Renée Nicole Good abattue par l’ICE : son poème prémonitoire

« Toute ma compréhension dégouline le long du menton jusque sur ma poitrine & se résume comme suit : la vie est simplement (...) ce qui y meurt. »

paru dans lundimatin#504, le 13 janvier 2026

Renée Nicole Good est la dernière victime en date de la police de l’immigration américaine. Cas particulier : elle a été abattue le 7 janvier 2026 de plusieurs balles dans la tête alors qu’elle observait à distance les agissements de l’ICE. Il se trouve qu’un de ses poèmes - primé par l’Academy of American Poets Prize en 2020 - circule en ce moment. Par certains aspects, il peut sembler prémonitoire. Nous en proposons une version traduite. On ne sait de quoi parle le poème : peut-être est-ce une étudiante en médecine révisant tard le soir et méditant sur la foi (n’importe laquelle) et la vision physiologique de la vie. Peut-être est-ce une charge contre le fascisme évangélique qui rend difficile tant l’étude que l’accueil de l’émerveillement. Peut-être est-ce, plus sûrement, une jeune femme enceinte hésitant à accueillir l’enfant qui vient à être. Ce poème étant écrit en 2020, cela coïnciderait avec la naissance de son enfant - désormais orphelin. Chez nous, le meurtre de Renée Nicole Good nous rappelle à la brutalité du meurtre de Nahel Merzouk (17 ans), le 27 juin 2023, abattu à bout portant d’une balle dans le cœur pour un « refus obtempérer » devenu une forme discrétionnaire de peine de mort pour un simple délit.

Sur l’apprentissage de la dissection des cochons fœtaux

je veux récupérer mes rocking-chairs,

mes couchers de soleil solipsistes,

& les sons de jungle côtière qui sont tercets de cigales et pentamètres venus des pattes velues des cafards.

j’ai donné des bibles aux boutiques d’occasion

(je les ai bourré dans des sacs-poubelle en plastique avec une lampe de sel acide himalayen —
les bibles post-baptême, celles que l’on cueille aux coins des rues des mains charnues des fanatiques,
les versions abruties, faciles à lire, de type parasitaire) :

elles rappellent plutôt la lisse odeur de caoutchouc des images lustrées des manuels de biologie ;
elles brûlaient les poils à l’intérieur de mes narines,

& le sel & l’encre qui ont déteint sur mes paumes.

sous des fragments de lune à deux heures quarante-cinq du matin j’étudie&répète

    ribosome
    endoplasmique—
    acide lactique
    étamine

à l’IHOP à l’angle de Powers et Stetson Hills—

j’ai répété & griffonné jusqu’à ce que ça se fraye un chemin & stagne dans un lieu que je ne peux plus
indiquer, peut-être mon intestin—

peut-être là, entre mon pancréas & mon gros intestin, se trouve le maigre ruisseau de mon âme.

c’est la règle par laquelle je réduis désormais toutes choses ; acérée & éclatante d’un savoir qui autrefois savait s’assoir, un linge contre un front fiévreux.

puis-je les laisser être l’un comme l’autre ? cette foi capricieuse et cette science d’université qui invective du fond de la classe

    je n’arrive pas à croire—

    que la bible et le qoran et la bhagavad gita s’échevèlent derrière mon oreille comme le faisait maman & exhalent de leurs bouches « fais de la place à l’émerveillement »—

toute ma compréhension dégouline le long du menton jusque sur ma poitrine & se résume comme suit :

la vie est simplement

une ovule et un spermatozoïde

l’endroit où ces deux se rencontrent

la fréquence et la manière

et ce qui y meurt.

Renée Nicole Macklin (1988-2026)

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