Victoire du PSG : liesse populaire et joie émeutière

Pourquoi le football contient dans sa pratique même une sommation collective ?

Fred Bozzi - paru dans lundimatin#522, le 1er juin 2026

Comment s’expliquer que chaque épisode de liesse populaire soit indissociable de scènes émeutières ? Comment se fait-il que la joie ordinaire se combine aussi systématiquement à des éruptions de colère ? Au lendemain de la victoire du Paris Saint-Germain, les habituels représentants et commentateurs du parti de l’ordre font mine de s’interroger. C’est à une autre question, bien moins rhétorique, que nous nous intéressons ici : pourquoi le football est-il aussi populaire ? Qu’est-ce qui se joue dans une partie et qui propage autant le suspens que la joie ? Dans le texte qui suit extrait de Dix sports pour trouver l’ouverture (éditions lundimatin), le philosophe Fred Bozzi démontre que le football contient dans sa pratique même, une sommation collective.

Il sera ici démontré que le football est un sport véritablement populaire. Certes la perspective médiatique entretient à son sujet une illusion de solidarité, qui va du terrain aux tribunes, pour servir un business basé sur les individus-marchandises, et qui appauvrit les masses. Mais sur la pelouse, en dépit de leur isolement et des nombreux facteurs de désolidarisation liés à l’adversité, les joueurs s’activent précisément pour effectuer une sommation collective : ils se font relais du trajet du ballon jusqu’au tir, malgré les risques d’interception et de contre. C’est à ce spectacle que vient assister le public : sur fond de possible désunion, il découvre un délicat tissage en train de se faire. Il l’éprouve même, et y participe. La ferveur populaire vient ainsi du surgissement du collectif là où il est des plus fragiles. C’est très inspirant pour les luttes populaires, et pour qui cherche le soulagement d’être ensemble.

Le football est le sport le plus populaire au monde. Non pas parce qu’il compterait le plus grand nombre de licenciés (c’est le volley-ball), mais dans le sens où c’est le sport de ceux qui jouent avec pas grand-chose (une boîte de conserve sur un terrain vague approximativement délimité suffit parfois), et parce qu’il est joué partout sur la planète (à l’inverse de sports massivement pratiqués en certains endroits, comme le cricket en Inde) par des publics variés (jeunes et adultes, autochtones comme étrangers, loisir ou compétition, en salle ou dehors). Et aussi parce que le haut niveau est suivi par un large public : la finale de la Coupe du monde est l’événement télévisuel le plus suivi après les Jeux Olympiques.

Les esprits critiques estiment que cette popularité est désolante. Ils tiennent en tout cas à faire remarquer que le football d’aujourd’hui est un sport de milliardaires en short. Que les joueurs arrivent à l’entraînement en voiture de luxe et mangent des steaks nappés d’or. Qu’ils se marient avec des top models et habitent dans des palaces où chaque brique porte les initiales de leur nom (par exemple C.R. – Cristiano Ronaldo). Comment les plus modestes peuvent-ils décemment adorer ces ostentations, et les matches qui s’ensuivent ?

Le pire, c’est que le public sait parfaitement qu’en coulisses, d’autres milliardaires tirent les ficelles de ces marionnettes à crampons. Tout n’est qu’une affaire d’argent. Les clubs sont cotés en Bourse, les jambes des stars assurées. On vend des hommes et des droits télé, on écoule des produits dérivés (des fonds de pension américains s’empressent même d’investir et de faire des profits éclair en se séparant des joueurs). Et en plus de marchander les abonnements à des chaînes privées, on propose aux gens de s’adonner aux paris sportifs – d’alimenter bêtement la pompe à fric. C’est le comble de la manipulation des masses par les tribuns en costume, non ?

Les vedettes à protège-tibias, complices, font d’ailleurs en sorte que la foule reste dévouée au roi. Elles offrent parfois un spectacle assez pauvre (quand elles passent leur temps à se rouler par terre, mimant la blessure au moindre contact comme Neymar, ou quand elles se contentent de récupérer le ballon, le passer en arrière à un coéquipier tranquille, assuré d’avoir un soutien, et qui le transmet fissa au gardien de but, qui dégage…), mais elles ne ratent jamais une occasion d’étaler les signes extérieurs de richesse pour masquer leur propre statut d’esclave. Sans compter l’antijeu et la triche qui rôdent alentour, les agents véreux et la corruption – tout ce qu’est censé haïr le peuple, et avec quoi il se solidarise pourtant. Ne le voyez-vous donc pas ? clament les esprits indignés.

Disons-le tout net : ces constats ne sont pas sans pertinence, et pourraient être largement corroborés. Mais une question subsiste : d’où vient la popularité d’un sport ainsi fait ? Comment est-il possible que celles et ceux qui ont le moins intérêt à prêter attention à ce vaste cirque puissent être ainsi prises de passion ?

