
Les gilets jaunes ne sont pas violents, ils disruptent la disruption
 

« La « non-violence » des gilets jaunes réside dans la répétition d’un geste analogue partout dans le pays : le détournement des dispositifs fonctionnels. »



Il est de bonne méthode, lorsqu’on n’y comprend plus rien, de prendre le contre-pied systématique de l’image que l’on nous donne des choses, non pas pour y trouver une vérité toute faite, mais pour essayer de penser plus loin. L’image que nous avons du mouvement des gilets jaunes depuis deux semaines est qu’il est animé par la colère, pouvant aller jusqu’à la manifestation violente. Or si ce qui se passe a un intérêt c’est précisément qu’il n’est ni une manifestation, ni essentiellement violent.

 
 
 
 
 
Les Gilets Jaunes de St Nazaire et leur Maison du Peuple [Reportage Vidéo]
 

« Je vous conseille de prendre deux jours et d’aller les passer sur un rond-point »



Depuis que les gilets jaunes ont fait irruption le 17 novembre, il y a les grands samedi à la capitale et les blocages de la semaine en province, les rond-points occuppés, les autoroutes libérées de leurs péages. À Saint Nazaire, c’est le port autonome que les gilets jaunes bloquent quasi quotidiennement, les quelques rond-points d’accès sont désormais habités nuit et jour.
La particularité de ce qu’il se passe à St Nazaire, c’est qu’ils ont désormais un espace d’organisation et de vie qui leur permet de se coordonner et d’imaginer la suite, une Maison du Peuple.
Nous avons reçu un récit d’un lecteur de lundimatin qui nous raconte deux jours passés sur place ainsi qu’une vidéo dans laquelle les nazairiens prennent le temps d’expliquer comment ils ont pris leur lieu, comment ils s’organisent pour les blocages, et aussi ce qui les tient et qui leur permet d’affirmer qu’ils iront jusqu’au bout.

 
 
 
 
 
Si l’on casse quelque chose c’est bien les habitudes.
 

Blast



Si l’on casse quelque chose c’est bien les habitudes.
Le rodé s’érode. Une conscience des autres. On va pas les laisser non ?
Pas de futur avec des hordes de livides aigris entourés de murs qui s’érigent si haut qu’il en est difficile de voir s’il y a encore un ciel.
Tristes années que celles d’être témoins d’ une jeunesse qui se tue à essayer. Voir leurs forces s’effriter. Nos mains vides. Des bras las.

 
 
 
 
 
Contribution à la rupture en cours
 

« Viser juste, donc, mais aussi durer, avant toute chose. »



Ce texte nous paraît être la meilleure analyse sociologique et politique qui ait été produite jusqu’à maintenant sur le mouvement des gilets jaunes et la séquence actuelle. Nous en remercions chaudement les auteurs. (Pour le compléter, nous incitons vivement nos lectrices et lecteurs à lire Prochaine station : destitution et Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ?.

 
 
 
 
 
T’as entendu ?
 

Ça vient de partir d’on sait pas où, ça pète mais on sait pas comment.



T’as entendu ? Ca vient de partir d’on sait pas où, ça pète mais on sait pas comment, y a un trou qui s’est fait, un autre encore plus grand que la fois d’avant, et cette fois on se dit « là ça y est c’est la bonne », on sait pas trop pourquoi il fait beau aujourd’hui et pourquoi tout le monde se réveille de sa nuit personnelle, mais il y a quelque chose qui dit « c’est pas pareil », c’est pas comme tous les jours, il y a des nouvelles choses dans l’air, il y a de nouveaux êtres humains, ce sont les mêmes qu’avant, mais aujourd’hui ça laisse passer la honte et le désespoir, ça laisse éclater la colère et la joie à la fois, et puis ça fait du bien, il fait chaud près du feu et puis sur les ronds-points, ça tourne ça tourne, c’est le manège bizarre et personne comprend trop ce qu’il se passe vraiment, il y a des blessures et il y a des sourires qui s’ouvrent en même temps, et ça fait trembler les mains et la voix, il y a tout un flot de mots qui sortent, des moches et puis des beaux, et puis tu te surprends à faire un geste nouveau et à gueuler et plus te regarder, ni te regarder vivre ni te laisser crever, et juste découvrir qu’il y en là-dedans, des mots, puis qu’on peut discuter, qu’il suffit d’une semaine ou deux de la vie qui dérape pour parler concrètement et parler honnêtement, il y a quelque chose, quelque chose qui lâche, ou quelque chose qui se lève.

