Rojava : « Zones à Défendre » !

« En fait le Rojava c’est un peu notre ZAD à nous.... »

paru dans lundimatin#131, le 29 janvier 2018

Alors que la Zad de Notre-dames-des-Landes vient d’obtenir une victoire historique, le canton d’Afrin subi depuis une semaine une offensive turque sans précédent. Or, pour certains kurdes, le Rojava a certain points communs avec la Zad : si nous avons gagné une bataille, la guerre continue, et avec une intensité nettement supérieure, du côté du kurdistan syrien. Voici donc un appel à solidarité avec le Rojava transmi par un lecteur de lundimatin de retour du Bakur (kurdistan turc).

L’armée turque a lancé une offensive de grande envergure contre le canton d’Afrin depuis moins d’une semaine. Plusieurs centaines de morts déjà (civils et combattant.e.s). La ville d’Afrin est presque encerclée et Erdogan a déjà prévenu qu’il ne comptait pas s’arrêter à cet objectif. 

Après avoir utilisé les Kurdes et leurs alliés pour servir de chair à canon contre Daesh, les USA, la France et la Russie se désengagent totalement de la question et laissent le champs libre à leur allié fascisant, l’État Turc. 

Car Daesh a été vaincu par les combattant.e.s du Rojava et non pas par les bombes de la coalition internationale, plus efficace pour tuer des civils ou pour aider Bachar à récupérer son pays que pour libérer les populations réduites en esclavage.

Pourtant aucune surprise : ici comme là-bas, tout le monde s’attendait à cette ultime lâcheté. L’absence de réaction des gouvernements occidentaux est finalement très logique. Personne n’a intérêt à voir germer et rayonner une expérience de démocratie radicale. [1]

Alors oui, après avoir utilisé les kurdes et leurs alliés pour reprendre les territoires de Daesh et surtout sa capitale Raqqa (car personne d’autre n’était capable de le faire), laisser la Turquie s’occuper des kurdes arrange tout le monde : Bachar, Poutine mais aussi Trump et Macron.

Aujourd’hui, comme toujours, c’est à la rue de faire entendre sa solidarité et surtout la colère de voir des gouvernements mener au Moyen-Orient une énième partie d’échecs dont les enjeux se comptent en milliers de vies. 

En Turquie aussi, la situation est idéale pour l’État, car la répression, particulièrement intense depuis 3 ans, empêche toute mobilisation au Bakur (Kurdistan « turc ») comme à Istanbul et dans les autres grandes villes du pays. Les milliers de militant .e.s déjà en prison, la police et l’armée déployées massivement pour prévenir tout soulèvement, et la menace d’un emprisonnement immédiat paralysent toute aide potentielle. La rue y est tout simplement muselée.

Notre responsabilité est immense. Les Kurdes de France appellent de façon incessante le reste du pays à venir les soutenir et à participer à leurs manifestations.

Déjà dans l’histoire, des massacres contre les Kurdes ont pu être empêchés par des mobilisations internationales. [2]

Au Bakur la victoire de la Zad a aussi été fêtée. Un jeune, là-bas, nous disait au moment de trinquer : « En fait le Rojava c’est un peu notre ZAD à nous.... » Les attaques ont commencé une semaine après ces mots.

Une défaite et les massacres qui s’en suivraient seraient un drame de plus pour les kurdes et les habitant.e.s de cette région mais aussi pour tous les devenirs révolutionnaires ici comme ailleurs.

Nous appelons à dénoncer l’abominable opération de Erdogan comme celles des gouvernements occidentaux et à soutenir de toutes les façons possibles la résistance désespérée de ces territoires.

Pour que l’internationalisme ne reste pas une coquille vide.

Pour Afrin, Pour le Rojava, Pour l’Autonomie !

De retour du Bakur, un jeune militant désespéré de voir les kurdes, une fois de plus, se faire massacrer par les puissants.

Après plusieurs manifestations de faible ampleur, un appel a été lancé pour une grande manifestation de solidarité samedi dernier (27 janvier).

La page de l’événement parisien : https://www.facebook.com/events/1789240341150435/1790567191017750/?notif_t=admin_plan_mall_activity&notif_id=1516786796060030

Pour suivre les prochaines mobilisations et l’évolution de la situation :

KURDISTAN AU FEMININ : https://www.facebook.com/Kurdistan-au-f%C3%A9minin-931845406882168/?fref=ts

[1Le Rojava c’est, comme le disent si bien des camarades du Bakur (Kurdistan sous occupation turque), « une gigantesque académie théorique et pratique ».

Là-bas, bien peu de monde prétend ne pas commettre d’erreur, avoir mis en place une démocratie idéale, ou avoir mené une révolution anarchiste ou communiste.

On affirme juste avoir momentanément réussi à se débarrasser des gouvernements régionaux et que cela permet d’essayer de construire quelque chose de nouveau qui tend vers des valeurs socialistes, libertaires et féministes.

Bien ambitieux celui ou celle qui prétendrait qu’en France, si nous parvenions à libérer des territoires si vastes, nous pourrions affirmer autre chose au bout de six ans d’existence en temps de guerre.

Selon nous, de là où nous nous trouvons, loin des théâtres kurdes, un rejet total est tout aussi stupide qu’une adhésion ou une propagande qui ferait du Rojava un miracle révolutionnaire abouti à suivre aveuglément. Pour l’heure, nous y préférons un soutien critique et vigilant.

« Nous partons du point suivant : le contenu d’une lutte réside dans les pratiques, les moyens qu’elle adopte plus que dans les finalités qu’elle proclame. Il est inutile de partir chargé d’un sac rempli d’intransigeances identitaires superflues, d’un purisme raffiné et de radicalité morale si cela ne génère que de la paralysie collective. En agissant à partir des lieux que nous habitons et en y développant des formes de vie, nous n’émettons aucune grande prétention idéologique sinon plutôt des petites vérités communes, au sein d’un processus complexe, dynamique et en certaines occasions contradictoire. C’est en ce point que réside la possibilité de faire croître notre potentiel révolutionnaire »

(« CONTRE » L’ANARCHISME. UN APPORT AUBAT SUR LES IDENTITÉS. Lundi-Matin-130)

[2« les mobilisations kurdes en Europe étaient dans les années 1980 et surtout 1990 extrêmement nombreuses et particulièrement spectaculaires. Or, c’est quand la question kurde devenait un problème (sécuritaire) interne aux pays européens que ceux-ci, et notamment l’Allemagne et la France, se sont mis à critiquer vertement la politique kurde de la Turquie… » (Entretien réalisé avec Olivier Grojean en avril 2016)

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