Tout va bien se nasser

A chaque tactique policière, son antidote populaire

paru dans lundimatin#144, le 1er mai 2018

Depuis 2 ans, les manifestations en France doivent faire face à une nouvelle tactique de maintien de l’ordre : la nasse (relire notre article sur le sujet. C’est d’ailleurs probablement le sort réservé aux zones les plus dynamiques du cortège du 1er mai prochain. Pour anticiper les heures d’ennui à venir, un petit tract circule depuis quelques semaines. Ses auteurs nous on transmis leur proposition tactique.

What is nasse ?

Nasse :
— Instrument de pêche qui se pose au fond de l’eau. Fabriqué en osier, en filet ou en fil métallique, muni d’un goulet par lequel le poisson peut entrer, mais non ressortir.
— Tactique policière qui, lors d’une manifestation, vise à segmenter l’espace, gérer les trajectoires et créer des zones de contrôles. Le but étant d’éclater le bloc des manifestants. Tactique initialement conçue pour diviser qui finalement fait naître un rassemblement.

Aujourd’hui, la police comme en miroir de nos manifestations : observe, s’adapte, compose, calcule, tente de cerner. Bien forcée d’inventer et d’user de ses tristes ruses. Alors lui est venue l’idée de génie de nasser. Et après ?

Voilà que la police s’amuse de sa nouvelle trouvaille, nous parant à grands coups d’immobilisme, le tout à l’intérieur d’un filet de maquereaux. Sa nouvelle arme ? L’ennui ! Nous voilà donc coincés avec des fonctionnaires dont le fonctionnement est d’ennuyer !

Après l’ennui, le territoire. Comme des chiens, ils marquent, ils quadrillent, ils s’approprient l’espace, nous rappelant chaque fois que les rues ne sont plus sûres et surtout, et surtout pas à nous. Chaque mètre est carré-compté. D’où tu viens-toi ? Défense d’entrer.

Ils se plaisent à nous rappeler qu’ils tracent nos directions et contrôlent nos trajectoires. On vit à la queue leu leu comme dans les couloirs du métro. A la queue des bleus, oui !

A chaque tactique policière, son antidote populaire.

Une police, ça s’écœure et vite.

Who is nice ?

Des cheveux blancs au milieu des têtes blondes, des jeunes hallucinés, des « moi-à-mon-époque », des porteurs de drapeaux égarés, des anarchistes, des intermittents et des nuitsdeboutistes. Beaucoup de chômeurs qui donnent le vertige à la courbe. Des sudistes avec des cgtistes. Des gens qui filment la police, d’autres qui la caillassent, des casseurs de pubs, de distributeurs et de parcmètres. Quelques petits diables qui s’agitent discrètement dans leur coin. Des harangueurs de foule et des foules qui ne se laissent pas facilement haranguer. Des banderoles renforcées, des banderoles au vent, des messages percutants, les drapeaux habituels. Certains visages masqués et d’autres découverts. Des pluies de sérum phy. Des gens obnubilés par la BAC, des gens obnubilés par les trains, des gens obnubilés par leurs droits. Des gens qui ne supportent plus - c’est viscéral - les uniformes, des fais-pas-ci-fais-pas-ca, des je-fais-ce-que-je-veux, des si-on-fait-rien-ils-feront-rien et tous les autres qui se marrent autour. Des relaxés, des comités quasi visibles, des gens du plateau et des gens d’ailleurs.

Nos manifs sont sans visage, c’est bien ça qui les dérange.

Nasse is nice !

La police crée la promiscuité avec nous et nous ennasse de ses gros bras musclés. Acceptons la proposition.

Pendant qu’on est emmaillé et enfilotés, gardons les idées fraîches. C’est le moment de guincher. Fêtons ce rassemblement presque forcé. On viendra armés de confettis, de textes, de paillettes, de chansons.

De leur côté, c’est gilets noirs, casques luisants et sueurs froides sous les armures. Du nôtre, c’est la beauté agitée. Le soleil est notre allié. S’il fait chaud, on peut se déshabiller.

Dans leurs rangs, c’est mines robotiques. Tristesse et mutisme en complément de salaire. Dans les nôtres, c’est plutôt rires en désordre et danses effrénées.

Transformons une tactique policière en un moment de liesse. Allons nous faire enserrer par la police jusqu’à faire chanter les sirènes.

Il te suffit d’être présent, lève-toi et danse jusqu’au bout de la nasse. Menasse avec nous leur mauvaise humeur.

RDV MARDI 1er MAI, place de la Bastille

comite-menasse@lists.riseup.net

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