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Une note de la DGSI révèle que le Parti Imaginaire serait en réalité un mouvement littéraire

Les écrivains VOLODINE Antoine et BOLAÑO Roberto cités à de nombreuses reprises dans le document confidentiel

Vulture - paru dans lundimatin#116, le 1er octobre 2017

lundimatin s’est procuré une note classée secret défense de la DGSI. Intitulée Histoire et structure du réseau pré-terroriste « Parti Imaginaire » : une nouvelle perspective, cette note longue d’une vingtaine de pages synthétise les résultats d’une nouvelle enquête des services de renseignements à propos de ce groupuscule tristement célèbre que les policiers nomment « Parti Imaginaire ». Le document met ouvertement en cause les écrivains Antoine Volodine et Roberto Bolaño, en établissant leur participation à la mouvance en question. Nous en publions ici des extraits. Nous avons également intégré le sommaire de la note en question en fin d’article. Décryptage par notre service culturel.

Une nouvelle approche du réseau "Parti Imaginaire"

Adressée au « premier cercle » de décision de la DGSI, la note confidentielle prétend exposer, grâce à un témoignage anonyme inédit, obtenu par des voies non spécifiées, des éléments de contexte et d’identification nouveaux quant au "Parti Imaginaire". Il s’agit bien évidemment d’une construction policière ; et comme toute construction policière, elle repose sur une méthode fondamentalement paranoïaque, qui consiste à partir de ce qui existe et d’en extrapoler tout ce qui pourrait présenter un quelconque risque, afin de se préparer à répondre à toute menace possible. Il est donc difficile de distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, de séparer la réalité de la paranoïa.

Cependant, dans l’étroite mesure où nous devons tout de même nous tenir au courant des avancées de l’ennemi, cette note est intéressante à plus d’un titre. En préambule, ses rédacteurs annoncent en effet être en mesure, d’« établir définitivement la véritable nature du réseau « Parti Imaginaire », dont il existe de sérieuses raisons de penser qu’il représente la principale forme d’organisation des forces révolutionnaires européennes et américaines depuis l’effondrement du mouvement altermondialiste  ». La « nouvelle perspective » dont se targue l’intitulé de la note ne tarde donc pas à être formulée, certifiée par la parole d’un informateur dont l’identité ne sera malheureusement jamais révélée :

Les rédacteurs de la note précisent ensuite que c’est justement en raison de sa nature littéraire, et non politique, sociale ou militante, que le Parti Imaginaire est parvenu jusqu’à présent à esquiver l’écrasement complet auquel sont habituellement vouées les forces révolutionnaires. « Ce mouvement littéraire, puisqu’il repose entre autres sur l’effacement de l’auteur, se compose principalement de textes : faire disparaître des activistes est chose courante, même en démocratie, mais depuis l’effondrement des totalitarismes, faire disparaître des livres est devenu difficile, surtout à l’ère d’Internet », déplorent ainsi les analystes de la DGSI. Dans la même veine (j’anticipe un peu), on lira dans la dernière sous-section de la note, « Brève analyse de la possibilité d’un démantèlement du Parti Imaginaire » :

Il s’agit donc pour les séides de l’État, sans doute assistés pour l’occasion par un quelconque critique littéraire, de mettre au jour lesdites bases. La note s’ouvre donc par une reconstitution douteuse de l’histoire du Parti Imaginaire et de ses « principales tendances ». Les policiers affirment d’abord avoir identifié les précurseurs du mouvement en question :

Cette mention permet à l’imaginaire policier de se déployer pleinement :

Non content de relever les occurrences avérées du terme « Parti Imaginaire », les analystes de la DGSI entendent démontrer l’existence d’un mouvement « d’emblée divisé en factions diverses sans connexions apparentes ». Expression probable de la partialité du témoin anonyme, la note insiste principalement sur deux ou trois tendances du Parti Imaginaire, qui en compte à l’évidence beaucoup plus : le mouvement réal-viscéraliste, la faction post-exotique notamment, ainsi que la revue Tiqqun, évidemment déjà bien connue des services de police. Mais la revue Tiqqun est relativement récente, alors que, autre point intéressant, la généalogie proposée par la DGSI commence réellement en 1975.