La première hypothèse qui vient à l’esprit (critique), c’est que cette popularité est imposée par une sorte de ruse perverse. On fait croire que le football est un trait d’union entre les pauvres et les riches. On fait miroiter au peuple un mariage heureux. Rien de très original : beaucoup d’hommes politiques construisent leur propagande sur l’idée de solidarité, censée être au fondement du bonheur commun. Rien de plus facile en outre : car au fond, le peuple la désire de tout son cœur, cette union sacrée – il pressent qu’elle le rendrait heureux.

Et en l’occurrence, alors que les inégalités sont évidentes, la stratification sociale et la hiérarchie criantes, il faut bien reconnaître que l’esthétique solidaire fonctionne à plein. On répand dans la presse la litanie du partage, de l’amitié et de la famille. On vante en direct toutes les qualités en « c » comme complicité, confiance, complémentarité, coopération, esprit de corps… On propose même de croire que solidarité sportive et solidarité sociale sont sœurs et causes l’une de l’autre : l’équipe sera plus performante si elle est constituée de copains, par-delà l’organisation rationnelle et professionnelle, et réciproquement elle réussira mieux sur le terrain si depuis les tribunes, les supporteurs et supportrices se font ensemble amies des dirigeants milliardaires… Bref : on monte de toutes pièces l’illusion sociosportive solidaire.

Mais il faut d’emblée ajouter une remarque importante : personne n’est dupe. Tout le monde sait qu’il y a des inégalités de traitement, que le résultat n’est pas équitablement partagé entre les joueurs. Que si les appels à la solidarité sont systématiques, certains membres seront abandonnés en fonction des recrutements et de la concurrence (nul n’est propriétaire de son poste voyons !). Que de prétendues relations idylliques se finiront aux prud’hommes. Et tout le monde sait qu’au niveau du club, les uns restent assez indifférents à ce que font les autres – les facteurs de désolidarisation sont nombreux.

Tout le monde sait cela. Mais le fait est que pour passer un bon moment, chacun le met consciemment de côté. On voit bien que solidarité sportive et solidarité sociale, de terrain et de tribunes, ne sont pas de même nature, mais on se laisse participer à l’illusion socio-sportive solidaire parce qu’elle fait du bien, et parce qu’elle a une certaine épaisseur. Ce faisant, on la fait même advenir : les gestes, les mots et les pensées qui la signalent sont partagées, si bien que la solidarité feinte devient réalité (l’illusion crée ce dont elle est illusion).

Plus qu’aux effets d’un écran de fumée, il nous faut par conséquent apercevoir que c’est à un jeu du croire que l’on assiste, au match de foot. Ce dernier est l’opium du peuple, certes, mais c’est le peuple lui-même qui cultive sa drogue. D’ailleurs les supporters ne se vivent pas en simples spectateurs. Ils s’imaginent plutôt qu’ils sont le 12e homme, et qu’ils peuvent peser sur le cours des choses. Alors ils chantent en chœur. Ils chantent Les Corons à Lens et You’ll Never Walk Alone à Liverpool – tu ne marcheras jamais seul.

Évidemment, ce lien collectif est des plus friables – rien d’étonnant, puisqu’il repose sur le partage d’une base illusoire (solidarité sportive = solidarité sociale). La complicité vacille, les revirements sont rapides. La foule est versatile, les commentateurs girouettes. À peine ont-ils dénoncé un défenseur latéral qui ne monte pas assez à l’avant qu’ils lui imputent la faute de ne pas couvrir ses arrières. Ceci renvoie à la valse des entraîneurs, et surtout à la fréquence des tensions et des heurts internes dans les clubs : entre joueurs et dirigeants, entre joueurs et public, entre public et dirigeants.

Et évidemment, pour solidifier ce collectif fragile, on laisse volontiers jouer une cause finale : la détestation de l’adversaire. À la limite, on encourage à hurler sur l’arbitre, crier à l’injustice. En tout cas on se rassemble dans et par l’agressivité à l’égard de l’autre (quatrième pilier politique, après la peur, l’espoir et l’indignation). Un heurt plus important que les heurts internes doit au moins être proposé (ce qui est assez facile quand un ancien joueur du cru évolue dans l’équipe adverse). C’est comme si la violence était nécessaire à la socialisation. D’ailleurs si l’agressivité n’est pas assez exprimée, justement au nom de l’illusion solidaire, elle est retournée contre soi, et cela ne pose pas toujours problème : un groupe habité par de fortes tensions peut être performant. C’est peut-être pourquoi les joueurs élisent parfois un bouc émissaire, et que le public surenchérit : tu ne marcheras jamais seul, c’est vrai, car tu vas courir, fainéant, et on ne tolérera aucune maladresse de ta part…