 
 
 
 
 
Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien », depuis le Chiapas rebelle
 

« Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de votre pays »



Que depuis le Chiapas, au Mexique, le soulèvement qui a lieu actuellement en France puisse recevoir un soutien enthousiaste, ne saurait pas nous étonner.

Depuis 1994, les insurgés chiapanèques, des femmes et des hommes indiens tiennent tête à l’État mexicain, à son armée, ses polices et son oligarchie véreuse. Depuis 25 ans cette expérience d’autonomie politique, d’auto-organisation populaire qui rayonne sur le monde nous apprend que se soulever est le préambule au surgissement d’autres mondes de solidarité, de coopération, d’entraide et de rapports harmonieux avec la nature. Le refus du règne de l’économie et des pièges de la représentation politique. Tout cela pourrait résonner avec les nouvelles luttes qui surgissent de façon explosive en France.

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective. Et surtout, ils savent désormais – nous savons désormais que nous préférons n’être rien aux yeux d’un Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là.

Jérôme Baschet, historien proche de l ‘expérience zapatiste, nous a fait parvenir depuis San Cristobal de Las Casas cette réflexion sur les évènements en cours dans cette autre province du monde qu’est l’Hexagone.

 
 
 
 
 
Entretien exclusif avec le Soldat inconnu
 

« Moi, je te le dis, depuis le temps que ça couvait, depuis le temps qu’il faisait tout pour, le petit marquis, fallait bien que ça finisse par péter ! »



Alors que le personnel politique et médiatique s’indigne depuis dimanche de ce qu’ils n’hésitent pas à nommer une « profanation » de la tombe du Soldat inconnu, le philosophe Alain Brossat est allé demander son avis au premier intéressé.

 
 
 
 
 
Depuis la Belgique, retour sur la Marche pour le climat
 

« Tu fais quoi ce dimanche ? Ce dimanche j’ai Climat. Et lundi ? Lundi, tu fais quoi ? »



Depuis la Belgique, un lecteur de lundimatin nous fait parvenir cette méditation sur la manifestation Climat qui a eu lieu à Bruxelles le 2 décembre dernier.

Étant donné la coïncidence samedi prochain entre la Marche pour le climat et les manifestations des Gilets jaunes, voir leur possible fusion dans un même mouvement, il nous est apparu important de le publier.

 
 
 
 
 
Entrer en avent
 

« C’est que la question des taxes est derrière nous et que c’est la question de "la vie qu’on nous fait vivre" qui met le feu. »



« Ce qui résiste n’est pas par essence rebelle mais vivant ; il n’a pas à être contrôlé mais à être reconnu [1]. » René Lapierre

Hasard de calendrier, bizarre de coïncidence, dans mon week-end s’enchainent samedi insurrection, dimanche entrée dans l’avent. L’a-quoi ?

Espèce en voie d’extinction ou sous-espèce à peine existante, catholique d’extrême-gauche, la crèche et les voitures qui crament, ça s’emmêle dans mon cœur. Ça fait quelques semaines que j’y songe, à l’avent, que l’attente de noël s’inscrit dans mon monde – une attente bien particulière, qui s’en fout des cadeaux. Comme les gilets jaunes, illes s’en foutent des cadeaux que veut leur donner le gouvernement, illes s’en foutent aussi de nommer des représentants qui iraient négocier. Illes veulent un truc plus grand, plus large.

 
 
 
 
 
Fluorescences : orgie des signes, lessive du sens
 

« Les choses sont devenues floues mais elles pourraient devenir nettes. »



 
 
 
 
 
Des Gilets Jaunes consciencieusement tabassés par des CRS
 

C’était dans un fastfood, le 1er décembre à Paris. Vidéos et témoignage



Les dégradations occasionnées par l’irruption des Gilets Jaunes à Paris le 1er décembre ont évidemment pris beaucoup de place dans le traitement médiatique de cette journée. Quelques voix se sont élevées pour inviter à relativiser cette violence, en la rapportant à la violence systémique quotidienne que subissent les personnes qui manifestent ces derniers jours.