Une organisation née au milieu des années 70

Selon la note, c’est cette année-là que la revue Les Lèvres Nues publie son dernier numéro, et qu’en réaction se forme à Mexico, sous influence française, le mouvement poétique réal-viscéraliste, ou réaliste viscéral, ou infraréaliste, bref, une bande de jeunes poètes d’avant-garde. Ils se font un nom grâce à la publication de la fameuse revue Lee Harvey Oswald, « dont le titre à lui seul atteste des velléités subversives voire terroristes du Parti Imaginaire  » (toujours selon la DGSI), Lee Harvey Oswald étant, comme chacun sait, l’assassin présumé du président Kennedy. L’existence de ces velléités politiques serait de plus attestée par le témoignage d’un repenti du réal-viscéralisme, Rafael Barrios, qui dit, à propos des fondateurs supposés du mouvement :

« Un soir, peu avant qu’ils partent pour le Sonora, j’ai compris que [le réal-viscéralisme] était leur manière de faire de la politique. Une manière que moi je ne partage plus et que dans le temps je ne comprenais pas, dont je ne sais pas si elle est bonne ou mauvaise, correcte ou erronée, mais qui était leur manière de faire de la politique, d’agir politiquement sur la réalité ». [1]

Ce que la note confirme de la manière suivante : « Les réal-viscéralistes étaient au départ un groupe d’agitateurs qui perturbaient des récitations de poésie au nom d’une idéologie d’obédience trostkiste ».

Les réal-viscéralistes sont également accusés d’avoir fomenté l’enlèvement d’Octavio Paz, poète mexicain et Prix Nobel de littérature. « Le réalisme viscéral a trouvé dans la figure de PAZ Octavio son MORO Aldo, mais semble s’être déchiré autour de la question de l’action directe et l’enlèvement est finalement resté à l’état de projet  », écrivent les analystes de la DGSI sans le moindre souci de véracité historique. Rien d’autre qu’un « faisceau d’indices  » grossièrement agencés ne prouve l’existence d’un lien concret entre un quelconque Parti européen et sa «  filiale  » mexicaine. D’autant que les réal-viscéralistes, à en croire le poète Luis Sebastian Rosado (qui les méprisait), n’ont pas l’air de s’être beaucoup préoccupé de s’affilier à qui que ce soit :

« Les réal-viscéralistes n’étaient dans aucune des deux bandes, ni avec les néo-priistes, ni avec l’altérité, ni avec les néostaliniens ni avec les exquis, ni avec ceux qui vivaient des deniers publics ni avec ceux qui vivaient de l’Université, ni avec ceux qui se vendaient ni avec ceux qui achetaient, ni avec ceux qui étaient pour la tradition ni avec ceux qui transformaient l’ignorance en arrogance, ni avec les blancs ni avec les noirs, ni avec les latino-américanistes ni avec les cosmopolites ».  [2]

C’est également en 1975 qu’un groupe de militants politiques russes et européens sont incarcérés et rejoignent le Parti Imaginaire (ou bien l’avaient déjà rejoint) et se lancent dans la construction de la tendance post-exotique du Parti, c’est-à-dire sa tendance carcérale. Comme preuve rétroactive de l’appartenance originelle du post-exotisme au Parti Imaginaire, les policiers mettent en parallèle deux lignes de Tiqqun (« Le Parti Imaginaire revendique la totalité de ce qui en pensées, en paroles ou en actes conspire à la destruction de l’ordre présent ») avec ces mots du détenu Lutz Bassmann à propos du post-exotisme :

« C’était une construction intérieure, une base de repli, une secrète terre d’accueil, mais aussi quelque chose d’offensif, qui participait au complot à mains nues de quelques individus contre l’univers capitaliste et contre ses ignominies sans nombre ». [3]

Le fait que ces paroles datent de la fin des années 90 ne semble pas empêcher les rédacteurs de la note d’affirmer que la tendance post-exotique « travaille sans discontinuer de concert avec le Parti Imaginaire dans les prisons européennes, au moins depuis la publication du premier livre post-exotique en 1977 (Des Anges mineurs, de CLEMENTI Maria) ». Ce qui semble justifier qu’une section entière du document soit consacrée au post-exotisme.