Étrange solidarité pour une étrange popularité, certes. Et les critiques de signifier que l’amour du ballon rond n’est peut-être qu’une bouillie pour les masses vulgaires. Que celles-ci grouillent d’ignares agressifs, indifférents au beau jeu, et qui pour leur malheur jalousent passionnément des milliardaires en short. Que le football n’est alors « populaire » qu’au sens médiatique, c’est-à-dire selon un ensemble de discours qui font le lien entre la foule et les maîtres profiteurs par la force de quelques formules ensorcelantes – par la logorrhée sur l’ascension sociale, la possibilité de s’en sortir. Peu importent les discours creux, la pauvreté des commentaires, les éléments de langage pour les joueurs, les idéologèmes pour le public, l’essentiel est que la puissance puisse par tous être mimée : le foot est le sport n°1, et il suffit pour exister d’en manifester la supériorité – de se laisser dominer par sa domination…

Soit : le lien du terrain aux tribunes est superficiel, parfois douteux. Mais ce qu’il faut dire plus nettement encore, c’est qu’il ne sert à rien de s’en tenir à la dé-
construction du mythe solidaire pour faire apparaître des réalités moins brillantes (profits immenses, violences tous azimuts). Car celles-ci ne disparaîtront pas pour autant. Et l’illusion sociosportive subsistera malgré tout. Pire : le geste critique ne permettra jamais d’expliquer pourquoi les supporters sans haine aiment regarder ensemble leur équipe quand elle tente de gagner un match de football. À moins de les disqualifier d’emblée en signifiant que ce sont les habitantes d’une caverne où l’on passe son temps à scruter les ombres de marionnettes à crampons, il ne permettra pas de dire pourquoi les gens cautionnent dans leurs échanges une certaine culture de l’esthétique solidaire, et pourquoi cela les met en lien – dans un lien sans violence qui, même fragile, peut perdurer, jusqu’à devenir contagieux et toucher une plus large population.

Dès lors, plutôt qu’adopter la perspective médiatique, omniprésente, et qui existe assez souvent pour que ce qui est regardé ne soit pas vu, mais aussi plutôt que de nous acharner à dénoncer les prétentions solidaires au nom des intentions vénales du sport-business, mieux vaut retrouver le chemin de la pelouse, en deçà de l’habit de sport n°1 qui recouvre la réalité du football, et tenter de comprendre ce qui peut tant émouvoir les spectateurs et spectatrices en tribunes – pourquoi les enfants qui jouent au foot sur la place du village se prennent pour Zidane, devenu héros des quartiers populaires.

Dans cette perspective, commençons par affirmer que la litanie solidaire ne masque en rien l’atomisation. On a beau dire que c’est l’équipe qui compte, on ne parle souvent que des individus. Au lieu de parler des 22 acteurs, les journalistes de L’Équipe 21 commentent l’état de forme de la vedette, attribuent des notes individuelles aux titulaires, élisent le meilleur joueur de la partie. Et la foule semble suivre, qui fait et défait la réputation de l’un et de l’autre. Les caméras focalisent, aimantent le regard vers l’atomisation la plus parfaite – à la mesure du self-made-man.

Il est au demeurant possible de rapporter cette atomisation aux réalités du terrain, plutôt qu’à l’écran de fumée médiatique que les puissances supérieures dressent devant elles. Voici : en plus d’être éloignés du banc et du coach (assigné à son rectangle réglementaire, sur le côté), les joueurs sont éparpillés sur un vaste terrain [1]. Il en résulte une certaine solitude pour chacun (pas seulement pour le gardien, comme on le dit souvent). Cette solitude pèse d’autant plus quand la culture de l’égocentrisme amène certains joueurs à se recroqueviller sur eux-mêmes, a fortiori pour éviter de devenir de simples instruments pour d’autres.

À quoi s’ajoute la difficulté à contrôler un ballon de cuir, quand on a l’interdiction de le faire avec les mains [2] (seul le gardien a le droit de les utiliser, mais c’est alors pour le stopper). Et cette difficulté est largement accrue quand il s’agit pour l’équipe de le faire. L’entière interpénétration avec l’équipe adverse rend en effet cette possession très difficile : les adversaires rôdent, et peuvent intercepter le ballon, sachant qu’interférer de la sorte est plus aisé que de transmettre à bon escient. En un mot les dix joueurs de champ constituent en premier lieu un collectif incertain, presque inquiet d’exister. On comprend alors pourquoi, dans une équipe en manque de confiance, les joueurs ont tendance, quand ils reçoivent le ballon, à se retourner et à seulement le protéger, solides au contact, avant de le transmettre en toute sécurité : ceci permet à tous les membres de se rassurer.

Voici donc un point de départ très concret : sur le terrain de football, en réalité, les facteurs de désolidarisation sont d’abord omniprésents. Et il faut d’emblée ajouter que cette fragilité existe dans la relation du terrain aux tribunes. En l’occurrence, il y a même une différence de point de vue : il est impossible pour le public de voir ce que les joueurs ont effectivement sous les yeux, car les joueurs évoluent sur un terrain où les obstacles sont en hauteur, alors que le public voit les choses d’en haut (a fortiori via l’écran de télévision).