Ajoutons que les images de moulages en plâtre dégradés dans l’Arc de Triomphe prennent le pas sur celles des corps de manifestants frappés, le même jour, par les forces de l’ordre. C’est indécent.

On sait aujourd’hui qu’un GJ toulousain est toujours dans le coma après avoir été touché au visage par un tir de flashball. Une femme est morte à Marseille - le procureur de la République continue de nier que le « choc frontal » provoqué par une grenade lacrymogène serait à l’origine de son décès. Plusieurs personnes ont été mutilées dans plusieurs villes de France (doigts arrachés par des grenades, oeil crevé par un matraquage, joue ouverte par une balle de lbd : nous recensons un certain nombre de ces blessures dans un autre article).

A Paris, selon le journal l’Express, certains CRS auraient reçu des consignes incitant à augmenter le « niveau d’engagement » :

Selon les informations de L’Express, les unités de CRS au contact direct des casseurs auraient reçu la consigne de procéder à des tirs tendus de lanceurs lacrymogènes à hauteur d’homme. « C’est la première fois que je reçois un tel ordre, souligne un CRS présent sur le terrain samedi. C’est normalement proscrit, car cela va à l’encontre des règles de sécurité. On procède plutôt à des tirs au ras du sol. Mais là, les unités étaient en péril... »

Pourtant, les syndicats policiers demandent une liberté d’action supplémentaire pour samedi prochain. Par exemple le SCPN (commissaires de police) réclame « une confiance absolue des politiques et de la justice en cas de légitime défense ». En somme d’être couverts au cas où ils feraient usage de leurs armes de service.

 
 
 
 
 
Florilège de violences et blessures policières
 

Une prime exceptionnelle pour les forces de l’ordre mobilisées [Attention images très choquantes]



« Une prime exceptionnelle pour les forces de l’ordre mobilisées. »
L’annonce en dit long sur l’état de déliquescence du pouvoir. Alors qu’on nous clamait que les caisses étaient vides, que plus rien ne pouvait être financé, des hôpitaux, des écoles, des associations. Voilà que des fonds sont débloqués. D’une main qui se croit encore souveraine, le Président jette quelques morceaux de gras à sa meute.

En même temps, le zèle de la troupe ne peut pas être remis en cause. Les chiffres des seules compagnies de CRS et compagnies de sécurisation de la préfecture de Police donnent le vertige : près de 1 200 tirs de flashball. 10.000 grenades : 8 000 grenades lacrymogènes, plus de 1000 grenades de désencerclement et surtout 339 grenades GLI-F4, ces fameuses grenades que seule la France en Europe utilise contre sa population pour le maintien de l’ordre. Constituées de 25 grammes de TNT, ce sont ni plus moins des armes de guerre.

On ne peut que saluer l’intuition du ministère de récompenser ses troupes. Qui resterait-il en effet, si ces hommes venaient soudain à déserter, à lâcher leur bouclier, découvrant enfin que la vie vaut la peine d’être vécue autrement, ou en tous cas mieux que ça ? Qui resterait-il pour protéger les lieux de pouvoir, pour défendre le régime ?

 
 
 
 
 
Prochaine station : destitution
 

« Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. »



Contrairement à tout ce que l’on peut entendre, le mystère, ce n’est pas que nous nous révoltions, mais que nous ne l’ayons pas fait avant. Ce qui est anormal, ce n’est pas ce que nous faisons maintenant, mais ce que nous avons supporté jusque-là. Qui peut nier la faillite, à tous points de vue, du système ? Qui veut encore se faire tondre, braquer, précariser pour rien  ? Qui va pleurer que le XVIe arrondissement se soit fait dépouiller par des pauvres ou que les bourgeois aient vu flamber leurs 4X4 rutilants ? Quant à Macron, qu’il arrête de se plaindre, c’est lui-même qui nous a appelés à venir le chercher. Un État ne peut pas prétendre se légitimer sur le cadavre d’une « glorieuse révolution » pour ensuite crier aux casseurs dès qu’une révolution se met en marche.