On y apprend notamment qu’elle dispose d’un porte-parole officiel, « VOLODINE Antoine », seul membre de la tendance à ne pas être incarcéré. Les rédacteurs de la note se font un plaisir de remarquer la présence dudit Volodine parmi les signataires d’une tribune datée du 21 juin 2010, qu’ils attribuent bien évidemment au Parti Imaginaire. Présence qui vaut, selon eux, « comme un soutien de l’intégralité de la mouvance post-exotique aux émeutiers de Villiers-le-Bel, bien que les ouvrages post-exotiques aient peu d’écho parmi la jeunesse désocialisée des périphéries urbaines ». Cela avérerait la participation des écrivains post-exotiques à la stratégie d’ensemble du Parti Imaginaire.

L’hypothèse policière est que la tendance post-exotique « regroupe l’ensemble des militants incarcérés du Parti Imaginaire dans une organisation cloisonnée et quasi-autonome qui leur permet de continuer leur activité littéraire subversive une fois emprisonnés, sans compromettre les activités de leurs complices n’ayant pas encore été appréhendés  ». Qui plus est, le post-exotisme entretiendrait des liens étroits avec le réal-viscéralisme, aussi bien du point de vue formel (« Dans les deux mouvances, le narrateur est toujours soit indéterminé, soit éclaté entre plusieurs voix différentes qui formulent un même message. Des imprécisions volontaires parsèment le récit pour le rendre inutilisable par les enquêteurs. ») que du point de vue thématique (à l’appui, la déclaration d’un poète espagnol proche du réalisme viscéral qui affirme que « Poésie et prison ont toujours été proches », interprétée par la police comme un aveu en demi-teinte de la collaboration fréquente entre la mouvance poétique et la mouvance carcérale du Parti Imaginaire). La reconstruction policière de ce premier moment de l’histoire du Parti Imaginaire se concluait déjà ainsi :

Chacun appréciera.

Le tournant de l’année 1998

À l’exception de la tendance post-exotique, la trace du Parti Imaginaire se perd peu à peu dans les années 80 et 90. Il faut attendre la fin des années 90 pour que ressurgisse un Parti Imaginaire un tant soit peu visible. L’année 1998 semble donc être la clé de voûte de cette généalogie. La note la considère comme « un moment crucial dans la formation du Parti Imaginaire, qui se réorganise alors sur des bases plus claires et plus adaptées aux enjeux du nouveau millénaire  ». À l’appui de cette hypothèse historique, une simple concordance de dates. L’année 1998 verrait en effet la publication de trois textes qui synthétisent, théorisent et relancent les principales tendances du Parti Imaginaire.

D’abord, les fameuses « Thèses sur le parti imaginaire », parues dans le premier numéro de Tiqqun, représentant incontesté, selon la DGSI, « de la tendance originelle du Parti Imaginaire, celle du situationnisme et qui vise à donner à un « organe conscient » du Parti la possibilité de justifier la violence, les meurtres de masse et le terrorisme au nom de pseudo-arguments philosophiques  ». Ensuite, la note évoque l’enquête de grande ampleur menée par Roberto Bolaño à propos du réalisme viscéral dans Les Détectives Sauvages. « Ce texte récapitule les succès et les limites du mouvement réal-viscéraliste à travers une succession d’interrogatoires quasi-policiers. Son succès planétaire a incontestablement ranimé cette mouvance, qui avait quasiment disparu de la scène littéraire ». Bolaño aurait amené le réalisme viscéral à « évoluer du groupuscule poético-bohémien vers une nouvelle forme romanesque quasi-mystique, marquée par une croyance apocalyptique en la fin du monde, annoncée pour l’année 2666 et justifiant une désocialisation de masse ainsi qu’une grande variété de déprédations et d’atteintes à l’ordre public  ». On remarque que les policiers n’osent pas reprendre à leur compte les indications données par Bolaño lui-même quant à la trajectoire du réal-viscéralisme dans les années 1980-1990. Enfin, toujours en 1998, la mouvance post-exotique publie par l’intermédiaire de son porte-parole, Antoine Volodine, Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, « son Manifeste du parti communiste, un texte grand public explicitant les stratégies anti-carcérales de la faction la plus résiliente du Parti Imaginaire ». Finauds, les enquêteurs de la DGSI remarquent que « le texte prétend acter la dissolution du post-exotisme, en se présentant comme l’ultime production de ladite faction, mais il s’agit en réalité d’une manœuvre de diversion destinée à éviter les soupçons, comme le prouve la publication continuée, à un rythme soutenu, d’ouvrages post-exotiques au cours des années 2000 et 2010  ».