Autant dire initialement qu’en matière de football, ce sont la désolidarisation sportive et la désolidarisation sociale qui vont ensemble, plutôt que la solidarité sportive et la solidarité sociale, comme la perspective médiatique voudrait le faire croire. Alors soit : affirmons-le. Mais gardons-nous de penser que c’est le fin mot de l’histoire. Car il semble qu’il y ait bien plus à dire sur l’existence du collectif, pour qui en reste au ras de la pelouse…

Il est en effet aisé de comprendre qu’une équipe n’est effectivement pas donnée : il faut la construire. Il y a en ce sens une organisation rationnelle à trouver. À commencer par la distribution des postes : le gardien de but, les arrières latéraux et centraux, les milieux défensifs et offensifs, les attaquants ailiers et l’avant-centre. Ensuite dans le choix du système de jeu : par exemple en 4-4-2, où les forces sont concentrées en arrière, ou en 3-5-2, où la présence au milieu est densifiée pour multiplier les possibilités d’attaquer. Et enfin, plus précisément, dans la gestion des relations entre les joueurs, avec souvent un principe de soutien en triangle.

Mais quelle que soit l’organisation collective, celle-ci doit être rendue effective à même l’interpénétration avec l’équipe adverse, qui évidemment cherche à la contourner. C’est dire qu’elle doit être tenue à même le mouvement, ce qui suppose des ajustements constants, voire des adaptations. Si un défenseur latéral va de l’avant, ses partenaires devront ainsi coulisser pour couvrir ses arrières. Et si les adversaires en viennent à l’offensive, ils auront à monter tous ensemble pour tenter de les mettre « hors-jeu » (un joueur n’ayant pas le droit de recevoir un ballon s’il est derrière le dernier défenseur). Quant à l’attaquant, il pourra être amené à multiplier les appels dans les espaces libres, quitte à ne jamais toucher le ballon, pour mettre la défense en incertitude et ouvrir des possibilités d’offensive à son équipe.

Il y a même nécessité à jouer au-delà du plan prévu, sans quoi c’est la pétrification qui menace. Sans quoi il ne pourra pas exister d’activité collective – il n’y aura qu’un statu quo plus ou moins maîtrisé, et qui laisse toute latitude à l’adversaire pour faire vivre la transmission du ballon comme il l’entend. C’est ce qu’avait signalé le coach Aimé Jacquet à la mi-temps de la demi-finale France-Croatie, lors de la Coupe du monde 1998 : « C’est eux qui rigolent ! Ils passent au milieu et hop, ils montent tranquillement… Aucune chance ! Mais aucune chance, les gars… Il n’y a personne qui bouge, personne ne réagit ! On est à dix mètres, amorphe. Vous avez peur de qui ? Vous avez peur de quoi ? Vous avez peur ? Vous allez perdre, les gars. » Suite à quoi, après avoir commis une erreur de placement (ne montant pas avec ses partenaires, il avait couvert le Croate Suker, qui n’était pas hors-jeu et avait pu marquer), le défenseur Thuram avait osé sortir de son rôle pour marquer un but trente secondes plus tard, puis un autre à la 70e minute. Il avait certes l’habitude de monter sur son couloir droit, mais pas de marquer des buts (même à l’entraînement, disaient ses partenaires). En l’occurrence, il en marqua un en position d’avant-centre, lui l’arrière, un autre du pied gauche, lui le droitier.

Aussi les footballeurs doivent-ils trouver un juste équilibre entre des principes contradictoires. Par exemple respecter l’organisation rationnelle, mais encore se mettre en mouvement pour créer des espaces et déborder les lignes adverses. Savoir où et comment se placer en fonction des partenaires, mais aussi sentir la présence du coéquipier, ou sentir qu’il va se démarquer et qu’il faut lui transmettre la balle avant qu’il soit hors-jeu. Et plus profondément s’acquitter de sa tâche, mais aussi faire preuve d’abnégation pour en faire un peu plus – sans toutefois en faire trop et risquer de déséquilibrer l’équipe (s’il a sauvé son équipe, Thuram aurait pu doubler son erreur en voulant trop attaquer). Ou alors couvrir un peu de terrain en plus pour aider un partenaire en difficulté, mais sans le laisser désœuvré – il risquerait de perdre confiance (mieux vaut peut-être le laisser faire et compenser ses erreurs).

Autant dire que l’action de chaque footballeur est ambiguë. C’est d’ailleurs ce qui peut amener deux joueurs à se gêner en attaque, ou deux défenseurs à laisser passer le ballon entre eux. Et c’est ce qui requiert que certains sachent s’imposer (crier « j’ai », « moi » pour éviter de se gêner), sans toutefois que la hiérarchie finisse par être trop rigide. Autant dire, donc, que l’équipe requiert que chacun reste en équilibre sur un fil : ni rejeter la faute sur l’autre, échapper à ses responsabilités individuelles au nom de l’équipe, ni s’en tenir à l’obéissance au plan collectif. Chacun doit assumer une vraie liberté plutôt que relayer une fausse solidarité.