 
 
 
 
 
L’insurrection qui tient
 

[chanson]



Avouons-le, notre rédaction n’a jamais été particulièrement fan de Sabine Paturel. Nous devons cependant concéder que cette adaptation écrite et chantée dans la nuit du 1er décembre nous a beaucoup plu.

 
 
 
 
 
#GILETSJAUNES 1er décembre, le Tour de France
 

Parce qu’il n’y a pas que Paris dans la vie



Ce dimanche, le décalage entre ce que relatait la presse nationale à propos des événements du samedi et les informations qui circulaient sur les réseaux sociaux nous a semblé délirant. Particulièrement en ce qui concerne « la province ». Alors que de nombreuses personnes faisaient référence à des situations inédites, ces dernières étaient occultées par la dégradation d’un moulage en plâtre dans l’Arc de Triomphe.
Nous avons donc lancé, dimanche midi, un appel à témoignages. De nombreux Gilets Jaunes lecteurs de lundimatin nous ont répondus. Nous avons décidé de laisser leurs témoignages tels quels. Les événements à Bordeaux, Toulouse et le Pouzin, nous ont paru suffisamment inédits pour que nous leur consacrions des articles à part. Ci-dessous vous retrouverez des récits concernant d’autres villes. Et en toute fin d’article, des extraits de la presse régionale.
Cette recension ne fait que commencer. Vous qui participez aux actions des GJs, n’hésitez pas à nous envoyer des compléments d’informations.

 
 
 
 
 
« MARSEILLE, DEBOUT, SOULÈVE-TOI ! »
 

« C’est la première fois depuis 1947 qu’il y a des barricades sur la Canebière ! »
par Alèssi Dell’Umbria.



Esperavi lo tramblament
Vuei qu’es vengut lo pese creba,
Lo pese creba !
Fòra ! lo sang que nos resta a lo bolh !
Fòra ! Sangsucs, qu’avètz la gorja plena !
Fòra ! Bochiers, gras de nòstra codena !
Fòra ! A son torn lo bestiau pren lo foeit ! » [2]
Victor Gelu

Si en France les émeutes de ce samedi 1er décembre ont été liées au mouvement des gilets jaunes, à Marseille l’émeute participe plutôt d’un mouvement engagé contre la politique urbaine. Lequel a commencé fin septembre à la Plaine puis s’est catalysé après la catastrophe du 5 novembre pour toucher non seulement le quartier de Noailles mais tous les quartiers pauvres où l’habitat insalubre est une réalité bien connue… Et ce samedi après-midi, ce n’est pas seulement Noailles et la Plaine qui débarquent en force, mais des groupes compacts venus des quartiers Nord et Est… des pancartes, « Parc Kalliste », « Maison-Blanche », « Corot » etc. le signalent expressément.

 
 
 
 
 
Une myriade de poings levés
 

« Macron à cran et à crocs a peur de la galle, c’est pas avec le cachet de cinq ans qu’il sera immunisé, y a pas de vaccins contre les gens qui pestent. »



 
 
 
 
 
#GILETSJAUNES 1er décembre, LE POUZIN (Ardèche)
 

« Au Pouzin, ce fut un peu une réplique de ce qui s’est passé ce jour là à Paris, en miniature, avec environ 9 heures d’émeutes et de tensions »



Le Pouzin, ville de 3000 habitants au bord du Rhône, en Ardèche.

Selon la presse locale :

Dimanche matin le réveil a été difficile pour les forces de l’ordre mobilisées samedi soir au Pouzin en ce jour de manifestation des gilets jaunes. On comptait 22 blessés, dont 19 côté gendarmes parmi lesquels un blessé grave qui avait reçu un pavé dans la tête.

Selon le premier adjoint au maire du Pouzin :

Vers 17 heures il y a eu une altercation entre forces de l’ordre et une partie des manifestants, et ça a dégénéré complètement... on a vite vu sur les réseaux sociaux que les gilets jaunes appelaient des renforts. Et là, on a vu arriver sur la commune des gens équipés avec des cagoules, masques à gaz et des sacs. La commune a vite été envahie, entre guillemets, par des personnages venus en découdre avec les forces de l’ordre

L’éternel discours sur les « casseurs venus de l’extérieur pour en découdre avec la police » visant systématiquement à masquer la complexité de ce type d’événement, on se dit qu’il a du se passer quelque chose d’un peu incroyable à Pouzin cette nuit-là. Mais quoi ?

