Sauvez des vies, donnez votre ADN !

Parce que vous ne regardez pas assez la télévision

paru dans lundimatin#21, le 4 mai 2015

Nous sommes nombreux à nous interroger. Notre époque souffre-t-elle d’une dépolitisation inédite ou d’une surpolitisation de tous les aspects de la vie par le parti au pouvoir ?
Il s’agirait de trancher entre notre irresponsabilité asthénique et l’arrogance époustouflante de ce qui gouverne.

Mercredi 29 avril, 977 000 spectateurs qui eurent la bonne idée d’allumer leur télévision afin d’assister à « Un Soir à la Tour Eiffel » purent goûter de l’inanité de ce débat millénaire : la poule ou l’oeuf.

Certains s’étonnent encore des prouesses d’un Edward Bernays, pendant que d’autres désirent à tout crin croire aux Illuminatis. Querelles de chapelles, quand il suffit de regarder France 2 par hasard pour s’apercevoir que la réalité est à la fois évidente… et idiote.

Alessandra Sublet est animatrice de télévision.
Maxime Chattam écrit des romans policiers.
Paul Lefèvre est chroniqueur judiciaire.
Mathieu Madenian est comique.
Alba Ventura est chroniqueuse à la télévision.
Laurent Pene est policier de la Division Identification de la Personne à l’Institut Nationale de Police Scientifique.

Dialogue

Alessandra Sublet : Laurent, dans votre labos, les expertises ADN sont passées de 3000 à 72000 par an, c’est énorme !

Maxime Chattam : Alors la gendarmerie vient de développer un nouveau système qui fait qu’un prélèvement aujourd’hui, ça revient environ à 70 euros mais ça c’est un miracle parce que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, ça coûtait entre 300 et 500 euros l’analyse. Vous imaginez sur une scène de crime vous en avez 10 000 à faire.

Alessandra Sublet : Bien sûr !

Maxime Chattam : Ca c’est juste les moyens… aujourd’hui la justice n’a pas les moyens, les financements, pour permettre à chaque enquête d’être menée avec toute la batterie scientifique que les enquêteurs ont à leur disposition.

Paul Lefèvre : C’est pour ça qu’il y a des enquêtes qui ne sont pas terminées… qu’on laisse tomber.

Alessandra Sublet : Alors c’est aussi ce qu’on appelle des cold case on va y revenir dans un instant… c’est fascinant, non ?

Anne Roumanoff : Ah oui , moi j’adore, ça me fait peur ! (rire)

Alessandra Sublet : (gourmande) Je sais qu’elle est fan !

Mathieu Madenian : En tant qu’affaire non terminée, parce que je viens de Perpignan, t’as le tueur de la Gare de Perpignan…

Paul Lefèvre : Ah ouais, ouais…

Maxime Chattam : Il a été identifié récemment…

Paul Lefèvre : Ah ouais, ouais…

Mathieu Madenian : Exactement, mais pendant dix ans il a tué combien ? Des étudiantes…

Paul Lefèvre : Trois !

Mathieu Madenian : Que je connaissais en plus… il tuait autour de la gare de Perpignan. Quand il a su qu’on l’appelait le tueur de la gare de Perpignan, il a arrêté de tuer autour de la gare de Perpignan (rires).Il s’est dit, je crois que je vais changer de truc…

Alessandra Sublet : (rires) c’est vrai ?

Mathieu Madenian : Oui c’est vrai.

[…]

Alba Ventura : Avec toute cette affaire, c’est vrai on se dit, c’est vrai au fond, pourquoi on fiche pas tout le monde comme ça on aurait les moyens d’agir…

Alessandra Sublet : Bah oui !

Alba Ventura : Et y a beaucoup de moyen aujourd’hui à disposition, il y a la géolocalisation, il y a la vidéosurveillance, on a parlé du fichier d’empreintes…

Alessandra Sublet : Il y a la téléphonie !

Alba Ventura : Oui, le bornage des téléphones, c’est la géolocalisation… On se dit oui, mon dieu, ce sont des moyens très intrusifs… il y a en ce moment une loi qui est débattu à l’assemblée nationale, la loi sur le renseignement… et j’ai envie de vous dire, est-ce que pour sauver des vies on est obligé de vivre dans une société super surveillée finalement ? Est-ce qu’on ne peut en passer que par là ?
Est-ce que cette loi sur le renseignement elle est bonne ? Est-ce qu’on va pas tous être fichés, tous être suivis, tous être espionnés ?

Alessandra Sublet : Laurent ?

Laurent Pene : C’est vraiment deux choses différentes l’investigation dont on parle dans le Renseignement et ce qu’on fait au niveau police technique et scientifique. Ce qu’on fait par exemple au niveau ADN, c’est vraiment cadré et je vous retournerais la réponse, c’est-à-dire que… qu’est-ce qui défini les règles d’entrée dans un fichier ? C’est les lois qui sont votés à l’Assemblée Nationale. Qui vote pour l’Assemblée Nationale ? Ce sont les citoyens, donc c’est aux citoyens de fixer cette barre… car effectivement c’est une balance.. une balance entre existence de fichiers et libertés civiles, libertés publiques.

Alba Ventura:Là en ce moment c’est pas une histoire de citoyens, c’est une histoire de politiques.

Laurent Pene : Oui mais là c’est vraiment pourquoi je fais la différence entre ce qu’il se passe en ce moment et vraiment la police technique et scientifique qui est le débat auquel là on participe, qui là pour le coup est vraiment régie par des lois qui sont vraiment cadrées et donc… il va y avoir des élections législatives dans un ou deux ans… bah là, à des partis de dire par exemple « bah là on redescend un peu le curseur » et on verra bien pour qui votent les citoyens. Moi je dirais, c’est vraiment au citoyen de se saisir de ce genre de sujets, de s’investir et de choisir…

Alba Ventura : Mais vous, vous trouvez ça bien qu’on soit dans une société ultra surveillée pour… dans l’idée de sauver des vies.

Alessandra Sublet : Vous vous le feriez Alba ? Enfin, je veux dire… ça vous dérange ou pas ?

Aba Ventura : Tant qu’on touche pas à nos libertés fondamentales, je pense qu’il faut !

Alessandra Sublet : Je pense aussi !

Mathieu Madenian : Est-ce que t’irais donner ton ADN ?

Alessandra Sublet : Moi, oui !

Alba Ventura : Oui, j’irais donner mon ADN ?

Alessandra Sublet : Et vous Anne ?

Anne Roumanoff : Oh oui, oui bien sûr.

Alessandra Sublet : Ah bah vous voyez…

Pour revoir l’émission dans son intégralité.

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