Nous pouvons donc réitérer cette affirmation : au football le collectif n’est jamais un donné, c’est un construit. Vu ce qui précède, nous pouvons même le dire avec plus de finesse : le collectif est un construit qui ne peut se constituer en agglomérat soudé – il est lui-même un fil fragile. Aussi faut-il d’abord le faire exister, de sorte que chacun puisse ensuite se faire relais d’un tissage délicat, sachant que l’adversaire est toujours là pour couper les fils. On comprend de nouveau pourquoi les joueurs cherchent d’abord à se rassurer en gardant le ballon : c’est une incantation qui vise à faire ressurgir l’être collectif entre des membres d’abord séparés par leurs positions sur le terrain (et qui semblent parfois seulement suivis et hantés par leur ombre – celle que les projecteurs plaquent au sol en guise de fantôme).

On comprend également mieux, et surtout, l’importance et la fragilité de la moindre passe. Car la transmission du ballon est la manifestation visible de ce délicat tissage (l’éclair qui jaillit, après le précurseur sombre). Ce dernier exige de chaque joueur qu’il voie constamment où sont et vont ses partenaires (on disait de l’Argentin Messi ou de l’Espagnol Iniesta qu’ils avaient comme des yeux derrière la tête), en particulier juste avant de recevoir le ballon, et en l’occurrence qu’il sache ce qu’il va en faire (ce qui implique évidemment une hypervigilance, une grande activité psychique).

Il nous est même possible de concevoir que le tir vers le but adverse est une transformation de la passe. Voire que le tir intervient en rupture par rapport au processus de sommation collective. Celui qui s’en charge, souvent l’attaquant (aussi nommé buteur), doit convertir le travail d’équipe, et porte le poids de la décision (une charge que les autres ressentent brusquement lors d’une séance finale de tirs au but, par exemple). Son art consiste à déclencher cette rupture au bon moment, en fonction de l’ensemble de la situation. Parfois une passe de plus est judicieuse (on l’appelle passe décisive), parfois elle est de trop.

Même si le joueur focalise sur le projectile à intercepter et propulser dans les filets adverses, en fonction du score et de la position des adversaires, le dernier geste est ainsi, assurément, plein de l’inconscient collectif. C’est d’ailleurs probablement cette difficulté qui fait sa beauté quand il réussit. Les reprises sont légères et foudroyantes, les shoots brossés délicieux, les envolées du gardien majestueuses. Et si le « ballon d’or » (une distinction honorifique) est souvent attribué à un attaquant, c’est peut-être moins le signe d’un culte de la personnalité que la marque de l’intérêt pour le dernier geste, celui qui fait aboutir la création de l’équipe.

La passe est en tout cas de plus en plus délicate, à mesure que les joueurs s’approchent du but adverse (autrement dit attaquer est plus difficile que défendre, construire plus difficile qu’intercepter). Le collectif prend ainsi visiblement naissance quand il se tourne vers l’avant. Voilà pourquoi, alors que tout est activité pendant une partie de football, on désigne par « action » une chose plus précise : définie par sa fin, une action de but ; définie par ses moyens, une action collective. C’est-à-dire que l’on insiste sur la continuité dans la possession et dans la conduite du ballon vers le but. Or c’est la passe qui fait la continuité (ou le dribble, mais en tant qu’il peut être soutenu par la possibilité d’une passe à un partenaire).

Rappelons-nous à ce titre le second but de M’Bappé en finale de la Coupe du monde 2022. Alors que l’équipe de France est encore menée 2-1 à la 80e minute, Koman intercepte la balle dans les pieds de Messi, puis la passe au sol à Rabiot, qui la passe en l’air à M’Bappé, qui la passe de la tête à Thuram – le fils –, qui la passe au pied en l’air à M’Bappé, qui la reprend en demi-volée en se couchant sur l’herbe… et marque. Autour des deux derniers, il n’y avait pas moins de huit Argentins, plus le gardien de but. L’action est improbable, d’autant qu’elle remet l’équipe dans la possibilité de gagner la partie alors qu’elle avait été inexistante pendant presque 80 minutes (M’Bappé avait marqué un penalty à la 79e minute).

Pourtant les adversaires vont finalement l’emporter aux tirs au but. La faute à un goal argentin peu fair-play, comme on l’a dit ici et là ? Non, grâce à une organisation collective qui a fait déjouer l’équipe de France en son cœur, au milieu, là où se tisse la toile, pendant 79 minutes. Et grâce à un somptueux montage collectif lors du deuxième but : interférant dans une attaque française, un défenseur latéral, Molina, fait un dégagement orienté vers un milieu, De Paul, qui transmet sans contrôle à un coéquipier presque dans son dos, Messi, qui contrôle en une touche et glisse à un partenaire sur le côté, Alvarez, qui transmet de suite à un attaquant avancé, Mac Allister, qui transmet à Di Maria, qui marque.