Une lectrice de lundimatin était sur place et nous a envoyé son témoignage. Nous l’avons un peu raccourci afin de mettre en avant les descriptions factuelles de l’événement, mais il est visible en intégralité ici.

 
 
 
 
 
#GILETSJAUNES : 1er décembre, TOULOUSE
 

« du jamais vu à Toulouse »
« ça ressemble à ce qu’on lit dans les livres d’histoires »



A l’issue des manifestations de la CGT et des Gilets Jaunes, la préfecture annonce 57 blessés dont 48 policiers. Seize personnes ont été interpellées et placées en garde à vue samedi pour «  vols en réunion  », «  dégradations  » par incendie, «  violences avec armes par des destinations  ». Selon le quotidien local :

Toulouse a été littéralement prise d’assaut et la mairie contrainte d’annuler les festivités de Noël (le lancement a été reporté à dimanche soir). Dans la rue, des palettes en feu en divers endroits, matériel de chantier endommagé, vitrines cassées, voitures brûlées dans la rue de la Concorde, poubelles, abribus, le mobilier urbain n’a pas été épargné dans le périmètre occupé par les forces de l’ordre qui répondaient aux jets de projectiles par des tirs nourris de gaz lacrymogène.

Trois lecteurs de lundimatin nous ont envoyé leurs témoignages sur ce qu’ils ont vu ce dimanche 1er décembre dans les rues de Toulouse.

Par ailleurs, l’information circule sur les réseaux sociaux qu’un homme serait actuellement dans le coma à cause d’un tir de flashball (l’info, et la photo, choquante, sont à la fin de cet article)

Tous les récits que nous avons reçus ce week-end, nous vous les livrons bruts. Nous ne sommes pas en mesure de vérifier l’ensemble des infos qu’ils contiennent, aussi n’hésitez pas à nous envoyer des compléments d’informations, ou à nous dire si vous n’avez pas du tout perçu les événements de la même manière. Nous tâcherons de mettre ces articles à jour régulièrement.

 
 
 
 
 
#GILETS JAUNES : 1er décembre, BORDEAUX
 

« Pour beaucoup l’objectif de la manif est clair : rentrer dans la mairie. »
« Samedi soir 1er décembre, place Pey-Berland, le calme est loin d’être revenu lorsque j’y arrive aux alentours de 19h 00 »



A Bordeaux, ce 1er décembre, et selon la presse locale :

Sept personnes ont été blessées, l’une d’elles grièvement à la main, dans des heurts qui ont opposé samedi après-midi à Bordeaux quelques centaines de manifestants aux forces de l’ordre, à l’issue des manifestations des « gilets jaunes » et des syndicats, a-t-on appris de sources concordantes.

Selon la préfecture « quelques individus ont été interceptés au moment où ils franchissaient les portes » de la mairie. Toujours, selon elle : sept personnes, un policier et six manifestants, ont été blessées. Un des manifestants a été grièvement atteint à la main..

La préfecture a indiqué dans un communiqué que des heurts s’étaient poursuivi en début de soirée, les policiers bouclant les accès à la mairie faisant face « à quelque 300 manifestants encore présents devant l’Hôtel de Ville, qui utilisent des pétards et allument des feux contre les forces de l’ordre ».

Quatre lecteurs de lundimatin nous ont fait parvenir leurs récits et impressions sur cette journée d’émeute bordelaise.

Tous les récits que nous avons reçus ce week-end, nous vous les livrons bruts. Nous ne sommes pas en mesure vérifier l’ensemble des informations qui s’y trouvent, aussi n’hésitez pas à nous envoyer des compléments d’informations, ou à nous dire si vous n’avez pas du tout perçu les événements de la même manière. Nous tâcherons de mettre ces articles à jour régulièrement.

 
 
 
 
 
Ici La Réunion !
 