Les rédacteurs de la note soutiennent également qu’existent entre ces trois textes des concordances fondamentales. Ils diffèrent évidemment par leur forme : Tiqqun formule des thèses philosophiques, là où Bolaño construit une enquête mélangeant des extraits de journaux intimes et d’interrogatoires policiers, Volodine préférant concevoir des leçons de critique littéraire. Mais ils traitent tous de mouvements littéraires (si l’on comprend qu’un mouvement littéraire est avant tout la construction d’une perception partagée et d’une forme commune), tout en étant des représentants éminents des mouvements dont justement ils traitent. Les Détectives Sauvages est un texte réal-viscéraliste sur le réal-viscéralisme. Le Post-Exotisme en dix leçons, leçon onze, est un texte post-exotique sur le post-exotisme. Les « Thèses sur le Parti Imaginaire » sont évidemment revendiquée comme émanant du Parti lui-même, en tout cas de son « organe conscient ». La note affirme donc : « 1998 est donc l’année où le Parti Imaginaire prend conscience de lui-même, explicite sa propre existence et se raconte sa propre histoire ». Que cela soit fait « dans le but d’élargir et de renouveler sa base militante » reste cependant de l’ordre de l’affirmation invérifiable, étayée seulement par la déposition du témoin anonyme.

Des zones d’ombre subsistent

Malgré tout, à ce stade, relativement peu d’éléments permettent de saisir la forme actuelle du Parti Imaginaire en tant que mouvement littéraire. La deuxième section de la note tente d’en faire une description objective en termes de réseaux : composé « d’écrivains marginaux », le Parti Imaginaire serait donc un groupement «  résolument hostile à toute forme de milieu littéraire ou d’institution littéraire : académies, universités, maisons d’éditions prestigieuses, prix littéraires, mais aussi magazines spécialisés, cercles dit « underground », écrivains engagés et autres tendances d’avant gardes sont unanimement considérés comme des trahisons de la « littérature authentique » et des compromissions avec « la réalité capitaliste » ». On relèvera l’introduction fallacieuse de la notion d’authenticité dans le discours du Parti Imaginaire. Une fois le « réseau » extensivement décrit, il est loisible aux rédacteurs de la note de lui attribuer toute sortes d’habitudes activistes : pamphlets anti-électoraux, hommages aux vaincus, détournement de la littérature de gauche, etc. Rien de bien sérieux en apparence, mais on peut imaginer que les infractions supposées montent d’un cran ou deux dans la section suivante, plaisamment intitulée « Des arrestations illustrant la volonté de commission d’actions violentes ». La p. 12 de la note étant manquante au document qui nous est parvenu, nous n’avons pas pu lire cette partie.

Eux-mêmes apparemment insatisfaits par le réseau qu’ils parviennent à mettre au jour (« Malgré les efforts de nos indicateurs, l’usage des hétéronymes rend quasiment impossible l’identification de la plupart des écrivains du Parti Imaginaire, y compris de ceux de la tendance post-exotique qui sont pourtant, par définition, déjà incarcérés »), les enquêteurs des services tentent dans la dernière partie de la note une synthèse censée résumer les principes fondamentaux du Parti Imaginaire – une sorte de reconstruction méticuleuse de sa charte supposée (et supposée introuvable).

On trouve d’abord un développement sur « la prise de parti », qui serait le véritable ciment idéologique du mouvement littéraire :

Évidemment, puisque les rédacteurs de la note analysent le Parti Imaginaire d’un point de vue policier, ils n’analysent au fond que les résistances qu’oppose le Parti à leurs tentatives d’éclaircissement. D’où une sous-section fort révélatrice en vérité intitulée « La recherche de l’opacité » (p. 17) :

On retrouve là le fameux syllogisme : Les innocents n’ont rien à cacher / Untel cache quelque chose / Untel n’est donc pas innocent. Cette réaction paranoïaque des services confirme le postulat de base de la littérature post-exotique, selon lequel «  Lennemi est toujours quelque part rôdeur, déguisé en lecteur et vigilant parmi les lecteurs. Il faut continuer à parler sans qu’il en tire bénéfice. Il faut faire cela comme lorsqu’on dépose devant un tribunal dont on ne reconnaît pas la compétence  » [4].