Certains diront peut-être que ces phases de jeu sont moins impressionnantes que celle des frères Derrick, en demi-finale du Championnat National. Menés 2-0 par la New Team d’Olive et Tom, à la 20e minute de la première mi-temps, les jumeaux de la Hotdogs ont en effet sorti la « C.I. » – la catapulte infernale. Après avoir dialogué entre eux, et même débattu avec leurs adversaires au long d’une interminable remontée de terrain, commentée elle-même par un speaker que l’on croirait dans la tête des joueurs, il s’agit pour Jason de se jeter à terre, sur le dos, qui plus est avec tant d’élan qu’il continue d’avancer en glissant sur l’herbe, puis de constituer ses pieds en point d’appui pour ceux de Jeff avant de catapulter ce dernier à une hauteur vertigineuse. Jeff peut alors reprendre de la tête un centre aérien effectué depuis le côté droit par l’ailier, Lamedon, et marquer. Quel but ! Même Olive qualifie cette action de « stratégie complètement révolutionnaire ».

De notre côté, nous pouvons certes reconnaître que les actions de M’Bappé et Di Maria ne sont pas à la hauteur des frères Derrick – que c’est un peu moins spectaculaire en réalité qu’en dessin animé. Mais qu’importe ! Car la comparaison nous permet de comprendre que c’est effectivement à ce type de montage improbable que vient assister le public, dans les tribunes. Et même, qu’il l’éprouve : il entre en profonde empathie avec le fragile tissage d’un collectif, dont l’œuvre est le mouvement d’un ballon de cuir – ce relais que les joueurs vont tenter de mener sur un fil jusqu’aux filets adverses.

Ainsi les spectateurs participent-ils à une expérience collective. C’est vrai qu’ils ont parfois tendance à focaliser sur le ballon, plus que sur un joueur, et qu’en un sens c’est une erreur, comme celle des débutantes qui le suivent toutes et tous et qui ne prêtent pas attention à l’occupation du terrain et à l’intelligence de la passe. Mais c’est également parfaitement pertinent : car le trajet du ballon manifeste le vivre de l’équipe. À chaque relais, il y a une tension. Que va-t-il se passer ? Le joueur va-t-il transmettre, dribbler, tirer ? On se plaint vite d’une erreur, mais on sait que rien ne serait pire qu’une absence d’activité.

Le public ressent aussi le pressing adverse, qui laisse peu de temps aux joueurs pour contrôler et passer le ballon à bon escient (le rythme de jeu fait souvent la différence de niveau). Il reconnaît le génie de la passe efficace (plutôt que l’étalage de virtuosité inutile), et sait dans sa chair que la transmission vers l’avant est périlleuse, tant la moindre intervention mettrait son équipe en danger : plusieurs joueurs seraient instantanément éliminés, le décalage amorcé pourrait s’avérer fatal si les adversaires réussissaient à prendre les intervalles – éclair argentin en contre-attaque. Rien n’est sûr, et le kop de supporters chante comme un chœur tragique qui voudrait conjurer le mauvais sort.

Voici donc qu’apparaît plus profondément la liaison des tribunes et du terrain. Certes, nous l’avons évoqué, deux points de vue différents sont à l’œuvre : l’un au niveau du terrain, avec une forêt de joueurs à la verticale, l’autre en plongée, et qui se représente les choses de façon plus aplatie. Quant aux principes d’action, ils diffèrent aussi : alors que les joueurs doivent s’acquitter de leur tâche ou faire preuve d’abnégation, couvrir un peu plus de terrain pour soulager un partenaire ou compenser ses erreurs, faire preuve de tolérance ou de confiance, il semble que les supporters peuvent faire preuve de tolérance et de confiance, de coopération et de relation amicale, de complémentarité et d’adaptation à l’autre. Mais de la pelouse aux gradins, l’expérience de la fragilité du montage collectif en présence de l’adversaire est indéniablement partagée. Et plus on va vers les déterminations « humaines », c’est-à-dire en deçà du rationnel, plus le rapprochement opère. C’est flagrant en matière de soutien de la déficience, qui s’incarne dans la nécessité de se mobiliser pour défendre : tout le monde apprécie, sur le terrain et en tribunes, la façon dont les uns mouillent le maillot pour les autres.