Chronologie de l’irruption des gilets jaunes



Mercredi 28 novembre, A. Girardin, ministre des outres-mers, annonçait un certain nombre de mesures afin de juguler le vent de révolte et de blocages qui souffle sur l’île de la Réunion depuis le 17. Parmi ces mesures, la revalorisation du minimu vieillesse, le remboursement à 100 % de l’ensemble des soins dentaires et ophtalmologiques ou encore la création de 1500 places de crèches supplémentaires et la distribution de petits déjeuners gratuits dans les écoles. Rien de tout cela n’était clairement revendiqué, tout a été « donné » pour tenter de calmer les esprits. Sauf que les réunionais ne sont pas dupes : dans un article intitulé « Elle est gentille, Annick… », le journal réunionais Letangue, dont nous avons publié deux articles la semaine dernière, se moque : « Elle est souriante, elle a même l’air sympa, la MOM Annick Girardin. Mais il n’y a aucune raison de croire qu’elle va servir à quelque chose. » Nous publions ici une chronologie des blocages et des émeutes qui se sont succédés, jours après jours et qui permet de comprendre plusieurs choses : d’abord, que la détermination n’est jamais vaine ; ensuite, que le dialogue avec les représentants politiques est toujours une mauvaise farce ; enfin, que les miettes ne suffiront pas.

 
 
 
 
 
Appel des gilets jaunes de Commercy à la formation d’assemblées populaires
 

« Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer. »



Nous recevons et transmettons cet appel de gilets jaunes de Commercy dans la Meuse qui s’opposent farouchement à ce que le mouvement soit représenté et divisé et renoue avec la grande tradition de la démocratie directe.

« Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des « représentants » : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer. »

 
 
 
 
 
« Manu, c’était pas ça... » - Josep Rafanell i Orra
 

La fin d’un monde en feuilleton



Un monde cauchemardesque qui s’écroule. Des mondes qui surgissent, pour le meilleur et pour le pire. L’écriture de ce feuilleton dont nous publions le premier chapitre, a précédé l’Acte II et III de la révolte des Gilets jaunes.
Le président d’un pouvoir vide, errant dans le palais de l’Élysée devenu une forteresse désertée qu’il partage avec Benalla et Vincent Crase, réduits à fumer des pétards, harnachés de casques VR HTC Vive Pro ; Brigitte disparue ; des millions de déplacés en Normandie après l’attaque d’un groupe millénariste de la Congrégation du Dernier Jour dans une centrale nucléaire ; des catastrophes dues au dérèglement climatique, les émeutes des Bouseux Ingouvernables à la suite d’une épidémie de cancers due à des pesticides ; un coup d’État organisé par le Bloc Patriotique Républicain qui conduit à la dislocation de la France ; des territoires tenus par des néo-camisards ; un Belleville hors-contrôle qui s’organise en nouvelle commune. Et puis Awa, une hacker noire descendante des Lébous, qui essaye de faire parler des divinités muettes depuis sa mansarde d’un immeuble délabré de la rue de Tourtille. Elle tentera de sauver des maquisards égarés dans les mondes de réalité augmentée...
Des insurrections et une multiplicité de mondes malgré la catastrophe annoncée.
Josep Rafanell i Orra est psychologue. Il est l’auteur de En finir avec le capitalisme thérapeutique. Soin, politique et communauté (La Découverte, 2011), Fragmenter le monde. Contribution à la commune en cours (Editions Divergences, 2018) . Il a coordonné l’ouvrage collectif Itinérances (Editions Divergences, 2018) dont nous avons récemment publié les bonnes feuilles.

