Radio France

Alors que Radio France est en grève, retour sur le statut de pigiste au sein de la radio. Interview.

paru dans lundimatin#17, le 6 avril 2015
Est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste le rôle de pigiste à Radio France ?
Pigiste, on va dire que c’est le premier stade, le premier statut qui est le tien quand tu sors de l’école de journalisme et que tu veux travailler à Radio France. Généralement tu viens de faire une école qui fait partie de la dizaine d’écoles reconnues. Durant la deuxième année de l’école tu as fait un stage dans une des locales de Radio France, c’est le moyen pour toi de te faire connaître. Moi c’est comme ça que j’ai commencé, j’avais fait un stage dans une locale.

A la fin de la première année d’école on choisit une spécialité : télé, radio ou presse écrite. Moi à l’école, il a fallu que je passe une sélection pour avoir le droit de faire de la radio. Il y a un numérus clausus, en fonction des places qu’il y a dans le secteur d’activité. Et radio c’est là où il y a le moins de place. On m’a dit à l’école : Radio France c’est le plus gros employeur, après il y a des règles, pas forcément si claires que ça, « tu commences à piger, tu intègres une sélection, après t’as accès au CDD et un jour t’as un CDI. C’est long, mais c’est méritocratique et tu sais comment ça marche, et il y a de l’emploi, il y a de la place, si t’es motivé et que tu veux te battre, il faut faire ça ». Et quand toi en plus t’étais décidé à l’avance à travailler pour le service public tu fais « bon ben ok, pas de soucis je vais le faire ». En plus c’est méritocratique, il y a juste besoin d’être bon, de travailler, d’être motivé et c’est nickel.

Donc ta première expérience c’est quand tu vas faire un stage dans une locale. Moi j’en avais fait un de deux semaines dans la ville de mon école et après j’ai décidé de retourner dans ma région d’origine, de faire un stage dans la locale là bas, je suis restée deux semaine et ils m’ont dit « quand tu auras fini ton école on cherchera des pigistes » - ils en changent toutes les saisons. Donc j’ai commencé à piger en septembre.

Quand tu arrives, il y déjà des pigistes qui sont là depuis plusieurs mois et qui ont vocation à partir. La théorie c’est que tu restes deux ans et après tu intègres la sélection Radio France qu’on appelle le « planning » donc le contrat c’est : tu intègres une rédaction à la sortie de ton école, le rédacteur en chef te prends sous son aile, te forme au métier de présentateur, et ensuite tu passes une sélection, on écoute ce que tu es capable de faire et on détermine si tu es habilitée ou pas à accéder après au remplacement à Radio France.

Le boulot de pigiste c’est : tu fais la même chose qu’un titulaire, c’est-à-dire que tu fais des reportages, tu fais aussi de la présentation de journaux et on t’appelle quand il y a un journaliste en moins, tu bouches les trous, tu es remplaçant.