Rien ne servirait alors d’opposer la raison de joueurs actifs à l’émotion de spectateurs pâtissant, pour creuser le fossé entre des milliardaires et la foule. Car la participation est largement partagée, même si c’est à des degrés divers. Lors d’un match serré, il peut même se produire une fusion des tribunes et du terrain. Par exemple lors de la demi-finale de la Coupe du monde 1982 qui opposa la France et l’Allemagne, à Séville, et qui est restée dans les annales. Au fil du match, les plans et options tactiques s’évanouirent, les joueurs évoluaient en pleine contingence. On bascula dans une dramatique haletante. Quelque chose dans la façon de se relier était en jeu, on avait l’impression qu’on allait collectivement perdre la vie. La défaite, malheureuse, fut aussi des plus fédératrices – beaucoup en parlent encore…

Réaffirmons-le : la solidarité footballistique n’est pas un donné, c’est un construit. Disons-le même mieux encore : c’est un événement. Certes, celui-ci peut venir d’un seul joueur, qui fait la différence et devient la vedette (on focalisera sur lui pour en faire une star), mais son action reste malgré tout l’expression d’un état du collectif, et surtout se transforme en événement collectif. Rappelons-nous par exemple du deuxième but marqué par Maradona, lors du quart de finale de la Coupe du monde 1986 contre l’Angleterre : après avoir triché à la 50e minute en marquant de la main, il avait serpenté seul avec le ballon, éliminant 7 adversaires coup sur coup avant de tromper le gardien, à la 54e minute. À cette occasion, il avait incarné l’équipe entière, et le peuple argentin s’était fièrement reconnu dans son sillage.

Cet événement solidaire, magie du terrain, se propage assurément au public qui depuis les tribunes vit le drame d’une possible désunion. Rien de mystérieux alors à ce que la ferveur se répande comme une traînée de poudre, quand advient l’événement collectif. Car la ferveur populaire vient du surgissement du collectif là où il est des plus fragiles. Il existe certes d’autres sports éminemment collectifs, mais en l’occurrence l’interpénétration des équipes est constante (alors que les rugbymen évoluent la plupart du temps en vis-à-vis sur la ligne d’avantage, et que les handballeurs pratiquent alternativement des phases d’attaque et de défense bien distinctes). Sans compter que chaque footballeur agit sans ses mains, au milieu d’adversaires qui poussent, pressent et taclent afin de l’empêcher de se faire relais du collectif.

Il faut le dire : le public est certes soulagé quand l’adversaire échoue (il est même souvent un tantinet chambreur). Mais il est surtout enthousiaste quand son équipe va de l’avant. Trois passes qui arrivent et s’additionnent vers le but adverse au milieu d’une forêt de joueurs hostiles à cette solidarisation sont pour lui une merveille. Les soulèvements du siège et de la voix accompagnent un collectif en train de se faire. Le public vit l’expérience commune d’un tissage qui ne peut advenir que sous le mode du château de cartes. Et s’il chavire de bonheur quand survient un but, c’est parce qu’il est heureux de s’être trouvé – de se sentir accompli.

Nous pouvons même penser qu’il y a alors libération de ce qui entravait la possibilité d’être ensemble (en vertu de la liberté des joueurs, plutôt que via le partage d’une solidarité fictive) et, plus largement, que la liesse populaire naît du soulagement d’assister à la dissolution de barrières qui s’installent insidieusement – pour le plus grand plaisir des populistes. À ce titre, la victoire de l’équipe française à la Coupe du monde 1998 reste exemplaire : si la déclaration d’existence de la nation black-blanc-beur fut quelque peu optimiste, il n’en reste pas moins que la joie contagieuse qui s’ensuivit montra que cette union était désirée.

Bref : un match de foot est un spectacle sportif, certes, avec tous les défauts que cela implique (starisation et marchandisation, corruption et violence, éléments de langage et mythification solidaire), mais c’est aussi une occasion d’élever la société au rang de communauté. C’est un lieu de participation plutôt qu’un ancrage dépolitisant pour une foule manipulée, un cirque où l’on distribuerait le pain et les jeux.

Aussi pouvons-nous affirmer qu’il est éminemment populaire. Non pas parce qu’il est pratiqué en direct et avec les pieds (vulgairement, plutôt que via la médiation de l’outil et l’usage noble de la main), ou parce que c’est un immense marché permettant à des milliardaires d’acheter la paix sociale, de piloter les masses en tirant les ficelles de marionnettes à crampons. Mais bien parce qu’il demande de tisser un collectif, et parce que les supporters se lient à leur équipe en fonction de la façon dont les acteurs se lient entre eux à même l’adversité (l’enthousiasme croît quand ceux-ci font preuve de générosité dans l’effort, s’engagent corps et âme, plutôt que se faire supports de jeux d’investissement en bourse).

Bien sûr, au stade ou devant leur télévision, les violents nient la contingence et le tragique, les racistes déclarent l’identification impossible quand des gens qui ne leur ressemblent pas sont présents, et les profiteurs font la sourde oreille pour continuer de profiter. Mais il y a parfois éclosion d’une singularité collective, par-delà tous les facteurs de désolidarisation qui rôdent. Voilà ce qu’attendent les amateurs et les amatrices de football. Mystère et balle de cuir, c’est un vrai sport populaire. Zidane Président.

Faut-il alors se résoudre à applaudir les riches sur le terrain et en tribunes, qu’ils soient en short ou en costume ? Non. Bien sûr que non. Mais rien ne sert de ressasser les raisons qu’il y aurait à les huer. Car jouer en défense, c’est risquer de commettre une faute bête. Mieux vaut être à l’initiative, rester en mouvement, et chercher l’ouverture pour imposer notre conception.

