Quelle joie le rock’n’roll... de droite ?

En réponse à l’article de Didier Wampas dans le Monde Diplomatique de juin

paru dans lundimatin#531, le 2 septembre 2026

« Les paroles de Joe Strummer font tellement pitié quand tu écoutes les Clash  » [1]. Cette formule a forcement explosé aux oreilles (enfin, aux yeux), de toutes celles et ceux qui connaissent et apprécient les paroles du cofondateur des Clash... et celles de Didier Wampas.

Lui et ses musiciens ont du talent et trimballent depuis 40 ans un nihilisme joyeux et foutraque, une belle énergie sur scène et un timbre vocal et musical singulier immédiatement identifiable (ce qui peut aller jusqu’à le rendre insupportable). Bref, les Wampas, on aime ou on aime pas.
Quoi qu’il en soit, Didier Wampas gagnerait beaucoup à laisser Joe Strummer tranquille. Je pense être parfaitement iconoclaste, mais c’est une différence de posture politique essentielle qui me fait réagir. Le chanteur des Wampas explique qu’il ne « voit pas le rock comme une musique contestataire  », qu’il « essaie de ne pas se prendre au sérieux » (tout en renvoyant l’ascenseur en fin d’article à M. Bégaudeau, à qui il arrive pourtant, plus qu’à son tour, de pontifier) et célèbre le rock’n’roll et la «  joie de chanter « yéyé », chanter « shalala », chanter n’importe quoi  ». Grand bien lui fasse, mais sa conception du rock me semble simplement ... de droite. Très en accord, finalement, avec un air du temps acquis à la résignation, à la fascisation et aux assauts suicidaires contre le vivant. Il est certes préférable pour tout punk (ou pas) qui se respecte d’éviter de « se prendre au sérieux », mais il peut être profitable de comprendre le contresens punk originel tel que le décrit brièvement mais avec beaucoup d’efficacité M@quis dans cet article. La formule « No future ! », devenue slogan, n’est pas l’illustration d’un nihilisme borné plus ou moins rigolo, mais bien l’expression d’une volonté de subversion d’un ordre injuste. Lorsque Julian Temple, le biographe documentaire de Joe Strummer intitule son excellent biopic « The future is unwritten », c’est bien pour montrer que, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les thuriféraires néolibéraux autoritaires de la « fin de l’Histoire » rien n’est écrit d’avance et que l’avenir sera ce que nous en ferons collectivement. Les Sex Pistols se revendiquaient « fleurs dans la poubelle » [2]. D’autres, en France, comme les Bérurier Noir, réussiront à dénoncer «  putréfaction, gerbe et nausée  » tout en réussissant à impliquer une large partie de la jeunesse à travers à des performances artistiques et politiques impeccablement autonomes.
Par ailleurs, on croise beaucoup de « fachos », «  électeurs Front national  » ou
«  racistes » rendus presque sympathiques dans l‘article autobiographique de Didier Wampas. Beaucoup moins de racisé.e.s, pourtant nombreux.ses à la RATP où il travaillait ( les seules références sont «  les taudis des chibanis  » ou une allusion - dont on se
serait aisément passés - au titre «  Enfonce-toi ta burqa dans l’cul »). Évocation des
premières émotions musicales, les hommages musicaux s’adressent, à Claude François,
Johnny, Mike Brant. Le rock arrivera plus tard dans la vie de Didier Wampas, mais il
semble avoir oublié qu’à l’instar du jazz ou du rap, le rock est une musique minoritaire,
périphérique, devenue majoritaire, centrale. Il serait inspiré de méditer ces paroles de la
rappeuse Casey (dans Chuck Berry, Ausgang), qui rappellent que le rock, ce n’est pas que chanter « shalala », loin de là :

« Ma race a mis dans la musique sa dignité de peur qu’on lui prenne
A fait du blues du jazz du reggae du rap pour lutter et garder forme humaine
Et l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même
Et l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même
Tu as le cuir la coupe les clopes les bottes et la Fender
Les anecdotes Les Enfants du Rock la collection de vinyles de ton père
Je l’ai dans la chair je l’ai dans les veines
Qu’est-ce que tu crois ? cette histoire est la mienne !
Et je l’ai dans la chair et je l’ai dans les veines
Qu’est-ce que tu crois ? cette histoire est la mienne ! »

Pas fier pour un sou (on ne lui enlèvera pas ça), Didier Wampas rappelle que La
« carrière » de la Mano Negra et des « Bérus » a pris fin en 1989. Ces derniers se sont
séparés pour des motifs politiques éminemment respectables (cf. notamment l’émission Mauvais genre avec François Guillemot, ex Bérurier Noir– France culture [3]). Didier Wampas, qui rappelle dès qu’il le peut sa simplicité, sa modestie, son humilité ferait bien de bifurquer avant de finir comme Mick Jagger et ses acolytes, pantins pitoyables de l’industrie musicale, voire soutien électoral de M. Fabien Roussel.

Un ex-rude boy, toujours antifasciste.

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