Il y a combien de pigistes, pour combien de CDD et combien de titulaires ?
Dans une grosse rédaction du type de celle dans laquelle je travaille, c’est 7 titulaires, et en permanence 3 pigistes, et 2-3 autres qui gravitent, qui sont là quand il y a une élection, un événement particulier, une catastrophe naturelle, quand il y a besoin de renfort. On travaille principalement le week end. On est au moins 2 voire 3 le week end. On travaille souvent seuls. Il y a un titulaire pour les journaux de la matinale, un pour le sport, quelques animateurs mais globalement en terme de reporters il n’y a que nous. Donc le week end on nous laisse les clés de la maison et on doit fournir des reportages le samedi pour le dimanche et le dimanche pour le lundi matin. On prépare aussi en accord avec le rédacteur en chef, qu’on a de temps en temps au téléphone, pour décider de comment on répartit les sujets pour la matinale de lundi matin, mais en gros on est seuls le week end. Mais on peut être appelés la semaine en fonction des besoins.
Vous êtes payés au reportage ?
On est payés à la journée. On signe des contrats de pige. Une journée = un contrat. Après ça dépend des rédac chefs. Ceux qui sont sympas vont nous dévoiler à la fin du mois, le planning du mois suivant. J’aurais besoin de toi tel ou tel jour, comme ça on peut s’organiser. Tout en sachant que tu peux être appelé au dernier moment. Ce qui est logique, c’est un métier incertain, tout n’est pas prévisible. Mais il y en a aussi qui ne te donnent le planning que des deux premières semaines. Et après il faut rester disponible.
Moi j’avais de la chance, je suis retournée vivre chez mes parents qui pouvaient m’héberger
Tu travailles combien de jours en moyenne ?
Ah mais ça ça dépend vraiment. Au début j’avais 5 jours par mois. Donc 5 fois 50 euros. Moi j’avais de la chance, je suis retournée vivre chez mes parents qui pouvaient m’héberger. J’aurais jamais pu payer de loyer ça c’est évident. Donc heureusement pour moi j’avais pas d’urgence économique, je pouvais vivre chez mes parents. J’ai pensé à faire autre chose, moi qui ait toujours pensé faire du format long, des documentaires, faudrait que je m’y mette, donc tu commences à réfléchir à ça, tu y travailles, tu vas à la bibliothèque, etc. et là on t’appelle au dernier moment pour aller bosser, et puis tu te prends au jeu. Parce qu’on te rappelle que t’es en formation, que le métier tu l’apprends en le faisant. T’es un jeune, presque un apprenti, ton rédacteur en chef est censé faire un travail de pédagogue te dire ce qui va, ce qui va pas, etc. C’est ça le contrat en fait, t’es tout le temps disponible, mais parce qu’on est censé t’apprendre ton métier et te permettre de progresser dans l’entreprise.
« Censé » ?
Un rédacteur en chef c’est pas non plus un prof. Donc lui il a plein de logiques. Il doit avoir assez de gens disponibles pour que tous les reportages soient faits. Il a une logique économique, c’est-à-dire qu’il a des budgets pige, CDD, il ne peut pas tout dépenser comme ça, même s’il le souhaite il ne peut pas tout le temps nous solliciter. Et puis le contrat de départ c’est que tu dois être capable d’en vivre aussi. Moi j’ai commencé quelques jours, et après quand les autres pigistes ont passé la sélection et ont eu d’autres contrats d’ailleurs, j’ai pris la place et c’est devenu presque un contrat tacite que j’allais avoir une dizaine, voire une vingtaine de piges par mois, et là autour de quinze piges ça permet de vivre. Au bout d’une année on change de statut, on a la carte de presse et on est un peu mieux payés. Jusqu’à une centaine d’euros la pige. Ca fait presque 3 ans que je suis pigiste, et je gagne, les très bons mois, (parfois on a quelques petits CDD quand on fait des matinales, ce qui permet d’aller à l’hôtel ce qui n’est pas remboursé quand tu es pigiste) je m’en sors entre 1400 et 2200 par mois. Mais ça arrive que ce soit 800.
Comment s’effectue le passage de pigiste à CDD ?
Il faut passer le « planning ». Au bout de maximum 2 ans on passe cette sélection. Ce n’est pas un concours. Tu ne rencontres pas le jury. Tu lui envoies une maquette avec les 3 éléments type standard de ce que fait un journaliste de Radio France. On envoie ça sur CD avec une lettre de motivation et un CV à la « sélection planning » qui est une partie des ressources humaines de Radio France. Tout est noté sur 50, ça ça vaut 20, plus une note sur 20 du rédacteur chef. Qui est censé nous former, mais qui nous évalue aussi. Et une épreuve web, déclinaison internet de ce qu’on a envoyé, notée sur 10. Le jury se réunit, composé de rédac chefs, journalistes, responsables de Radio France, on ne sait jamais vraiment qui c’est. Il y a deux sessions par an. Le jury change. Ils sélectionnent 10-12 lauréats sur 50.
C’est quoi un CDD ?
Quand t’es sélectionné tu fais partie d’un répertoire de jeunes journalistes que Radio France va contacter pour remplacer des gens, donc par exemple ça peut aller d’un congé maternité à France Inter, ou 2 jours parce que le journaliste sportif de Dijon est malade. C’est tant national que local.

Quand t’as intégré le planning, normalement tu ne sors plus de Radio France. Il n’y a pas d’accord écrit, mais un jour t’auras un CDI.

Je l’ai tenté deux fois, je vais le tenter pour la 3e fois. Ceux qui ne l’ont pas on leur dit d’aller voir ailleurs. Soit tu cesses d’être journaliste. Ou tu travailles pour des radios privées. Certains pigent pour plusieurs radio en même temps.

Il y’a une sorte règle tacite c’est : deux ans de pige en général et en gros trois tentatives de planning. Certains l’ont passé plus et ont pigé plus que deux ans. Mais c’est l’exception. Ils estiment qu’ils t’ont donné ta chance qu’ils t’ont donné du temps pour te former, si t’as le niveau hé ben salut.