 
 
 
 
 
Entre chiens et loups : à propos du 24 novembre
 

« Le Gilet Jaune est l’élément dialectique du K-Way noir. »



« Pour dire encore un mot du fait d’enseigner comment le monde doit être, la philosophie au reste vient toujours trop tard pour cela. En tant que pensée du monde, elle n’apparaît qu’à l’époque où la réalité effective a achevé son processus de formation et en a fini avec lui. […] Quand la philosophie peint son gris sur gris, c’est qu’une figure de la vie est devenue vieille, et on ne peut la rajeunir avec du gris sur gris, mais on peut seulement la connaître ; la chouette de Minerve ne prend son vol qu’à la tombée du crépuscule. » Hegel

 
 
 
 
 
Plâtre et béton sur la Corniche - Sylvain Piron
 

Les travaux reprennent à Romainville



Les travaux reprennent à Romainville. Il est grand temps de vous donner quelques nouvelles de la forêt menacée et de vous inviter à y revenir, encore plus nombreux qu’au cours de ces dernières semaines. Pour résumer l’affaire d’un mot, la région Île-de-France envisage depuis 25 ans d’aménager en « base de loisirs » une forêt spontanée, apparue sur la friche d’une ancienne carrière de gypse. N’écoutant que sa témérité, dès son élection à la présidence de la Région en décembre 2015, Valérie Pécresse s’est empressée de reprendre un projet qui ne s’était pourtant pas enlisé sans raison. Sans concertation sur le fond ni aucune réflexion nouvelle, son vice-président aux sports et loisirs, Patrick Karam, a simplement repris les choses dans l’état où il les a trouvées. Une fois obtenues les autorisations administratives de destructions d’espèces protégées et de défrichement d’un tiers de la forêt, le saccage pouvait commencer.

 
 
 
 
 
Violence légitime ou légitime défense ?
 

« Qui est violent ? » Par Jacques Fradin



Jacques fradin nous livre ici une analyse simple et efficace de la violence pour montrer qu’elle se situe d’abord et avant tout au fondement de l’économie et par là du système en place. Comme il l’a déjà montré à maintes reprises dans nos colonnes (notamment ici et ) et comme y insiste également G. Chamayou dans son dernier livre (La société ingouvernable), l’économie libérale est un système totalitaire dans lequel la violence est présente à tous les étages : au fondement mais également au quotidien, dans l’appropriation des terres et des richesses mais également dans les opérations de maintient de l’ordre. Mais seule, la violence ne suffit pas, le système doit parvenir à la rendre légitime : c’est cette opération que Fradin tente ici de réduire à néant.

 
 
 
 
 
Gilets jaunes et extrême droite : les leçons de Maïdan
 

« Une chose : la présence de l’extrême droite ne signifie pas son hégémonie. »



Il y a plusieurs moyens d’envisager la présence de l’extrême droite au sein du mouvement des Gilets Jaunes. Nous ne pensons pas pouvoir régler la question en observateurs lucides attelés à déterminer le pourcentage de nuances « brunes » au sein du mouvement. Il ne s’agit pas de nier leur présence mais plutôt de l’envisager autrement. Dans cet article, nos amis du journal international Liaisons ont demandé à Alexey Samoedov de nous livrer ses impressions et quelques leçons à tirer, selon lui, de Maïdan et du soulèvement survenu en Ukraine en 2014. Si la situation ukrainienne était très différente et que la guerre avec la Russie a définitivement fermé certaines possibilités, on retiendra tout de même qu’il ne faut jamais se laisser aller au fatalisme : « Il existe pourtant une anecdote à propos de Kharkiv (deuxième ville d’Ukraine) pendant Maidan. Les anarchistes sont arrivés à l’occupation juste avant les nazis et s’y sont installés. Quand les fascistes ont débarqué et aperçu des bannières à la symbolique anarchiste, ils sont repartis chez eux en se lamentant que les ’communistes’ s’emparaient de la révolution. »

 
 
 
 
 
Gilets jaunes : la classe moyenne peut-elle être révolutionnaire ?
 

« Avec les gilets jaunes, la classe moyenne fait une entrée fulgurante sur la scène politique »



Dans ce mouvement des gilets jaunes c’est à la classe moyenne en tant que telle que nous avons affaire. Non pas les gens normaux et « politisés » (insistons sur les guillemets), mais les gens normaux, point.

 
 
 
 
 
Harrangue aux gilets jaunes
 

« Par conséquent, multiplier les méfaits nous vaudra plus facilement l’impunité, et, de plus, les moyens d’obtenir ce qu’il nous faut pour être libres. »



En juin 1378, à Florence, les ouvriers du textile (Ciompi), la couche la plus pauvre des travailleurs, se soulèvent contre l’oligarchie de la ville et prennent les armes pour instaurer un gouvernement populaire. Dans ses « Histoires florentines », Nicolas Machiavel rapporte la harangue enflammée d’un de leurs meneurs. Malgré les 640 années qui nous séparent de ces paroles, leur valeur sautera aux yeux de nos lectrices et lecteurs.