Il est vrai que les textes réal-viscéralistes et post-exotiques entretiennent volontairement beaucoup d’imprécision et d’indétermination. Ils cultivent également la polyphonie : Les Détectives Sauvages possède une cinquantaine de narrateurs qui eux-mêmes racontent souvent des histoires qu’on leur a raconté. Le Post-Exotisme en dix leçons, leçon onze, comporte autant de voix que de leçons. Mais le plus perturbant, d’un point de vue policier, est que ces textes entretiennent une grande affinité formelle avec les interrogatoires. Volodine le dit lui-même :

« Le discours littéraire du post-exotisme suit les sinuosités et les ruptures d’un interrogatoire de police. Des précautions sont prises, en particulier le cryptage des noms et des actions, ainsi qu’une esquive narrative consistant à ne pas raconter ce qu’exigerait la logique fictionnelle, à bavarder d’une façon fallacieuse, à parler beaucoup, uniquement pour gagner du temps, à parler d’autre chose » [5].

Il évoque même un « principe post-exotique selon quoi une part d’ombre toujours subsiste au moment des explications ou des aveux, modifiant les aveux au point de les rendre inutilisables par l’ennemi  ». [6]

Quiconque a fréquenté Les Détectives Sauvages y retrouve les mêmes principes ; symphonie d’entretiens menés par des détectives dont on ne saura jamais rien, où chaque interrogatoire éclaire un peu plus l’histoire du réal-viscéralisme en obscurcissant d’autant le mystère de sa beauté et de sa défaite. Chaque fois qu’on en apprend « un peu plus » sur ce qu’est réellement le réal-viscéralisme, on découvre de nouvelles zones d’ombres, de nouvelles choses que l’on ignore.

En toute rigueur, il faut préciser que ce n’est pas seulement pour dissimuler à la police des noms, des faits, des dates ou des intentions, que les écrivains du Parti Imaginaire adoptent le parti de l’opacité. Il s’agit avant tout de multiplier les niveaux de lecture. Que l’expérience de la lecture départage clairement l’ami de l’ennemi, le camarade du policier, le poète du journaliste, par leur capacité à accéder à tel, ou tel niveau de lecture. Bolaño dit par exemple des Détectives Sauvages qu’il a « presque autant de lectures qu’il y a de voix en lui. On peut le lire comme une agonie. On peut le lire aussi comme un jeu [7] ». L’existence même du livre, l’expérience même de la lecture, va engendrer des différences, différents partis. Entre ceux qui le liront comme un jeu, et ceux qui le liront comme une agonie, et ceux qui y verront les deux, se révèlent des différences qui ne sont pas anodines, parce que l’interprétation de l’histoire du réal-viscéralisme équivaut en un sens à l’interprétation de l’histoire des tentatives révolutionnaires de l’après-guerre. C’est donc pour créer une division spirituelle dans le gros corps social tout mou, et non pour de prosaïques raisons conspiratives, que, pour citer Volodine, « l’idée de la connivence avec le lecteur, si huileuse et si généreusement épandue sur les rouages de la littérature officielle, a été négligée jusqu’au moindre détail  » [8]. D’où le slogan inscrit sur cette banderole post-exotique déployée pendant la mutinerie du centre pénitentiaire de Valence : HERMETISME LIMPIDE.

Le rôle trouble des services de renseignement

La dernière section de la note doit être abordée avec précaution. En effet, les policiers de la DGSI multiplient les formulations étranges, de sorte qu’on a presque l’impression qu’ils se mettent en tête, l’espace d’un instant, qu’ils appartiennent au Parti Imaginaire et qu’ils leur reviendrait d’en fixer la ligne pour les années à venir. Ce constat fait, il devient difficile de commenter sérieusement le document. Florilège de citations, pour conclure ces quelques révélations :







Le sommaire de la note, leaké par nos soins :

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[1Rafael Barrios, cité par Roberto Bolano in Les Détectives sauvages, Christian Bourgeois, Paris, 2006, ch. 13

[2Luis Sebastian Rosado, cité par Roberto Bolano, in Les Détectives Sauvages, op. Cit.

[3Lutz Bassman, « Leçon Onze », in Antoine Volodine, Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, NRF, Gallimard, Paris, 1998

[4Antoine Volodine, Le Post-Exotisme en dix leçons, leçon onze, NRF, Gallimard, Paris, 1998

[5Ibid.

[6Ibid.

[7Roberto Bolaño, À propos des Détectives sauvages, in Entre parenthèses, traduction de Robert Amutio, Christian Bourgois, 2011 (p.427)

[8Antoine Volodine, Le Post-Exotisme en dix leçons, leçon onze, op.cit.

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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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