Je connais quelqu’un qui a eu quasiment 10 ans de CDD
Et combien temps de CDD avant le CDI ?
C’est très très variable. Je connais quelqu’un qui a eu quasiment 10 ans de CDD. En moyenne c’est entre trois et quatre ans. Je connais des gens qui sont à 2 ans, 3 ans, 3 ans et demi de planning qui ne savent pas du tout s’ils vont être intégrés un jour. Et qui sont bringuebalés d’une ville à une autre. Qui peuvent être appelés 2 jours à l’autre bout de la France.
Et là y ‘a la grève à Radio France. À priori il y a très peu de journalistes et de pigistes qui font grève. Pourquoi selon toi ?
Je pense qu’on ne se sent pas légitimes, moi je sais que je me sens pas exactement faire partie de la maison, et du coup je sens pas ce que je défends. Moi à la limite c’est en tant qu’auditrice que je défendrais quelque chose, mais en tant que pigiste je n’ai rien en fait..
Tu fais quand même partie de cette armée de pigistes qui produisent le contenu de Radio France...
Après c’est un mouvement qu’on n’a pas vu venir, qui est parti plutôt des syndicats de techniciens et des autres corps de métiers de Radio France. Je pense par exemple que j’aurais pu me mobiliser pour l’histoire des micros locales à un moment donné. Parce que voilà dans la rédaction dans laquelle je suis, il y a la grosse antenne régionale et puis y’a les petites antennes à côté qui vont fermer, j’aurais pu me mobiliser à ce moment là mais les journalistes eux mêmes n’ont pas fait grève, moi je suis dans une rédaction dans laquelle les journalistes eux mêmes ont pas fait grève. On a l’impression qu’il se passait beaucoup de choses à Paris, mais on est un peu éloigné de ça, les revendications étaient un peu multiples, on est un peu passé à côté, on a un peu vu passer le truc à côté.
Parce que selon toi, le plan annoncé par Mathieu Gallet, qu’est ce qu’il va produire dans l’immédiat et à moyen terme et à long terme, en gros pourquoi les gens font grève ?
Les gens font grève pour pleins de raisons différentes. Déjà, moi le fameux plan précisément je sais pas ce qu’il va être à long terme. Nous les pigistes et les CDD on aurait pu se mobiliser bien avant, pour des raisons qui sont simples. On accepte un système qui est complètement précaire et parfois aliénant et nous même on a un combat à mener pour l’avenir de la jeune génération à Radio France qui peut peut être parfois rentrer en contradiction avec le combat que peut mener la vieille génération. Là dans la mobilisation, il y a tellement de revendications différentes, y’a des revendications par rapport aux locales qui ferment, y’a des revendications par rapport aux orchestres, y’a des revendications par rapport aux fusions de certaines rédactions, y’a pleins, pleins de choses. Petit à petit c’est en train de se regrouper, mais par rapport aux journalistes il n’y a pas de mots d’ordres particuliers.
Ça c’est une remarque d’auditeur, mais ce qui est assez étrange et presque marrant là dans la grève, enfin dans la forme qu’elle prend, c’est que souvent il n’y a pas d’antenne, sur France Inter par exemple, et ensuite il y a à nouveau de l’antenne et les journalistes qui passent à l’antenne disent à peu près rien. C’est comme si il y avait une cave de Radio France avec toutes les petites mains qui font marcher le truc, et quand ils débranchent ça ne marche plus et quand ils remettent l’antenne, c’est comme si il y avait en haut tous les Cohen qui parlent de leurs problèmes de carte de presse. Comme si il y avait deux étages.
Ben à des moments ils ont quelqu’un en face d’eux derrière la console et à des moments ils sont tous seuls.
Moi j’ai déjà tellement peu de jours de travail, si je fais grève j’existe même plus
Oui mais je trouve ça assez étrange qu’il y ait eu aussi peu de prises de positions de la part des journalistes stars, tu vois y’a une interview de Fabienne Saintes qui dit qu’il faut bien que là dedans il y ait des "gens adultes". Elle se désolidarise pas du mouvement, mais c’est comme si il y avait deux mondes, le monde de ceux qui font la matière à Radio France et le monde des stars.