Comment faire ? Nous pouvons commencer par penser à celles et ceux qui jouent avec pas grand-chose : un ballon de fortune sur un terrain vague, où les lignes sont approximatives… À celles et ceux qui pensent que Maradona n’aurait pas dû mourir seul, lui qui réalisait l’impossible et rassemblait les foules, lui qui se comportait mal avec les autres, mais jamais avec ses supporters, amateurs passionnés d’un jeu qu’il pratiqua à Boca la populaire.

Ensuite, nous attacher à mettre en relief l’extrême contingence du contrôle du ballon par une équipe, et qui ne va pas de pair avec l’assurance de la valeur des joueurs qui la composent. Exhausser l’événement de la passe, qui émerge de la pelouse et traverse tous les relais jusqu’au but, dépassant les programmes de télévision au service d’intérêts lointains. Insister alors sur la beauté des solidarités les plus précaires, et que les plus modestes savent justement apprécier ensemble, en deçà des strass-paillettes et des mouvements de la bourse.

Souligner, aussi, la relation joueurs-public, plutôt que les relations joueurs-VIP (elles qui se font supports des flux d’argent). Faire écho aux clubs de supporters, qui souvent n’aiment pas le management capitaliste, la machine à fric, même s’ils l’alimentent parfois (des Anglais ont par exemple manifesté en 2021 contre le projet d’une ligue européenne fermée, sur le modèle américain des franchises). Entrer en résonance avec les joueurs qui, malgré leur devoir de réserve, savent parfois prendre la parole pour dépasser les convenances médiatiques (Griezmann contre la reconnaissance faciale des Ouïghours en 2020, M’Bappé contre le vent de soutien au Rassemblement National en 2024).

Et par ailleurs nous inspirer, dans les mouvements sociaux, populaires, de la fragilité proprement footballistique du collectif. À partir de la difficulté à être « tous ensemble », plutôt que de déclarer l’union, à partir de la difficulté à être « tous ensemble » telles et tels que nous sommes, nous rappeler qu’il est toujours question de composer, pour tisser un être ensemble fait de toutes et tous. Et dans l’adversité, plutôt que de tomber comme des dominos, rappeler qu’il est nécessaire de dépasser les rôles autant que de les respecter, pour que puisse advenir la beauté d’un événement collectif.

Peut-être faudra-t-il par surcroît, et plus largement, apercevoir que la convergence des luttes, horizon certes très enviable, est difficile à atteindre. Que cette unité idéale appelle à tracer un chemin entre des exigences différentes. Par exemple, entre celle de laisser la contagion affectuelle opérer par un certain partage du symptôme et celle de ne pas s’en tenir à l’attitude victimaire ; entre celle de permettre à chacune de disposer de son corps propre et celle de ne pas creuser des fossés charnels entre les gens – de ne pas dissoudre le corps social. Un art difficile, certes, mais le soulagement d’être ensemble vaut bien quelques efforts réciproques…

Au moins faudra-t-il éviter une erreur assez fréquente : viser directement l’être ensemble, faire du collectif un but à atteindre. Car si un but commun est absolument nécessaire, pour faire converger diverses forces et aspirations, ce but doit être extérieur au collectif lui-même, pour en mobiliser les membres. C’est parce qu’il sera ainsi regardé, au loin, que les regards convergeront et qu’adviendra l’événement collectif comme il en advient sur le terrain de football, où des sportifs visent le but adverse.

À quoi il faut ajouter la nécessité de ne pas laisser entendre qu’il pourrait s’agir de constituer un collectif indéterminé, flottant, dont pourraient aussi faire partie les milliardaires et leurs alliés. Car ce serait alimenter, justement, l’illusion sociosportive solidaire que ceux-ci entretiennent. Et ce serait cautionner une entente fallacieuse de la politique, où la conflictualité est manifestement évacuée au profit d’une solidarité trop ample. Le but doit au contraire aller précisément contre eux, et en remplacement des faux espoirs et des motifs d’inquiétude qu’ils aiment agiter afin de mobiliser en leur sens. Voici alors une idée parmi d’autres : taxer les milliardaires. Pourvu qu’Olive et Tom la voient comme une « stratégie complètement révolutionnaire »…

Illustration : Tulyppe

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[1La loi n° 1 du jeu désigne les contours du rectangle : entre 90 et 120 m de longueur, entre 45 et 90 m de largeur, ce qui donne entre 4 050 m2 et 10 800 m2 de surface. Au niveau européen, dans un souci de standardisation, l’UEFA demande entre 100 et 105 m de long et entre 64 à 68 m de large. Mais même en ce cas, la surface est de 7 140 m2, et même en divisant cette surface par 11 (alors que le gardien de but reste dans la cage), cela donne 650 m2 chacun, donc environ 25 x 25 m chacun.

[2Le terme « main » désigne aussi le bras, si celui-ci n’est pas collé au corps.

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