 
 
 
 
 
Règle numéro 4 : Deviens plus nombreux que la foule !
 

(Foutoir de Gestion des Ressources Humaines à l’Usage des Désœuvré-e-s)



« On gouverne un grand état comme on fait frire un petit poisson. » Tao te King. Lao Tseu.

« Le rapport social et sa mesure momentanée,
qu’on la serre ou l’allonge,
en vue de gouverner,
étant une fiction… »

Divagations. Stéphane Mallarmé

« Séjour où des corps vont cherchant chacun son dépeupleur.
Assez vaste pour permettre de chercher en vain.
Assez restreint pour que toute fuite soit vaine. »
Le dépeupleur. Samuel Beckett

« …. dans l’hypothèse où le consommateur incarnerait la figure contemporaine du prolétaire… nul calcul dans cet appel à une grève générale de la consommation jusqu’au retrait des charmes capitalistes de nos consciences, nous devons désormais vivre à des années-lumière de toute pratique du calcul, car il faut le savoir, le calcul règle l’éthique glaciale de notre ennemi, les chiffres ignorent tout des rêves qui hantent les jardins inconnus de nos âmes, nous devons refuser de nous battre avec l’arme du calcul car nous avons perdu foi et confiance dans la justice du calcul… ignorant la nature du changement radical qui s’opère en nous… »
Bribes d’un discours entendu sur un rond-point squatté par des gilets jaunes.

« Que le monde ait une fin ou non, pourquoi nous encombrer l’esprit de ce souci ? »

Le vrai classique du vide parfait. Lie-Tseu.

 
 
 
 
 
Sur le mouvement des gilets jaunes
 

Temps critiques



Nous reproduisons ici une analyse historique de l’émergence et de la composition du mouvement des gilets jaunes parue le 29 novembre dans la revue Temps Critiques. Si nous n’en partageons pas toutes les prémices et conclusions, elle nous est apparue extrêmement intéressante et éclairante.

 
 
 
 
 
À nos ennemis
 

« De quel filtre est-il donc équipé, l’objectif déformant de ceux que l’on ose encore nommer "journalistes" aujourd’hui ? »



Un lecteur de lundimatin particulièrement enthousiaste quant au soulèvement en cours nous a fait part de sa grande déception quant à la couverture médiatique des évènements de la part de bon nombre de nos confrères. Nous lui laissons la parole.

 
 
 
 
 
Dérider le désert - Chroniques éparses d’un baby-boomer
 

Entretien avec Daniel Denevert



Quiconque a une petite connaissance du microcosme situationniste connaît le nom de Daniel Denevert. Et cela pour une raison : il a publié en 1974 le fameux « Débat d’orientation au sein de l’ex-Internationale Situationniste ». Imprimé à deux mille exemplaires, épuisé en quelques semaines, jamais republié depuis lors, ce dossier était composé de l’ensemble de la correspondance interne échangée entre les protagonistes de la farce que fut l’Internationale Situationniste, dans la période qui va de mai 68 à son « auto-dissolution ». Composé, en tout cas, de l’ensemble de la correspondance que lui avait confiée Debord. Le grand mérite de ces échanges tient à ce que les lire vous vaccine immédiatement contre toute admiration pour l’I.S., a fortiori de toute fascination - fascination si pathétique mais si rentable à tous égards, que nul n’entreprit jamais de rééditer ce volume introuvable.

 
 
 
 
 
Félicitations Emmanuel ! [Vidéo]
 

« J’espère que tu vas réussir à mettre de l’économie partout où il y a encore un peu de vie. »



Le 9 mai 2017, quelques minutes avant l’annonce officielle de l’élection d’Emmanuel Macron, nous publiions cette vidéo de félicitations et d’encouragements. Nous lancions le pari, à l’époque que le président à peine élu ne tiendrait pas 2 ans. Il tient toujours.

 
 
 
 
 
 
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