Ca tu vois pour moi c’est très "la maison de la radio", et moi ce qu’il se passe à la maison de la radio... Moi je suis une pigiste dans une antenne locale et je fais quasiment que du travail de journaliste locale. Si tu veux je ne culpabilise pas de ne pas me mobiliser pour le moment parce qu’à aucun moment il est fait mention des jeunes, du statut des jeunes. Moi aussi je suis inquiète de l’avenir de Radio France, du service public, je trouve ça terrible de voir que l’Etat se désengage et qu’après il peut accuser la maison de la radio et Radio France dene pas bien gérer ses comptes, en gros de l’asphixier et après ensuite de lui demander de prendre de l’air, ça me désole. Et je pense que les auditeurs devraient aussi s’inquiéter. Mais moi personnellement il n’y a pas de mot d’ordre dans lequel je me suis reconnue. Et c’est peut être bizarre mais en tant que pigiste... Pour moi, dans mon esprit quand tu fais grève, c’est que t’es titulaire, je sais pas comment expliquer, pour moi tu peux pas en tant que précaire faire grève. Moi j’ai déjà tellement peu de jours de travail, si je fais grève j’existe même plus.
Non mais au delà de la question de ce que cela coûte effectivement de faire grève...
Oui mais c’est même pas en terme financier, c’est que moi y’a aucun impact sur mon action en fait...
En toute bonne logique, ceux qu’ils commencent à retirer ce sont les seniors. Evidemment ils vont bien trouver 250 personnes qui vont dire ok très bien je pars en vacances, je pars en retraite anticipée. Mais ensuite ceux qui ne seront pas reconduits c’est toute la masse invisible. Ceux qui vont disparaitre c’est les pigistes. Ils diront jamais les pigistes, juste ils ne renouvelleront pas leur contrats. Evidemment ceux qui sont titulaires, on ne va pas les virer du jour au lendemain, les gens qui ont leurs postes on va pas les virer, et finalement c’est à ça que ça sert les précaires, pouvoir les virer quand on veut les virer, donc au final c’est vous qui allez trinquer.
Non mais le problème des précaires, c’est que certes il y a des mouvements, y’a des comptes Facebook, des lettres ouvertes des trucs qui circulent pour fédérer les précaires de Radio France, mais... Il y aurait pu y avoir un mouvement des précaires qui collectivement, les CDD du planning par exemple, disent "ça suffit, on veut des règles plus claires, plus officielles, avec vraiment des limites fixées, combien de temps pour avoir un CDI, une prise en compte de la situation économique et familiale des CDD"... Pourquoi est-ce que les gens ils se laissent tyranniser ? Peut être parce qu’entre temps ils ont un CDI mieux payé. Tout le monde a un peu peur de trop remuer de trop faire d’esclandre et qu’après ça leur joue des tours. Et puis ils se disent voilà au final c’est quelques années dans la maison, parce que y’a un côté je veux en être, je veux faire partie de la maison. Moi je pense que je pourrais participer à un mouvementée de grève si dans ma rédaction les gens se mobilisaient.
Mais au final dans la rédaction, il y a peu de gens en dehors des pigistes et des CDD qui auraient des raisons objectives de se mobiliser, sauf par solidarité pour vous. Les Cdi ils n’ont pas trop de raisons de dire que ça ne va pas.
Ben bien sûr que si parce que si tu vois que dans ta rédaction, y’avait trois antennes et y’en a plus que deux, que t’avais trois journalistes et que t’en as plus que deux que y’a des syndications, quand t’as moins de moyens pour faire des reportages, moins de plateau extérieurs, tu te fais pas virer ok, mais t’as moins de moyens pour faire ton travail... Moi je veux dire, mon identité précaire c’est pas ma raison d’être, pas mon identité profonde. Y’a une peur, tu te replis sur toi forcément parce que le planning c’est une sélection. C’est un concours donc tu penses juste être une bête de concours, au format, à l’idéal, même si tu sais pas ce que c’est l’idéal, mais t’as envie de t’y conformer. C’est très individuel. Tous tes projets à toi, journalistiques à toi, au format plus long... ben déjà tu publies, vraiment pour correspondre aux cases, et oui tu penses pas collectif non plus, parce que rien ne t’y pousse.
France Inter ça m’a élevé
Parce que toi quand tu as commencé c’était quoi ton idée de la radio ?
