sa morphologie, son langage.
Ainsi parlait par la racine,
par son canal en 1956,
d’eau de sueur et de sang,
le poète ELVIO ROMERO :
« […]
Regardez nos armoiries !
Vous voyez : elles viennent de l’agriculture !
de l’intérieur, les racines,
du profond dedans croissent les racines
qui délirent ici, qui grimpent à même nous,
qui hurlent par en haut,
qui font adhérer à nous-mêmes les sèves et les pluies,
qui enserrent nos veines,
qui sanglent nos mains avec des racines,
qui toujours nous renvoient
à la séculaire pulsion de notre sang,
qui nous parlent,
qui nous rappellent que de là, d’en bas nous sommes
venus !
D’en bas, oui, nous sommes venus.
De très bas ? Peut-être
chaque fois plus proches des racines,
comme l’énigme pure d’une fleur lumineuse
qu’embrassent au plus profond des lèvres prodigieuses,
chaque fois plus bas,
au long de la poussière sur les feuilles,
chaque fois plus racines
– sommes-nous des racines ? –
chaque fois plus liés à la terre,
chaque fois plus liés aux racines ?
Regardez nos armoiries !
Vous voyez : elles viennent de l’agriculture,
des herbes effrayées,
de la nuit elle-même,
du jour,
du point originel
d’une racine glorieuse !
Craignez qu’elles n’embrasent bientôt la terre !
Comprenez qu’elles viennent de très bas ! » [1]
Vous pouvez feindre encore
mais craindre infiniment
de ne jamais comprendre
d’Eretz et d’Occident
Qu’opiniâtre la Terre
de Palestine trace
votre honte rougie à blanc
ou feue votre victoire sur
le temple enseveli
du serment de justice
dont fut sculpté le bois
du sentiment humain.
Guy LAVIGERIE,
20 juillet 2024





