Stratégie

Etienne Michelet

paru dans lundimatin#513, le 24 mars 2026

de quelle stratégie parlons-nous ?
de quelle stratégie ?
alors que les corps sont déjà dominés la stratégie serait
de lutter contre l’écrasement des corps contre les forces coloniales
tu veux trouver
tu crois trouver

des stratégies face à la violence ? ils ont imposé la mort par la force la violence veut redéfinir
la notion même de violence
pour ne plus être considérée comme une forme de violence et la mort efface la mort
et il n’y a plus d’excuses
plus aucune justification pour tuer
pour écraser le vivant
il en va de soi
alors tuer va de soi
c’est la stratégie coloniale
c’est la stratégie
c’est leur stratégie infâme
et nous luttons
et la lutte doit être
une lutte pour le vivant
car l’humain colonise
il ne fait que coloniser
l’espace du vivant
pour éteindre
pour détruire
ce qui ne relève pas de l’humain
les forces politiques ne sont
que des forces d’oppression
et vos volontés communes ne seront que de nouvelles formes d’oppression si elles excluent encore le vivant
elles opprimeront encore
elles tueront encore
la langue bafouée
le vivant dans la mort
et le sang
et les visages dans la mort
si vous oubliez le vivant
vous serez vous aussi

les états colonisateurs qui colonisent le vivant si votre discours
est une nostalgie
une aberration
la nostalgie de quelque chose
qui n’a jamais eu lieu
parce que vous admirez votre miroir
vous vous admirez dans votre miroir égotique, factionnaire et partisan
alors que le vivant brûle sous nos yeux piétiné
colonisé
parce qu’il n’a pas de voix
le visage humain
qu’il soit politique ou révolutionnaire
ne fait plus rêver
vous ne rêvez que de luttes
des luttes humaines pour l’humain
alors on enterre les morts
on fait de la mort de l’oubli
et les visages des morts sont enterrés
dans la terre les yeux ouverts
et vous faites de la dialectique sur les morts vous faites votre dialectique
pour des questions de territoires
et les enfants meurent
pour des territoires
vous partagez la mort
vous en faites des listes de morts
et le vivant va à la mort
toujours un peu plus mort
dans l’indifférence
c’est le salaire
vous le savez
le sang
la poussière et le sang
il faudrait retourner les mauvais miroirs
il faudrait brûler les miroirs
manger les bris de verre
fermer des bouches
en finir avec la lutte morbide
les nostalgies qui font le jeu
vous savez
vous savez faire le jeu
vous savez très bien le faire
vous asseoir sur le vivant
avec cette politique morbide
patriarcale et partisane
qui souffle sur les flammes
pour raviver les flammes
cette politique des déterminismes
qui ne voit pas les mutations du monde

qui ne voit rien
qui remue son passé sa genèse et ses professions de foi
alors que la révolution devrait refuser la mort
et avoir en mémoire
le visage de l’autre
pour ne pas l’oublier
pour ne pas le tuer
la révolution devrait
avoir le visage des mutations
la révolution devrait
ne faire qu’un avec l’autre
elle devrait
renoncer à prononcer
les mots de l’oppresseur
la révolution devrait
faire entendre la vie libre
en détruisant ce qui qualifie
la vie comme sauvage
car il n’y aura plus de sauvage la sauvagerie n’existe pas
par opposition
il n’y aura plus de non-humain il y aura
la vie libre de toute oppression libre des visages de la politique de la normalisation morbide refusant de voir
les mutations du vivant
car la politique doit être
une politique sans territoire
car il faut en finir
avec les territoires
en finir une fois pour toutes avec les territoires d’occupation


depuis bien longtemps
on ne fait plus la révolution
avec des fantasmes révolutionnaires

Etienne Michelet

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