Moi déjà au départ je voulais pas particulièrement être journaliste, j’avais pas d’a priori de ce côté là, moi surtout j’avais une passion pour Radio France. Chez moi on écoutait toujours France Inter et France Culture aussi, vraiment, toute la journée. Juste après le bac je suis partie faire des études à Paris, et dans mon mon petit studio j’avais pas la télé. Pour avoir une présence j’écoutais la radio, je l’écoutais tout le temps, je m’endormais en écoutant la radio, tous les programmes de Radio France je connaissais tout par coeur. France Inter, c’est ma culture. Moi, mes parents sont profs donc ils m’ont transmis de la culture, mais France Inter ça m’a élevé. Moi toute ma culture cinématographique, littéraire, théâtrale c’est France Inter. J’ai fait des études de lettres, théâtre et puis à un moment donné je me suis dit en fait t’aime tellement ça, c’est tellement important dans ta vie, pourquoi tu ferais pas ça. Mais je savais pas que c’était ça...
J’ai vraiment l’impression d’avoir une utilité publique
Entre ce que tu imaginais faire, ce que tu espérais faire et ce que tu fais maintenant, est ce qu’il y a un décalage ?
Ben c’est très ambigu, parce qu’à la fois, j’ai commencé par des études très littéraires, on avait beaucoup de temps, on lisait beaucoup , on écrivait beaucoup, moi j’ai appris beaucoup de choses et je me suis construite intellectuellement par ça et j’en suis ravie. Mais en même temps faire de l’info quotidienne c’est hyper grisant. En fait, t’as l’impression de te révéler à toi même des capacités d’adaptation que tu soupçonnais pas. Quand tu as appris à faire des dissertations et qu’après en une demie heure tu dois écrire un papier que tu lis en direct sur un sujet que tu connais pas du tout, ben c’est fou, t’as l’impression de te révéler, de tirer des ressources en toi que t’aurais jamais imaginé. Moi j’ai l’impression de solliciter et de développer des qualités chez moi que j’avais pas du tout, et puis j’ai pris goût à l’info quotidienne, le fait de transmettre, d’être témoin, d’écouter les gens , et maintenant depuis que je suis devenue pigiste j’adore l’actualité locale, faire des reportages locaux, savoir que mes voisins ils m’écoutent. Moi j’adore, j’ai vraiment l’impression d’avoir une utilité publique, la radio locale, France Bleu c’est le service public, t’es utile, y’a plusieurs milliers de gens qui técoutent et tu te rends compte que si t’as dit une connerie et ben ils t’appellent pour te le dire, ou ils peuvent te remercier, « heureusement que vous m’avez dit que l’on peut se faire aider de telle façon, de rencontrer telle personne à tel endroit, sinon j’aurais jamais su ».
On vous appelle beaucoup à France Bleu ?
On n’est pas la rédaction la plus liée à nos auditeurs. Dans le Périgord, à Noë les gens ils sont couverts de cadeaux, les auditeurs ils viennent tout le temps, mais quand même, on nous appelle quand c’est pas bien, quand on s’est trompé sur un résultat sportif ou si on a écorché le nom d’un village. Moi j’ai appris le métier de journaliste, j’aime beaucoup ce que je fais, moi après ce qui me passionne c’est l’agriculture et l’environnement. J’aimerais bien pouvoir faire beaucoup ça, presque que ça, en local c’est difficile, parce que y’a de moins en moins de service spécialisé, y’a toujours le sport qui a son pré carré, il peut y avoir un service faits divers mais alors agriculture, environnement, ça c’est même pas des services en tant que tel dans les radios nationales. C’est soit mis dans "santé", soit dans "économie", mais ce qui est du manger, c’est à dire le cultiver et le nourrir ça n’existe pas comme spécialité, enfin sur le web ça existe, ça existe de plus en plus, moi ce serait mon rêve, si y’a un truc qui s’ouvre soit en local, soit en national. J’aime bien le métier que je fais, c’est juste le système économique qui est super dur. Là j’ai encore envie de jouer le jeu pour voir si il y’a de la place pour moi, mais j’ai pas envie non plus de les supplier.
Et si tu n’es pas sélectionnée ?
Je sais pas, ça dépend. Moi je sais que c’est la première fois de ma vie que j’ai pas de plan B, si je suis pas prise à Radio France alors que c’est ce que j’ai toujours voulue, peut être que je les supplierai finalement de pouvoir retenter ma chance une dernière fois et sinon peut être que je me lancerais en free lance, pas pour me vendre, mais vendre les reportages que je fais.
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